il était une fois aurait été un début parfait si mon histoire était un conte de fées ou une de ces histoires à l'eau de rose qui fait pleurer de nombreuses vieilles filles en mal d'amour. Non, ces quelques lignes ne sont qu'un extrait d'une vie, une vie qui semblait quelconque jusqu'au jour où un évènement vint bouleverser l'ordre des choses.
Un matin, ou plutôt la fin d'une nuit mouvementée, le "dring" d'un réveil vint la réveiller. Les yeux enflés de fatigue et le visage creusé, elle sorti de son lit dans un état quasi comateux qui lui donnait cet air si sévère et si ... sinistre. Elle détestait ces moments où l'image de sa mère se présentait devant elle dans le miroir qui réfléchissait son image. Lui ressembler... elle préfèrerais mourir ou se retrouver défigurée plutôt que de n'avoir ne serait ce qu'un point commun avec celle qui avait tourmenté son enfance. Pourtant, elle étais la réplique parfaite de cette créature qu'elle haïssait tant.
Un jet d'eau sur le visage, une tasse de décaféïné à la main et elle était partie pour une de ces journées dont on ne voit pas la fin. Personne ne savait vraiment quel était son travail; les voisins pensaient qu'elle était représentante en commerce ou quelque chose comme ça. Les amis qu'elle aurait du avoir avaient tous disparus, comme sa bonne humeur et ce léger sourire qui rendait les hommes fous. Pourtant, cette femme n'avait pas toujours été ainsi, mélancolique et renfermée. Un accident de la vie certains diraient, le destin ou la malchance renchèriraient d'autres. Quoiqu'il en soit, elle avait eu assez de malheurs dans sa pauvre vie pour devenir une vraie loque humaine sans aucun but.
La rumeur voulait qu'elle soit la veuve d'un riche trafiquant sud-américain qui avait été assassiné quatre ans auparavant, dans de mystérieuses circonstances. Mais...la rumeur était-elle fondée, personne ne le savait. Les gens aimaient croire à des choses étranges, voire inquiètantes, et se soucient peu d'en avoir la preuve.
La seule chose de réellement certaine est qu'elle était devenue insensible à ce que les gens pensaient d'elle. "Pourquoi préter attention aux ragots de pauvres gens sans scrupules", avait-elle un jour murmuré dans la solitude de sa maison.
Un détail cependant fut responsable de sa folie. Oui, folie paranoïaque. Le mal, les ombres, partout autour d'elle. C'est ce qu'elle commencait à penser lorsqu'un jour, un homme, séduisant, d'une trentaine d'année, vint sonné à sa porte. Elle cru à un canular et refusa d'aller ouvrir, l'homme insista un long moment, vraisemblablement c'était important. Plongé dans un état semi conscient, le bruit de ce petit tapement sur la grande porte lui semblait lointain. C'est à cet instant précis que la folie l'envahi...avec lenteur, gagnant jour après jour une parcelle de son esprit, de plus en plus faible et aux proies à de sombres desseins.
Le fauteuil bordeaux ,si douillet, qu'elle aimait tant devint un malveillant diablotin... Le placard en chêne qu'elle ouvrait chaque matin, une gigantesque créature aux griffes accérées qui tentait de la tirer vers les enfers. Tout n'était que chaos...le regard en feu, elle fixait à en perdre la tête la rue, guettant le moindre mouvement suspect.
Un simple petit bruit, celui d'une main cognant une porte, une personne pourtant inconnue, une succession d'évènements, l'avaient jetée dans état d'âme morbide, dans un "spleen" baudelairien noir d'où il était impossible de la sortir. Mais, qui l'aurait fait? ses amis inexistants? ses voisins "peu scrupuleux"? Personne...elle n'existait pour personne et elle n'était personne. Une folle et rien de plus.
On la retrouva, combien de temps avait-elle erré? on ne le su jamais. Elle marchait, les pieds nus, joliment habillée, comme pour un premier rendez -vous. Aucun mot ne sorti de sa bouche, mais on murmure que depuis son internement elle ne cesse de répéter, en fixant violemment un arbre mort avec un rictus effrayant, " lucifer n'est pas mort, il attend son heure..."