MA VIE DE TETRAPLEGIQUE?
J?imagine une prairie
Le soleil, une petite brise, c?est le printemps,
Le vent caresse mon visage, je souris,
Des enfants jouent au ballon, simplement,
Les fleurs en boutons dégagent des odeurs de passions,
Des rires qui s?envolent, je sens,
La fraîcheur envahir mon corps, et c?est bon?
J?imagine ensuite la mer,
Ma peau doucement bruni, sous un soleil d?été,
L?océan me dévoile ses mystères,
M?offrant ses odeurs de sel, de sable doré,
Je me promène pendant des heures,
Les vaguent se meurent à mes pieds,
Je sens la chaleur envahir mon corps, c?est le bonheur?
J?imagine aussi la forêt, c?est l?automne,
Une brise légère s?engouffre dans mes cheveux,
Les arbres ont revêtus leurs couleurs chatoyantes qui étonnent,
Offrant du rêve plein les yeux,
Des randonneurs, du dimanche, me saluent,
La cueillette aux champignons, a fait déserter les salons,
Je sens une petite pluie, quoi de plus,
J?aime la douceur de cette saison, c?est tellement bon?
Et puis j?imagine aussi, l?hiver et son manteau blanc,
Les flocons tombent sur ma tête,
Villes et villages comme par enchantement,
Se sont habillés de fêtes,
Les rues brillent de milles lumières,
Les vitrines sont dévorées par des yeux qui ne font qu?espérer,
Retrouver au pied du sapin, ce jouet tant rêver? je me perd,
Au milieu de cette foule agitée,
J?arrive à ressentir la froideur de l?hiver, mais c?est simplement mon corps, je me suis réveillé?
Je me découvre encore ce matin,
Sur ce lit blanc condamné,
Les yeux remplis de chagrin,
Si je pouvais arrêter de rêver?
Je ne sais plus, ça fait si longtemps,
Les odeurs du printemps, le sable, le sel, et l?été,
Je ne sais plus, ça fait si longtemps,
Les longues promenades hivernales, qui vous gèlent les pieds,
Je ne sais plus, ça fait si longtemps,
Les ballades romantiques en automne, qui se finissent au coin du feu,
Je ne sais plus, ça fait si longtemps,
Les caresses, les baisers, l?amour qui vous rend heureux,
Je ne peux plus, car ma vie se résume depuis trop longtemps,
Aux battements d?une machine, l?odeur de l?éther comme seule compagnie,
Tétraplégique, ne dure pas qu?un moment,
C?est pour la vie?
Il n?y a aucun espoir,
Et tu perds la raison,
La réalité cruelle te dévoile le noir,
La couleur préféré d?un handicapé, aliéné par l?obsession,
Qui imagine encore la douceur d?un corps,
Une poitrine chaleureuse qui s?offre à ses baisers,
Une bouche qui le dévore,
Et des caresses engagées, dans la cuisine où la salle à manger,
J?imagine encore, la chaleur d?un corps,
Celui d?une jolie fille qui s?offre à mes baisers,
Des nuits de folies qui dévorent,
Des rires, une histoire d?amour passionnée?
Mais je n?ai plus rien à offrir,
Plus rien à partager?
Plus que la maladie, ce sont les souvenirs qui me font souffrir,
Tétraplégie, mon cerveau fonctionne et ne fait que penser?
Pourtant? si seulement je pouvais m?endormir, et mourir,
Pour ne plus jamais songer?
Car je crois que mourir ne peut pas être pire,
Que d?être condamné seulement à rêver?