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Mélodie,la petite souris au manteau de nuit



Par une sombre soirée d'hiver, alors que tous les villageois ronflaient en un tintamarre innommable, une ombre svelte et limpide se glissait sous le banc du square de la quatrième Avenue. C'était Mélodie, une ravissante petite souris, à la queue fine et aux poils soyeux. Celle-ci avait une mission : faire de cette nuit noire, une nuit magique, car bientôt,sur ce même banc, le plus beau couple d'enfant que le monde eut connu allait se retrouver. Elle était la messagère de Gaïa, mère de toute chose naturelle sur terre. Connaissant, en secret, les plans des deux fraudeurs nocturnes, et, ayant constaté que le ciel si beau à l?habitude était si sombre en cette triste soirée de décembre, elle décida de faire quelque chose pour les deux tourtereaux. Elle allait, dans son infime miséricorde, transformer cette nuit si morne, en la plus jolie nuit que la Terre n?est jamais connue : un ciel si étoilé que le bleu de celui-ci ne serait plus visible et une Lune si éclatante qu?elle réchaufferait le c?ur du plus malheureux des hommes. Pour ce faire, elle décida de faire appel a sa plus fidèle servante, Mélodie la ravissante souris.
-« Ecoute-moi, mon enfant, lui dit-elle alors de sa voix suave et chaleureuse, j?ai pour toi une missive des plus importantes.
-Je vous écoute, mère, répondit la petite souris.
-Vois-tu la petite fille la bas ?
-Celle à la jupe rose et au c?ur gros, gonflé comme une groseille en été ?
-Oui, c?est bien celle-ci dont je te parle. Et maintenant, vois-tu le petit garçon la bas ?
-Celui à la chevelure dorée, à la démarche négligée et à l?esprit ensorcelé ?
-Oui c?est d?eux dont je veux t?entretenir. Vois-tu, ces enfants s?aiment d?un amour si grand que tous les romans du monde ne suffiraient à le définir, je n?admettrais qu?ils s?unissent pour la première fois, sous un ciel si terne et triste. Je veux faire de cette nuit la plus époustouflante de toutes les nuits, mais, vois-tu, je ne sais comment m?y prendre. C?est pourquoi je te demande,fidèle et chère petite souris, de t?occuper de cela, car je n?ai guère le temps de m?en charger avec tous ces malheurs qui règnent sur Terre. Maintenant va et, je t?en conjure, fait tout ton possible pour que, d?ici quelques heures, le monde puisse voir la toute magnificence des cieux.
Elle dit; Peu de temps après, les minuscules petites pattes d?Mélodie foulaient à grande vitesse l?herbe fraîche et verdoyante du petit square, où, d?ici quelques heures, allait se dérouler le plus improbable des événements.
Allongée dans l?herbe verdoyante, entourée d?une multitude de splendides végétaux aux c?urs dorés et aux pétales éclatants, la petite souris se lamentait :
-« Cela fait maintenant deux longues heures que je sillonne les allées de ce parc, l?âme en peine, ne sachant que faire pour déloger les nuages du toit du monde, et je ne vois poindre aucune lueur d?espoir en mon esprit. Mes Muses m?auraient-elles délaissées ? Vous ai-je offensé d?une quelque façon, divine reine de l?inspiration ? Si c?est pour cela que, de vous, je ne reçois signe, je vous prie, déesses omniscientes, de m?en excuser, et de croire en mon humble sincérité : jamais, oh! Ciel, je n?aurais osé en parfaite connaissance de mon odieux méfait, faire outrage aux toutes puissantes Muses.
Comme pour répondre à sa noble prière, Mélodie vit apparaître devant elle, une magnifique petite fée, rayonnante de puretée. Celle-ci avait une chevelure rousse, ondulée, qui tombait sur ses épaules à la peau douce et satinée. Ses yeux verts débordaient de générosité et son sourire éclatant, rayonnait de bonté. Elle tendit alors la main et, tout en déposant une clé d?argent et une large feuille d?Erable dans la patte de la petite souris, elle dit ces mots :

-« Va, Hérault de Gaïa, va là haut dans les nuages, là où réside le puissant Cronos, dieu du temps et des cieux. Envole-toi sur cette feuille d?Erable aux pouvoirs divins et fend la nuit de ton ombre furtive, jusqu?au temple sacré. Maintenant pars et ne perd pas une seconde. »

A peine la souris eu t?elle le temps de remercier cette divine apparition, que celle-ci avait disparue dans l?immensité des Cieux. Se remémorant avec application les sages paroles de sa Muse, Mélodie grimpa sur la feuille d?Erable. Aussitôt, les fibrilles du végétal se mirent à vaciller et, dans une nuée de poussière d?étoile, la feuille s?envola, à travers les nuages, emmenant sur son dos la messagère de la Nature à une vitesse vertigineuse. Là haut, dans les cimes ancestrales des cieux se trouvait un temple que nul mortel n?aurait pu décrire, tant il était époustouflant. Ses piliers étaient d?or, son toit d?argent et sa porte de diamants. Au beau milieu de cette porte lumineuse se trouvait une minuscule petite enclave. Mélodie, prenant son courage à deux mains, enfonça la clé d?argent dans la serrure et leva avec délicatesse le mécanisme d?ouverture. Aussitôt, la clé se mit à scintiller et explosa en une légère poussière d?étoile. La porte se volatilisa comme par magie, laissant la voie libre à la petite souris qui pénétra alors dans le temple de Cronos.
A peine eu-elle franchit les deux colonnes dorées qu?une voix des plus grave fit écho dans tout les vastes recoins du temple :
-« Qui va là ? Déclara Cronos, tout en promenant ses doigts fins dans sa longue barbe blanche. »
-« Je me prénomme Mélodie et je suis envoyée par Gaïa, mère de toute chose naturelle sur Terre, afin de faire de cette nuit, la plus époustouflante de toutes les nuits que le monde eu connu, répondit alors la souris, d?une voix tremblante. »
-« Pauvre folle, tu ne connais dont pas le prix à payer pour cela ? Certes j?ai le pouvoir de repeindre le ciel d?étoiles resplendissantes, de mes mains expertes, mais cela demande un joyau que tu ne peux te procurer qu?à tes dépends. »
-« Dites toujours au puissant Seigneur, car seul les Prophètes prédisent l?avenir et peut être puis-je, malgré ma modeste enveloppe corporelle, vous procurer ce joyau si précieux, rétorqua Mélodie pleine d?espoir.
-Si tel est ton souhait, curieux petit rongeur, je vais donc te révéler le coût de cet acte. Chaque étoile peinte dans le ciel, coûtera une goutte de ton sang, mon enfant, car je ne puis peindre sans peinture, dit alors Cronos. Maintenant,rentre chez toi auprès de ton mari et de tes enfants,et songe à autre chose.
-Non ! prenez mon sang jusqu'à la dernière goutte, Seigneur, car l?Amour est sans limite et ma destinée est de le faire briller pour l?éternité, reprit la souris, la voix empreinte de bravoure et de mélancolie.
-Que dis-tu?Pourquoi,toi,petit souriceau,misérable souriceau,sacrifierais-tu ta vie,ton trésor,tout ce que tu as ici-bas pour satisfaire deux pauvres humains?Sais-tu que tu ne tireras ni reconnaissance,ni gloire de ton acte ? »
-Je me fiche de la Gloire,comme de la reconnaissance. Cronos,toi,si grand,si puissant,ne peux-tu concevoir que l?on meure pour une idée !
-Pauvre folle,détestes-tu tant la vie pour y mettre fin par toi-même?
-Non,Cronos,la vie fût mon seul joyau,je l?ai savourée chaque instant ,et déjà mon âme s?emplie de mélancolie à l?idée de lui dire adieu,mais ce soir,géant au grand c?ur,ce soir,je pars ; je pars rejoindre les ténèbres d?Hadès,laissant mon esprit à tes cotés, en ce tombeau doré.
-Te voir ainsi décidé me fait frémir,que puis-je faire face à un être que même la mort ne peut effleurer ?Ainsi c?est le c?ur larmoyant,empli de regret,que je vais accomplir ton sinistre souhait. »

Cronos, ému, s?empara alors délicatement de la pauvre souris, et, de ses mains délicates baignées de larmes, plongea le minuscule rongeur dans un sommeil éternel que nul mortel ne pourrait jamais interrompre. Puis il trempa ses doigts fins dans la vie même de la souris, et, de ses dix pinceaux, il barbouilla les ténèbres des Cieux. S?en fut fini de la petite Mélodie,jamais elle ne revit le rayon doré du soleil levant,ni l?ardeur du jour tombant,car au service de l?Amour tout puissant elle avait livré sa vie,modeste présent.
Et cette nuit là, on pu voir dans le ciel parmi un million d?étoiles plus scintillantes les unes que les autres, la lune illuminant de ses rayons d?argent un jeune couple qui, dans une ultime étreinte passionnée, gravèrent à jamais leur amour dans l?histoire du monde.
Neuf mois plus tard naquit de leur passion, une ravissante petite fille répondant au doux prénom de Mélodie ...

Vincent


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