La Bète, le Bon et le Truand...
Au départ était la bète,
elle n'avait pas le temps d'avoir des envies
puisque chacun de ses gestes était en soi l'assouvissement d'une pulsion
elle n'était pas en quète de jouissance puisque chaque bouffée d'air déjà, en était une
ses mouvement étaient pleins, elle n'avait d'autres désirs que ce qu'elle rencontrait.
Elle ne connaissait ni culpabilité ni angoisse ni père ni mère, et tout ce qui l'entourait n'engendrait aucun attachement, elle ne savait même pas ce que signifiait vivre ou survivre,
elle était là, le reste et elle ne vivant qu'en une seule et même chose.
Un jour un oiseau passa au dessus de sa tête, et la lever fut le dernier geste dont elle se nourrit innocemment, le soleil l'éblouit elle se retourna d'un coup et vit quelque chose qui l'emplit d'effroi: Sur le sol une créature sombre et allongée prenait les couleurs du sable et de la roche n'interrompant en rien la continuité du décors, de plus, son mouvement se calquait exactement sur le sien. Prise de panique la bète détalla et il lui fallut plusieurs journées de courses folles pour se rendre compte que la chose était toujours comme collée à ses pattes, derrière, devant, à gauche ou à droite, et il lui fallu encore davantage de temps pour voir qu'elle ne constituait aucun danger. Sauf que, le mal était fait... pour la première fois la bète avait senti dans sa gueule, le goût de son coeur affolé.
Ce qu'elle ne savait pas être son ombre, elle s'en était fait une compagnie, peu à peu et pour la première fois elle connut l'attachement, mais ce qui lui restait de l'effroi initial, était une saveur acre et visqueuse, sensation qui se renforçait lorsqu'elle la hantait jusque dans son sommeil, la vie de cette manière acheva de la vacciner contre l'insouciance. Elle se souvenait bien de ce jour où elle avait levé la tête, le grand disque jaune lui avait frappé les yeux, et elle le tenait pour origine, à la fois de l'apparition de son nouveau compagnon et de cette peur qui l'avait surprise à jamais. Une pensée lancinante finit par s'imposer à elle et lui fit pour la première fois appréhender un dilemme: Aller regarder une nouvelle fois le cercle de feu pour peut-être inverser le processus et ainsi effacer cet arrière goût de panique irrationnelle, mais au risque peut-être aussi de voir son nouvel ami disparaitre. Alors le jour vint où elle ne tint plus, elle attendit le point le plus chaud de la journée, retourna à l'endroit où l'oiseau était passé, hésita encore un peu puis regarda, regarda longtemps et tout devint noir, la bète perdit connaissance. A son réveil tout était toujours noir, plus jamais elle ne revit son impalpable et silencieux ami , pour la première fois elle connut le chagrin, et presque dans le même temps la culpabilité, elle se tenait maintenant pour responsable de la disparition de celui qu'elle aimait tant, Ah si seulement elle n'avait plus jamais levé la tête... Pour la première fois elle connut l'espoir, espoir qu'un quelque chose à accomplir lui fisse revenir son ami. C'est ainsi que pour la première fois la bète réduisit la valeur de ses actes à la seule alternative d'être soit bons, soit mauvais et se fit alors le serment d'être bon par tout acte. Ainsi la bète se laissa enfourcher puis guider par le bon, puis on ne l'entendit presque plus la bète, qui devint quelque part prisonnière de ce bon, pourtant en sourdine elle souffrait autant de sa captivité que lorsqu'elle laissait (par culpabilité) le bon la punir d'avoir pris l'air qlq bref instant. Mais c'était trop tard maintenant, elle avait pris l'habitude de lui vouer un culte douloureux mais qui l'assurait de retrouver un jour un bonheur perdu voire oublié. Pourtant, monture et cavalier qui ne formaient plus qu'un commençaient à s'épuiser dans ce pelerinage, la vie de la bète, en mal de vivre, se faisait de plus en plus hurlante, et les exigences du bon d'autant plus tyranniques. Le binôme ressemblait maintenant à un écroulement vivant, la bète ne pouvait plus avancer et le bon dont le mépris vis à vis de cette tire-au-flanc avait empiré, était pret à la tuer par épuisement pour atteindre son but inavoué, oubliant par là même qu'elle était aussi son seul moyen de transport.
Une nuit, alors qu'ils dormaient ils firent dans leur songe la rencontre d'un parfait inconnu qui leur sembla pourtant si familier. Il revétait une capuche de manière que son visage ne pouvait être vu, le bon comme la bète eurent chacun cette impression bizarre qu'ils l'attendaient depuis toujours. L'être masqué murmura dans le même temps à l'oreille de l'un et de l'autre un message de délivrance tout en image,la seule chose que cet étranger leur demanda en échange fut de continuer leur voyage mais sous son nom à lui, Mr Durant. Ce message dévoilait à la bète quoi faire pour assouvir ses besoins tout en satisfaisant les exigences du bon, et convaincut le bon qu'en accordant certaines libertés à la bète elle serait une monture bien plus efficace pour servir ses desseins.
Au petit matin, le bon et la bète se réveillèrent reposés et confiants, pourtant, pour continuer leur périple, seul un homme se leva, laissant dans l'oubli les deux couches encore chaudes, on pouvait voir un sourire s'afficher sur son visage, le sourire de celui qui a réussi à devenir libre en s'escroquant lui-même. Et son nom était Durant.
Des milliers d'années s'écoulèrent, et on peut voir maintenant se croiser d'innombrables Mr Quelqun, on pourrait leur reprocher de ne pas chercher à se connaitre puisqu'ils ne savent pas qu'ils ne sont personne. Les rares fois qu'ils passent tout près de ce qu'ils sont, tout au plus ils le pointent du doigt en tant que cet autre, ce truand.
Telle est la petite histoire de la planète des bleus.
Avec pour ambiance sonore un air d'agneau mort icône
manigairie (http://www.ecrivez.org)