O ! reflet âpre, entailles de mon enfance,
D’enfant trop ballotté, perdu dans les roseau.
Où est ce bel amour, grand comme l’espérance,
Accueillant ce radeau, échoué parmi les eaux ?
Afin d’arrêter là cette éternelle errance,
Qui me mène sans cesse aux portes du tombeau.
La mort à mes côtés, comme une vagabonde,
Perdue dans les méandres amères de mon passé,
Prisonnière du temps, captive de mon ombre,
Je n’ai vu les saisons peu à peu s'égrener.
Astre blafard expulsé au hasard du monde,
Une étincelle existe dans ce miroir brisé !
Qu’est-ce donc ce désespoir, cette mélancolie ?
Tant de fois tu as rêvé de ces bras généreux,
Instant de grâce qui sort l’âme de l’oublie,
N’as-tu jamais connu de bonté, de ciel bleu,
De sourire consolateur, aimant, gracieux ?
Amie, fermes tes cicatrices et ravales ta bile !
Trop tôt tu as connu, la défaillance d’être,
Ballot de chair, de sang, voguant au gré du vent,
Bâtarde matriculée telle la mauvaise graine,
Tes noms donnés, repris, reniés, mouvants.
Nomade désarticulée sans attache certaine,
N’as-tu pas survécue à ces déchaînements ?
Recueillie par hasard dans le filet usé
De ces vieillards qui t’ont tendu la main,
Ton âme farouche s’est étanchée et apaisée.
Hélas, tu sens la mort qui rôde sur ton chemin,
Et dans tes yeux, l’angoisse de ta réalité
Inscrite aux sources livides de ton destin.
De ces secrets abîmes, n’es tu pas la plus forte ?
Certes morcelée mais au combien nourri !
Malgré la folie maternelle, tu n’es pas morte,
Et les viols de l’enfance pour toujours abolie.
De ce miroir brisé, surgira une porte
Amie, ouvres les yeux, n’ai pas peur de la vie !
Oh ! Faites que l’oublie du passé me vienne
Qui parfois me harcèle et me revient en rêve.
Oh ! Désespoir fait que dans ma vie, enfin,
Ma colère se taise, que je n’ai plus peur de tout.
Oh ! Solitude oublie enfin ce cynique tabou,
Ton sablier renversé, il parvient à sa fin. 3 – Sept. 2003
Anonyme (http://www.ecrivez.org)