Nous sommes le 17 mars,il te reste seulement quatre semaines à vivre,bientôt,tout sera coupé entre nous mais je ne le sais pas encore.
Les jacinthes et le lilas posés sur le rebord de la fenêtre de ta chambre,refleurirons au printemps prochain mais tu ne seras plus là pour respirer leur parfum.
L?idée de savourer leur odeur sans ta présence me transperce le c?ur.
Bientôt nous ne pourrons plus rien partager.
Seuls nos souvenirs resteront à jamais gravés dans nos âmes?
D?ailleurs où va-t elle errer ton âme ?
J?ai si peur de te perdre, peur que tu t?égares toi aussi..
Il ne te reste que quelques jours ou quelques heures de vie ,mais je ne veux rien savoir.
Hier après-midi Colette et moi étions assises sur la terasse au soleil,je me sentais bien prés d?elle ,elle me parlait de toi, lorsque soudainement elle évoqua ta mort qui semblait de plus en proche,elle voulait me préparer à ton départ..
Et moi comme une petite fille j?ai éclaté en pleurs et je lui ai demandé d?une toute petite voix « tu es sure qu?elle va mourir ? » comment aurais je pu y croire.
Ma mère mon sang ma chair,mon nid mon cocon d?amour,toi qui m?a consolée ,écoutée dévorée de tendresse toi qui m?a raconté nos ancêtres ,tes joies et tes peines ,toi qui passait ta main dans mes cheveux en caressant mon front comme pour mieux ouvrir mon esprit afin que je puisse t?écouter attentivement.
Le bleu de tes yeux dans la clarté de la lumière à l?ombre du grand chêne,celui que tu aimais tant,tes longs cheveux blonds frolant ton visage suivant le mouvement des feuilles dans le sens du vent .
Et je te revois, assise en train de broder sur des tissus indiens colorés ,j?entends encore tes soupirs,ton bien-être ,ta sérénité dans ce lieu que tes ancêtres t?on légués.
Comment pourrais je imaginer ne plus pouvoir toucher la douceur de ta peau,ne plus pouvoir respiere son odeur,ne plus entendre tes soupirs et tes mots?
Non cela me rendrait folle de douleur rien qu?à l?idée de l?imaginer.
Le soleil commence à se coucher,l?infirmière arrive pour tes soins et toi tu souffres mais t tu souris encore.
Le chat ne t?as pas quitté de la journée il dort avec toi depuis que tu es malade,tu aimes ses ronronnements cela fait parti des bruits de la vie que bientôt tu ne pourras plus entendre
Et tu en es consciente
Tes yeux sont cernés,tu as l?air fatiguée,épuisée,tu voudrais ne pas perdre une seconde à rester avec tes enfants,avec les bruits de la nature,avec tes veux et tes espoirs mais ton corps,lui,demande du repos du calme,alors tu bailles et tu nous fait comprendre qu?il faut que tu manges et que tu dormes de bonne heure.
Tu nous fait comprendre cela dans ton regard comme si tu n?osais jamais demander ,comme si tu n?osais jamais t?imposer par peur de faire souffrir les autres?
Pourtant c?est toi qui souffre et cela à force de n?avoir jamais rien dit depuis des années,à force d?avoir tout subit tout accepté même ce qui n?était pas acceptable..
Pourquoi ne puis je rien faire pour t?aider?
Pourquoi mourir pour un homme qui n?a rien compris à ton amour ?
J?aurai voulu que tu te battes pour toi même.
Tu as maigri et ta bague est devenue trop grande à ton doigt,alors tout doucement tu me la tends en me disant que maintenant elle me revient..Mais je la refuse et je te la remets au doigt car je sais que c?est ta manière de me dire au revoir et je ne veux pas couper le cordon même en douceur tant que tu respiras encore !!
Cette bague en or avec un saphir appartenait à ta mère qui est morte lorsque tu avais 17 ans toi aussi je ne veux pas de continuité,je préfère espérer qu?il y aura un miracle ,que mon père reviendra ou que l?on trouvera un medicament magique?
La nuit est deja là ,la lune est presque pleine,le vieux chêne remue ses branches comme s?il faisait de grands gestes dans le ciel,éclairé par la lumière de la terrasse,il donne l?impression de veiller sur toi pour t?aider à t?endormir tout doucement,comme lorsque j?étais petite,je pensais à nounours et au marchand de sable , cela me berçait.
J?espère que tu t?endormiras aussi sereinement?