Valid XHTML 1.1!
Valid CSS!
Get Firefox!

Texte précedent Texte précedent dans la rubrique Texte suivant dans la rubrique Texte suivant

douloureux pardon



Allongée sur mon lit, je repensais à tout ce qui faisait que je l’aimais…ou que je le détestais. Comment faire lorsqu’on veut oublier alors que les seuls souvenirs qui refont surface sont les plus beaux, les plus touchants, les plus émouvants. Je me souviens du parfum de notre premier baiser au point où je me surprend à verser une larme lorsque je le retrouve au hasard, en croquant dans un biscuit délicatement sucré ou lorsque je sens le gout légèrement acidulé d’un fruit tendre et mur à point. Le moindre de ses mouvements me reste en mémoire : sa main glissant dans mes cheveux pour m’endormir, ses lèvres sur mon front, son regard en coin, discret mais transperçant, qui me faisait oublié le monde autour, son étreinte assurée où je me sentais en sécurité, ses doigts écrasant les larmes sur mes joues, son rire en écho au mien, juste lui. Un jour, dans le silence le plus total, il m’avait regardé longuement comme si il ne voyait rien d’autre et je ne sais pas pourquoi j’ai compris que c’était lui que j’aimais et que ça serait toujours ce regard qui dicterait mes sentiments. Même la pluie me rappelle un bonheur qui n’existe plus aujourd’hui, nous deux, sous un parapluie bien trop petit, au milieu d’une place bien trop glissante, serré l’un contre l’autre, dans un mois de février bien trop froid mais avec un sourire sur nos lèvres car on y était ensemble sous cette averse. Une virée en voiture un soir d’été avec les fenêtres grandes ouvertes où le vent venait me décoiffé, sur des routes vides, en pleine campagne, à 2h du matin… D’un seul bond je me levais, je préférais sortir plutôt que rester encore enfermée entre quatre murs à ressasser ces douloureux moments. Le temps gris et maussade ne m’empêcha pas de marcher un long moment, l’esprit fixé sur le passé. La solitude pesante me rongeait et pourtant impossible de le haïr. Devant le café où on passait nos après midi je ne pus retenir mes larmes. C’était trop dur ! Je le revoyais, des rayons de soleil éclairant son visage, une de ses mains si grandes si fortes, posée sur la mienne et notre silence l’un en face de l’autre qui en disait long. Comment survivre après ça ? Comment ne pas s’effondrer ? J’avais résisté depuis si longtemps, j’avais occulté ma peine pour continuer à avancer mais il a suffit d’un instant, d’un lieu, d’un temps, pour que tout se brise et qu’il me soit impossible de me relever. A genoux dans une flaque d’eau je ne pouvais plus m’arrêter de sangloter, je ressentais tellement de la colère, tellement de chagrin que le monde pouvait disparaitre je ne m’en serais pas rendu compte. Les passants me fixaient comme si j’étais folle, ils me regardaient d’un air interrogateur mais je ne les voyais pas. J’étais dans le flou et je ne sais pas combien de temps je restai comme ça, seule, sous une pluie torrentielle. La nuit pointait son nez quand je pris conscience que rester au milieu d’une rue déserte en pleurs ne me guérirait pas. Mais l’idée de me relever et d’accepter son départ me faisait aussi mal que la piqure de mille aiguilles sur ma peau. Pourtant je le faisais, les yeux gonflés, trempée jusqu’aux os, je devais lui dire définitivement adieu. La nuit douce et fraiche étendait son aura sur tout et malgré l’obscurité qui régnait autour de moi, mes pas étaient assurés, ils savaient où aller. Le chemin fait de si nombreuses fois était gravé dans ma mémoire même si les étoiles m’auraient peut être réchauffé un peu le cœur, l’épaisseur et la lourdeur de la nuit ne me dérangeaient pas. Même en voyant le petit portillon en fer forgé, je mis du temps à me convaincre qu’il fallait le faire. J’aurais voulu avoir des fleurs au moins, être présentable…je ne sais pas… je voulais lui montrer à quel point je l’aimais même si il m’avait laissé et que je ne lui en voulais plus, que j’étais prête à tourner la page. L’air  « I'm coming from a long line of pain » ne me quittait pas. Il était tellement adapté à la situation, à ce que je ressentais à ce moment là. Lentement, le grincement du portail vint s’y ajouter, puis le bruit du vent fouettant les branches mortes des arbres environnants, le clapotis des gouttes de pluie s’écrasant sur les pierres et mes pas pataugeant dans la terre boueuse. Voir n’était pas utile, il suffisait d’entendre, ou plutôt d’écouter. Prudemment je fixais les inscriptions à chaque fois que je m’approchais d’une masse sombre pour voir qui était parti en abandonnant tout, comme celui que j’aimais… Enfin je le vis, il était là, si près et si loin en même temps. Une mèche tombait devant mon visage et gouttait sur la pierre lorsque je lui offris un dernier baiser.  Dans un souffle, « adieu » suffit. Il comprenait j’en étais sur et les mots étaient futiles. Je l’aimais plus que je n’ai jamais aimé et n’aimerais jamais. Ce seul mot exprimait que ma colère m’avait abandonné, que je lui pardonnais de m’avoir laissé. Le clocher au loin sonnait minuit, et avec un dernier regard, je parti. Lentement je refermais le portail qui grinçait toujours et plus jamais je ne revins. Je lui avais pardonné tout simplement d’être mort…

rweetie (http://www.ecrivez.org)


Texte précedent Texte précedent dans la rubrique Texte suivant dans la rubrique Texte suivant



Ce texte n'a pas encore été noté.

Pour pouvoir noter ce texte il faut être inscrit et identifié.


Commentez ce texte :


Pseudo : E-mail: Site :

Commentaire :





Ce texte n'a pas été commenté.