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La jalousie



La jalousie



La jalousie est multiforme

Dans sa monotone amertume

Elle est minime, elle est énorme,

Elle est précoce, elle est posthume !


Méfiez-vous, quand elle dort,

C’est le tigre et non plus le chat.

Elle mord bien, quand elle mord,

C’est le chien enragé ! Crachat,


Insulte, corrompue à sa face

L’affolent, et le sang ruisselle,

Ou la laissent calme à sa place

Froide et coite comme martelle.


Elle prémédite et fait des tours

Pendables, sous un air charmant

Et à dessein les exécute toujours,

Affreusement, terriblement.


Nous ne sommes plus à des âges,

Pour nous piquer oh, de ces folies,

Non ! Mieux nous vaut être sages,

Ayant eu nos fureurs, jolies !


Être jaloux, rien d’aussi sot !

Et j’efface à l’instant les vers,

D’un peu plus haut, vague tressaut,

D’encore ce pire des travers.


D’ailleurs, la jalousie est bête.

D’abord, elle ne sert de rien,

Malgré tout son martel en tête.

Puis elle n’est pas d’un chrétien,


Dieu, vous pardonnez tant de fois

La bouche si sage du prêtre,  

Votre grâce toujours prête,

Même, aussi,  entre tous, à ceux

Qu’à damnés sa menteuse voix !


C’est aussi le péché morose,

Portant en lui déjà l’Enfer

Tant mérité sur toute chose

C’est Caïn et c’est Lucifer.



L’un jaloux de son frère  

L’autre cupide de son Dieu

Et tous deuxmalheureux sans fin,

Méditant sur la cause et l’effet,

Auteurs de leur éternité de feu !


Oh rien ne vaut la confiance

Entre deux cœurs pécheurs, mais vrais,

L’un pour l’autre et qu’une nuance

Divisait aux temps jeunes, mais


Bah ! Confiance ou jalousie !

Mots oiseux et choses impies,

Tu te soupçonnes, tu m’épies

Tu me cramponnes, je te scie

Tu m’as élue, je t’ai choisie,

Et non pas trente-six lubies


Tu m’es clémente et je crois t’être

En revanche, soumis et tendre

Lors il est aisé de s’entendre

Plus d’infidèles, plus de traitres

Plus non plus de serment qui tienne

Ou non : mais ta joie et la mienne !



il y a des coeurs simples

Dont la jalousie réalité

n'a jamais en rien été pensée

comme le siècle dernier

Des vanités.

Anonyme (http://www.ecrivez.org)


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