Chapitre I : Un jour peut-être
Il était un monde merveilleux, plein d’amour, dans lequel les habitants ne pensaient qu’à venir en aide à leurs congénères. Ce monde débordait de couleurs, de soleil, de chaleur et d’encens enivrants.
Un jour, un gros nuage s’installa au-dessus d’une ravissante clairière et la nuit s’y installa. Ils ne voulaient pas reconnaître le changement et continuaient à vivre de la même façon. Ils aidaient ceux qui vivaient encore sous la lumière. Mais ils avaient changé, les ténèbres les avaient rendus tristes, pâles et ils s’épuisaient à force de faire semblant.
Les années passaient, le nuage s’étendait jusqu’à couvrir une grande partie de la planète.
Il se mit à pleuvoir. La lumière, la chaleur et les odeurs disparaissaient. C’est alors qu’ils levèrent les yeux vers le ciel et comprirent que la fin était proche et qu’ils n’avaient pas réellement vécu, sinon pour les autres. Ils décidèrent de penser à eux, de s’accorder un peu de bonheur.
Mais c’était impossible, leur bonheur risquait de nuire aux autres. Il s n’avaient pas grandi en ce sens. Alors, ils se blottirent au pied d’un grand arbre. Recroquevillés sur eux-même, ils attendraient le retour de la lumière. Elle reviendrait bien un jour !
Pour ne pas faire de mal autour d’eux, ils préféraient attendre que le temps décide pour eux.
Peut-être qu’un jour, la pluie cesserait, que le nuage se disperserait et que les rayons du soleil raviveraient les couleurs, les odeurs et illumineraient leur vie en réchauffant leur cœur.
L’ange à l’aile brisée
Certains passaient à coté d’eux en criant de ne pas rester ainsi, qu’ils devaient se montrer égoïstes et ne penser qu’à eux.
D’autres hurlaient qu’ils étaient nés ainsi, pour subir la vie et qu’ils n’auraient pas de répit.
Tous ces gens les enfonçaient encore plus chaque jour ? Quand une main se posa sur leur épaule, une voix chuchota à l’oreille
-« Je suis tout comme vous, j’appartiens à votre tribu, mais je me suis perdu. Aimez-moi comme je vous aime, aimez-moi comme vous m’avez aimé en d’autres temps, aimez-moi parce que nous nous sommes toujours aimés et que nos chemins se croisent à nouveau.
Ils se levèrent vers la main tendue et se perdirent dans le regard étoilé. Aux côtés de l’ange, ils oubliaient toutes leurs souffrances et leurs désillusions.
Sa présence, ses paroles, son amour, leur suffisaient et dissimulaient les nuages menaçants. Ils avancèrent ainsi, un bon moment dans la vie. Tout comme lui, ils avaient de petites ailes qui leur permettaient de ne plus toucher le sol maudit.
L’orage foudroya une des ailes de l’ange. Alors, il leur cria qu’il les aimait mais que dorénavant, il était comme les autres. Qu’une partie de sa vie se trouvait au sol et dans les ténèbres, qu’il ne les méritait pas, qu’il avait peur et qu’il n’était pas assez fort pour leur apporter le bonheur.
Il disparut de leur vie. Ils le cherchèrent partout sans comprendre pourquoi il était venu pour ensuite les abandonner.
Lui, se dissimulait sous une grande cape pour échapper à leur regard et ne pas regretter son choix, par-là même, il cachait son propre désarroi.
Tout bascula, la lumière artificielle disparue avec l’ange.
L’attente
Le ciel s’obscurcissait à nouveau. Toujours assis sous leur arbre, ils se nourrissaient des quelques moment de bonheur qu’ils avaient pu vivre, et Dieu seul sait, combien ils avaient été heureux.
Ils savaient que ces souvenirs étaient à jamais gravés dans leurs cœurs. Ni les gens, ni le temps ne pouvaient les altérer, ni même les effacer. Tant d’amour ne pouvait être qu’immortel.
Ils savaient aussi, qu’arrivait la fin, ce bonheur là, les guiderait vers la lumière céleste.
Alors, ils continuaient à attendre à l’abri des immenses branches, les paupières baissées, un sourire sur leurs lèvres. Mon Dieu, qu’ils ont été heureux dans toute cette ombre ! Et ils ne regrettent rien.
Ce ne sont pas les gens qui décideront pour eux, c’est leur amour qui les réunira, peu importe le temps nécessaire.
La vie pour eux aura d’autres couleurs et d’autres senteurs, parce qu’enfin, pour eux, la vie commencera.
Chapitre II : Le bonheur majuscule
Le réveil
Toujours plongés dans leur rêverie, ils se laissaient bercer par le clapotis de la pluie sur les feuilles. Le grondement du tonnerre semblait s’éloigner. Soudain, leurs yeux s’ouvrirent. Quelque chose les obligeait à sortir de leur léthargie. Mais qui, quoi ? Etait-ce une petite voix intérieure ou quelqu’un leur sommait de revenir à la réalité ?
Ils avaient la tête toujours baissée, leur regard se posa sur leurs jambes repliées que leurs bras maintenaient encerclées. Ils levèrent doucement leur visage pour scruter l’horizon. La couleur de l’immense masse nuageuse s’était adoucie, laissant filtrer un mince filet lumineux.
Ils se sentaient attirés, mais leurs membres étaient engourdis. Devaient-ils encore attendre ? Etait ce ça la vie ? Devaient-ils avancer vers la rédemption ? Lentement leurs doigts s’écartèrent, leurs mains se lâchèrent libérant leurs jambes prisonnières depuis bien trop longtemps. Ils posèrent leurs paumes sur l’épaisse mousse humide qui jonchait le sol, et dans un terrible effort leur arrachant un cri, ils se levèrent.
Ils restèrent un long moment adossés contre le tronc protecteur sans savoir se décider. Bouger leur faisait peur, mais s’ils restaient, ils risquaient de s’endormir à jamais.
Ils devaient avancer vers la source de lumière pour au moins, dans un premier temps, réchauffer leur corps. Tels des automates, ils firent un pas en avant…puis un deuxième. Ils quittèrent la toiture de feuillage. Regard fixé sur le halot de lumière qui au loin descendait en éventail du ciel vers les terres dévastées. Décidément, le ciel s’éclaircissait. Non, ils n’allaient pas attendre sans effort. Le bonheur, ils le chercheraient, le provoqueraient en allant de l’avant. Après tout, ils n’avaient pas changé, ils emporteraient leur passé vers un futur qui ne pouvait être que meilleur. Un futur qu’ils pourraient vivre au grand jour.
La marche en avant
Mon Dieu, que l’avancée était pénible. Ils regardaient droit devant, fixant la lumière. Derrière eux, l’arbre disparaissait dans la brume. Chaque pas les faisait souffrir. Leurs muscles atrophiés supportaient difficilement toute cette boue qui se collait à leurs pieds. Mais ils avançaient, n’était ce pas là la priorité ? Leur cœur gonflait de doutes brûlait leur poitrine. Leur gorge, leur estomac, leurs intestins se nouaient sur des interrogations qui revenaient sans cesse. Toutes ces questions qu’ils ne s’étaient pas posées quand ils se laissaient envahir par la torpeur. Toutes ces questions qui maintenant les hantaient.
Avaient-ils eu raison de prétendre au bonheur, de faire souffrir les autres pour en arriver là ?
Pourquoi personne ne les soutenait alors qu’ils avaient toujours été présents pour eux ? N’étaient ce pas ceux qu’ils avaient le plus aimé qui les avaient fait le plus souffrir ? Leur vie n’avait-elle était habitée que par le mensonge et l’hypocrisie ?
Ils étaient maintenant seuls à peiner sur ce sentier glissant, dans ce paysage froid et humide, à espérer atteindre un autre demain.
Auraient-ils du laisser leur passé sous l’arbre pour un meilleur départ. Impossible, celui-ci avait envahi leur corps et leur esprit. Ils devaient supporter ce fardeau.
La clarté ne viendrait pas à eux, il leur faudrait la chercher, et plus l’épreuve sera difficile, plus ils en sortiront fort.
Parce qu’ils connaissaient la souffrance, ils se permettaient en chemin de relever et d’épauler des voyageurs perdus. Mais ils ne s’attardaient pas, il ne fallait surtout pas retomber dans les excès d’antan.
Régulièrement, ils s’effondraient sur le sol, pleurant tout leur saoul en criant « POURQUOI NOUS, NOUS NE MERITIONS PAS CA » Une fois, leur peine évacuée et leurs larmes taries, ils se relevaient reprenant leur dure périple vers l’éventail de lumière.
L’ange aux ailes collées
Sur l’autre face de la planète, un ange avançait dans la tourmente. Cet ange avait depuis toujours replié ses ailes pour dissimuler sa sensibilité aux autres peuples.
Quand le nuage noir et menaçant était apparu, il avait décidé de coller définitivement ses ailes et avait poursuivi, seul, son chemin. Il avait fuit sa propre souffrance en fuyant celle des autres. Parce qu’il ne savait pas leur parler, parce qu’il ne savait pas les consoler, il s’était éloigné et avait erré sans but.
Maintenant que tout allait mal et qu’il les sentait fléchir, il fallait quitter l’obscurité, se battre pour les retrouver. Alors, il courut vers l’horizon, seul endroit d’où il pourrait les secourir.
La chaleur décollerait ses ailes et il pourrait leur crier tout son amour. Il leur expliquerait combien, pour lui aussi, ce fut difficile, mais combien il voulait changer, étendre ses ailes et les protéger.
Dépêches toi, ange, ils ont besoin d’aide ! Dans un premier temps, ils seront surpris de ton changement et ils se montreront méfiants. A toi de leur prouver ta volonté, ta ténacité, ta sincérité et surtout tout l’amour que tu peux leur apporter. Il faudra du temps, mais parfois le temps fait des miracles.
L’abandon
Trop d’efforts décuplés pour cette expédition, l’absence pesante de l’ange au regard étoilé, le faisceau lumineux qui semblait toujours inaccessible, les firent une dernière fois s’effondrer sur le sol gorgé d’eau. Allongés sur le côté, tête posée sur un bras, main ouverte dans une flaque, ils avaient fermé les yeux en attendant la fin, décidés à ne plus se battre.
Leurs rêves de jadis avaient disparu. Pourquoi continuer, tout était si pénible ? Le bonheur n’existait sans doute pas ; juste une chimère. Cette lumière à l’horizon ne pouvait être qu’un mirage, un oasis créé de toutes pièces dans leur esprit malade. Ils avaient tant espéré, tant pleuré, qu’ils n’étaient plus qu’une enveloppe corporelle, une coquille vide, et c’est ainsi qu’ils allaient partir.
Seuls, ils avaient été tout au long de leur vie, seuls ils finiraient. Ils seraient vite oubliés ! Des ombres dans l’ombre, dont la mission était d’aider, de servir et de se taire.
Endors toi peuple de légende, mythe tu as été, mythe tu resteras !
La petite fée
Une petite voix tinta du néant dans lequel ils sombraient.
-« Lèves toi, tu dois te battre. Ne regarde pas en arrière, vas de l’avant. Ta vie n’est pas finie, elle sera ce que tu en feras. Cesses de vivre dans les rêves, reviens à la réalité. Vois les choses telles quelles sont »
Elle ouvrit les yeux et aperçut une petite fée à la chevelure flamboyante, aux ailes scintillantes mais au regard triste.
Où étaient donc ses compagnons de route, son clan ! Pas âme qui vive n’était étendue à ses côtés. Elle était belle et bien une seule et unique personne qui s’était inventée un monde pour rompre sa solitude et fuir une réalité qui lui faisait peur.
-« j’ai peur, petite fée. Il me manque. Il m’a fait oublier les intempéries, il m’a donné tant d’espoir, tant de joie et il m’a abandonné »
La petite fée lui répondit qu’il n’était pas digne d’être aimé, qu’il ne savait pas le rendre. Qu’il l’avait fait souffrir, elle aussi, mais qu’elle allait s’en retourner à ses côtés dans la brume parce qu’elle pensait encore l’aimer et qu’elle avait encore besoin de lui.
La petite fée disparut dans un léger bruissement d’ailes, laissant derrière elle un sillon de paillettes aux couleurs de l’arc-en-ciel.
La source de lumière
Elle resta un moment assise, se répétant les paroles de l’étrange vision. Puis soudainement se leva, fermement décidée à ne plus se lamenter sur son sort. C’est d’un pas alerte, qu’elle reprit la route. Peu importe la distance à parcourir, elle y arriverait.
C’est ainsi qu’elle atteignit la source lumineuse qui se présenta à elle comme un mur séparant un monde de désolation et l’inconnu.
Elle pouvait y deviner l’ombre de l’ange aux ailes décollées. Il tendit une main vers elle à travers l’écran lumineux. Elle put y voir un anneau d’or étinceler. Elle regarda sa main gauche, et s’aperçut qu’elle portait un ornement identique à l’annulaire. Il semblait bien terne comparé à celui de l’ange mais elle se dit qu’une fois réunis, ils brilleraient d’un même éclat. Alors, à son tour, elle tendit sa main vers son sauveur, espérant qu’il continuerait à déployer ses ailes. Elle se disait qu’elle pourrait voler avec lui et se réjouir d’être enfin arrivée dans la lumière. Là enfin, elle pourra se retrouver, reprendre goût à la vie et comprendre qu’elle est quelqu’un de bien réel.
Elle apprendra à vivre avec elle-même pour pouvoir vivre en harmonie avec ceux qui l’entourent parce qu’il faut d’abord s’aimer et vivre pour soit pour pouvoir aimer et être présent pour les autres. Il faut savoir apprécier la vie quelle que soit la couleur du ciel. Il y a forcément des nuances qu’il faut apprendre à déceler et c’est sur elles qu’il faut s’attarder si minimes soient-elles.
Une fois qu’elle aura su mettre tout ça en pratique, alors enfin, elle aura atteint LE BONHEUR.
Epilogue
Toi l’ange aux ailes brisées, toi que je disais mon âme sœur, toi pour qui j’aurais tout donné, toi qui m’as abandonné en te cachant derrière ton handicape, jamais tu n’atteindras la sérénité de l’esprit parce que tu te complais dans ce qui t’est un fardeau. Tu as décidé de vivre constamment dans la nostalgie du passé. Tu t’éteindras sur des « si » et des « peut-être » Tu ne connaîtras jamais le BONHEUR parce que depuis toujours tu as décidé de subir la vie et de ne jamais te battre.
Tu peux cacher ta honte sous ton couvre-chef car tu as fait d’énormes dégâts autour de toi. Tu as entraîné ton entourage avec toi dans la brume. Tu laisseras ta compagne dans le doute et le mensonge en te réfugiant dans le silence.
Toi, l’ange déchu, toi en qui j’avais confiance, jamais je n’ai pensé que tu me ferais autant souffrir. A moi, tu as laissé une plaie ouverte.
Toi petite fée, toi ma meilleure amie, toi que je disais être une sœur, toi que j’ai trahi, tu étais sans doute la seule qui méritait mon amour. L’amour entre fée est un amour pur et sain.
Je suis désolée que tu ne connaisses pas la face cachée de l’ange, face qu’il a enfouie à jamais. Il a existé vraiment celui qui m’a accompagnée seulement ce côté de sa personnalité, il me l’a réservé. Mais tu as raison, il ne mérite pas l’amour qu’on lui porte.
Il faudra du temps pour que tu m’accordes le pardon, je sais que tu l’atteindras. Quand tu te sentiras prête, quittes le néant de temps en temps pour me rejoindre dans la clarté. Viens me distribuer tes sages paroles, viens me conseiller de ta douce voix, tenons-nous compagnie comme si les anges n’existaient pas. C’est là mon plus cher désir.
Toi l’ange aux ailes pliées, toi mon mari, toi le père de mes enfants, toi que j’ai aussi trahi, montres que je peux voler à l’ombre de ton envergure. Une ombre qui cette fois si ne sera plus destructrice. Tu m’as aidé à atteindre la lumière.
Je ne peux pas te faire de promesses définitives, mais j’admire les efforts que tu as fourni.
Je sais que tu m’aimes pour ce que je suis et non pour ce que je représente. C’est ce dont j’ai le plus besoin : être quelqu’un, une personne à part entière.
Je ne sais pas si tu arriveras à cicatriser ma blessure, seul le temps décidera de notre avenir.
Toi l’immense nuage noir qui a envahi ma vie, toi qui telle une tornade on baptise, je t’ai nommée « LALIE »
Tu as apporté un peu plus d’un an de sourires et de joie pour des années de ténèbres et pourtant, c’est de cette année là dont je dois me souvenir.
Toi, ange déchu, de quoi dois-je me souvenir ?
FIN
A Corinne
Même si la vie n’est pas finie, c’est dans la clarté que notre avenir se joue.
On s’y sent plus fort pour affronter les épreuves.
Rester dans l’ombre, nous oblige à piétiner et, s’enliser c’est se laisser mourir.
Isabelle