Les vingt larrons et le goudron
Assez de creuser de la pauvre Planète
L'instable carapace
Pour y chercher de l'or
Pour y trouver richesse:
Cette fable nous montre-et la chose n'est plus secrète-
Que c'est bien à sa surface
Que gît le trésor
D'une souple masse compresse
Et lisse,,brillant pourtant d'une sombre couleur noire;
Mais il fallait certaine finesse
Pour s'en apercevoir:
Quelqu'un l'a eue
En voici en mots rimés le compte rendu.
De ces temps-là la Terre venait de sortir
Des miasmes de l'accouchage céleste;
Quelques plaines commençaient à fleurir,
Les dinosaures étaient partis sans demander lerur reste
A la race avançante des humains
Qiui bientôt aurait occupé tout terrain.
Ce qu'elle fit en effet car depuis quelque temps
Suirgissaient des villages de cavernes;
Quelqu'un creusa des sillons dans les champs,
D'autres, plus pratiques, inventèrent la lanterne,
Enfin il y eiut quelqu'un encore de plus fou
Qui inventa le char à quatre roues.
Depuis,en sourdine,çà et là
Le commerce commença.
Mais les humains désormais n'étaient plus troglodites:
Pour parcourir ces lieux qui sentaient le sauvage
Quelqu'un eut l'idéed'aplatir tous les sites
Sur lesquels roulaient leurs charriages;
La route étair née,mais bientôt sur les traces
Laissées par les roues la pluie,la neige et le vent
Semblèrent s'accorder pour venger cette audace
Portée à la Nature par cet être insolent:
Ainsi peu à peu s'ouvrirent les ornières
Et les routes eurent bientôtl'aspect d'un cratère.
Mais l'homme,étant têtu n'aima pas cette leçon:
Sa revanche vint rapide sous la forme du goudron.
Ce fut alors merveille de voir tous les chars repartir
Droits et sûrs, sans secousse ni halte
Vers la ligne d'horizon
Que perçait le ruban lisse et noir de l'asphalte.
Il faut dire qu'à ces temps-là
La récompense pour tout bénéfice
Apporté à l'humanité
Revenait simplement à un contrat
Signé en perpétuité entre l'acteur et la célébrité.
Puisqu'il n'y avait ni pauvres ni riches
L'argent y était marchandise peu glorieuse,
On le traitait avec dédain;
Quelqu'un y voyait un caprice de personne paresseuse,
Dès qu'on s'était régalé de son pain
Tout autre attrait restait vain.
Les alchimistes du bitume inventeurs de la recette
Avaient sur ce ppint une idée bien plus nette:
La leure étant oeuvre tout à fait exceptionnelle
La récompense de la gloire
Echouait à chose dérisoire.
L'avis devint officiel
Et une taxe fut imposée sur tout le territoire goudronné.
D'abord minime, mais aussi élargie
Aux piétons, hommes,enfants, femmes
Censés de poser les deux pieds sur leur macadam.
On protesta mais avec peu d'énergie:
Pesé les avantages, on ne demandait pas le trop.
Mais ce dernier ne tarda pas à venir
Et on imposa des impôts:
Bien qu'en grognant il fallut les subir;
Puis les taxes augmentèrent davantage
Mais le peuple refusa de payer tout péage:
Le premier contencieux de l'histoire était né
Et l'argent sur la Terre s'imposait de plein pied.
Les goudronneurs pressentant vents de guerre
Eurent fait vite de se troiuver en assemblée
Pour fixer les démarches nécessaires.
Là, la soif de richesse ayant passé toute borne,
Le comte Tomasarne sonna le flicorne:
"Messieurs, dit-il, les Dieux,il est vrai,nous ont don né cette terre
Pour y vivre à notre guise,
Mais considérons ce don divin: qu'avons nous reçu?
Le compte est vite rendu:
Une entreprise
En faillite, un amas désordonné à parfaire
Souvent à travers nos oeuvres,souvent à travers nos guerres,
Sans dire des rigueurs de l'hiver
Des bosses boisées, des ravins, des vallons, des cailloux,
Des marécages instables et d'autres embarras
L'homme a toujours trouvé de la peine à y pousser ses pas.
Et c'est juste à propos, voyez-vous,
De cette entrave pédestre
Que s'imposa à l' échelon terrestre
Le génie créatif de notre catégorie.
En effet, qu'en est-il maintenant de cette pâtisserie
Que les Dieux nous léguèrent comme étant chose finie?
Porsenna (http://www.ecrivez.org)