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Nous avons laissé faire



Nous avons laissé faner les roses
Et nous avons laissé faner les choses
Bien sûr nous avons laissé faire
Nous avons même oublié
Les pétales des roses, sous les cendres
Bien sûr, nous avons laissé faire

Nous sommes tous monté vers les forges oblongues
Pour créer modeler nos rêves, les créer
Pour les crever, pour mieux les accepter
Créons nos rêves, comme on crève un abcès
Et voilà qu?on s?allonge ; on s?allonge?
Et on atteint les endroits sauvages, encore vierges
Souillés, dépecés, on versera de l?asphalte sur les neiges
Mais Madame vous riez, mais Madame vous pleurez

Et vous me vendez des utopies ma reine ?
Et vous m?offrez de l?espoir ?
Il faudrait savoir à la fin ! de vos sombres nuages d?antan
De vos belles mélodies, et voilà, et voilà le soleil
Mais voyez-vous Madame, il se passe dans les nerfs
Ce qui se passe dans les ciels d?orages, en plein hiver
Mais voyez-vous Madame, moi je vous aime Madame
Mais voyez-vous Madame, moi je vous hais

Vous avez laissé faire Madame
Oui vous avez laissé faire
Laisser faner les roses
Je vous ai vu
Dans vos sous-bois oniriques
Ce doux lieu où l?on se terre, où l?on se tait
Mais laissez moi parler,
Laissez moi parler Madame

Je vous aime Madame car vous?
Car vous m?avez éduqué, aimé, protégé
Vous m?avez bercé, roué de coups
Vous m?avez fait tenir droit, poussé de travers
Et brusqué, mordu, jeté, rebellé, mensonges
D?la Beauté, oh oui beauté, splendeur, bonheur
Pour tout cela et bien encore?
Pour tout cela je vous aime Madame

Vous les avez laissé faire Madame
Vous avez laissé pourrir nos chairs

Je vous hais Madame car vous?  
Car vous m?avez touché, jeté à terre
Vous m?avez remplit de soleil, étouffé de tabous
Lié nos chairs, péchés, chemin des guerres
Faire d?un trait-segment, le désespoir et vous
Et peur de vos couleurs, oh? votre chaleur
Pour tout ce la et bien encore?
Pour tous cela je vous hais Madame

Mais vous riez Madame ?
Mais vous pleurez ?

On ne peut pas formater le monde
On n'oublie pas, non on oublie pas, nous on oublie pas
On ne peut pas remanier le monde
Mais ça, vous n?y penser pas !
Parce que vous avez conquit mon c?ur Madame, vous m?aimez
Car je vous aime Madame? je vous hais

Nous avons laissé faner les roses
Et nous avons laissé faner les choses
Bien sûr nous avons laissé faire
Nous avons même oublié
Les pétales des roses, sous les cendres
Bien sûr, nous avons laissé faire

Mais ne vous énervez pas Madame, je vous paierai
Ne m?envoyez pas les huissiers, je vous paierai
Je vous donnerai tout ce que j?ai de génie et des hommages
Des prières et même des anges, ma poésie, louanges
Je répondrai à vos questions sans but, je vous parlerai du Minotaure
Entrez, cherchez, labyrinthe, des c?urs aux parures d?or

Je n?ai que faire de vos espérances, allusions, démences
Par delà des étoiles, part de là l?air rance
Nous pourrons alors espérer, subjugués, atteindre d?autres joies
Et la mer, et ses rivages, les eaux sucrées qu?l?on boit avec l?âge
Mais vous avez laissé faner les roses
Comme toi et eux, nous avons tous vus
Il y aura toujours l?amour, les femmes, je l?ai su
Mais vous riez Madame, mais Madame vous pleurez ?

Mais vous riez Madame, vous riez
Car toujours les mêmes complaintes, toujours l?amour, toujours la haine
« Il y en a plein qui sont passé avant toi », n?est-ce pas ?
plein de gens ordinaires, paumés, riches, sales en passant par Léo et Bertrand
Les mêmes vagues sur la roche éternelle, les diamants
Les maigres nuages sur le contrôle du temps
Les mêmes accords, les mêmes singeries, les mêmes chiens
Car vous riez Madame, vous riez !

Les pétales des roses sous les cendres
Comme toi et eux, nous avons tous vus

Mais vous pleurez Madame, vous pleurez
Car ces ritournelles, vous glacent le c?ur
Les paroles d?or ne sortent pas des prophètes, de la bible ou d?ailleurs
Elles viennent des fous, des inachevés, des anarchistes
Mais pas des sages, oh non, ils se sont rangés contre vous
Comme vous le savez Madame, le profit? le profit
Comme je vous aime Madame, comme je vous méprise
Mais vous pleurez, Madame ? Vous pleurez ?

Parce que vous avez laissé faire Madame
Parce que vous riez ?

Car de la solitude née la raison, je partirai seul, moi
Avec mon chat, il sait, écoute, tu sens le vent toi ?
Avec mon chat car lui ne sait pas, les songes
J?irai là-bas, donner mes phrases, mes mots
A une autre que toi, plus belle ou plus jeune ou les deux à la fois
Cachée sous d?autres drapeaux, sous d?autres couleurs, d?autres plages
Mais je penserai toujours à toi, je suis à toi, ne l?oublis pas
Liberté Egalité Fraternité, voyons ! Ça rime pas !

Mais vous riez Madame !
Mais vous pleurez ?

Nous avons laissé faner les roses
Et nous avons laissé faner les choses
Bien sûr nous avons laissé faire
Nous avons même oublié
Les pétales des roses, sous les cendres
Bien sûr, nous avons laissé faire

abitw


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