SIDA?
Le réveil sonne où est-ce le bruit du téléphone? Elle regarde l?heure, il est sept heures?
Fatiguée, une nuit compliquée, elle se lève, elle ne connaît pas de trêves?
Se dirigeant doucement, dans la salle de bain, comme chaque matin, elle remercie, on ne
sait qui, d?être toujours en vie?
Un ?il furtif, en passant devant le miroir, elle se dit qu?il n?y a pas d?espoir?
Sous la douche elle entame un rituel, lui prouvant qu?elle est encore belle?
Du savon au creux de la main, doucement, elle s?attarde sur ses seins, toujours aussi fermes
se dit-elle, que ça en est même cruel? Puis elle savonne son ventre légèrement arrondi, mais pas de souci, il est beau lui aussi? Puis elle pose une main sur son sexe et presque comme un réflexe, elle s?écrie à haute voix, qu?à cause de toi où toi, attention danger, le sida est passé?
Et de l?autre main comme chaque matin, elle dirige le pommeau de douche, sur son sexe autrefois peu farouche, espérant ainsi qu?avec l?eau brûlante, elle pourra se laver de tous ses péchés?
Elle espère ainsi ôter la vie à ce sexe maudit, lui arracher les démons qui sans explications, ont pénétré son corps, et la torturent toujours de plus en plus fort? Elle pleure sur son malheur, ses larmes se confondent avec l?eau qui ruisselle toujours sur sa peau, et qui l?inondent de douleur, mais il n?est plus l?heure?Elle se dit que pleurer ne changera rien à sa vie, elle doit maintenant compter sur la trithérapie? Elle continuera à frotter son sexe comme chaque matin, pour le punir, de s?être offert en festin, à quelques amants, pour des aventures sans lendemains?
Le rituel ainsi terminé, elle s?enveloppe dans une grande serviette pour se sécher, mais ses larmes n?en finissent pas de couler? Elle prend son temps, comme pour conjurer le sort, maintenant, puis devant la glace, elle se regarde en face, au fur à mesure, qu?elle démêle sa longue chevelure, elle repense aux bons moments passés avec son dernier amant, quand ses cheveux emmêlés, il aimait à les ébouriffer? Puis elle se maquille, un peu, du noir sur ses yeux bleus, comme l?océan, lui rappelant, que souvent, elle invitait ses amants à y plonger, et s?y noyer?
Elle enfile ensuite son tailleur gris, elle se trouve encore jolie? Elle se dit que le malheur est à l?intérieur, mais que maintenant bien apprêtée, personne ne peut se douter que son âme et son corps sont ravagés?
Une avalanche de médicaments, en guise de petit déjeuner et machinalement elle sort, il fait froid dehors, mais pas autant que dans son corps, pour se rendre au travail, en tachant d?oublier pour la journée, ses entrailles? Car au milieu de la foule qui déboule, elle se dit qu?elle est une jeune femme comme les autres, même si dans sa vie, malgré les apparences, elle a eu beaucoup moins de chance?
Elle arrivera durant toute la journée à surmonter le fait que trop de sexe non protégé, l?empêche de vivre maintenant en toute liberté? Le sida est sa prison, où les prisonniers sont tous condamnés à mort, pas la peine d?appeler au secours, il n?y a pas de dernier recours, c?est comme être assis pour le reste de sa vie sur une chaise électrique, en attendant le moment fatidique?
Pourtant elle se dit qu?elle n?est plus une menace, pour les autres en face, car sa vie se résume à la trithérapie et qu?elle n?invite plus d?amants dans son lit, le sida ayant anéanti ses envies pour le reste de sa vie? Mais jamais elle le laissera gagner sans un combat acharné, simplement parce qu?elle a trop fauté avec des amants passionnés. C?est le souvenir de tous ses désirs, qui la raniment à chaque fois qu?elle déprime?elle aimait l?amour, à en devenir aveugle et sourde? Mais qu?à cela ne tienne, aujourd?hui encore elle oubliera sa peine, simplement parce que ce n?est pas encore aujourd?hui que le sida lui ôtera la vie?