Requiem
La musique commença : dans un tempo lent. Devant lui, un homme, assis. Lui jouait sur le piano, lentement, ses doigts coulaient le long des touches noires et blanches.
Des notes, des notes, toujours des notes. La musique était douce et joyeuse, lhomme devant souriait. Le pianiste se dit quil allait devoir commencer : le sujet était à point.
Alors il changea de rythme, un son entraînant, en bossa nova, un air de jazz. Lhomme devant tapotait le rythme avec son doigt toujours en souriant. Les doigts étaient agiles, ils courraient, ils volaient, on ne les voyait pas toucher le piano. Lhomme regardait le pianiste faire avec lenvie de savoir jouer un jour ainsi.
Tout en jouant, le musicien leva les yeux et dans ces yeux, lhomme cru voir une flamme noire briller et eut un sursaut ; son cur battant la chamade puis il se calma en se disant que ce devait être son imagination. Il écouta.
Le pianiste ne manqua pas de relever le sursaut de son sujet et il sourie en se disant que ce devait être le bon moment.
Alors il y eut une zone de transition neutre dans laquelle le musicien en profita apparemment pour changer de gamme puis il reprit un rythme plus entraînant. La mélodie, que dis-je la mélodie, les émotions qui en sortaient étaient joyeuses et donnaient envie de danser, puis, brusquement, la musique changea, elle était plus rapide, mais plus triste. Le cur de lauditeur suivait les mouvements. Les larmes aux yeux, il écoutait. Le musicien vit bien que cétait le moment. Soudainement il accéléra le rythme ; lhomme haletait.
La musique accéléra, accéléra, accéléra, accéléra, accéléra, accéléra. Puis sarrêta. Le cur de lhomme aussi. Le sujet dexpérience se renversa sur sa chaise. Le pianiste eut un sourire, se leva, tata le pouls de lhomme. Il releva la tête, regarda autour de lui, puis éclata dun rire sardonique.
Lexpérience était concluante. La musique peut tuer.