Adieu à mon ami
A cause de moi, ma maîtresse a basculé dans une profonde tristesse. Normal, je viens de partir, moi, son meilleur et plus fidèle ami.
Je ne vous dirait pas mon nom, c?est sans importance, mais sachez tout de même qu?il y a moins original. J?étais un persan roux aux yeux de cuivre, fier de son apparence mais sans prétention.
J?étais le roi de la maison, disposant de tout et de tous, à mon gré, grâce à mes causeries persanes et à ma belle personnalité. Je vivais avec une vieille chatte tranquille et un peu peureuse qui me laissait, de temps à autre, la taquiner de mes grosses pattes rousses, me faisant croire que j?étais le plus fort.
Mais à peine dépassé mon huitième anniversaire, un méchant cancer s?est emparé de mon abdomen. Je gonflais comme un ballon de baudruche.
Au début, ma maîtresse n?a pas compris ce qui se passait : elle s?énervait contre les enfants et mon maître, réclamant qu?on cesse de me nourrir de manière anarchique, argumentant sur la fragilité de ma race et le fait que je commençais à ne plus être tout jeune.
Malgré les protestations de la maisonnée, elle restait convaincue que mes croquettes favorites étaient responsables de ma difformité.
Et puis après, ça a été la valse des examens et des médocs. Elle a tout essayé pour me sauver mais sans tomber dans l?acharnement.
Penchée sur moi, elle me répétait inlassablement : « Il faut que tu te battes mon petit ami ».
Je n?ai pas pu. Tout allait trop vite dans mon corps.
Alors un jour, elle m?a saisi contre elle après avoir demandé aux enfants de me dire au revoir.
Elle m?a installé sur ses genoux, serré au creux de ses bras pendant que mon maître conduisait. Je lui ai lancé un regard dont elle se demande encore aujourd?hui ce qu?il signifiait. Je sais qu?elle espère que c?était de pardon qu?il s?agissait pour ce qu?elle allait faire.
Sur la table du docteur, déjà tant de fois visitée, je me suis endormi tout doucement, couché sur le côté. Mon maître attendait dans la salle d?attente que tout soit fini car il n?aurait pas supporté de me voir ainsi.
A l?instant où je vous parle, je suis devenu cendres mais ma maîtresse elle, voit partout les signes de mon absence et la vieille chatte n?a pas le pouvoir d?y changer quoi que ce soit.
Je sais que sa peine est immense et que j?ai créé un grand désert. Mais je n?y peux plus rien n?est ce pas ?
Il lui faut maintenant me laisser rejoindre le paradis des matous.
02 Octobre 2004