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Ce que je suis



Qui a dit que la vie était belle, qu’il suffisait de croire pour pouvoir ? Moi, je me suis efforcée de croire mais je ne vois pas la vie en rose. J’ai le cœur lourd, rempli de colère, de rancune, de cette crasse noire qui me colle à la peau…
J’aimerais pouvoir être comme tout le monde, sans toutes ces questions qui se bousculent dans ma tête.
Pourquoi ? Comment ? Quand ? et encore Pourquoi ? … des questions sans réponses évidemment !
Alors, au final, je me demande si c’est moi qui déraille ou si c’est le monde qui va mal.
Tout le monde autour de moi semble si insouciant, si paisible alors qu’au fond de moi, la tempête ravage tout.
J’ai comme l’impression que la vie continue sans moi, je ne suis plus le mouvement. Alors que tout le monde avance dans la vie, moi je m’enfonce dans mon passé, ce passé qui s’alourdit de jour en jour. Et le pire c’est que je ne sais même plus à qui me confier, qui appeler à l’aide, tout le monde m’a abandonné. C’est le sentiment que j’ai aujourd’hui ; oui, celui d’être seule face à moi-même, face à mes souffrances…


Un jour de mars je me réveille. Tu n’es plus là. On m’a dit que la douleur passerait avec le temps mais ce n’est pas le cas. Ton cœur s’est arrêté de battre, trois heures du matin tout est fini, tu ne souffres plus. Trois heures du matin, je suis vide.
Je te croyais immortelle, tu es partie avant moi. Les jours qui ont suivi ton départ, mon regard sur ton père a changé ; ce n’était plus cet oncle tendre que j’aimais, c’était un homme aigri et sale, celui qui, un soir bien avant ta naissance, a gravé en moi l’horreur, la peur et le dégoût.
Je me rappelle de son souffle qui s’accélère, de ses mains moites affamées. J’ai eu peur, j’essayais de trouver le sommeil en serrant les dents. Qui de lui ou d’elle me faisait le plus de mal ? Pourquoi est-elle restée passive, pourquoi ne m’a-t-elle pas protégé ? Je n’ai jamais trouvé de réponse à ces questions.
C’est un peu comme s’il avait aspiré la vie qui m’animait mais avec un effet de bombe à retardement. C’est pour ça que c’est seulement en te perdant que j’ai réalisé, le souffle de la vie a déserté mon corps.
Je me suis renfermée, je suis restée muette à ce qui me détruisait mais que peut-on dire face à ça ?
Aujourd’hui je ne le cache pas, ta « Sissou », ta grande sœur est morte, celle que tu connaissais par cœur et qui t’avait promis de prendre soin de toi sans y parvenir n’existe plus.
Elle s’est effacée pour laisser place à une fille perdue, vide, qui cache sa peur en riant très fort, en fuyant, cette fille qui ne croit plus en la vie.
J’ai éteint la lumière sur ma vie à l’âge de 11 ans. Depuis je vois la vie en noir, en fait elle ressemble à mes cauchemars. Plus ça va et plus je m’enfonce dans mes souffrances. Alors je joue la comédie pour être normale, ou du moins le paraître.
Et je me perds dans toute cette bouffée d’émotion, de colère, de haine même qui me donne l’impression d’être comme une cocotte-minute prête à exploser… mais je n’explose pas.
J’enfouis encore et encore, toujours tout cacher… ça devient fatigant, épuisant mais je ne veux pas faire de mal à mes proches alors silence…
On me voit comme une fille qui aime rire, qui fait des blagues, qui aime se faire remarquer mais au fond regardez-moi dans les yeux. Le brouillard dont je m’enveloppe ne tardera pas à se dissiper pour laisser éclater la vérité au grand jour.
Je ris trop fort pour que cela sonne vrai et dans le fond de mes yeux le mot TRISTESSE est gravé. Je sais que je ne peux pas me fuir longtemps mais je ne veux pas me retrouver encore face à moi-même, ça me ferait trop de mal. Alors je préfère me noyer dans le cours de la vie, me laisser porter par le monde qui m’entoure.

Sihame


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