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Solstice d'un cossard



A l'heure où la foultitude planétaire s'apitoie sur le sort de leurs avoirs et du devenir de leurs proches, cet homme-là que j'observe au regard illuminé par je ne sais quelle magie propre me semble blotti entre ciel et terre dans une perspective de soi indiciblement folichonne.

"Regardez-les ma foi comme ils pulullent tels des butineurs du miel capitaliste portés par les maîtres-penseurs de la faune industrielle, et moi dans tout ça, me diriez-vous?"

Il poursuivit avec nonchalance, "moi, vous savez, je fais une profession, la plus naturelle au monde que beaucoup de gens en ce bas monde ne peuvent se permettre... je rêve, oui Monsieur, je rêve et croyez le ou non mais j'excelle en cette matière".

Il continua "j'emprunte à mon égérie stellaire, le soleil, qui arrive quotidiennement à l'apogée de sa splendeur diurne et qui se couche dans une lente danse crépusculaire toute sa  simplicité et sa beauté caractéristique".

"une étoile de toute grâce qui ne se soucie point de ce qu'adviennent ces infimes créatures qui se meuvent tels des poissons dans un bassin sédimentaire; vous savez cette alluvion historique dans laquelle se concentrent les relents des hommes depuis la nuit des temps".

Sans prêter la moindre attention au regard environnant, il étaya ses propos, "ah la la, si vous saviez comme le regard des autres, je m'en fous royalement! Je vis à l'opposé moi, Monsieur qui daignez m'écouter, je suis tout sauf une réplication à l'identique des modèles culturels de masse; regardez donc autour de vous, le monde fume, le monde boit, le monde s'habille de la même manière tout en croyant dur comme fer à la démarcation singulière de leurs actes."

"Franchement, regardez-moi avec mon accoutrement qui ne suscite pas le moindre intérêt et encore moins le désir de venir me parler mais vous n'oseriez point me le dire, n'est ce pas?" dit t-il en poussant un rictus.

"Pourtant, je suis tout simplement habillé sans la moindre recherche d'une esthétique particulière ou même d'une reproduction de ces grandes marques commerciales qui paralysent les valeurs sûres colportées par le respect de l'intégrité humaine... je suis tout simplement moi... jamais, je ne serai la marionnette ou le mentor de ces prédateurs du pouvoir... ah le pouvoir... un terme qui résume si bien le stade actuel de l'homme, cet animal insatiable qui a tant besoin de prôner sa supériorité dans la chaîne biologique."

"Des doctrines pernicieuses dans des matières qui ont fait des millions de morts en passant par le réductionnisme scientifique, allons donc, en trois pages, je vous conte la genèse de notre bonne vieille terre si ça vous intéresse" dit t-il en ricanant.

"L'homme travestit le don de Dieu offert par ses facultés intellectuelles pour en déshumaniser sa quintessence... croyez-vous que parmi ces mille regards portés sur la théâtralité du canal médiatique, vous serez nombreux à ouvrir votre coeur et à partir à la rescousse du plus malheureux d'entre nous? A néantiser la barrière spatio-temporelle et à détruire les barrières de l'incertitude?... je ne le pense point... et tout beau parleur que je sois à vos yeux, je n'en ferai pas partie car le rêveur est une personne qui idéalise ses propos mais ne les met nullement en pratique.... Misérabiliste, défaitiste, mon scepticisme de la bêtise humaine perdurera jusqu'à l'aboutissement de l'être, une poussière de l'oubli pour ces quelque milliards d'individus qui jamais n'auront eu la chance de goûter aux plaisirs de la dépravation, apanage des détenteurs du capital intellectuel et financier..."

"Comme le soleil, je rayonne et j'embrase de ma boule incandescente cette mosaïque de visages que je scrute avec une délectation pour le moins sarcastique".

"Oh, rassurez-vous, ma plaidoirie de l'existence s'achève ici puisque je cours derrière une cause perdue, celle du bonheur universel, vous savez, cette utopie telle que décrite par la plèbe des artistes en marge, des peintres, des chanteurs, et voyez-vous ça, des philosophes de mon espèce qui jamais ne seront entendus; oui des vulgaires cancrelats auxquels personne ne s'intéresse, si ce n'est pour être décriés par l'opinion publique et ses détracteurs".

"De cette tête penseuse où foisonnent depuis belle lurette une pléthore d'idées certes revendicatrices, je vous avoue qu'en ce jour, je suis las de réfléchir, fatigué de croire à un monde idyllique où tout le monde sans exception pourrait prétendre à la conjugaison commune de l'amour, du rêve et des essences nutritrives".

L'homme arrêta brutalement son discours et me dit le plus simplement du monde "Je vous offre un verre? Le pécule du mendigot a bien porté ses fruits cette semaine" et il me montra la mitraille qu'il sortit de sa poche crasseuse.

Je lui répondis par la positive et nous buvâmes ensemble le breuvage populaire par excellence, de la bière, cette belle blonde qui comme l'être féminin vous corrompt l'esprit et vous enivre d'une allégresse éphémère.

Comme ce brave homme, je souhaitais exposer ma vision des choses mais j'en étais incapable... j'étais vidé de tout propos constructif, il avait raison et je me devais de l'admettre... c'est donc en totale inertie discursive que nous terminâmes nos godets et que je décidais après un échange de regards et une poignée de main chaleureuses de prendre congé du gentilhomme philosophe.

Jamais, je ne l'oublierai.

Utopia GFR (http://perso.infonie.be/utopia_x/Pensees/solstice.pdf)


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