PROSTITUEE?
Fraîchement débarquée de sa Bulgarie natale, à l?aube de ses seize ans, et un corps qui en dit long, elle n?a pas compris tout de suite, que le beau gosse de la gare, au bagout féroce, finalement ne vaut pas mieux que ces types pour qui elle bosse maintenant?
Aujourd?hui encore, elle se racontera sa descente aux enfers, dans une France salutaire, mais pas pour les jolies jeunes filles de l?Est naïves, cherchant à se faire une carrière dans le mannequinât, qui finissent jeter dans la rue, presque nue, comme elle, pour se prostituer, afin de rembourser des photos, un book comme on dit dans le métier, un book qui ne sert jamais?
Elle se souvient les premiers mots qu?elle a entendu, par le beau gosse de la gare qui l?a accosté, « tu es belle, je peux faire de toi une star dans le monde de la mode », mais aux lieux de cela, elle a fini à moitié nue, dans un taudis devant un photographe obèse et dégoulinant de sueur, qui lui vola ses papiers, lui promettant de lui les rendre que si elle est bien sage? Le beau gosse de la gare la laissa là, parmi quelques hommes qui bavaient déjà devant son corps d?adolescente. Ses pleures n?ont pas couvert les cris du photographe, et les gifles ont commencé à pleuvoir, alors elle s?est calmée et pour l?aider un peu comme ils ont dit, ils lui ont enfoncé une aiguille dans le bras, avec un « tu verras, ça te détendras, et tout iras bien ». Et puis la drogue faisant effet, ils n?ont pas perdu de temps pour la violer et la filmer, elle a étouffé ses cris, et sa douleur, ils ont meurtri son âme et son corps ce jour là, à tout jamais?
Aujourd?hui encore elle se souvient, elle peut encore sentir leurs mains, piétiner sans fin, ses seins, ses fesses, ses jambes, son ventre, en malaxant, en tripotant inlassablement son corps d?enfant, leurs grosses mains qui avaient faim, et qui n?ont épargné aucun recoin de son intimité, de son être?
Elle sent encore dans sa bouche, leurs gros sexes sales et gluants, qui enfoncés dans sa gorge, lui donnaient envi de vomir?
Elle sent encore leurs gros sexes dégoûtants, la pénétrer sans cesse durant des heures, la déchirant, la baisant, comme baise les bêtes?
Et elle entend encore leurs voix l?humiliant, lui murmurant des obscénités, à vous crever le c?ur, et leurs rires odieux de mal puissant, perçant le silence de la nuit?
Ses larmes n?en finissaient pas de couler, elle se souvient encore, d?avoir fermer les yeux, pour ne pas voir les rictus déformés les visages de ses violeurs, quand ils ont déversé leurs spermes sur son corps souillé?
Et puis elle entend encore, le gros photographe, hurlé, « c?est bon les mecs, c?est dans le boîte et ça vaut de l?or », et s?adressant au beau gosse de la gare « remets la en état, on aura besoin de son jolie petit minois et de son cul pour se faire du fric »?
Pendant les années qui ont suivi, ils ont anéanti sa vie? Violée, droguée, photographiée, filmée, pour la bonne société qui pendant des soirées organisées se délecteront par le seul plaisir de la voir se faire sodomiser où pénétrer, qui saliveront au point d?éjaculer en s?imaginant ce qu?ils auraient pu faire eux aussi avec sa belle paire de fesse, où qui baveront de sueur, une main sur la queue et les yeux rivés devant l?écran? pendant des années, elle se droguera pour supporter tout ça?
Et aujourd?hui, maigre et affaiblie, elle n?est plus aussi photogénique, la drogue ayant bousillé son corps, le sexe ayant saccagé définitivement son âme? Ils ont balayé ses rêves d?adolescente qui voulait devenir star, balayé ses rêves de retour au pays, balayé ses rêves de vouloir vivre un vrai compte de fée avec un beau prince charmant? Le prince charmant n?existe pas, le sien est un rabatteur, un beau gosse doué pour la parole qui lui a fait miroiter une vie de rêve avec strass et paillettes, mais qui au bout de quatre années, la jeté sur le trottoir, parce qu?elle a perdu sa fraîcheur et sa beauté?
Aujourd?hui, elle tapine pour se payer sa drogue, qui est devenue sa seule amie pendant ses années de pornographies, la drogue sa seule amie dans ce monde maudit, où les petites filles n?ont pas le temps de fleurir, à seulement vingt ans elle pleure, car aujourd?hui encore, fatiguée, usée, fanée, elle ne peut que regretter qu à cause de sa naïveté elle s?est laissée posséder, sans pouvoir s?échapper, elle a offert sans le vouloir, le seul joyau sacré qu?elle possédait, son sexe?