Bricoleur de génie, à l'imagination fertile,
Le Jardinier Céleste, lassé d'être futile,
Se dit - en aparté bien que seul en ces lieux:
"Eh bien, pour me détendre, amusons-nous un peu!"
D'une once de poussière, mêlée d'un litre d'eau,
Il pétrit une pâte et ,s'installant au tour,
(potier à ses heures), façonna quelque chose de beau,
Polit et repolit la chose en ses contours.
Fier de lui, sans faiblir, il redouble d'efforts
Et fait une réplique - bien qu'un peu différente :
Il en met plus en haut, et beaucoup moins en bas,
Des collines, des vallons, des rondeurs affolantes...
Il décore son oeuvre de mirifiques appâts.
Il leur donne un jardin et licence d'y vivre,
Mais jaloux de ses pommes et de ce vieux bon cidre,
Il les tance vertement : "Oubliez ce pommier!
Ou bien gare ! Vous seriez ennuyés ! "
(Il dit un autre mot, que je ne peux répéter...)
Toutes les mères le savent : "Dire non aux enfants ?
Ils feront le contraire, c'est bien plus amusant ! "
Un soir dans le Jardin, le Maître étant parti
Vers quelque bar externe, la femme et le mari
S'approchèrent du pommier , tremblants et fascinés.
"Chéri, ce pommier m'intéresse!", souffla la dulcinée,
"Et je voudrais tant qu'on s'en paye une tranche !"
Le compère, fort inquiet et sans allégresse,
Se gratte la tète, se gratte les fesses,
Et Considère, très songeur, la pomme sur sa branche.
Un serpent trottinant vaquait à ses affaires:
(En ces temps fabuleux les animaux parlaient,
et le plus étonnant : même le serpent marchait !)
Badinant, tentateur, il leur dit de le faire !
"Mais c'est mal, dit Adam, et le propriétaire
Pourrait, dans sa colère, nous expulser des terres"
Eve fit son oeil de velours et un câlin glouton:
"Chéri, fais-moi plaisir et cueille cette pomme,
Je saurais te montrer que tu es bien un Homme !"
"Ma pomme ! " chantaient Eve et le serpent à l'unisson ...
Le mari prend la pomme et la donne à sa femme
Laquelle le remercie avec toute sa flamme...
Et ils glissent tous deux, langoureux, en une sieste
Orgiaque et digestive (*) , c'est alors que :"Peste !"
Crie le mari , le Proprio est là , il est revenu.
S'il nous voit, il pourrait nous jeter à la rue!"
Ils se cachent tous deux derrière une feuille de vigne
Mais le Boss se rit de ces deux masques insignes.
Furieux, courroucé, le Patron gesticule
La voix tonnante et sans aucun préambule,
Les sermonne violemment , comme un vrai Père Ronchon:
"Vous êtes virés d'ici ! Et je garde la caution !"
Stupéfaits , ahuris, les deux ex-locataires,
Bras-dessus, bras-dessous, trottinent vers la Sortie.
On pourrait finir là cette histoire rudimentaire,
Mais une fable, sans morale, ne saurait pas finir.
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Enfants , si m'en croyez, ne touchez pas la Pomme!
Etre viré pour ça, c'est par trop agaçant .
Contournez le problème, en ces jours de l'atome,
Prenez donc une prune, c'est beaucoup plus prudent !
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Et l'Hôte de ces bois, solitaire et gêné
Pensa : "Qu'est-ce que je vais m'ennuyer!"...
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(*) Carré blanc à la demande du Vatican...
Hervé
samovar (http://www.ecrivez.fr.st)