Instant exquis sous les tilleuls.
Mon cur soupire encore au souvenir de ces quelques heures volées à lhorloge humaine, il y a deux ans, peut être cent ans, il y a une vie.
Pourtant jimagine encore votre corps parfait simmerger lentement dans les eaux calmes du lac, à lombre du tilleul au parfum exalté.
Je me souviens de votre nuque gracieuse, du désir impérieux qui me prend alors que je suis agenouillé derrière vous. Je résiste tant que je peux à lappel de votre peau dans un supplice merveilleux.
Jentreprends déponger votre corps doucement en versant un peu deau sur vos épaules si blanches. Leau qui ruisselle dessine sur votre silhouette une trace humide et scintillante pour aller séteindre dans un murmure à la surface de leau.
Votre chevelure rousse, retenue par une simple épingle, laisse séchapper quelques boucles cuivrées, vous avez lair dun ange.
Votre peau parait si pâle, presque diaphane, que jose à peine leffleurer.
Je crains de briser la magie de cet instant vaporeux.
Inlassablement je prélève leau du lac avec une éponge soyeuse que je presse entre ma main pour restituer sur votre corps le liquide limpide et froid.
Je ne sais plus très bien si mon trouble était dû à votre candeur indécente, à la profondeur du silence qui nous enivre ou au jeu dombres entre le feuillage et la lune. Mais ma bouche résiste de moins en moins à se poser sur vous. Alors pour distraire mon obsession, tel un berger je compte chacun de vos grains de beauté comme autant détoiles au ciel.
Et lorsque lattraction est trop forte, que je ne peux plus contenir mon désir, je laisse mes lèvres se poser sur votre front, en implorant le ciel que cela ne vous offusque pas.
Sans aller jusquà mencourager, vous ne tentez pourtant rien pour me dissuader de continuer mon pèlerinage. Je crois que vous étiez tout simplement confiante.
Je baise alors silencieusement chaque courbe de votre silhouette en mattardant un peu aux endroits les plus imprévisibles au grès de mon imagination.
Dabord vos paupières baissées et le creux de votre bras du bout des lèvres, puis votre gorge satinée et la naissance de votre poitrine que je sens frémir sous ma langue.
Je ne résiste pas longtemps à prendre en otage quelques secondes le lobe de votre oreille, ce qui vous fait pencher la tête dans un frisson irrésistible.
Votre peau à la saveur inattendue de la framboise et je sens que je ne pourrais plus me défaire de son souvenir.
Combien de temps à duré cet instant ? Quelques minutes ou des heures ? Le temps na plus dimportance sous la douceur dun ciel étoilé.
Jai le souvenir que nos corps se sont cherché longtemps, sans jamais vraiment vouloir se trouver.
Mais ma bouche, mes paumes, mon être entier en fait, se souvient de chaque vallée, de chaque dune, de chaque sentier qui faisait votre paysage. Les tâches de rousseur sur vos pommettes, le magenta de votre bouche, la teinte noisette de votre iris lumineuse
je nai quà fermer les yeux pour my replonger. Jentends encore le mouvement ample de leau sous notre étreinte et le bruit discret des feuilles de tilleuls virevoltant autour de nous.
Puis est venue la pluie. Fine, presque imperceptible
Le frisson sur la peau et le bleu à nos lèvres. Nous étions en automne, je lavais presque oublié.
Je me souviens vous avoir porté dans mes bras jusquà la berge et vous avoir couverte pour que vous ne preniez pas froid. Je vous aie enlacé tendrement et nous avons laissé nos corps sapaiser, sans céder à la tentation dun ébat qui aurait blessé la pureté de notre lien si particulier.
Nous sommes resté ainsi jusquau lever du jour, sur les berges dun lac, abrité par les tilleuls
La seule pensée de cette nuit là, inonde encore mon visage de larmes exquises sans tristesse ni amertume.
Votre souvenir reste une emprunte indélébile. Il me suit sans me hanter.
Il amortit mes chutes dans ma quête dabsolu. Jy puise le courage et lénergie qui me maintiennent en vie, dans lespoir dun jour, vous rejoindre sous les tilleuls.
31.08.03
Papillon (http://www.ecrivez.fr.st)