LIAISON TRIANGULAIRE…
C’est un début de soirée comme tant d’autres, elle est assise sur le canapé face à la télé qui ne diffuse que des émissions sans grand intérêt. Un tour de clé dans la porte… il entre… jette clé, portable, veste sur la petite commode dans l’entrée… il est là pour la soirée… elle ne l’attendait pas…du moins pas ce soir… Elle ne sait jamais d’ailleurs quand il vient, lui seul décide, du jour de ses visites. Elle est celle qui attend, qui espère, qui croit… Il est celui qui entre, qui passe, qui repart… Une liaison adultère, une liaison galère, mais une liaison quand même…
Il s’approche l’embrasse tendrement, s’installe à ses côtés devant la télé, qu’elle a coupé… ils s’embrassent à nouveau, s’étreignent, se caressent, sans mot dire, ils s’enivrent de cet instant, comme un présent… comme si le temps justement à cet instant allait s’arrêter rien que pour eux… Elle l’aime, mais préfère ne pas lui dévoiler ses sentiments… Il trouve du réconfort auprès d’elle, l’aime peut-être aussi… Il y a une certaine osmose entre eux, difficile à cerner à première vue, quand on les regarde, et pourtant ils y trouvent leur compte, puisqu’il ne dit rien, et qu’elle ne demande rien… ils feront l’amour, peut-être plusieurs fois dans la nuit, chacun essayant de puiser en l’autre un amour qui n’existe pas…ou qui n’est pas vrai…enfin surtout qui n’est pas clair…
Il n’y a que le sexe qui les réuni, elle en a besoin… lui aussi… mais jamais, ils ne se l’avoueront… peut-être parce qu’inconsciemment, ils ne sauraient pas comment se dépêtrer d’une situation sans issue… Il est marié, ne peut ou ne veut pas quitté cet épouse, il a des enfants, ne peut les abandonner, en somme une situation courante, d’un couple qui s’endort… d’un mari qui va chercher du réconfort dans d’autres bras, d’autres draps, c’est tellement plus simple… d’une épouse qui ne voit pas, qui ne veut pas voir, qui se contente simplement en fermant les yeux… comme tant d’autres… tant d’autres…
Elle… elle est la maîtresse, la femme silencieuse, celle qui se cache, qui ne montre pas, qui ne parle pas, qui espère peut-être, un après, un mieux, un vrai amour, l’exclusivité, sûrement… elle est celle qui ne questionne pas, qui triche, qui se complet dans une idylle, une passion, qu’elle tait aux yeux de tous en riant, en assumant devant ses autres qui s’aiment, qui se marient, qui font des enfants, qui se déchirent aussi, qui divorcent et qui recommencent, comme qui dirait…normalement…
Elle… elle se voile la face finalement… par peur de s’engager plus profondément, dans une vrai relation… est-ce si simple finalement ?... Mais comme chaque soir, quand il lui fait l’honneur de sa présence, elle profitera de chaque instant, en s’abandonnant dans ses bras, si tendres, si cajoleurs, si dévoreurs, si amoureux pourtant… Lui… lui fera l’amour, comme un fou, comme en manque… certains soirs bestialement, d’autres soirs tendrement, mais tout le temps incontestablement comme assoiffé… comme si c’était la dernière fois, comme si le cadeau présent allait disparaître au douze coup de minuit…
Au petit matin, il repartira, sans un au revoir, laissant une cendrillon comblée, mais endormie, rêvant déjà certainement à son retour, pour une autre nuit magique de sexe… mais sans amour… Qu’importe, elle se dit heureuse tout de même, en s’obligeant à croire qu’il ne peut se passer d’elle, car elle est l’amante la plus compréhensive, qu’il aura rencontrée…
Lui… aura puisé assez de force pour retourner auprès d’une épouse éteinte, mais mère de ses enfants qui l’adorent… donc respectueux tout de même, pour celle qui élève, qui nourrit, qui accomplit tout dans la maison, sans sourciller, sans broncher… Il continuera à vivre auprès de cette épouse somme toute, exemplaire, satisfaisant même son peu d’appétit sexuelle, pour ne pas qu’elle ne se doute, de ses infidélités… Pour ne pas qu’une crise conjugale éclate, car finalement, il ne supporterait pas de donner des explications… Ils ont toujours évité les conflits, les engueulades, en oubliant de se parler, ils vivent sous le même toit, mais sans se confier, depuis quelques années… sans se soucier de savoir si l’autre est heureux… peut-être était-ce ça leur idée du mariage, vivre à deux, pour ne pas vivre seul… même si l’amour qui les a uni, voilà déjà quinze ans a foutu le camp… même si une certaine forme de compassion a pris place, une certaine forme de complicité aussi, une certaine forme de stabilité, n’ayons pas peur des mots… et qui finalement serait trop dur et pour l’un et pour l’autre d’occulter, pour se désunir, se quitter…Pourquoi faire ?... En fait…
Pourquoi changer ?... ce trio marche à la perfection, qui serait le plus a blâmé ?... oh je crois que ce n’est même pas la peine de chercher… J’aime à croire que peut-être se serais moi… et encore… Moi, la maîtresse cachée, la maîtresse silencieuse… mais si j’étais si malheureuse, alors pourquoi ne pas crier, hurler… affirmer… congédier mon amant, ce mari infidèle, ou avertir l’épouse trompée, pour qu’elle me l’offre… me l’envois pour moi toute seule… ou encore continuer, oui… pourquoi pas continuer, encore… encore un peu… je ne suis pas prête pour une rupture, ni même pour une vrai aventure, avec un homme tous les soirs dans mon lit, dans ma vie…
Quelque fois, je pense que je suis la méchante… la profiteuse aussi quelque part… celle qui se nourrit d’un homme dont la conscience est perturbée, la profiteuse du mari volage certes, mais coincé entre deux maisons, deux foyers, deux femmes si différentes, et pourtant si complémentaire…
Mais l’autre, l’épouse n’est-elle pas aussi coupable… coupable, de s’être éloignée, d’avoir peut-être oublié, un mari aimant, quand elle a eu ses enfants, de s’être peut-être oublié elle-même aussi, dans un confort offert par un mari bosseur, généreux, et au départ amoureux… Et lui, pourquoi n’a-t-il pas eu le courage, de broncher, d’avertir, celle qui fut son coup de foudre au début, son épouse ensuite, celle a qui il avait promis amour toujours, fidélité et compréhension en toute situation, alors qu’elle ne satisfaisait plus ses envies depuis pas mal de temps, qu’elle n’est plus aussi désirable, aussi belle et présente qu’avant… il continue de se taire et de rentrer auprès de cette épouse, pas si ignorante que cela, j’en suis pratiquement sûre, une épouse que je crois, est aussi coupable que moi, ou que lui son mari… mon amant…
Sommes-nous si lâches, tous les trois… ce trio infernal, ou si l’on cherche bien, si on fouille en nous, dans nos âmes, chacun a mal, souffre en silence, pour ne pas être seul… tout simplement… enfin… je crois… pour ne pas finir seul…alors que nous savons tous les trois, j’en suis sûre aussi… que de se complaire dans cette façon d’aimer, n’est pas la bonne… n’est pas bonne… et est même beaucoup plus destructive à long terme, pour chacun d’entre nous…
Mais qui viendra nous le reprocher… qui aura assez de cran pour nous ouvrir les yeux… personne je me doute bien, sinon, je ne serais pas là à vous parler de moi, d’eux, de nous…
A ce jour, je ne serai certainement plus la maîtresse… mais peut-être une femme mariée… peut-être aussi avec des enfants, et même peut-être une femme trompée… alors !!! Quelle est vraiment la solution… qui sait vraiment ce qu’il faut faire… pourquoi ne pas continuer finalement… dans ce que j’appelle : une liaison triangulaire…
stevero (http://www.ecrivez.org)