J'étais assise, seule, par une froide soirée d'hiver, dans cette rue que je connais si bien, espérant un geste de charité de la part des passants. Mais ces gens m'évitaient. Pourquoi leur inspirais-je un tel dégoût? Pourquoi ne regardaient ils que mon apparence de jeune fille sale et pauvre? je les voyais passer, le sourire aux lèvres, la joie au visage,en s'arretant devant moi me regardais d'un air si méprisant, j'aurai aimé un sourir, pour une fois, rien qu'un sourir, juste une fois. Mais je n'avais en retour que ce regard de mort, qui me déchirais tant le coeur quand il se posait sur moi, ces yeux pleins de mépris, pleins de haine...Je pleurais, doucement, silencieusement, ils me méprisaient en silence, et je mourrais sans bruit...
Il ne neigeait pas, mais le vent glacial retenait les gens chez eux. Seuls quelques courageux avaient osé mettre le nez dehors. Et je regardais ces gens emmitoufflés dans leur anorak. Moi j'étais en t-shirt, crevant de froid sur le pavé. Mais ça, tout le monde s'en foutait.
Mon regard était porté sur une de ses boutiques aux vitrines vides après les fêtes quand un homme envelloppé dans une grande cape noire croisa mon regard. Je restais immobile en le regardant passer tellement il dégageait une force envoûtente. J'eu pourtant l'impression d'être la seule à voir l'étrange personnage qui déambulait ainsi de son air digne et majestueux, tel un ange descendu sur terre pour acomplir sa mission. Alors qu'il disparaissait au coin d'une ruelle, une boule se coinça dans ma gorge et les larmes montèrent à mes yeux. Pourquoi? Je m'effondrai sur le sol et pleurai, ne sachant que faire. Personne ne détourna le regard vers moi. et je continuais de pleurer, regrettant ce visage divin. Ce visage si familier... Ne l'avais-je jamais croisé auparavant? Il me semblait avoir déjà longuement contemplé ce regard d'un gris profond, cette expresion de calme aus traits pourtant nerveux. Je le savais, je ne pourrais survivre plus longtemps si je ne revoyais pas, ne serait-ce qu'une seule fois ces yeux calmes et posés. Je me relevai et commençai à courir, sans trop savoir où aller,me laissant guidée par mes pas. Il était là, dans l'ombre d'une ruelle. Quand il me vit, il jetta la cigarette qu'il venait d'allumer et s'approcha de moi. Alors j'essayai de balbutier quelques mots, explicant qu'il m'avait troublé, m'excusant de je ne sais trop quoi.
"Ne dit rien, murmura-t-il en m'attirant avec force contre lui et me serrant comme s'il voulait ne jamais me lâcher, maintenant que je t'ai retrouvée, Kanley, je ne t'abandonnerai plus jamais, je te le promet."
J'avais l'impression que mon coeur allait sortir de ma poitrine. Les yeux équarquillés, petrifiée, je fixais cet homme qui m'avait nommée ainsi, de ce nom que moi seule connaissais depuis mon exil, depuis sa mort, MON nom. Alors il m'avait retrouvée, il ne m'avait pas oubliée, j'étais toujours celle qu'il aimait...
Je me blottit dans son grand manteau et respirai son odeur. Et je pleurai de joie... J'avais tellement attendu ce moment.
"Il est temps de rentrer chez nous, ici tu n'as jamais eu ta place."
Alors, serrées l'un contre l'autre, nous avons laissé nos deux corps dans cette petite ruelle et nous sommes montés haut dans le ciel, jusqu'à disparaître dans les premiers flocons de l'hiver. Et nous ne reviendrons jamais.