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Le petit bois derrière chez moi



Moi, Ingrid, jeune femme de vingt ans, je vis à la campagne, près d'un petit bois, où j'ai passé toute ma petite vie... Ma vie était simple, elle tournait autour de deux choses: Diego, celui que j'aimais, et le petit bois derrière chez moi où je me sentais bien et où j'ai vécu mes meilleurs moments...
Aujourd'hui, je m'allonge à même le sol, là... Sans rien dire... Dans la solitude qui m'entoure, même si j'entends de temps en temps un petit animal, un oiseau, un lapin, un écureuil parfois... Je l'entends qui marche puis, m'apercevant, s'arrête, me regarde sans être étonné de me voir, peut-être à force de mon habitude de rendre visite à mon arbre... Oui, j'ai un arbre. C'est un chêne très âgé et très beau... Il représente ma vie quand je venais petite fille avec celui qui me semblait être mon prince charmant... Celui qui m'aimerait pour ce que je suis, celui qui m'aimerait toute ma vie... Mais le seul souvenir de notre amour d'enfance, c'est cet arbre dans ce petit bois derrière chez moi...
Le jour de mes seize ans, on y avait gravé "Ingrid et Diego qui vivront éternellement dans ce petit bois". Il nous arrivait de croire à une compréhension incroyable qui passait par les yeux. Quand nous voulions nous voir à notre éternel point de rendez-vous "secret", le petit bois, nous n'avions pas besoin de nous le dire, un seul regard suffisait... Ses yeux bleus me montraient qu'il avait besoin, non pas de me parler, mais de me voir, me sentir contre lui, à sommeiller, comme s'il voulait sentir qu'il me protégeait du monde qui nous entourait, bien que notre petit bois soit l'endroit le moins dangereux du monde...
Les feuilles vertes nous chatouillaient le visage, les parterres étaient aménagés de telle sorte qu'un vieux rondin de bois nous servait de siège. Chaque année les oiseaux revenaient, ils nous connaissaient, nous étions des leurs, nous étions comme eux... Nous n'étions jamais seuls, toujours avec un de nos amis ne faisant plus attention à notre présence. Ils faisaient ce qu'ils voulaient et nous nous les observions...
Lorsque les feuilles tombaient, que les oiseaux nous quittaient pour un trop long moment, que l'automne passait, que l'hiver prenait place nous attendions le retour, le réveil de nos amis... Nous nous asseyions sur la neige tombée sur le rondin de bois... glacés...
Diego apportait toujours deux couvertures lorsqu'il avait neigé, de peur que j'attrape froid. Nous nous réchauffions, collés l'un à l'autre, dans l'espoir que la chaleur revienne bientôt...
Et notre arbre... Les branches courbaient sous le poids de la neige. Le petit chemin tout enneigé où l'on distinguait nos traces de pas... Ce petit chemin sinueux qui menait à notre arbre à l'autre bout du petit bois...
Au retour du printemps nous célébrions le retour des animaux qui nous étaient familiers... Je m'arrêtais alors sentir chaque fleur, je m'appliquais à arroser chaque petit plant que nous avions planté l'année passée... Ensemble... Tout deux... Dans l'euphorie de voir de nouvelles fleurs naître... De sentir chaque nouveau parfum... Parfois, dans sa délicatesse de toujours, Diego cueillait la plus belle fleur de notre petit jardin... De notre jardin secret... Notre univers... Notre monde... Où personne ne comprenait notre joie... Notre amour grandissant l'un pour l'autre et pour notre petit bois derrière chez moi... Un amour fort et pur comme ce petit bois...
Je me sentais bien, je me sentais éternelle, je me sentais aimée dans ce bois qui nous abritait tous deux avec nos cœurs qui battaient l'un pour l'autre...
Mais, comme toute belle chose, le bonheur se termine un jour pour être remplacé par le chagrin... Oui, oui, aujourd'hui je suis triste... Je pleure, je pleure la mort d'un amour dit éternel, un amour cru plus fort que tout, cru plus fort que la mort... Diego, mon Diego n'est plus et ne sera jamais plus près de moi dans ce petit bois, ce petit bois où avec notre joie et notre envie de vivre nous avions grandi... Mais il ne savait pas, il n'avait pas choisi qu'en ce 22 avril, il me laisserait seule pour toujours dans ce petit bois...
J'étais assise tranquillement dans le bois, il faisait beau, les oiseaux nous revenaient petit à petit... Mais, en l'espace de quelques minutes, le temps changea, les animaux parurent tristes, comme en manque... Une terrible tempête commença, les éclairs jaillirent de plus en plus nombreux, toujours plus forts... La pluie faisant naître des ruisseaux... Et sans savoir pourquoi je sentis monter en moi un élan de tristesse, de solitude, je ressentais comme un grand vide... Les gouttes de pluie coulant le long de mon visage se mêlaient à mes larmes dont je ne comprenais la venue...
Je lui avais dit de ne pas aller en ville, de ne pas s'approcher de ces trottoirs de goudron, de ces endroits qui ne devraient pas exister, de ne pas laisser notre petit bois pour la ville, même pour une journée... Il en est mort, mort en ville, sur ce trottoir, le corps baignant dans son sang, les yeux ouverts mais ne voyant plus rien, comme figé, comme bloqué, mort, inerte... Cherchant peut être un peu de vie en son corps, ne serait-ce qu'un soupçon de vie qui l'aiderait à tenir au moins jusqu'à l'arrivée des ambulanciers, ou, peut-être, observait-il le ciel une dernière fois avant de nous laisser... ?
Comment est-il mort? Un camion l’a fauché... L’a fauché alors qu'il se trouvait sur un trottoir, un de ces minuscules trottoirs de ville trop dangereuse. Je lui avais pourtant dit de rester près de moi dans le petit bois derrière chez moi, de rester me caresser les cheveux, de rester me sourire, de rester près de moi, dans mes bras... Faire balancer mon cœur au gré de ses sourires...
Je suis désormais seule, seule à pleurer dans ce petit bois derrière chez moi, seule à sentir, toucher, voir... Notre petit bois n'est plus qu'à moi, je ne m'en réjouis pourtant pour rien au monde... Il me paraît soudain grand comme une maison vide après la perte d'un de ses habitants... Ce petit bois derrière chez moi, autrefois si joyeux, aujourd'hui sinistre, sans vie, sans lui...

nanou (http://www.ecrivez.org)


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