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Murmure-moi que rien ne nous séparera



Mes sentiments pour toi étaient si forts que j'imaginais que rien ne pourrait jamais les détruire. Nos vies me semblaient si entremêlées que la Vie elle-même ne pourrait rien entreprendre pour nous séparer.

On s'aimait tout simplement… Mais ce soir j'ai tout saisi, rien n'est éternel, il était possible de nous séparer... la Maladie nous avait rapprochés, elle nous avait uni d'un lien que l'on imaginait indestructible et ce soir ton passage de l'autre côté vient mettre un terme à ce que nous avions construit.

La Mort s'est avancée ce soir, elle nous a regardé et de sa main t'a arraché à moi. Tu as choisi de la suivre. Elle t'offrait ce qu'il m'était impossible de te donner : la possibilité de mettre un terme à tes souffrances. Mon amour ne pouvait plus rien contre tes douleurs, il les avait pendant un temps apaisé mais ce n'était que tes peurs qu'il avait dissimulées et il est devenu rapidement impuissant.

Ce soir c'est mon histoire que j'écris et ton histoire que j'ai décidée de partager... notre histoire.

Retour en arrière. Rencontre, coup de cœur, passion qui s'éteint aussi vite qu'elle est née. Nous avons été amants avant d'être amis, voilà notre erreur. Séparation douloureuse mais nécessaire, d'autres se seraient oubliés, auraient tracé un trait sur cette banale aventure en ne songeant qu'à la prochaine... Pourtant nous, nous en avions inconsciemment décidé autrement, nous ne sommes jamais parvenu à nous quitter vraiment. On a appris à devenir amis, à développer la complicité que nous n'avions pas réussi à établir dans notre relation.

Un jour, une absence, plus rien, plus de nouvelles, tu avais décidé de disparaître. Un choix personnel auquel j'étais prié de me plier. Tu aurais aimé que je t'oublie, que je rencontre quelqu'un qui m'aime vraiment, que je me détache de toi. Mais en vain, tu restais toujours en moi, je ne pouvais que m'accrocher, une foule de détails te rappelait sans cesse à moi. Ce choix, je n'avais jamais pris le temps de le comprendre, tu m'avais tout simplement rayé de ta vie. Le temps a fait son oeuvre et j'ai fini par apprendre à vivre sans toi.
Le temps file et défile, les saisons se succèdent, des hommes passent dans ma vie mais je ne laisse à aucun le temps d'y faire une place. J'aimais être avec eux, j'aimais me blottir dans leurs bras et sentir qu'ils me protégeaient mais au fond je savais que je ne les aimais pas, ils n'étaient pour moi que de passage.

Pourquoi as-tu choisi ce soir-là pour revenir? Tu es entré une nouvelle fois dans ma vie pour ne plus jamais en sortir. Je referme la porte de mon appartement, soulagée que la journée soit terminée, angoissée à l'idée de me retrouver seule comme chaque soir.
Un instant, tu es là devant ma porte. Aucun de nous ne prononce un mot. Jamais je n'aurais pu te reconnaître si je n'avais pas croisé tes yeux, ce regard, oui ce regard qui m'avait tant séduit le premier soir, il était posé sur moi à la manière d'autrefois. Toi le premier a osé rompre le silence par un simple " je suis désolé".
J'avais envie de rire, de pleurer, de te prendre dans mes bras, de te montrer combien tu m'avais manqué... mais je n'ai seulement réussi qu'à te proposer d'entrer
- Et une ballade au bord du lac, m'as-tu simplement répondu
- Au lac, ce soir mais il est déjà tard…
- On a tant de choses à rattraper..., as-tu murmuré en prenant ma main.
Je ne dis rien, te suit, je ne peux détacher mon regard de toi.
- J'ai changé, n'est ce pas?
Pour avoir changé, tu avais changé c'est vrai mais le regard que je posais sur toi alors était à des lieux de la réalité. Tu avais certes beaucoup maigris, les traits de ton visage s'étaient davantage creusés, tu semblais très fatigué.
Le silence, on se devait une fois de plus de le combler, lui qui voulait insidieusement s'interposer entre toi et moi. Peu à peu, on retrouve notre complicité que nous pensions avoir enterrée, on voulait à tout prix rattraper le temps perdu en évitant néanmoins soigneusement les questions qui blessent : pourquoi as-tu disparu ainsi, pourquoi revenir aujourd'hui et pas hier ou dans dix ans et surtout pourquoi sembles-tu avoir tant changé ?

Une réponse, deux mots " j'ai peur"
- Tu as peur, mais pourquoi as-tu peur ?
- N'as-tu pas encore compris, ne vois-tu pas combien j'ai changé ? Trois mois pas plus, trois mois et Elle m'aura emporté...
Je n'ai pas compris, je ne voulais pas comprendre, je venais de retrouver celui qui avait été mon amant puis mon ami, rien ne pouvait venir ternir ces retrouvailles. Mais j'aurais du comprendre que ce n’était pas par hasard que tu avais frappé ce soir-là à ma porte. Elle, cette maladie t'avait touché et plutôt que de lire la souffrance dans les yeux de ton entourage, tu avais préféré t'isoler du moins en attendant que le pire soit passé. Le pire n'était jamais venu, il ne restait qu'à venir. Tes illusions passées avaient disparu, tu le savais bien, il ne te restait que trois mois. On en a gagné trois supplémentaires et oui tout ceci remonte à six mois. Voilà six mois que tu es revenu dans ma vie pour n'en disparaître que ce soir...

Les jours qui ont suivi, nous avons redessiné les contours d'une amitié enfouie, tu m'avais tant manqué que je ne pouvais me passer de ta présence et contrairement à toi je n'avais pas encore conscience de la réalité. On a appris à s'aimer, on a réussi là où on avait échoué la première fois. J'ai saisi le sens du verbe aimer à tes côtés, j'ai découvert ce que c'était de dire je t’aime à la personne que l'on désire de tout son corps et de tout son cœur en s’interdisant de penser que c'est probablement la dernière fois. J'ai pris conscience de nouveaux sentiments tels que la peur, celle qu'au matin tu ais pris la fuite pour rejoindre un autre ailleurs...
On se jurait chaque jour de ne jamais se séparer, on voulait défier les lois de la médecine et même celle de la Vie. On avait gagné un mois et puis deux alors pourquoi ne pas continuer à espérer. Ce soir, la réalité a repris ses droits, elle a montré que nous avions aucun pouvoir contre elle.

Ce soir, notre dernier soir. Peut-être ressentais-tu que bientôt le mot fin apparaîtrait à notre générique. Mon regard ne pouvait se détacher du tien, tu ne disais presque rien, tu n'en avais plus la force. Je serrais fort tes doigts entre les miens.
Dans un souffle, tu m'as murmuré " rien mon amour ne nous séparera" et tes paupières se sont fermées. Je pensais simplement que tu avais besoin de repos. Je me suis allongée à tes côtés en songeant que l'on avait encore gagné une journée de plus dans notre combat. Mes yeux se sont également fermés. Ils ne se sont réouverts que pour comprendre que les tiens resteraient désormais à jamais clos, pour comprendre que tu avais rejoint l'autre rive toi mon amant et avant tout mon ami.

Ce soir s'achève notre histoire, je ferme les yeux rien que pour encore une fois t'apercevoir...

Petit-Ange


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