SOUVIENS-TOI
Souviens-toi de notre rencontre au portail de l’école où j’enseignais ; tu y conduisais ton petit frère. Et nous avons tout de suite sympathisé ; le courant est passé entre nous.
Souviens-toi de notre premier rendez-vous. Tu avais apporté des disques, des 45 tours, une bouteille de champagne dérobée au bar de tes parents, et des boudoirs. La scène se passe dans mon logement de fonction. Quelle soirée mémorable ! Mon petit univers allait devenir un nid d’amour !
Souviens-toi de notre première escapade amoureuse dans la 4CV Renault. Un peu à l’étroit nous avons terminé nos ébats sur l’herbe fraîche, sous un ciel étoilé, près d’une chapelle, au bord de la Manche.
Souviens-toi de ta semaine de vacances sous la toile au camping de la grève sur la côte d’émeraude. Là aussi nous étions à l’étroit dans ta « guitoune », mais enlacés , ce n’était pas une gêne ! Oh non !
Souviens-toi de tes visites nocturnes à mon domicile. Tu planquais ta voiture loin de l’école afin de préserver ma réputation. Tu avais l’esprit chevaleresque !
Souviens-toi de notre mariage par une journée d’hiver pluvieux, un vendredi soir de décembre. Un de mes talons aiguilles a failli rester dans l’escalier vermoulu de la mairie ! Et le maire qui s’évertuait avec difficulté à prononcer correctement notre nom de famille « à rallonges » et le nom polonais de ta mère ! !
Souviens-toi de nos soirées de jeunes mariés. Après dîner, pendant que je faisais la vaisselle, tu m’accompagnais en musique. Tu jouais tous les tubes des années 60 à l’harmonica, au mélodica, ou sur ta guitare : du Claude François, Brel, Brassens, Adamo et aussi « Quand le soleil était là… » et même l’hymne aux morts américains que jouait au clairon le soldat Prewitt dans le film « Tant qu’il y aura des hommes.. ». Nous n’avions pas besoin de télé pour passer du bon temps ! ! C’était un bonheur simple !
Souviens-toi de notre pique-nique en forêt de Bagnoles de l’orne. Nous étions si bien, heureux car mon ventre abritait notre avenir. Hélas ! Trois jours plus tard, c’était la catastrophe : j’avais perdu le bébé ! Nous étions atterrés, effondrés….. Premier désespoir, dur, dur….
Souviens-toi, un an plus tard, heureusement, naissait Véronique (Tu l’avais nommée ainsi à cause de la fusée, que tu découvriras en avril 2007 au Radome de Pleumeur-Bodou). Une jolie poupée dont tu étais si fier que dans ta précipitation à aller annoncer sa naissance à tes parents, tu seras verbalisé pour excès de vitesse. Chère Véronique ! !
Souviens-toi , c’était en mai 1968, nous rentrions dans notre foyer avec notre bébé. Dans le pays c’était la grève générale ! Mais, toi, tu ne pensais qu’à donner le premier bain à notre fille : c’était très rassurant pour moi !
Souviens-toi de juillet 1969 : un américain marchait sur la lune et moi je donnais le biberon à notre deuxième fille, Sophie, née un an et dix jours après son aînée.
Souviens-toi du 19 janvier 1972 : c’était la venue au monde de David. Tu étais si fier d’avoir un garçon ! Sa naissance fut bien arrosée à tel point que tu avais inverti les chaussures aux pieds de Sophie, qui n’avait rien dit et pourtant elle devait avoir du mal à marcher ! !
Souviens-toi de ces dimanches matins où tu faisais des balades en vélos avec les enfants, ou de tes sorties à la piscine de Dinard ou à la patinoire de Rennes : grands moments de plaisirs partagés avec nos gamins.
Souviens-toi des années de bonheur, de joie, de peine aussi, hélas, qui se sont écoulées et que nous avons partagées : 41 ans et 4 mois.
Souviens-toi, mon amour, on s’aimait, on s’aimera toujours, même dans l’au-delà ! !
Toinette- avril 2009
toinette (http://www.ecrivez.org)