L’aurore cligne ses paupières, mais ses lueurs tout juste rosées ont été devancées par ce jeune homme au teint plus pâle encore et au physique délicat. Cela fait probablement un moment qu’il est là, accoudé au balcon du troisième étage, les épaules bien droites, fixant de son regard gris-bleu un horizon cotonneux. Si l’aube n’était pas si vexée, elle confesserait sans honte qu’il l’avait aussi précédé ; et si la nuit était moins malhonnête, elle passerait également aux aveux. Cet homme était arrivé avant eux, à leur insu. Il s’était tenu là, dans la quiétude du jour à peine esquissé, les yeux égarés sans être perdus et ne semblait plus avoir bougé depuis. Avait-il seulement dormi ? Si la lune n’était pas si distraite, elle seule aurait pu témoigner.
Les premiers halos d’un monde encore aphone lui renvoient son dernier « allô » volé hier au téléphone. Ce n’était pas méchant, un peu idiot peut-être. Juste pour réentendre sa voix qui par intermittence prend des inflexions inédites et touchantes. Juste pour ça. Sa voix. Et ses inflexions inédites et touchantes. Au lieu de ça, il lui a fait peur.
Bientôt l’ébauche orangée d’une nouvelle journée. Nouvelle journée pour les autres, journée nouvelle sans l’autre. Qui s’en soucie ?
Peut-être cet oiseau minuscule jaune et bleu qui vient discrètement de se poser sur l’épaule en bois d’un hêtre presque humain. C’est à cette mésange colorée que le jeune homme offre son sourire mélancolique, le dernier ; et, aussi habilement qu’il avait faussé compagnie au crépuscule, surprit la nuit et son astre au front d’argent, il décide alors de prendre la vie au dépourvu.
Et se jette dans le vide.
david widjet (http://www.ecrivez.org)