Tu me dis que tu maimes, quil ny en a jamais eu dautres. Tu mexpliques ne pas pouvoir vivre loin de moi. Tu hurles, tu dis que tu me hais, comment est ce que je peux te faire ça ?
Déjà des passants forment un cercle autour de nous, sarrêtent pour assister à la scène. Non madame, non monsieur, ce nest pas un spectacle de rue. Cest la réalité. Cela arrive parfois, même à des gens sans histoires.
Tu ne les vois pas. Tu me prends la main. Tu me parles. Tu me racontes notre première rencontre.
Cela fait quatre ans déjà, mais je men souviens encore très clairement. Ca sest passé comme dans un conte. Tu avais dix huit ans à peine, et moi pas beaucoup plus. Tu pleurais sur le bord de la route, assise sur une pierre, pieds nus. Ta robe blanche, rendue presque totalement transparente par la pluie, était tachée de boue, en bas. Tes cheveux noirs et ondulés, trempés, tombaient en cascade sur tes épaules, et mettaient en valeur lémeraude de tes yeux. Moi, je courais pour me mettre à labri de laverse. Les cheveux et le cur en bataille, jai cru à une apparition quant jai levé les yeux sur toi. Mais tu nas pas disparue, et je tai emmenée, et je tai gardée.
Tu pleures. Toi aussi tu veux me garder. Tu membrasses. Je ne réagis pas. Tu détournes les yeux. Tu lâches ma main. Tu me secoues. Tu veux que je parle, que je te réponde, mais aucun son ne sort de mes lèvres. Tu me cries des phrases dont le sens méchappe. Je ne tentends même plus. Tu te tais. Tu as peur de mon départ. Tu pries un Dieu en lequel tu nas jamais cru de me retenir auprès de toi. Tu souffles des mots a mon oreille. Tu me supplies de ne pas partir, tu ne veux pas rester seule.
Tu me dis tout cela et je ne peux te regarder dans les yeux. Je fixe le ciel que le crépuscule teinte de rouge et or. A travers mes larmes, tout brille. Cest beau. Je nai pas la force de te répondre que je suis fiancé à une autre. Son visage se forme devant mes yeux, elle me tend ses bras accueillants. Je ne résiste pas. Elle naura pas à se servir de la faux étincelante que je voie dans le dos de son linceul noir pour memporter vers lau-delà.
Mon sang coule sur le trottoir, répandu par une balle égarée, emportant ma vie doucement.
Je te quitte. Tu ten aperçois déjà. Les autres le savent depuis le début, regarde leurs visages, ils ont compris. Ils tont laissé faire sans rien dire. Ils tont laissé découvrir lévidence par toi-même.
Cest dommage de mavoir dit tout ça, ça ne sert à rien. Parce que tu vois, je suis déjà mort.
Dae Nirnaeth (http://www.ecrivez.fr.st)