La nuit était froide et triste malgré la présence lumineuse de la lune. Il arriva à pieds sans se soucier du poids de son attirail. D'une façon ou d'une autre, il allait lui être utile. Des qu'il l'aurait rejoint, tout irait mieux. Peut-être sa lassitude et sa fatigue lui laisseraient quelques répits, peut-être enfin pourra-t-il clore cette foutue journée. Il fallait qu'il tienne encore un peu, pour elle, pour eux, pour tous.
Elle attendait. Cela faisait longtemps qu'elle attendait. Longtemps qu'elle esperait. Quand ils l'avaient enfin attrapé, elle s'était attendu au pire. Elle se rendit compte desormais que cette attente était pire que tout. Elle s'avoua ne pas s'etre préparé à ça. Mélange de peur, d'esperance et un vide énorme, un gouffre sans fond où sa vie se jetait. Elle n'essaya pas de bouger, les lanières de cuirs tranchaient sa peau nue a chaque mouvement. Même le doux va et vient de ses poumons se remplissant d'air devenait au fur et a mesure une souffrance. L'important était qu'il vienne. Vite.
Lorsqu'il arriva devant la porte, il ne sut que faire. Il recula de quelques metres et contempla la batisse. Une bien sombre batisse pour une bien sombre mission. Il savait qu'elle etait la, dedans, a attendre. Il se depecha de sortir le materiel et entreprit de le monter. A priori, il avait quelques minutes avant que l'on ne le remarque, juste le temps de créer la panique necessaire. Sans raison, il leva la tete et contempla la lune, grosse, ronde et belle. Elle semblait lui parler, vouloir l'attirer vers lui. Une larme amere coula sur sa joue et tomba sur l'arme, lourde dans sa main. Tout serait bientôt terminé. Bientôt, ils seraient delivrés.
Le tremblement dû au souffle de l'explosion la fit brutalement revenir a la realité. Elle sut que c'etait lui et se sentit presque heureuse. Le bruit assourdissant et une fine fumée lui confirmerent qu'il arrivait. Des cris. La panique. Partout, des gens couraient et les alarmes annonçaient les coulées d'eau descendant des plafonds. Malgré tout, elle demeura immobile. Elle ne souhaitait pas souffrir inutilement. Une larme pourtant s'echappa, venant exploser sur le brancard froid en acier. Lasse, elle referma ses yeux et attendit.
Parcourant les couloirs, tirant a tout-va sur les gardes isolés qu'il rencontrait, il s'engouffrit dans le dédale. Enfin, elle était là, a l'orée d'une porte. Il la voyait.
Et son coeur mourut de douleur. Il espérait se tromper mais son amour la reconnut tout de suite. Elle était étendue, nue, dans une leurs cellule blanche et aseptisée, soumise par une dizaine de lanières en cuir à toutes leurs volontés. Les poils hérissés par le froid de sa peau rose fesaient ressortir les marques bleutées des lanières et des injections qui tachetaient son corps. La pâleur de son crâne chauve reflétait le blanc des murs.
La tristesse toucha le fond de son âme, le dégoût lui appuya sur l'estomac. Il eu envie de vomir pour ne rien garder au fond de lui, sortir cette souffrance, cette envie de mort. Il leva vers elle un regard d'une peine infinie, se sentant incapable de tout mouvement, de tout raisonnement.
Et elle lui sourit. Un sourire triomphateur, fier, beau. Elle sentit des larmes perler sur ses joues et du bonheur remplir son coeur. Elle le vit prendre son couteau et s'approchait d'elle, puis une à une, sentit les lanières ceder. Elle voulut le serrer dans ses bras, le toucher pour s'assurer de sa présence, mais ses muscles refusaient obstinement de bouger, trop meutris, comme absents. Ce fut lui qui vint, l'entourant de ses bras durs et chauds, sa bouche cherchant la sienne. Et la trouva.
Le garde avait apercu de loin l'enfoiré responsable de tout ce bordel défoncer les portes une à une. Il prefera rester planquer, le temps de savoir quoi faire, trouver la meilleure solution. Il regarda autour de lui pour voir la panique, aucun de ses amis dans le coin. Se sentant isolé, il ne lui resta qu'une seule possibilité, celle presque innée, inculquée aux fils des entrainements. Il entra dans la pièce et ouvrit le feu. Sans vraiment en connaître la raison.
Les balles passèrent comme des mouches, auxquelles l'on accorde peu d'importance. Une simple distraction mentale d'une infinitésimale seconde. La joie, le bonheur, l'amour pur, après toute cette douleur et cette souffrance offraient tellement de liberté qu'elles ne se limitées qu'a ça. De simples pressions de mouches. Pourtant, tout deux sentirent l'importance de ces balles. Comme si la noirceur ne pouvait que dominer et gagner. Ils se sentirent partir, dans les bras de l'un et de l'autre, la vie s'echappant lentement de leur corps commun pour ne laisser que le poids de la mort dans leurs corps sans vie.