Inspiration
Inspiration?
Expiration.
Inspiration?
Expiration.
Inspiration?
Inspiration?
Tu inspire longuement, une odeur poivrée ; ça te brûle la tête, le thorax, les cuisses, les pieds. Ta vue est accentuée ; à un kilomètre devant toi, une mouche vole. Elle vole.
Tu vole.
Expiration.
Inspiration?
La ! Tu stoppe. Un hoquet. Plus de respiration.
BOUM !
Qu?est-ce ?
BOUM ! C?est ton c?ur, il vibre le long de ton corps. Tu le sens. A chaque battement, tu tremble. Tu es secoué.
BOUM !
Rouge, tu vois ton sang passer aux travers de ta main, tes veines, tu hurle.
BOUM !
Blanc, ta bave tombe de ta bouche à une vitesse ahurissante, une flaque, tu glisse.
BOUM !
Vert, tu ne vois que du vert ; pas un arbre à l?horizon. Qu?est-ce ?
BOUM !
Tes battements s?accélèrent.
BOUM !
Tu hurle.
BOUM !
Tu hurle.
Tu hurle !
Tu ferme les yeux.
Inspiration?
Expiration.
Tu tibute, ta tête tourne, tu t?appuis sur quelque chose de mou.
Tu inspire.
Tu vomis.
Tu t?évanouis.
Hop ! Tu es réveillé. En tout cas, tu en as l?impression. Une lumière blanche et puissante t?aveugle. Tu ferme les yeux. Tu as la tête qui tourne, la bouche pâteuse, le ventre vide et en rouvrant les yeux, tu t?es aperçu que tu voyais flou. Une voie :
« Bonjour. Comment vous sentez-vous ?
C?est une voie grave et chaleureuse, certainement humaine. Tu balbutie :
-Où? Où suis-je ?
-Bâtiment hôpital de la terre partie urgence de la section humaine. »
Tu ouvre lentement les yeux : effectivement, tu te trouve dans une pièce blanche immaculé sur un lit métallique, à coté de toi, un de ces appareils qui font Bip ! Bip !
A cote de toi se trouve un homme noir dans une blouse blanche. Il sourit.
« Comment vous sentez-vous ? Répète-t-il
Tu as toujours la tête qui tourne, tu te sens un peu léger, ton ventre gargouille, tu as des crampes partout, tu vois toujours aussi flou mais tu lui réponds avec une voie aussi assurée que possible :
- Ca va très bien merci.
L?homme sort un karha de sa poche et demande :
- Au fait, c?est juste pour le registre, pouvez-vous nous indiquer votre nom, s?il vous plait ?
Ha ! Mon nom !
Dès que tu t?es réveille, tu t?es demandé si tu allais bien, tu t?es demandé où tu étais mais tu ne t?étais pas posé la vraie question : Qui est-tu ?
Cependant, un étrange sentiment te possède, te guide, un sentiment qui te dit : « C?est normal, tout va bien, ne t?inquiète pas. » Et c?est ce sentiment qui te pousse à répondre le premier nom qui te passe par la tête :
- Je m?appelle Lee Harvey Oswald. Citoyen américain sur Terre.
- Profession ?
- Assassin de président. »
L?infirmier est déjà parti. Il n?avait même pas haussé le sourcil, il avait noté le tout sur son karah, l?avait rangé calmement dans sa poche et était reparti en lançant :
« Reposez-vous. »
Et c?est parti !
Tu es dans une pièce carre. Quatre murs, quatre miroirs.
Tu regarde le miroir qui reflète le miroir qui reflète le miroir qui reflète le miroir qui reflète le miroir qui?
Tu te regarde.
Un moustique sur ton nez, ton bras se lance et l?écrase. Une pichenette et il est parti.
Surprise !
Alors que tu faisais la pichenette, tu vois ton reflet lancer le bras vers le moustique et l?écraser. Puis le visage du reflet change pour montrer la tête abasourdie que tu tiens maintenant. Un visage hilarant.
Ah ah ah ! Le reflet rit en décalé.
Ih ih ih ! Tu te tiens les côtes.
Oh oh oh !
Ta tête tourne.
Eh eh eh !
Tu regarde le miroir qui reflète le miroir qui reflète le miroir qui reflète le miroir qui reflète le miroir qui?
Ah ah ah ! Ih ih ih ! Oh oh oh! Eh eh eh!
Tu n?en peux plus, ta tête tourne.
Tu veux t?appuyer sur un des miroirs mais ils n?existent plus.
Tu vole !
Tu vo
o
o
o
o
o
o
l
e. Tu tombe !
Tu ouvre lentement les yeux, toujours le même hôpital. Cette fois, c?est une seg, une de ces habitants de la planète Wham, une télépathe. Elle te regarde doucement avec ses yeux jaunes en amande. Une psy sûrement.
Est-ce toi qui as pensé cela ou c?est elle qui te l?a fait penser ? C?est ça le problème avec les télépathes, on ne sait jamais si ce sont tes propres pensées ou celle que le télépathe t?envoi.
Tu sens que tu es perdu au milieu d?un univers blanc. Ou plutôt, elle sent que tu es perdue au milieu d?un univers blanc. Traduction : Elle sait que tu as perdu la mémoire et que tu as souvent des hallucinations. Et d?où viens ce sentiment étrange, cette idée qui fait que tu ne t?en inquiète pas ? Tu ne sais pas. Au fait ou as-tu été trouvé. Sur Terre, a Paris, en plein milieu d?une rue, évanoui. Des témoins ? Non, mais sais-tu d?où viennent ces hallucinations ? Non, tu ne sais pas. As-tu des connaissances scientifiques ou des sentiments particuliers qui te permettraient d?en savoir plus sur toi ? Oui, tu sens que tu as le goût du risque, que tu es énergique et que tu as une légère préférence pour la chimie. Au fait, tu aimerais bien savoir quand tu pourras sortir. Tu ne sais pas mais les résultats de la conversation sont intéressants. Tu sens qu?elle est satisfaite et qu?elle veut partir.
Comment le sais-tu ?
Pourquoi ?
Qui es-tu ?
Est-ce que tu pense ?
Tu as mal à la tête, tu ne peux plus réfléchir. Bientôt, un sentiment agréable t?envahi, c?est la psy. Elle t?a aidé à te sortir du trouble mental qui suit toujours une conversation entre un télépathe et un psy-neutre. Elle te sourit et te touche la main d?un mouvement chaleureux.
Et c?est parti !
Schlak !
Là, t?es quoi ?
Tu n?es plus humain.
Schlak !
Tu es un singe dans sa cage. Tu saute ! Tu regarde un étrange animal de peaux glabre te planter un truc fin et gris dans le bras. Ca te fais mal !
Schlak !
Tu es un Schlmedhihquevourimediran de la planète Uxajkufissaniîdeklerduin, tu as la peau rugueuse, huit yeux, tu es vert avec des taches oranges, tu as douze pattes. Tu cours !
Schlak !
Tu es un trilobite, tu es dans la mer, tu es seul. Tu es sur Terre, tu es seul. Tu sens que ton corps change, tu évolue. Et voilà un poisson !
Schlak !
Tu es un humain de la planète Terre, tu as deux yeux, la peau lisse, tu es beige, noire jaune, tu as quatre pattes. Tu tue !
Schlak !
Tu es un esprit, l?Esprit, tu englobe la Terre. Tu englobe le système. Tu englobe la galaxie. Chaque pensée est là pour toi, chaque matière est là pour toi. Chaque univers, atome, énergie est là pour toi. Tu pense !
Schlak !
Tu es mort.
Schlak !
Tu es humain.
Schlak !
Tu?
Schlak !
Es?
Schlak !
Humain !
Haaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa...
Tu es à paris !
Un sentiment de familiarité t?accompagne. Les médecins t?ont remis à l?endroit où ils t?avaient trouvé, ils n?ont fait aucune histoire pour te laisser sortir. Tu dois seulement voir la seg une fois par semaine.
Tu marche. Autour de toi l?animation de fin de soirée de la capitale de la province de France te met en joie. Tu marche.
Tu t?arrête à un bar qui possède sa propre porte inter-spatiale Autour de toi, plein de races de toutes sortes, mais aucun humain. Tu sors.
Tu marche.
Tu t?arrête. Devant toi, une rue que tu as l?impression de connaître. Oui, tu la connais. Tu la remonte. Un croisement, ton instinct te dit de prendre à gauche. Tu prends à gauche, une petite ruelle.
Tu te sens chez toi, tu t?arrête devant une maison avec un jardin, tu sonne, tu résonne.
Une fille apparaît au perron, 1 mètre 70, cheveux bruns et lisses, nez retroussé, yeux verts. Elle est magnifique. Tu sais que tu l?aime. Tu sais qu?elle t?aime.
Elle s?approche.
« Jen ? Elle a l?air un peu énervée. Elle l?est.
- Jen je t?avais dis de ne plus venir me voir, on en a déjà discuté. J?accepterais de vivre avec toi que si tu quitte ton travail.
- Mais?
- Il n?y a pas de mais ! »
Elle rentre chez elle. Tu es à nouveau seul. Mais tu t?appelle Jen.
Et c?est parti !
Ta vue. D?abord le noir. Le noir complet. Puis vint le rouge, le vert, le jaune, l?orange, le bleu moirâtre, l?infrarouge, l?ultraviolet, l?extramarron. Le blanc ! Tu vois toutes les couleurs existantes et inexistantes défiler devant toi.
Ton ouie. Rien ! Le silence. Une note, suraigu avec une en infrason. Tu es subjugué et toutes les musiques de l?univers se mêlent devant toi, dans un embrouillamini merveilleux. Tous les sons en même temps. Tu chante.
Ton goût. Un peu épicé, un peu beaucoup, sucré, salé ? Tu goûte à tout : aux excréments, au sel, au bois, au verre, à la viande. Tu en perçois toutes les subtilités.
Touché. Rugueux, lisse. Tu perçois le moindre changement de pression sur ton corps. Tu sens la douce caresse du vent sur ta peau, tu sens la plénitude d?une bille de verre. Tu touche !
Odorat. Là ! Quelqu'un est passé, tu le sens. Un homme, tu sens son eau de Cologne, tu sens que, derrière toi, une pièce d?or est enfouie à six pieds sous terre.
Tous tes sens sont accentués pendants un temps. L?un après l?autre, puis tous en même temps. Tu nage dans l?hyperperception de l?univers. Puis, tout s?arrête.
Tu te sens vide. Vide.
Rien, tu ne vois rien, tu ne sens rien, tu n?entends rien, tu ne goûte rien, tout est fade.
Rien.
Rien ?
Rien !
Rien?
Cela fait maintenant six jours que tu traîne dans tout Paris. Le peu d?argent que tu avais sur toi est bientôt épuisé. Là, tu es dans un bar à siroter un cocktail madebian. Dehors, tu vois des gens de toutes races et de toutes espèces circuler. Jusque la, tu es déjà repassé huit fois devant la maison de la fille que tu aime mais tu ne l?a pas revue. Tu cherche toujours ton passé. Tu erre dans tout Paris. Tes journées sont coupées d?hallucinations délirantes, environ une fois par jours. Tu as toujours la tête qui tourne et tu vois floue.
Tu es au bord des larmes. Ta recherche te paraît sans fin. La seule personne qui te connaît ne veut pas te parler.
Ca y est, tu pleure.
« Jenantes !
On s?adresse à toi ! C?est un homme dune quarantaine d?années qui vient d?entrer dans le bar.
« Jenantes ! »
Ainsi, tu t?appelle Jenantes.
- Comment ça va ?
- Heu? Je ne sais pas. Je suis un peu déprimé.
- On attend toujours ton rapport sur ?le boussin? au labo.
- Heu? Je ne sais pas.
- Houla ! Ca n?a pas l?air d?aller bien. Tu veux que je te raccompagne chez toi.
- Heu? Oui je veux bien. »
Tu te lève brusquement. Trop brusquement. Tu vacille, tu renverse ta chaise et tu serais tombé si ton ami ne t?avait pas rattrapé. Et c?est affalé sur ce dernier que tu sors du bar, il te met dans un taxi, s?engouffre à coté de toi. Tu es à la limite du coma. Tu tremble. Tu souffle très fort. Ton ami a lancé une adresse au chauffeur que tu n?as pas entendu.
Tu te retrouve devant un immeuble blanc, tu es épuisé. Ton ami te traine devant la grande porte, il tape un code, la porte s?ouvre. Il appuis sur un bouton, l?ascenseur. Il t?emmène le long d?un couloir et te dit.
« Je te laisse là, ça ira ? »
Tu hoche la tête. Devant toi, une porte verte blindée. Par réflexe, tu tape le bon code, la porte s?ouvre.
Et c?est parti !
Tu tremble. Non ! Tu ne tremble pas ! Tu es secoué comme un fou. Tu as la nausée.
Tu nage dans une atmosphère en nuance de marron. Tu ne vois rien que du marron.
Tu ne tremble pas, tu es secoué comme un dingue.
Des yeux, des millions d?yeux de toutes les couleurs t?entourent. Ils te fixent avec une insistance effrayante. Tu as peur.
Tu as peur.
Tu essaye d?évacuer ta peur. Tu n?y arrive pas.
Des yeux rouges devant, des yeux puissants, pénétrants. Ils te vrillent le cerveau.
Tu as peur. Tu te retourne, toujours les mêmes yeux.
Tu as très très peur.
Tu parle tout seul pour évacuer ton stress. Tu crie, tu hurle.
« Laissez moi ! Laissez moi ! Non je ne veux pas, Haaaaaaaaaaaaaaaaaaa ! »
Tu hurle. Tu n?en peux plus, tu pleure.
Tu craque, tu pleure.
Tu as trop peur.
Des yeux, partout, des yeux. Des? Yeux? Rouges? Par? Tout? Au?Tour? De? Toi?Tu meurs.
Ca y est ! Tu te souviens de tout. Tu sais qui tu es. Ca en est tellement ridicule que ris à gorge déployée. C?est au moment ou tu es entré chez toi que tu t?es souvenu. Sur ta porte d?entée, un panneaux : « Jenantes Barrain, chercheur à l?entreprise IRSE (Institut de Recherche sur les Substances Extraterrestres). »
Devant toi, une table de travail ; il y a des fioles remplies de produits de toutes les couleurs. Seule une fiole est à moitier vide, tu la soulève ; L?étiquette est à moitier effacé mais tu peux lire : « Produit venant de la planète Jetah, appelé ?boussin?, aspect jaune translucide. » A coté de la fiole, une feuille. Un rapport comme il est stipulé dessus.
Tu t?assoie devant ta table, et tu ecris.
« Rapport sur le boussin : effets sur les humains : Délires hallucinatoires, pertes de mémoire, nausée, vue troublée. Effet en moyenne pendant une semaine. »
Tu prend la feuille et tu la met dans une enveloppe intitulée IRSE. Dans une autre enveloppe ayant le même intitulé, tu mets une lettre de démission. Tu te sens euphorique. Tu mets les enveloppes dans le transférant, tu respire un bon coup, tu approche de toi le combiné visio.
Tu compose son numéro et tu te répète inlassablement les paroles que tu vas lui adresser dans ta tête : « Hydriia, ça y est ! J?ai démissionné ! Pour toi! »
Et c?est parti !
« Jeanne ! Jeanne ! Réveille-toi ! »
Je me réveille lentement, je me sens très très mal. Je vais vomir d?un instant à l?autre. Autour de moi, mes amies m?aident à me relever. Je respire un bon coup, j?ai la tête qui tourne.
« Jeanne, parle-nous lentement. Est-ce que ça va ?
- Je? Oui? Je? Qu?est-ce qui s?est passé ?
- Tu as trop fumé. Tu nous as fait un de ces trips, on a eu trop peur. Tu es partie dans un gros délire. Ca va ? »
Je ne réponds pas, je suis complètement pétée. Mes amies m?aident à m?allonger. J?inspire.
J?expire.
J?inspire?
Je tombe dans les pommes.
Enfin, je crois.
Et c?est parti !