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Une fille à l'ouest



Elle trottine dans les rues sombres de la ville
Les ongles un peu trop rouges et les lèvres trop pulpeuses
Elle se promène le cheveu flamboyant et les paupières violacées
Pour certain c’est une pauv’ fille pour d’autres elle fait le trottoir
Mais pour tous elle est de mauvaise fréquentation…

Elle se balade, le regard errant et le sac comme garde du corps
Sa jupe trop courte et ses bas résilles attirent la gourmandise des passants
On lui mettrait bien un pantalon à ses résilles et des mules à ses talons aiguilles…
On aimerait la convertir, brandir une croix ou une bible sur sa mauvaise vie…

On la salit chaque fois qu’on la regarde, chaque fois qu’on la juge
Mais personne ne lui tend la main ou une oreille attentive à son combat
On la traite de tous les noms mais on oublie que ce sont nos hommes qui lui rendent visite…
On ne veut pas voir qu’elle n’est pas là par le seul fait du hasard.

Elle ne dit rien de son pays natal où la vie a perdu ses lendemains
Elle ne dit rien de l’enfant qu’elle a laissé à ses parents sans papa, sans maman.
Elle ne dit pas pourquoi elle vend son corps à des mains inconnues et parfois brutales
Elle ne dit pas la peur qui l’assaille quand elle marche seule les nuits sans lune.

Elle se tait car elle sait ce qu’on pense des filles comme elles.
On ne dit rien car on a peur qu’un jour une sœur ou une fille finisse comme elle
Ils ne disent rien car ils savent leurs mains savantes les soirs de solitudes
Les filles de l’Est souvent à l’ouest, continuent leur chemin sans se soucier de notre venin.

Elles sont à l’ouest dans l’espoir de nourrir une bouche ou deux à l’est
Elles prêtent leur corps mais jamais leur âme
Et malgré toutes ses mains qui la palpent et la tâtonnent
Elle cache sa profonde solitude face aux hommes, face aux femmes ?

Souvent accompagnées, dans les ruelles sombres ou les hôtels de gare
Elle n’a pour seuls amis que ses compagnes de galère et la peur au ventre.
Cette peur qui lui tient compagnie chaque fois qu’elle se penche à une vitre baissée
Chaque fois qu’une patrouille passe par là, ou qu’un homme se dit vouloir la « protéger ».

Elle vient de Roumanie, de la république Tchèque ou de Russie
Elle gagne bien sa vie grâce aux hommes de cette Europe désincarnée
Mais elle paye de sa personne ce peu d’argent qu’elle envoie à la famille
Elle rêve d’un toit pour son bambin, là bas au pays.

Elle s’est créée une carapace pour ne pas sombrer dans la folie…
Elle se protège des hommes sans scrupules et des femmes sans compassion
Elle fait mine de ne pas entendre leurs crachins, de ne pas voir leur œil accusateur
Elle se créer un monde imaginaire où elle n’est pas dans les gares froides
Un monde où elle serait à l’abri au creux de bras tendres au chaud dans sa cuisine…

Céline (http://www.ecrivez.fr.st)


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1 commentaire sur ce texte :


  • Lucy (http://my mail-box) le 2004-01-27 14:47:04 :
    Toutes ces tendresses étalées yeux équarquillés sur ce texte suis tombé petite femme mon bel amour que de douleurs avec autant de candeurs tu cherches ces bras chauds l'on te les a volés ils t'attendent ne sachant où te retrouver prets à mourir pour toi tu le sais...