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LE FILS D’OTHAAR



LE  FILS  D’OTHAAR





.                      CHAPITRE PREMIER : UNE CAPTURE ROYALEMENT MENEE

   

   Le soleil couchant teintait de rose les hauts murs gris de Liria, une des premières cités jamais construites par les Hommes. La déesse mère Liria lui avait donné son nom, et avait offert à ses habitants le liriate, métal léger et solide, dont les mines se trouvaient à l’extérieur de la cité. L’exploitation de cette richesse et son commerce assurait le plus gros revenu pour l’économie locale. Le liriate était transformé en objets de toutes sortes vendus à d’autres cités, mais plus particulièrement, il partait pur vers Algaréda la Métallique. Cette cité, la plus proche qu’il soit, devait son nom à ses murs, son palais royal et ses plus riches demeures édifiés en métal. Aussi le liriate servait-il à l’édification et la réparation de ces constructions. les hauts murs gris de Liria, une des premières cités jamais construites par les Hommes. La déesse mère Liria lui avait donné son nom, et avait offert à ses habitants le liriate, métal solide et léger, dont les mines se trouvaient à l’extérieur de la cité.

   Le peuple lirien était composé non pas d’une seule tribu nomade sédentarisée mais de plusieurs, venues aussi bien de l’est que de l’ouest, du sud que du nord, et leur capacité à édifier  ensemble un lieu de vie commun avait plu à la déesse. Une immense porte à double battant en bois et en métal permettait d’accéder directement à l’artère principale de la cité qui conduisait au palais royal. Cette grande avenue était, comme les rues les plus anciennes, assez tortueuse. Les maisons étaient construites en pierres sèches solidarisées entre elles par un ciment fait  de terre argileuse et de sable de la rivière nommée la Lure. Du fait des crues de printemps importantes, son lit fut aménagé : on le fit passer sous terre, on creusa des canaux qui purent amener l'eau. Plus les habitants étaient riches, plus les pierres des murs de leur demeure étaient finement taillées. Les toits étaient en bois recouverts de plaques d’argile cuites au four et assemblées entre elles par un ingénieux système de tenon mortaise. Le palais avait été édifié dans le même style, ainsi que les remparts. Ces derniers avaient servi alors que les tribus devaient se défendre contre des hordes de villageois et de paysans particulièrement méfiants envers les systèmes de tenon mortaise. Le palais avait été édifié dans le même style, ainsi que les remparts. Ces derniers avaient servi alors que les tribus devaient se défendre contre des hordes de villageois et de paysans particulièrement méfiants envers les étrangers, mais qui avaient été bien heureux plus tard de pouvoir trouver refuge dans la cité alors que des bandes de soldats déferlaient des quatre coins de la région d’Adaran. Tous les habitants de cette région parlaient la même langue et vénéraient les mêmes dieux, mais certains chefs ou rois avaient le goût de la conquête sanguinaire quand d’autre préféraient unir leurs villages ou leurs cités tout à fait pacifiquement dans le but d’améliorer leur économie et leur quotidien.

   Le Palais Royal était un vaste bâtiment qui se voulait d’abord pratique. Par une immense grille, gardée de l’extérieur comme à l’intérieur, on entrait dans une première cour sur laquelle donnaient les appartements des officiers de la Garde Royale  et de l’Armée Royale et les chambres des soldats logeant sur place. Une seconde porte grillagée s’ouvrait sur les appartements royaux situés sur l’aile du fond, et ceux des domestiques sur les ailes latérales, tous au premier étage tandis que les écuries, cuisines et magasins divers occupaient le rez-de-chaussée. Une grande tour servait d’observatoire au mage du roi qui, jusqu’à sa disparition récente inexpliquée, s’appelait Marjol. Les autres éléments de l’Armée Royale demeuraient au pied même des remparts. Ainsi les soldats avaient-ils accès plus rapidement aux remparts, leur chemin de ronde et leurs dix-sept petites tours de garde.                      

  Liria avait choisi le premier roi de la cité parmi les différents chefs des huit tribus, et l’élu avait fait des autres ses conseillers, profitant de leur amitié et de leur sagesse. Ainsi, aucun soulèvement ne vint troubler cette harmonie. Marak descendait directement de cette lignée de souverains aussi puissants que justes, aussi ambitieux que généreux. Mais pour l’heure, il était assis sur son magnifique trône de bois noir incrusté de nacre venue de loin et sur sa tête brillait une couronne des plus simple : un bandeau d’or orné de dix-sept pointes torsadées, elles aussi en or, et d'une fleur à huit pétales représentant les huit tribus originelles. L’air soucieux, soutenant sa tête d’une main, il ne cessait de regarder en soupirant l’énorme cierge gradué qui servait à marquer le temps et sa course folle.

Marak était un homme âgé. Ses cheveux et sa barbe blancs encadraient son visage aux yeux bleus habituellement pétillants de malice. Mais ce soir son regard était sombre. Depuis quelques temps en effet, une bande de voleurs attaquait les convois de liriate en partance pour Algaréda. Les Pilleurs, comme on les appelait, sévissaient dans la forêt de la déesse Juga, protectrice des voyageurs. En plus de ce sacrilège et du vol du liriate, ces hommes étaient sans pitié avec ceux qui s’aventuraient sur l’unique route menant à la cité métallique. Le dernier à avoir disparu corps et biens était Kédir le Brave, ancien général des Armées du Nord, venu écouler des jours de retraite paisibles, avec sa petite famille, dans le village des mineurs exploitant le liriate.

C’est pour cette raison que Marak attendait ses Sept Conseillers Suprêmes, qu’il surnommait volontiers les SCS. Pour l’occasion, il était vêtu d’une robe noire dont les reflets argentés rappelaient ceux de sa barbe et de ses cheveux.  Jetant un dernier coup d’œil au cierge, il descendit de son trône pour s’asseoir sur un confortable siège à la table du conseil. Cette table était très vielle, mais elle était ingénieusement évidée en son centre, laissant la place à un brasero rougeoyant qui réchauffait les vieux os du roi. La solution qu’il allait leur imposer serait sujette à contestation, surtout sous les traits d’un personnage aux mœurs peu recommandables. Sa décision était prise. Ce n’était  pas leur approbation qu’il cherchait. Il s’agissait juste de les tenir au courant, et il resterait ouvert à toute autre solution moins périlleuse qui pourrait le tirer de cette situation.

Enfin la grande porte de bois à double battant s’ouvrit pour laisser entrer sept vieillards imberbes aux cheveux coupés très courts, et vêtus de la même manière que leur souverain. Ils prirent place autour de Marak tout en discutant entre eux, comme s’ils ignoraient la présence du roi. « Vieillards insolents, pensa ce dernier, vous serez moins fiers lorsque que je vous aurais fait part de ma solution à un certain problème ! »La voix de Marak s’éleva, dominant le brouhaha assourdissant.

«- Messieurs, s’il vous plait, j’aimerais le silence. Je ne vous ai pas convoqués pour parler de la pluie et du beau temps.

Peu à peu le silence se fit. Entrèrent alors deux serviteurs qui, rapidement, allumèrent des torchères alambiquées dont la lumière révéla de riches tapisseries aux couleurs chatoyantes  égayant les murs grisâtres de la grande pièce. Puis ils disparurent, laissant le souverain de Liria affronter ses conseillers.

-Bien. Je pense vous avoir laissé suffisamment de temps pour réfléchir sur ce que nous avions décidé lors de notre dernière entrevue : l’utilisation de l’Armée Royale afin de …nettoyer la Grande Forêt de Juga. Notre économie est en péril dès lors que les Pillards empêchent le liriate d’arriver à son destinataire, notre plus gros commanditaire, Borkas, le nouveau roi d’Algaréda qui, comme nous l’avons appris récemment, ne lèvera pas dix de ses soldats pour nous aider. Ce qui d’ailleurs remet fortement en question le projet de nous unir à cette cité qui pourtant fait partie de la région d’Adaran. D’autre part, notre armée n’ayant pas eu grande utilité depuis de nombreuses années, il n’y a pas eu de renouvellement ni des soldats ni de l’Etat Major, ce qui  fait qu’en prenant le meilleur de nos effectifs nous risquons fort de nous retrouver avec une poignée d’individus peu efficaces. Dernier point important, inquiétant  et mystérieux : la retraite de mon mage survenue peu de temps après son désir de me parler de ses soupçons au sujet d’un souverain dont il n’a pas eu le temps de me révéler le nom, vu qu’il a disparu sans que je n'aie pu le revoir. Alors, messieurs, j’écoute vos propositions.

Les SCS se regardèrent pour savoir qui parlerait le premier. Visiblement, ils n’avaient rien de concluant à dire.

- Les soldats de notre armée sont trop vieux, commença du bout des lèvres le conseiller numéro 1, il faut les mettre à la retraite, et engager de jeunes recrues.

-Je ne vous le fais pas dire. Oui, conseiller numéro 6 ?

-Il faudrait faire de même avec les instructeurs.

-Et passer en revue notre arsenal, renchérit le numéro 3.

-Bien raisonné, approuva Marak. Seulement si nous renvoyons nos instructeurs, qui va les remplacer ? Kédir nous aurait été d’un grand secours, dommage…

-Des instructeurs plus jeunes, s’écria le numéro 5, content de sa réponse.

-Le problème c’est qu’aucun homme n’a été formé pour cela, l’armée est à pied d’œuvre depuis trop longtemps, lui balança le numéro 2.

Le silence retomba sur la petite assemblée, jusqu’à ce que le roi, agacé et impatient, reprenne la parole.

-Il y a pourtant dans nos murs un homme, très habile au combat, qui remplirait à merveille cette fonction. Personne ne voit qui c’est ?

N’obtenant aucune réponse, il soupira.

-Je vais vous aider un peu : il vit dans les bas fonds de la cité, et aucun de mes soldats, ne serait-ce que le plus expérimenté, n’a réussit à le capturer. Dernier indice, il nous arrive d’Algaréda. Son nom ressemble à un coup de tonnerre. Alors ?

-Par les dieux ! Vous ne voulez quand même pas parler de Kator !

-Mais si, mais si !

Marak jubilait. Les conseillers, si sûrs d’eux tout à l’heure, avaient perdu leur belle assurance. Le roi s’était passé de leurs précieux avis.

-Je l’enverrais voir ce qui se trame dans la forêt, et ensuite il nous rebâtira une armée digne de ce nom. Qu’en dites-vous ?

Les SCS, qui avaient blêmi, ne disaient pas grand chose et se regardaient entre eux cherchant du regard celui qui aurait le courage de mettre en cause une telle décision. Puis les critiques fusèrent de toutes parts.

-M.. mais, votre Majesté, ce Kator est un voyou de la pire espèce !

-Il est l’auteur de vols, de cambriolages, et prend le bien d’autrui sous la menace d’une arme ! Ce n’est pas possible !

-On lui reprocherait aussi un ou deux meurtres.

-Et s’il pactisait avec l’ennemi ?

-Et s’il s’emparait du trône avec l’appui de l’armée ?

-Et s’il…

-Et si, et si, et si…avec des si, on met Liria dans une amphore ! Avez-vous seulement autre chose de mieux à me proposer ? Savez-vous à quel point ce recrutement est urgent ?

-N’oublions pas que les Mineurs sont en grève. Pas de liriate, pas de nouvelles armes.

-Pour ce problème, je compte sur Clario, le chef de leur village.

-Comment allez-vous faire pour amener Kator jusqu’au palais, et ensuite lui faire accepter de nous aider ?

-Pour la première partie de la question, j’ai un plan. Pour ce qui est de son aide, je connais assez bien les hommes, et très peu d’entre eux hésiteraient entre le cachot à vie et des sistres d’or et d’argent, un palais et d’autres petits cadeaux…

Il soupira.

-Je suis désolé de vous imposer ça, mais Borkas, le nouveau roi d’Algaréda, nous a refusé son aide, alors qu’il désire rester notre plus gros acheteur de liriate. Il y a-t-il d’autres questions ? Bon, dans ce cas, messieurs, la séance est levée. Et je vous parie mille sistres d’or que Kator sera devant vous demain à la même heure. »

Les SCS se levèrent dans des murmures et sortirent lentement, suivis par un Marak dont le visage avait retrouvé en partie sa gaieté. Car enfin, seul l’avenir lui dirait si son choix avait été judicieux…



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La taverne des bas-fonds servait de repère à tous les coquins de Liria. Ses murs étaient noirs de crasse et de fumée produite par les braseros. Des servantes s’affairaient, servant la bière aigre et le mauvais vin à des clients peu respectueux envers elles. Mais c’était ça ou le trottoir, le choix restait limité. Autour des tables grossières, debout ou assis sur des tabourets, les hommes parlaient fort ou jouaient aux dés. On s’interpellait, on se donnait de grandes tapes dans le dos, on riait. Dans un coin, une bagarre éclatait, bientôt étouffée par les gros bras au service du tavernier.

Au milieu des groupes bruyants, il y avait un homme assis seul à une table. Il n’était pas encore soul, et observait les autres en silence. Il n’était pas à Liria depuis très longtemps, mais, déjà, des bruits couraient à son sujet. Certains disaient que son regard devenait effrayant lorsqu’il se mettait en colère, produisant une peur panique chez  ceux à qui il s’adressait ; que ce regard pouvait tantôt vous glacer le sang, tantôt vous brûler de l’intérieur, et ses yeux noirs et étincelants semblaient alors fouiller au plus profond de votre âme. Ces mêmes yeux enfoncés dans leurs orbites lui donnaient une étrange beauté, sauvage, à la fois attirante et terrifiante. Malgré les nombreuses rixes, dont il sortait toujours vainqueur, aucune cicatrice ne marquait ses bras ni son torse. Il avait des cheveux noirs courts en bataille, et n’aimait pas porter la barbe. Sa musculature était fine et puissante. D’aucun disait que sa silhouette aux larges épaules, et plus généralement sa stature, faisait invariablement penser aux représentations d’Othaar, dieu de la guerre. D’ailleurs les gens lui obéissaient tout naturellement, et lui trouvait cela tout à fait logique, car il en avait toujours été ainsi. Ce meneur d’hommes aimait la solitude. Bien des jolies femmes lui avaient tourné autour, espérant quelque chose de solide et de stable, sans succès. Il semblait inaccessible. D’ailleurs, sans les mépriser pour autant, il n’existait pour lui que deux catégories de femmes : les prostituées et les bonnes ménagères. Jamais il n’aurait levé la main sur quelqu’un appartenant à la gente féminine, non plus sur un travesti.

D’une manière générale, Kator n’était pas du genre à s’attaquer à plus faible que lui, bien au contraire : il aimait relever des défis, en particulier quand il pouvait se battre contre plus grand, plus fort ou mieux armé que lui.

On ne savait pas grand chose sur sa vie sentimentale, sauf que les conquêtes, pourtant faciles, n’étaient ni durables ni nombreuses. En fait, une aura de mystère l’entourait, ajoutant au personnage un peu plus de charisme. Mais pour l’heure, les yeux plissés, il observait le tavernier, un gros homme aux cheveux rares et gras, parler avec un inconnu qui se dissimulait dans un grand manteau noir, et probablement de lui car ils ne cessaient de lui jeter des coups d’œil. Puis le tavernier s’approcha.

« - Excuse-moi Kator, mais il y a là un homme qui aimerait discuter avec toi d’un coup assez lucratif.

Le bandit fixa le tavernier dans les yeux, et celui-ci en eut froid dans le dos.

-C’est bon, envoie-le-moi. Et apporte-nous de quoi nous rincer le gosier. »

L’inconnu prit place en face de Kator, visiblement peu sûr de lui, ce qui n’échappa au voyou.

« -Il paraît que tu as pour moi quelque chose d’intéressant ?

-En effet : de l’or, beaucoup de sistres d’or. Et dès ce soir.

-Ah! Oui ? Et pourquoi moi, et pas un autre ?

-Tu es incontestablement le meilleur, et le plus respecté.

-Qui t’a raconté de telles âneries ? Et d’abord qui es-tu ? Je ne t’ai jamais vu dans le coin.

Le regard méfiant, les yeux étrécis, Kator fixait son interlocuteur qui se mit à transpirer à grosses gouttes, avalant sa salive avant de poursuivre :

-Pour parler court, je suis effectivement un étranger, un valet qui veut se venger des humiliations et des coups de bâton de son maître.

Il s’arrêta, dérangé par le tavernier qui apporta un broc de bière et une choppe en bois.

-A supposer que tu me dises la vérité, de combien d’hommes me faudra-t-il disposer?

L’étranger avala cul sec la bière que le bandit  venait de lui servir.

-Mais d’aucun. Il n’y aura pas d’escorte, à part moi. Mon maître désire rencontrer une jolie jeune fille peu farouche afin de passer un moment agréable dans une cité inconnue. Je lui ai dit que j’irai d’abord en reconnaissance. Alors ?

-Ton maître, serait-il assez naïf pour venir par ici sans escorte? Il doit bien savoir que de trouver une fille de joie dans des quartiers aussi mal fréquentés est une entreprise risquée. Si ça se trouve, c'est toi qu'il essaie de piéger.

Le bandit se pencha un peu plus vers le valet.

-Imagine qu'il a envie de se débarrasser de toi, tout simplement. Tu prétends qu'il te maltraite, peut-être veut-il te faire assassiner, craignant que tu ne veuilles te venger de lui…

-Voilà une possibilité que je n'avais pas envisagée. Mais dans ce cas, il pourrait lui aussi craindre pour sa vie. Je pense lui conseiller une escorte jusqu'à quelques pas de notre point de rendez-vous en l'assurant qu'il n'y a que quelques pas à faire seul avec moi jusqu'à l'objet de ses désirs. Qu'en penses-tu?

Kator se leva brusquement et, saisissant le malheureux par le col par-dessus la table, le souleva de terre.

-Je pense que tu  me prends pour un imbécile ! Et si la victime du piège, c'était moi, tout simplement?

Le silence se fit dans la salle. Personne ne bougeait, y compris les vigiles de la taverne, supposés intervenir au moindre petit chahut. On entendait les mouches voler, et elles étaient nombreuses en ce lieu.

-Par Othaar, je t’ai posé une question !

-Je…je t'assure que non! Tu ne tomberais pas si facilement dedans, tu es bien trop malin!

-Donne-moi une preuve de ta sincérité, car je me sens l'envie de te casser en deux!

En guise de réponse, l’étranger réussit à surmonter sa frayeur et à fouiller dans son manteau. Il en sortit un sistre d’or qu’il lança sur la table. La pièce, en roulant sur la table, fit un bruit assourdissant dans le silence pesant. Kator lâcha son interlocuteur qui retomba lourdement sur son tabouret avec un soupir de soulagement, et se saisit de la précieuse pièce pour la mordre. Un sourire cupide se dessina sur son visage, et ses yeux se mirent à briller d’envie.

-Marché conclu ! s’écria-t-il en assénant une énorme tape sur l’épaule de l’étranger. Deux tiers du butin pour moi, un tiers pour toi.

Il lança joyeusement le sistre d’or au tavernier.

-Tavernier, tournée générale ! »

  Soulagés par la gaieté et la générosité de celui qui leur faisait plus peur que le plus sombre des cachots, les buveurs revinrent à leurs occupations aussi brusquement qu’ils les avaient interrompues, et l’ambiance redevint joyeuse.

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Plus tard dans la nuit, dans une ruelle déserte située derrière la taverne, éclairée uniquement par la lune, deux ombres cheminaient d’un pas rapide. Soudain, l’une d’elle éternua, et une grande silhouette apparut, un couteau à la main. Il y eut un appel au secours, et des soldats surgirent de nulle part pour encercler l’homme armé, qui commença à se battre. Mais un filet lui tomba dessus. Kator fut ainsi pris au piège. Malgré tout il continua de se défendre tout en essayant de se libérer. Il perdit son arme dans la bagarre, et ses assaillants en profitèrent pour l’assommer à coups de matraque avant de le traîner vers une destination inconnue, suivis par les deux ombres qui avaient servi d’appât. Quand ils eurent disparu, la ruelle retrouva son calme, comme si rien ne s’était passé. Pas de témoins, travail vite fait, bien fait.

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Marak sommeillait assis sur son trône, la tête soutenue par sa main, le bras sur l’accoudoir. Il fut réveillé en sursaut par l’ouverture des battants de la porte. Deux soldats, vêtus de cuir et portant lances, traînèrent jusque devant le roi un Kator dûment enchaîné et furieux de s’être fait prendre au piège de cette façon. Entra aussi le capitaine des gardes, que le prisonnier reconnut instantanément.

« Toi, que je ne te retrouve jamais sur mon chemin. » murmura d’un air féroce le bandit à son intention. Mais la satisfaction de celui qui l’avait piégé était trop grande pour que la peur l’envahisse.

-Votre piège a fonctionné à merveille, votre Majesté. Vous avez réussi.

-Nous avons réussi. Sans votre courage et vos talents de comédien, cette entreprise n’aurait pas marché.

-Vous me faites trop d’honneur, Majesté.

-Vous le méritez largement. A présent, tout le monde dehors. Je désire m’entretenir seul avec le prisonnier.

Marak et le capitaine des gardes échangèrent un sourire complice. Puis, lorsque le roi se retrouva seul avec son prisonnier, il se leva de son trône, tourna une fois autour de Kator avant de se mettre à marcher de long en large.

-Kator, as-tu la moindre idée du pourquoi de ta présence en ce lieu ?

-Laissez-moi réfléchir…maintenant que vous avez réussi à me capturer, vous allez me gronder avant de me jeter au cachot.

-C’est presque ça. En réalité, je vais te laisser le choix…ou plutôt non, tu n’auras pas le choix…pas vraiment.

-Et je ne choisis pas vraiment entre quoi et quoi ?

-Entre deux options. La première, le cachot à vie, mais le plus sombre et le plus profond. La deuxième, tu acceptes de m’aider à combattre les Pilleurs qui attaquent nos convois de liriate dans la forêt de Juga, tu ressorts d’ici libre et riche.

-Je vois.

-Ta décision devra être rapidement prise.

Un des battants de la porte s’ouvrit et la tête d’un soldat apparut.

-Majesté, excusez-moi…

Marak se dirigea vers le nouveau venu qui lui murmura quelque chose à l’oreille.

-D’accord, j’arrive. Excuse-moi, Kator, mais je dois m’absenter un petit moment. J’aimerais assez que tu en profites pour réfléchir à ma proposition.

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Resté seul, Kator détaillait la salle du trône, tournant sur lui-même (il avait les pieds entravés) et évaluant en connaisseur le prix des objets précieux qui voulaient rendre le décor aussi chaleureux que possible : les tapisseries, les torchères, et surtout les statuettes des divinités en vogue posées dans des niches creusées ça et là dans les murs. Il était en train d’estimer une statuette en or de la déesse Liria lorsque deux personnages firent inopinément leur entrée, par une porte dérobée cachée par une grande tapisserie, derrière le siège royal.

D’abord, Kator vit une grande et belle femme brune aux yeux noirs étincelants, et coiffée d’un chignon sophistiqué. Elle marchait d’un pas royal, faisant bouger gracieusement sa longue robe bleu nuit aux reflets noirs. Elle était couverte de bijoux et portait un diadème, véritable chef-d’œuvre filigrané, qui semblait fait de gouttes d’or. Voyant le captif, elle se dirigea lentement vers lui, l’air hautain.

Derrière venait un homme brun inquiétant les cheveux ras et la barbiche en pointe. Il était sobrement vêtu d’une robe noire sur laquelle était brodé un losange argenté.

« Si je ne m’abuse, pensa Kator, c’est le nouveau mage de Marak. Et là, sur sa robe, le losange d’argent, nouveau symbole d’Algaréda. Comme c’est étrange ! »

Le nouveau mage en question remarqua la façon soupçonneuse dont le prisonnier le regardait, les yeux étrécis. Il vit aussi que la jeune femme s’était approchée de ce dernier.

« -Princesse Cassiore, vous ne devriez pas vous approcher d’aussi près du prisonnier. Cet homme est réputé dangereux, faites attention.

-Mais que pourrait bien me faire ce fauve enchaîné, dites-moi, Calbor ?

Elle s’était mise à lui tourner langoureusement autour.

-Mais c’est vrai ce que l’on raconte : il ressemble vraiment au dieu Othaar. Mon père pourra peut-être me laisser jouer avec lui.

-J’ai d’autres projets pour Kator, ma chère fille.

-Oh ! …Je…Père, je ne vous avais pas entendu entrer.

Marak revint s’asseoir sur son trône, entouré par sa fille et son mage. Ce dernier se disait en lui-même : « Kator ne cesse de m’observer, il se doute peut-être de quelque chose. Si ce vieux croûton de roi réussit à le convaincre de l’aider, il pourrait très bien fouiner et mettre notre plan en faillite. Il faut alors que je prenne des précautions. »

-Alors, Kator, as-tu réfléchi et fait ton choix ?

-Le choix entre quoi et quoi ? s’enquit la princesse.

-Le cachot le plus sombre et le plus profond à vie ou la liberté s’il vous aide. C’est bien cela, votre Majesté ?

-Tout juste, Calbor.

-Heu…excusez-moi…commença l’intéressé.

-Vas-y, je t’écoute.

-Ce n’est pas le cachot, mais la mort que cet individu mérite !

L’effet de scandale tomba à l’eau : le roi, sa fille et le prisonnier fusillèrent du regard le mage déjà mal à l’aise. Le silence se fit.

-Si je puis me permettre, votre Majesté, je répondrais que je choisis le cachot.

-Quoi ? S’écrièrent dans un bel ensemble Marak et Cassiore.

- Excusez-moi, je plaisantais.

Le souverain de Liria poussa un soupir de soulagement, et sa fille sourit. Calbor fit une tentative de dissuasion somme toute désespérée.

-Mais, votre Majesté, cet individu pourrait vous trahir, vous assassiner, et peut-être s’en prendre à la princesse…

-Calbor, vous savez bien que, lorsque mon père prend une décision, il a d’abord bien réfléchi, et qu’ensuite il  revient  rarement dessus…

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Vêtu de son gilet de cuir noir bien propre lacé sur son torse et de braies marron neuves, Kator, rasé de frais, lavé et à peu près bien coiffé, se rendait à la salle du conseil pour être présenté aux SCS, mais aussi pour discuter avec Marak des avantages que ce dernier voudrait bien lui accorder en plus de sa liberté. Il avançait d’un pas joyeux en sifflotant dans le dédale des couloirs du palais, lorsque trois hommes armés de couteaux surgirent de nulle part pour se jeter sur lui.

« -C’est vilain de s’attaquer si nombreux à un homme désarmé !

Et il envoya un des assaillants s’écraser contre le mur.

-En plus, je n’aime pas arriver en retard à un rendez-vous.

Le deuxième se retrouva avec son arme dans le ventre. Quant au troisième, il s’enfuit sans demander son reste. Il y avait du sang sur les murs et le sol. Kator s’épousseta.

- Et voilà, j’ai sali le palais ! Marak ne va pas être content.

Il se pencha sur l’un des corps pour remarquer le losange argenté brodé sur la tunique.

-Pas la peine de consulter un devin pour savoir qui m’envoie de si gentils compagnons pour me souhaiter la bienvenue. Il y a quelque chose d’anormal, et je dois en parler à mon bienfaiteur. »

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Les bras croisés, l’air amusé, Kator regardait un à un les SCS qui, impressionnés par la stature du bandit, tentaient de se donner une contenance en détournant le regard et en se lançant dans des débuts de conversations futiles.

« C’est ça les conseillers ?  Je pourrais les faire mourir de peur rien qu’en les fixant droit dans les yeux. »

Marak crut bon d’ouvrir le débat pour mettre ses conseillers à l’aise.

« Je ne vous ferai pas l’affront de vous présenter ce jeune homme. Comme vous pouvez vous en douter, il a toute ma confiance. Kator, te voilà donc libre, et ce depuis hier au soir. En attendant la construction de son palais, je lui ai fait aménager des appartements ici, dans ce palais, tout comme vous, messieurs, et dans lesquels il a passé sa première nuit. Mon ami, je te propose deux mille sistres d’or et autant d’argent pour commencer. Il y a-t-il, dans la limite du raisonnable, quelque chose que tu désires posséder en plus ?

-Et bien, sans vouloir abuser de votre générosité, j’aimerais m’occuper de la production de liriate.

-Vous voulez la gestion des Mines ? s’indigna le conseiller numéro 3. Mais c’est absolument insensé !

-Cela lui rapporterait une rente régulière, ce n’est pas mal penser, au contraire, rétorqua le roi. C’est d’accord. Conseiller numéro 6, avez-vous tout noter ?

-Tout est écrit, le contrat est libellé.

-Bien. Alors nous n’avons plus qu’à signer, ensuite un délicieux déjeuner nous attend… »

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Clario, chef du village des Mineurs, était un grand homme grisonnant aux yeux bleus. Il était en relation direct avec le roi, avec qui il discutait des problèmes concernant aussi bien les hommes que le matériel. Pour l’heure, il tentait de convaincre les Mineurs de reprendre le travail.

« -Nous allons avoir besoin d’armes pour l’Armée Royale, et quand celle-ci en aura fini les Pilleurs, le commerce avec Algaréda reprendra. Je sais que Kédir n’est plus là pour aller vous chercher la potion protectrice de vos poumons, sans laquelle vous refusez de reprendre le travail, aussi j’ai pensé qu’un ou plusieurs d’entre vous pourraient le remplacer.

Debout sur une estrade de fortune installée dans l’immense grange qui servait de salle de réunion, il s’adressait aux hommes dont il avait la charge, plein d’espoir. Peine perdue.

-Il y a trop de dangers sur le chemin qui mène chez Xatar, commença une voix dans l’assemblée. Et pour commencer, les Pilleurs.

-Ensuite, la Barrière du Nord, son air glacial, ses Jols, puis le Bois Maudit…continua quelqu’un d’autre.

-Mais à chaque fois Kédir revenait vivant, argumenta Clario.

-Il bénéficiait de protections divines. Nous ne voulons pas mourir et laisser nos familles dans le besoin. Après tout, tu n’as qu’à y aller toi-même !

Des rires fusèrent çà et là dans l’assistance.

-Désolé, mais je n’ai pas eu la chance de pouvoir apprendre le maniement des armes, comme certains d’entre vous. Alors, qui sera assez courageux ?

-Assez courageux ou assez inconscient ?

Le chef des Mineurs dut se rendre à l’évidence: personne ne voulait se dévouer. Il devrait annoncer son échec à Marak, mais aussi à la veuve de Kédir, tout à l’heure.

-C’est bon. Puisque c’est ainsi, vous pouvez rentrer chez. Je vous souhaite le bonsoir. »

Désappointé, il regarda les hommes sortir en discutant. Il resta un moment immobile, les yeux dans le vague, avant de sortir à son tour. Il se dirigea vers une des cabanes de bois située un peu en retrait des autres. C’était l’humble demeure d’un grand général en retraite, à présent disparu, et dont la mémoire venait d’être bafouée. Il laissait derrière lui une veuve et deux enfants, une fille de vingt ans et un jeune garçon de seize ans. Il n’entendrait plus le rire tonitruant du fier guerrier, du géant blond qui méritait son surnom : Kédir le Brave. Il était devenu plus qu’un ami, presque un frère. Kédir savait donner du cœur au ventre au plus couard des hommes. Sa fille, Arula, tenait de lui. Il sourit en repensant au caractère de cette dernière, à la façon dont elle était capable de remettre à leur place les jeunes gars qui lui tournait autour.

Il frappa à la porte, et Méridia, épouse de Kédir, lui ouvrit la porte.

« -Entre, Clario. Viens te réchauffer près du feu. N’hésite pas, assied- toi sur la chaise de Kédir. Là où il est, il n’en a plus besoin.

-Nous n’avons jamais retrouvé ni son corps ni son cheval. Nous devons garder espoir.

-J’espère que tu as raison.

Le visage potelé de Méridia s’éclaira d’un triste sourire. Elle remit derrière son oreille une mèche de cheveux châtains qu’elle avait déjà parsemés de blanc et qu’habituellement elle coiffait en chignon. Puis ses yeux marron retrouvèrent leur triste expression. Tout en ce lieu lui rappelait son mari, cet homme si attentionné. Et surtout Arula.

-A propos, comment s’est passée la confrontation avec les Mineurs ?

-Très mal, personne n’a voulu bouger.

-Cela ne m’étonne pas de cette bande de lâches !

-Ne parle pas ainsi de ces hommes. Ils ne travaillent que dans de piètres conditions, Arula, rétorqua Méridia.

-Par tous les dieux, Arula, qu’as-tu fait à tes cheveux ?

Arula était une jeune fille menue au joli visage fin et aux cheveux blonds cendrés qui, pour l’heure, lui arrivaient dans le cou. Mais ce qui intriguait chez elle, sous sa frange, c’était ses yeux verts, mais d’un vert peu commun, clair et presque transparent.

-Ah, mes cheveux ? Trop abîmés, trop difficiles à coiffer. Alors Mère me les a coupés. Aucun Mineur ne veut remplacer mon père, ce n'est pourtant si difficile !

- Jeune fille, je crois que tu ne te rends pas compte des nombreux obstacles qui émaillent  la route conduisant jusque chez Xatar, soupira Clario.

- En plus, tes cheveux sont bien trop courts et te font ressembler à un de mes amis.

-Ménor, cesse de m’ennuyer à ce sujet !

Ménor, le jeune frère d’Arula, ressemblait à sa mère. Il dépassait cependant tout le monde d’une tête et ne tarderait pas à rattraper la taille de Clario. Moins autoritaire que sa sœur, il n’en était pas moins habile au maniement des armes, et rêvait de marcher sur les traces de son père.

-Ma chérie, rajoute donc un couvert pour Clario, avec qui nous allons partager le ragoût de lapin. Cela nous remontera le moral de dîner tous ensemble.

-J’accepte volontiers ton invitation, Méridia.

Tout le monde s’assit à table. Les écuelles de bois furent remplies de ragoût de lapin sauvage, accompagné d’une tranche de pain gris. Les couverts se résumaient à une  cuillère en bois par personne et l’on se passait un couteau selon les besoins.

Au bout d’un court instant, Clario reprit la parole.

-Savez-vous qui Marak a engagé comme nouvel instructeur de l’Armée Royale ? Un dénommé Kator.

-Jamais entendu parler, lui répondit Ménor entre deux bouchées.

-Comment ? Tu n’as jamais entendu parler de Kator ? C’est le bandit le plus ignoble de la cité, et en plus il n’est pas lirien.

-Tout comme nous, fit remarquer Méridia à sa fille. N’empêche que s’il ne pactise pas avec l’ennemi, nous aurons de la chance. Notre roi devient gâteux.

Clario haussa les épaules.

-En principe Marak ne prend pas de décision à la légère. Je pencherais plutôt pour une mesure d’urgence. Néanmoins, je garde confiance. De toute façon, il testera son mercenaire en l’envoyant en reconnaissance dans la Forêt de Juga. Je sais qu’ils ont signé un contrat…

Pendant que Clario exposait les termes dudit contrat, Arula restait immobile, sa cuiller en l’air, l’air absent.

-Arula, si tu ne manges plus, je peux avoir ta part ?

La question de son frère ramena la jeune fille à la réalité. Elle se remit à manger avec un féroce appétit.

-A propos, Clario, quand est-ce que Kator doit partir pour la forêt ?

-Je crois que c’est après demain. Pourquoi cette question, jeune fille ?

-Pour rien, Clario, pour rien…

-Les dieux semblent se désintéresser du sort de notre cité, et même Liria nous tourne le dos. Un brigand à la tête d’une armée de vieillards sans armes par la grèves des mineurs, un roi qui court à sa ruine…et Kédir…ah ! Si seulement il était encore parmi nous…

   Clario posa une main apaisante sur l’épaule de Méridia.

- Tout n’est pas perdu. Nous devons prier de toutes nos forces, alors peut-être que les dieux verront que personne ne les oublie et que le peuple lirien mérite un geste de bienveillance. »

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La veille de son départ pour sa première mission, Kator demanda audience à Marak, le dérangeant en plein festin.

« -J’espère que tu as une bonne raison de m’interrompre dans ma dégustation de mets fins. Je t’écoute.

Le vieux roi s’assit sur son trône, Kator debout devant lui.

-Excusez-moi, votre Majesté, mais avant de partir je voulais vous faire part de mes soupçons quant à votre nouveau mage, Calbor.

-Des soupçons portant sur quoi, par tous les dieux ?

-Je ne sais pas au juste ce qui se trame, mais il y a des petites choses qui me troublent. D’abord, savez-vous que Calbor est un algarédéen ?

-Oui, et alors ?

-Il y a un nouveau roi à Algaréda. Ce n’est plus la cité d’Othaar, mais de sa sœur Bahân, la déesse de la Mort et de la Souffrance, qui est aussi son ennemie jurée depuis que le trône du dieu-père Nabou est vacant.

-Ce sont des querelles de dieux, qui ne nous concernent en rien !

-Où est votre ancien mage ? J’ai entendu dire qu’il était parti du jour au lendemain, sans laisser d’adresse.

-C’est vrai que sa décision m’a quelque peu surpris. Il a juste laissé un message m’expliquant qu’il partait à la retraite. Un simple message, après quarante ans de bons et loyaux services.

-Avez-vous des nouvelles ? Savez-vous quelque chose ?

-Non, rien, aucune nouvelle, je dois l'avouer.

-Je dois vous dire aussi qu’en allant me présenter à vos conseillers, je me suis fait tomber dessus par trois hommes portant sur leurs tuniques le losange d’argent qui est le nouvel emblème d’Algaréda. Calbor a le même sur ses vêtements. Borkas est un tyran de la pire espèce, il enchaîne aussi bien les corps que les esprits. Beaucoup d’algarédéens ont quitté leur cité. Un complot est peut-être en train de se dérouler contre vous.

Marak s’était mis à marcher de long en large, tel un lion furieux en cage.

-Tu veux dire que je dois me méfier de mon mage. Des preuves, je veux des preuves.

Il s’était arrêté sous le nez du mercenaire, le regardant droit dans les yeux.

-Si tu n’as rien d’autre à me dire, je vais essayer de finir mon festin. Si tu ne m’as pas coupé l’appétit.

Tout en prononçant ces dernières paroles, le roi se dirigea vers la sortie.

-Majesté ?

-Quoi encore ?

-Faites attention : les mages de la nouvelle génération sont aussi de grands sorciers.

-Je te souhaite de faire une bonne promenade en forêt. »

Cette fois-ci, Marak avait disparu dans les couloirs tortueux, escorté de deux gardes.


Marie d'Arles (http://www.ecrivez.fr.st)


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