Jean-Louis COLONNA CESARI
Plume de vie
Préface
Ecrire, l’ambition inavouée de pouvoir me relire.
L’aveu, le cupide dessein de chacun de mes mots, de prétendre, grâce au retour commémoratif d’une chronique burinée par le temps, me rassurer sur un cénobite mémorial qui quitterai mon hermitage...
Faire un tri de toutes choses et ne garder au présent que la marque sucrée des friandises qui auront fait ma vocation.
Je sais déjà l’oubli, les inversions, les amnésies volontaires, qui rempliront les vides de tous les racontars de ma mémoire.
C’est là, qu’avec votre aide, il me faudra percer le mystère des non-dits.
Je ferais, çà et là, de vagues commentaires, de brèves confessions sur mes ressouvenances et sur les sentiments qui me mènent à eux.
Ambiance feutrée, parfums délétères, lumières évocatrices qui donneront une belle réplique à ma prosopopée.
J’espère donc, par ma plume, redonner un peu de vie ou de noblesses aux choses oubliées…
En faire une fiction…
Jean-Louis
Préface de l’auteur.
L’eau de mère
le son du clairon
La Nounou
Le parfum de l’Afrique
L’Algérie
Un bonbon de trop
Vasco
Marseille
Calvi, sa citadelle
Christophe Colomb
Siu Matteu
Quatre étages
Lucien Jeunesse
Le labyrinthe
Les rhododendrons
Toto
le marathon des imbéciles
L’alibi du résistant
Nos héros
Verdun
Mina Françoise
Mamie Rosalinda
Monsieur Gauthier
Mon Ménechme
Le petit banc de Mamie
Petit carré de chocolat
Les sandalettes
Café chaussette
Prince des lieux
Héritage
Le banc
Le banc
Mes chimères
Mes chimères
Bonne nouvelle
O BA
La dévotion
Aquarelle
Le pont de pierre
La route de Bonifacio
Air Transe
Negresco
Rome
Crash
Saigon
Monsieur Poli
Asieou
Le Bep
Un banquier singulier
Angkor vat
Angkor Thom
Au feu !
L’évadé
Isula
L’oncle François
Mon arbre > 65
…
Le potager
Rue des Saints pères
Boulard
Grans
Isa, ma préférée
Lescar, villa « les sapins »
Bétharram
2CV
L’homme nain
Plumes et confiture
Halte là, je vous tiens !
Stop !
L’incruste
Scamaroni
La porte s’entrebâille
Corte
Ziegler, il était une fois >96
…
Sagittaire
Lettre à mon frère
Je fais un pas vers toi
Basileïa
Les pas de ma Vie
Y a trop de gens qui t’aiment
L’Amour eternel
Les Korrigans
La Gitane
Putain de moi
Si vieillesse pouvait
Tyran
L’homme nain
Vieillir
Mon nuage blanc
En quelques pages, Une nouvelle
Vogue
Cabriole
Miséréré
Homélie
Volonté divine
Live Gest
Mes premières impressions en mémoire viennent d’une couleur, mi-rose, rouge ou noir, plutôt même orangée, orange un peu sanguine. Une chaude couleur dont je dirais, aujourd’hui, qu’elle devait être ensoleillée.
Je découvre, immobile, un domaine feutré, mi-eau mi-chaud, et avant de comprendre où je suis, je m’ébahi à ressentir la vie qui me livre un cerveau ordinaire, en bon état de marche, prêt à m’aider, à tâtons, dans la gestion de mes propres moyens.
L’impression ne sera pas très longtemps passive car, dans l’instant, elle s’active par mes yeux qui découvrent le piquant de l’eau de mère. Je crois avoir jugé avec exactitude la situation du moment, entre douceur et couleur, transparence et opacité, faim et opulence, mouvement et passivité. Je nage. J’ai en mémoire, très vive, le ventre de Maman. Une niche bien ronde, portée bien haut et d’un pas décidé. Un espace déjà bien élargie par mes deux précédents. Il fallait même parfois que je m’accroche fort dans ses débordements. Vers la fin du séjour, l’histoire devenant lassante, tête en bas, le rouge aux tempes qui cognaient de ce déséquilibre.
Je décidais de rectifier, sans attendre, cette désagréable posture et pris donc sur moi de faire « virevolte ».
Quelle chierie ! Ce cordon m‘exaspère, il faut dire qu’il me noue savamment les deux bras. Attend, voila, je me mets comme çà, je suis bien plus à l’aise.
Me voila, à l’affut de toutes collectes, les oreilles tendues vers les bruits extérieurs, maitrisant mon oxygène d’une apnée naturelle, dans l’attente du début ou de la fin, tout dépend du débat sur lequel on disserte. Je crois appréhender que le bail soit précaire. Le sol tremble fort, secousses telluriques, les parois se contractent et diminuent l’espace, Basta ! Arrête çà, c’est de l’étranglement ! Je pense être expulsé de mon appartement, de mon repère, de ma cabane d’enfant qui se cabosse, de mon point stratégique où je m’exerçais à tout deviner. La transhumance du chameau sur une route en terre. Le ronronnement d’une deux chevaux. Ils auraient pu me prévenir qu’ils s’exerçaient au jumping aujourd’hui. Sans doute espéraient-ils ainsi me donner la passion du cheval.
Ça c’est fait !
Tiens on entrebâille, un œil m’a regardé, un intrus, un inconnu, qui tend la main, il m’agrippe par les pieds, il me tire, un rapt, un kidnapping, le voleur m’encourage.
Tiens, c’est vrai, il me vouvoyait :
Allez du courage…Poussez …Allez, Poussez… j’entendais nettement les encouragements,
Et moi : Tirez donc imbécile !
Brrr, il semble faire moins chaud là dehors qu’ici dedans… Quelle idée de me déloger en hiver ! Tiens je me coince un peu, je m’accroche à mon gourbi. Bon il faut y aller, ils insistent…Je m’extrais de ma hutte avec un contralto mémorable qui fera dire de moi, le fils de militaire : Ce sera un beau clairon celui-là !
Et moi : Je jouerai du clairon si je veux ! Na !
La lumière est éblouissante, très blanche, en contraste des gens qui m’accueillent aux tous premiers instants du périple. La douce torpeur étouffante du Sénégal me rappelle ma résidence intime. Ce ventre de ma mère où il faisait si bon, si tendrement bon. Aucune autorité caporaliste, personne ne m’enfonçait, de ration dans la gorge. Remarque, c’est bon le lait chaud, j’en voudrai bien encore un peu…
Me voila maintenant dans les bras de ma Mère, mon Père à coté d’elle se tient au garde-à-vous pour saluer sa nouvelle recrue. Dois-je faire coin-coin moi aussi? Comme ce petit canard ridicule que l’on me colle sous le nez à chaque interview. Deux enfants qui m’accueillent en me tenant les doigts : « Lève-toi, allez debout petit frère »… Ils m’enrôlaient déjà dans la troupe. Tiens ma tétine à changé, elle est un peu plus noire, un nouveau modèle surement, la mamelle est accueillante et son téton amusant.
La Terre Africaine, pays de mille mystères, de mille peuplades fières, l’Origine sans doute. Le pays de la nonchalance, du sourire aux dents blanches. C’est là qu’est née la Bamboula, la fête au naturel, qui s’amuse de peu, du tesson, du cul d’une bouteille qui engendre le feu. Terre d’Afrique aux mille richesses, ses hommes forts et fiers que l’on a exportés dans les grands champs de riz. L’Afrique du combat, de la Capoeira, qui jamais ne se couche quelque soit son émoi. Cette Afrique que l’on imagine, terre de tous les démons, protégée, en rites vaudou, des vils maléfices par toutes ses puissantes superstitions.
Pays des Messes noires, du sorcier qui oblige à pratiquer ses croyances païennes selon la loi des oracles venus du vieil âge. Dans ce temple impie, les athées incrédules, longtemps protégés par les présages prophétiques de leurs libres penseurs, fuiront les dix commandements d’une Bible unanime ou l’auto-da-fé d’un Coran à la férule intifadaire.
La savane africaine…
Je n’y ai pas vécu, ma foi, assez de temps pour en être repu… C’était quand papa, le Corse, Lieutenant, militaire de la coloniale, participait, vaillant soldat, à la grandeur de la France. Quelques bribes en mémoire; un arrière goût de terre rouge et chaude, une musique en remembrance, les cendres d’un passé qui brule encore en moi, enfièvrement de tant de passions, de tant de rites exaltés galvanisant mes premiers pas…
La douche, mon souvenir le plus palpable, sans doute le moment le plus sérieux de ces chaudes journées de l’époque. Un ridicule petit robinet flanqué au coin d’une maison blanche. On me happe par la fenêtre, les longs bras de Doudou qui me tirent au-dedans, en cachette de ma mère, me voila sur le lit de ma chambre, puis le talc arrivait, saupoudré par la main noire du précepteur, comme un nuage blanc, pour m’éviter d’avoir l’entre fesse brulante.
Son épouse, solidaire, espérait qu’il me porte à la case pour être, à son tour, ma deuxième maman. Elle s’afférait, tutélaire, autour de mon petit corps vulnérable. Le rose de bébé dans ses mains noires ébène. Elle éloignait de moi par de douces prières les ensorcellements et les esprits jaloux qui de leur mauvais œil jouaient aux magies noires.
Maman avait-elle besoin d’assistance à mon commencement ?
En bonne nourricière, dont j’ai du maintes fois mordre le bout noir de ses seins. Immodérément elle m’a donné son petit-lait jaune pâle. Elle avait dans l’idée de cumuler à mon seul profit un trésor d’énergie débordante, et de m’offrir sa part d’héritage, la force des siens, leur appui, leur nonchalance aussi. Elle m’offrait un bout de ses racines pour que l’Afrique soit, quelque peu, mon pays. J’en tire encore avantage tous les jours de ma vie. Cela se ressent au creux de la poitrine, ce n’est pas de l’auto-psy, c’est là ! Un patrimoine, voila tout.
Pour l’esprit, je ne sais quel fut le puissant sortilège, le grigri bénéfique, l’étrange protection dont elle m’a affublé, mais ses mains, douces, noires et grises, quasi charitables, exercent encore maintenant, alentour, en parfaites murailles, un garde fou magique face à tous les dangers, les traquenards, les incartades, les pressions qui nous minent à nous faire céder.
Un grigri qui rassure et que l’on porte en soi. Un regard protecteur qui ne vous quitte pas. Sans autre argument que mon propre ressenti, je peux vous affirmer que tant que vivra cette vieille africaine, comme nos Mamans savent si bien le faire, les Nounous veilleront sur leur propre terre…
Toucher du doigt la terre des origines, avoir en soi ce sourire ébahi devant l’imaginaire, avoir vu les tracés dans cette terre aride creusée par des charrues de bois tirées par des pieds nus, ce sont là les bases essentielles qui ont fondé ma vie.
Savez-vous ce que disait Théophile Gautier ?
…Je me plaisais à imiter les styles qu’au collège on appelle de décadence; j’étais souvent taxé de barbarie, même d’africanisme… lors, j’en étais charmé comme d’un compliment…
Avez-vous déjà vécu la chaleur brulante des poussières infimes sur la peau, sur les mains, la fournaise d’une canicule qui vous époumone.
Accablante torpeur du midi qui trouvera son contraire la nuit, dans un frimas gelé. Etrange adversité qui donnera leur équilibre résistant aux arbres rabougris qui semblent des géants.
Avez-vous déjà vu un sein plat posé sur une épaule et qui pourtant débordera à chacun de ses pas de tant d’érudition ?
Si vous voulez sentir le parfum de l’Afrique….
Si vous voulez en découvrir son goût….
Si vous voulez poser les pieds nus sur sa terre et sentir sa vie …
Si vous voulez donner à boire, creusez vous-même un trou pour y trouver de l’eau, entretenez ce puit où d’autres viendront boire, et oubliez un peu d’arroser les beaux greens, vos prairies.
Si vous voulez que son enfant puisse croire de vous qu’il était votre ami, accordez-lui la main de votre fille, sans mépris.
Si vous voulez cela, allez en Casamance !
Écrivez-moi une nouvelles après.
Je quitte le rouge de la terre Africaine pour découvrir, étonné par mes yeux agrandis, le jaune, terre de sienne, de la belle Algérie.
Je ressens, de ce beau pays, un peu de la grande désillusion, de l’énorme frustration de nos pères. Inassouvissement soit, mais pas du au fait colonial, plutôt aux interdits de ne pouvoir profiter des gens de cette terre.
Attention aux gens d’ici ! Ne sortez pas sans nous !...
Jamais je n’ai plus regretté cet ordre péremptoire par lequel nos parents se retenaient de nous faire visiter ce Maghreb, sauf en escorte policée. J’ai trouvé très dommage que nos parents anxieux nous interdisent de vivre un peu l’esprit de ce pays qui sait, bien mieux que notre culture occidentale, grandir en harmonie quand les cinquante enfants issus de quatre frères ne feront rien de moins que de tout partager, dans l’unité d’une tribu règlementée à main levée par son giron maternel.
Terre des cultures universelles : Ses chevaux, fils de pégase, venus tout droit de la céleste Algénib. Son algèbre venu de la djebr qui résolu tous nos mystères par de glorieuses équations.
Sur le bord de la plage à « Fort-de-l’eau », je découvris le jeu collectif au milieu de quelques enfants algérois, leurs parents étaient employés chez les miens ou au quartier des militaires, pour le jardin, le bricolage, pour le ménage aussi.
J’ai bien peu de mémoire de ce temps là, sans doute y avait-il beaucoup de stress à être là, et l’on sait que l’enfant tout petit, avant trois ans, occulte ses angoisses, ne s’en rappelle pas !
Sauf des flashs amusants :
-Un youpala qui voyage jusqu’au fond du jardin et mes parents qui s’affolent de perdre à cache-cache. Je riais, inconscient sans doute, de leur emportement et faisait de ce jeu un hobby quotidien…
-La chambre de mon cousin Pomy, squattée par sa Maman qui l’obligeait à vivre au milieu des poupées. Quel étrange milieu pour un adolescent. Trop de rose à mon goût.
-Un vélo de mon frère pendu, haut, au plafond du garage pour une interdiction d’usage. Il ne m’avait pas prévenu de prendre bien garde à mes doigts et les rayons tournants m’avaient entamé les petites menottes…
-Tiens, les bonbons bleus de maman, elle est avare, elle les cache toujours dans son armoire mais aujourd’hui je les ai chapardés sur sa table de nuit. Hé-hé-hé !
Ho, Hé, que se passe-t-il ? Qui me bouscule ainsi ? Papa arrête !
J’ai la vague impression d’avoir été pendu par les pieds tout en prenant une belle fessée, des tapes dans le dos, deux grands doigts dans le bouche, jusqu’au fond de la gorge… On s’agite autour de moi, on dégringole l’escalier, l’hôpital n’est pas loin, qu’est-ce-qui m’arrive ? Ce sont peut-être les bonbons que j’ai mangé, ils étaient tout petits pourtant, et bien rangés dans ce petit flacon marrant avec son capuchon rouge comme le nez du clown…Papa continuait avec ses doigts, alors j’ai tout craché sur sa veste militaire ; il m’embête celui-là à farfouiller ainsi dans ma gorge en m’écrasant le ventre avec en plus la tête en bas…Ho - la la - la la !
Un bon lavage d’estomac et une longue sieste et voilà le rejeton encore prêt à l’emploi ! Ouf, quelle affaire !
Il me semble que toutes les maisons étaient ocres ou jaunes, peut-être blanches, en tout cas je suis sur qu’elles étaient brulantes, de soleil, presque jour et nuit, craquant tous leurs crépis.
Perché sur le haut mur qui dominait la plage, je scrutais l’horizon. J’espérais deviner, de mon regard perçant, les contours d’une ile réputée merveilleuse, de l’autre coté de la mer. Tout le monde disait qu’elle était la plus jolie, que j’avais de la chance d’y passer mes vacances.
Le retour vers ma Corse, celle de mes ancêtres.
Je me souviens d’un énorme bateau plutôt rouillé, même un peu sale, d’une pagaille monstre au moment d’embarquer. Le navire attendait patiemment que l’on y prenne place. Les voitures, chargées bien plus que de droit, avaient leur ventre à terre sous les lourds ballots. Les enfants qui couraient, les parents qui criaient pour être les premiers à pouvoir embarquer. Sans doute avaient-ils peur de rester sur le quai à pleurer, le mouchoir à la main. Je crois pourtant que c’était là le rôle de leurs anciens, il y avait tant qui agitaient les bras en sanglotant.
Un grand coup de sirène pour dire qu’il est bondé. Je cours dans tous les sens, je veux tout visiter, je croise dans ce jeu tous les enfants du bord, tous rient et s’essoufflent de cette cavalcade.
La découverte, l’aventure, des escaliers partout, des jambes qui nous gênent, il y a trop de parents qui circulent. Asseyez-vous !
Sur le pont, au soleil, les transats, très occupés, étaient le privilège des femmes, des mères et des grands-mères, parées de leurs robes fleuries et de coiffures étranges, exposées pour démontrer ici leur beauté et toutes leurs richesses.
Nonchalamment, sur le bras du fauteuil, pour provoquer les regards comparatifs, elles étalaient un peu de patrimoine, en écartant les doigt pour laisser voir leurs bagues, et un peu de leur remarquable culture en affichant leurs choix littéraires, leur auteur dans le vent, un Roy, un Feraoun, un mémorial sur Camus…
Les mioches, fustigés, ne devaient pas courir sur le pont et se taire dans la salle à manger du bord où le personnel attentif nous servait un bon chocolat. Mais nous n’avions pas faim dans l’aventure des grands voyageurs. Nous étions les nouveaux Vasco et nos parents faisaient mine de n’en rien savoir.
Sans doute y avait-il une raison majeure, que la jeune marmaille ne pouvait deviner, à toute l’émotion, l’intensité, la tristesse du moment.
A chacun de nos passages hurlants dans les rangées de sièges, les bras de nos mamans nous happaient, elles se serraient sur nos poitrines, y cherchant un refuge ou une certitude au recommencement.
Le discours semblait grave et devait s’alléger, par nos rires insouciants, pour éviter les pleurs…
L’If qui nous prévient que l’arrivée est proche. Qu’il est beau ce château au milieu de son île ! Ho combien de marins, combien de capitaines, il y a foule sur le port de Marseille, des mains agitent encore un salut rituel, des grues qui tourbillonnent portant à bout de bras toute la cargaison…Il fait très beau à Marseille.
Un bref coup de klaxon salut la colonie qui s’éparpille dés que les immenses cabestans ont déposé les voitures à terre. Les chauffeurs en font le tour, plusieurs fois, pour inspecter l’état des ailes et faire s’il le faut un fatidique et laborieux et criant constat.
Nous sommes quelques familles à laisser la voiture sur le quai, prés d’un autre bateau qui reprendra la mer un peu plus tard. Il nous faudra attendre tout un jour notre correspondance.
En attendant, nous visitons la cité phocéenne, la corniche et le vieux port où le marché sent bon la marée et l’accent provenssou, notre Dame de la Garde pour faire une prière à la Vierge et déposer, recommandation de mamie, un ex-voto pour le retour…
Je l’imagine encore avec ses yeux brillants, ses cheveux abondants, bien bouclés en mèches un peu frivoles, pas très grande mais vaporeuse, éthérée dans ses déplacements, gracile Vierge, et pourtant fidèle protectrice, attentive, le sourire toujours présent en haut de chaque monument où elle tient son enfant béni.
Doux jésus, quel amour !
Il fait bientôt nuit, nos bagages en main, on embarque à nouveau, Vasco est reparti vers une île lointaine. La voiture est sanglée, elle s’élève au-dessus du navire « le Napoléon Bonaparte » (l’ancien) et replonge au fond d’une cale gargantuesque où s’entasse, pêle-mêle, tout ce qui fait le chargement. Des voitures, des filets pleins de caisses de bois, de tonnes de patates, des chevaux pates en l’air qui pendent eux aussi au bout de cette élingue. Des cris, des ordres de rangement donnés dans la rigueur… On observe, ébahis, ce branle-bas jusqu’à son terme, attentifs aux rayures sur l’auto de Papa, une belle frégate Renault, toute verte ciel, chargée, elle aussi, bien plus qu’il ne faut. Mais enfin, elle roule encore malgré tout son fardeau.
Bientôt la Corse. je vais enfin la voir de prés, dans toute sa splendeur, de loin c’est difficile sauf à l’imaginer, par une longue vue, depuis le mur d’Alger. On nous a tellement raconté sa beauté, ses fleurs du maquis, ses parfums extraordinaires, ses plages bordées de sable fin, ses forets, l’Ospédale, la rivière, que mes fictions spéculatives, tous mes rêves mythiques m’ont déjà permis de la vivre, sans pour autant l’avoir connue.
C’est la nuit et tout bouge, le navire se soulève et retombe très fort sur la vague résistante, des chocs, encore des chocs, mais pas d’infiltration. Nous sommes saufs, à l’abri, couchés dans la cabine.
La tempête. Est-elle l’ultime et magique rempart mis là par quelque Dieu pour cachotter l’accès à la terre promise.
Seuls les ayant-droits y seront donc admis ?
La vague empêche-t-elle les importuns?
Il faudra à l’intrus une once de courage face à tous ces embruns ! S’il résiste, endurant, son nom prendra un « i » en finale.
C’est une île aux trésors qui se donne en partage partial à ceux qui y sont nés et à leur descendance, à quelques admis aussi s’ils viennent en confiance épouser ceux d’ici. Une exclusivité, un parti pris jaloux qui découle de lois ancestrales basées sur une éducation, peu partageuse, sous un couvert matriarcal qui saura faire le tri.
L’odeur du bord, des fonds de cales, des coursives gluantes aux douches innommables, bien vite remplacé par le parfum des vagues et puis l’embrun insulaire qui nous arrive et nous prédit déjà les plantes du maquis…
Pour que j’oublie mon insomnie et mes nausées, Maman me raconte tendrement de beaux contes d’enfants, elle me chante pour conclure une douce berceuse « fa la Nina e fa la Nana », tenue de sa maman, Mina Julie. Elle me dépeint la Corse où elle est née comme un peintre le ferait avec son aquarelle. J’allais vivre, réellement, mon vrai premier contact avec mon île et mon premier hiver avec mes grands-parents
Elle a les yeux rêveurs, et il lui tarde aussi.
Un ciel et un soleil comme nulle part ailleurs.
Nous y voilà, on débarque sous une énorme citadelle, l’eau est d’un bleue limpide, tellement transparent que les poissons en profitent pour nous montrer leur dos, ils se vantent, ils se pavanent, c’est leur seul gagne pain, nous serons généreux d’un geste de la main. Ils se disputent la semaille, le miroir se casse le temps d’une bouchée.
Un château-fort, la citadelle, le berceau d’un héros qui découvrit le monde, Christofanu Columbus, une stèle est gravée, l’Amérique est sauvée…
Tiens à propos de Christophe Colomb, il était dit génois car Calvi sa ville natale était sous la domination de l’empire de Gènes. Mon propos n’est pas historique, mais plutôt culinaire. Pour son second périple, à la recherche de financiers, il courtisa le Portugal où il s’en fut se marier à une noble Infante. Pour plaire à sa belle famille, il apporta de son pays quelques fromages des plus affinés et une liqueur familiale à base d’orange et de quinquina mariné dans un vieux muscat de vendange tardive, bien des années plus tard ce breuvage fut bien amélioré par Monsieur Mattei qui créa le Cap Corse sur la même méthode.
Christophe donc se méfie de la vigueur excessive des fromages sélectionnés par son père pour la grande occasion et, fin gourmet, il conseille alors aux dames attablées de suivre un protocole gustatif précis pour pouvoir apprécier cette bombance :
-Ola, Mesdames, prenez donc un petit, tout petit, morceau de ce fromage, le moins fort en premier, puis vous continuerez en tournant comme çà. Vous le disposez sur un morceau de pain bien rompu, vous le mettez en bouche pour un peu le croquer, juste deux ou trois fois pour associer les deux éléments, dés lors vous attrapez le verre de ce breuvage et vous en humectez de deux gouttes avares, le fromage et le pain mélangés. Vous y découvrirez les parfums du maquis, le miel et la châtaigne et le goût de ma Terre…
La noblesse portugaise associe, depuis lors, son fromage fermier au plus fameux Portos et fait de cette idée, venue d’un beau mariage, un grand mythe gastronomique issu des legs du passé.
Après une visite protocolaire, nous prenons la route, et ça tourne et retourne autour de paysages à quand rouges, à quand verts, à quand au bord des plages, à quand très dominants. C’est beau, j’ai le nez collé à la vitre dont j’essuie la buée de mes petites mains.
Nous faisons une halte, le vertige nous prend, l’auberge est méritante car elle est décorée au nom du ministère, notre hôte est honoré d’une médaille en bronze qu’il expose, fiérot, au dessus du comptoir. Le pain, le jambon, le fromage, tout y est tellement bon. Papa sera même obligé de faire un peu la sieste car le vin généreux était à la hauteur du lieu et de son fameux personnage.
Enfin nous arrivons en terre de chêne-liège, après quelques virages qui escarpent la mer… les criques sont perdues sous un dense maquis. On chante une chanson qui parle de pécheurs…
Un, deux, trois ponts Effel et nous voilà rendus.
Papa fait un détour pour nous montrer le golfe qui fit la renommée de notre citadelle. La cité médiévale, notre terre des Seigneurs de l’Alta-Rocca, la racine où mon nom a grandit. Le bastion que notre famille a bâti en 1539 pour préserver derrière ses hautes murailles l’esprit de ses co-fondateurs, le blason de notre famille et l’ordre de Saint Georges : « l’hospitalité sacrée » et en faire sa Tradition.
Le golfe avait été baptisée « Portus Syracusanus » ou « Oelista » par le grec Ptolémée, et il fut le rêve fou du Pirate Dragut qui voulut par trois fois creuser ses fondations dans la baie. Las, pour lui, comme pour la puissance de Gènes, ils n’y pourront rien, contre la malaria et le ghjastemu, le mauvais œil que nos vieilles grands-mères savaient si bien jeter sur l’intrus, ils ont tous péri de vouloir rester là sans l’observance du rituel de notre acceptation.
Nous approchions de la maison de ma grand-mère, Mina Julie, haute de quatre étages, en face du magasin de Mamie, mon arrière grand-mère qui vécue, grâce à Dieu, jusqu’à ses cent quatre ans.
En bas, prés du portail, le bar des chasseurs, chez Siu Matteu. Le tavernier veillait, toujours à son poste, son chapeau bien vissé au-dessus des oreilles.
Il était buriné par le temps, les dents sur un grand sourire et les yeux pétillants comme ceux d’un pêcheur. Avez-vous déjà vu la gaité des pêcheurs sur les quais, quand ils maillent et démaillent encore en entassant à leurs pieds leurs énormes filets ?
Il était lymphatique, Siu Matteu, il ne voulait servir ses boissons qu’au comptoir, pour lui les tables de son bar étaient trop éloignées, le client pouvait prendre à son compte de combler cet espace inutile entre sa table et le comptoir puisque l’objectif de ce verre réclamé était, selon lui, de se désaltérer.
La porte de notre demeure donnait sur la rue. Épaisse, carrée, sous un soleil forgé, orné d’une croix hérétique, elle donnait, dés son ouverture, l’ambiance du noble bâtiment ; austère autant que guindé, sombre, grave autant qu’accueillant, un peu lugubre, un peu vivant des rires des enfants qui l’animaient en glissant sur sa rampe.
Pas un angle ne pouvait, jusqu’en bas, nous faire buter l’arrière, il nous fallait seulement avoir de bons freins avant la boule d’arrivée, le reste tournait bien. Deux fers se croisaient sur le vide à chacun des paliers pour empêcher la chute ou raidir l’édifice, cela nous rassurait on pouvait dévaler.
Une brise légère, permanente, qui venait du jardin par une porte arrière, ventilait jusqu’en haut la cage d’escalier. Il était beau cet escalier, usé de tant et tant de pas en montée et d’autant en descente, son granit arrondi nous disait l’importance du trafic. La maison était réputée. L’usure allait d’ailleurs jusqu’au dernier palier, sans doute pour Mamie qui en était la gloire.
Le quatrième étage avec son four qui ne servait jamais. Il était le fourre-tout, dames-jeannes vidées, cageots de pommes de terre, quelques vins cachetés se partageaient son âtre inutile tapissé de poussières.
Le quatrième étage, la chambre de Mamie, vénérable repère de la maitresse de maison où je me réfugiais souvent, en courant me cacher sous son lit, fuyant l’injustice de toutes les réprimandes de Missia, seul commandant de bord, missionné par mes parents dans la lourde tache de m’inculquer les lois nouvelles de la bienséance continentale. L’Afrique et l’Algérie devaient être oubliées.
Mina était bien trop à son ouvrage, au magasin d’en face, pour peser, comme elle l’aurait voulu, sur notre modelage.
Papa et Maman étaient repartis sans nous, pour faire du ménage, je crois. Bien à l’abri les enfants resteraient, pour les attendre, avec Missia, Mina et Mamie.
Le quatrième étage, un grenier aux miracles interdits s’y trouvait, mansardé, derrière le four à pain. Je me cachais souvent pour faire son inventaire tout en prenant bien garde de ne rien déranger; Un antique chapeau de feutre noir servait de nid à madame araignée, pas question d’y toucher sans déranger la belle. Une faucille usée, venue du fond des âges, d’un druide ou d’une fée, quelle valeur avait-elle pour ne pas la jeter ? Sans doute pour la mémoire de ce qu’elle avait fait. Une malle de bois s’ouvrait sur des dentelles brillantes et jaunies, comme des porcelaines canoniques qu’on ne peut plus laver sans craindre qu’elles ne cassent. Les photos de famille avec nos ressemblances. La comptabilité, les grands livres de comptes entassés, oubliés en dizaine d’années. De vieux futs éventrés qui servaient de repère aux souris. Le vieux chat de Mamie n’avait pas résisté à leur acharnement et il s’était enfui du logis par un œil de bœuf aux vitres délabrées. J’avais un coin secret, par de là ce foutoir, mieux un observatoire que je pouvais atteindre en me glissant lestement sur le toit du voisin par l’autre œil de bœuf, celui qui fonctionnait encore. Parvenu sur les tuiles, d’un svelte et prompt rétablissement, j’arrivais à saisir le pied du mat de notre girouette pour me hisser sur le plat d’une cheminée dont personne n’avait plus usage. Peut-être celle du four ?
Et me voilà, sur ma hauteur, vigie d’un nouveau monde, domifiant le village pour faire mon horoscope.
J’étais un Soliman au-dessus de l’Etna, insolent, magnifique et avare d’une telle fortune. De toute façon le trône n’avait qu’une place, lors comment partager ?
Le quatrième étage, la cuisine commune où nous déjeunions tous, les jours de semaine. Le jardin de Missia se trouvait sur la table, la meilleure production de tous les environs, et même de plus loin. Personne, je dis bien personne n’égalait son savoir faire de maraicher. Qui d’ailleurs aurait eut l’outrecuidance d’y penser seulement ?
Son visage, ridé, grimé par son histoire, reflétait son ardeur en tous lieux, pour le combat des résistants comme le travail aux champs, il figurait, pour moi, l’ultime perfection. Je me prêtais volontiers au rinçage des fruits et des agrumes encore chauds du dehors. Au-dessus de l’évier de granit l’eau coulait dans mes doigts qui leur servaient de serviette de bain. Je goutais à chaque sorte pour être sur de leur qualité. Hum, le goût de ces carottes était incomparable, tendres et fermes tout à la foi, sucrées et juteuses à pouvoir les presser. J’en goûte une autre encore, puisqu’on ne sait jamais…
Missia était peu prolixe, sauf aux repas ou lui seul avait le droit de paroles. Il décidait lui-même de nos temps de discours, il fallait se tenir prêt à tout dire en un temps imparti avant de faire silence pour entendre la TSF distiller, d’un ton très monocorde, les informations quotidiennes en ouverture sur le monde. Paris, la capitale arrivaient ainsi jusqu’à nous.
Nous avions bien conscience que notre poste à galène était un privilège de nantis. Missia était aussi savant ou faisait tout pour l’être : La grande émission radiophonique qu’il ne voulait à aucun prix rater, sans doute pour tester ou parfaire sa propre érudition, était animée par l’eternel Lucien jeunesse et son jeu des mille francs :
tic-tic-tic-tic, 10 secondes à réfléchir,
5 pour la réponse ou pour être éliminé. « Reviendrez-vous demain ? » disait-il au gagnant :
« Alors Quitte ou Double ? »
Et sa publicité vous en souvenez vous ? Dop-dop-Dop qui recommandait d’aller chez le coiffeur …
« Allez, Allez, Allez, Allez chez votre coiffeur…. Allez, Allez, Allez, Allez chez votre coiffeur…. »
Cela me valut ma première taille, pas chez Georges mais chez Pierre le « coco-résistant » son rasoir à la main, toujours pince sans rire et méfiant du voisin.
Le dimanche la table était généralement dressée à l’étage en dessous. L’étage des beaux meubles et des tapis persans.
La noblesse et le silence des lieux s’exprimait pleinement dans la bibliothèque interdite aux enfants qui auraient pu, de leur agitato enfantin, dégrader les pathétiques partitions et non moins bouleversantes gazettes musicales, les impressionnantes collections, les livres rares aux reliures dorées à l’or fin, le patrimoine littéraire de notre lignée… Je m’amusais parfois, un tantinet provocateur, à gratter le métal doré des bouquins pour m’en tartir la chevelure, déguisant ainsi, un court instant, le trésor de Mamie qui en riait aux éclats.
Le soir venu, il fallait, « vue l’heure », rejoindre les bras de Morphée : Après deux bises religieuses, déposées selon la coutume sur les joues de toute la tablée, avec mes deux ainés, mon frère Paul et ma sœur Marie-Françoise nous dévalions l’escalier d’un étage pour un concours espiègle, « le rituel du labyrinthe ».
Privilège momentané, nous traversions, chaque soir au coucher, l’univers réservé aux grandes occasions. Le jeu du labyrinthe consistait à suivre scrupuleusement, sans déborder, attentif et d’un pied bien assuré, digne d’un tour de France, les méandres des sentiers dessinés sur les tapis de laine. Il fallait respecter le choix du premier arrivé sur les lieux et suivre l’architecte villégiateur, en évitant de toucher au petit guéridon, au millier de bibelots, aux figurines dansantes, aux effigies africaines à l’équilibre instable, aux ivoires sacrées et aux rares, très rares porcelaines de limoges dont Mina nous contait tous les soirs la rarescence, leur origine et leur histoire. Un parcours de funambule ou de danseur de corde que nous compliquions chaque jour pour éprouver, plus avant, notre sens inné de l’acrobatie et de l’orientation en terrain inconnu. Aucun secret, dans l’aiguillage, aux bretelles fourchues comme aux bifurcations. L’objectif étant de rejoindre la chambre des enfants.
J’étais toujours frustré de subir la surveillance de l’aïeule à chaque percée dans la zone interdite. Chaque soir après la traverse, la clef tournait sur la liberté pour bloquer dans notre chambre toute velléité prédatrice. Remarque bien que cela nous arrangeait car nous en profitions, mon frère, ma sœur et moi, pour monter du marbre de la cheminée à l’armoire très haute, très ancienne qui surplombait le lit. De là-haut, comme Papa, nous étions de grands parachutiste en action de grâce pour le sommier et ses ressorts. Il fallait, d’une grande poussée très synchro au rebond, aller toucher le lustre de cristal accroché au plafond. Le diamant porte-bonheur pour la nuit ! Je dois, pour vous faire rire, vous faire une confession qui mérite l’absoute que l’on donne aux jeunes enfants…
Mina était parfois bien trop occupée par la réception qu’elle avait organisée autour de ses amis de la résistance dont on savait tous les exploits. Pressée par sa tache, Mina en oubliait son méthodique tour de clef… Nous profitions, alors, de l’aise pour faire une escapade sur la grande terrasse qui donne sur le port. La fraicheur de la nuit, ses humides effluves, cette influence magnétique de la peur d’être pris nous donnait vite envie de satisfaire un gros pipi. Dans la salle de musique le piano familial trônait. Ornée d’une broderie galante sa queue formait un admirable paravent à la plante grasse qui tombait à point pour absorber, en cachette et en rires, nos jaunâtres effusions. Comment pouvait-elle durer après tant de breuvages poissards ? « J’aime pas les rhododendrons…. » ! Na !
Je n’aimais pas non plus le miroir en soleil d’or, ses rayons de lumière trop ouvragés, tous çà me semblait faux, fait pour la seule épate. Il dénotait vraiment, ce cadre surfait, dans l’authenticité des autres mobiliers tous signés, tous d’époques nobles.
Notre voisin et ami se prénommait « Suspain », il habitait l’étage juste en dessous et faisait, comme nous, parti de la bande du quartier, réputée pour son nombre et pour son armement. Nos frondes étaient les plus modernes et nos hautes terrasses nous permettaient un imparable tir au « mortier » sur tous nos adversaires. Notre bande régnait en maître sur la ville, gare aux bandes rivales. Nous avons même un stock de vieilleries de la dernière guerre. Nous les avons sortis de leur cachette une seule et unique fois. Pour notre « Grande Vadrouille » :
Un de mes oncles, Toto pour le nommer et pour que ceux qui l’auraient connu puissent bien situer l’action, Toto, disais-je, habitait sur la route d’Arca, à gauche, juste avant le premier virage.
Il était peu liant avec nous autres, les galopins, il était taciturne à souhait, toujours le verbe haut et la colère aux lèvres. Il avait, pour sur, bien peu d’attraits pour nous plaire !
Lors d’un conciliabule nous avions inscrit pour ordre du jour de trancher sur son sort. Devait-on le laisser nous houspiller ainsi sans aucune mesure ou bien le mettre au pas de notre confrérie ? L’affaire se traite au dépôt des richesses et de nos armements. Assis, chacun sa caisse, nous étions invincibles comme des partisans. Ils nous avaient laissé en conscience, c’est évident, le stock accumulé en garant du futur de leur descendance.
A notre tour, alors, de défendre la Patrie ! Cela débutait par la condamnation du coupable jugé comme ennemi. On échafaude, on s’organise, on cherche et on trouve même le lieu du guet-apens, juste avant sa maison qu’il rejoint vers midi, tenaillé par la faim. Personne ne met en doute sa ponctualité alimentaire. Là, sur son passage, le mur est dominant et si nous arrivions à nous cacher derrière, nous pourrions, au dernier moment, surprendre le banni.
Nous cherchons dans la resserre des clous de bonne taille pour nous servir de chiens, à défaut de lance roquette. Il nous faudra taper sur les amorces des obus tout rouillés qui devaient nous servir. Des marteaux, des pierres, des tenailles, tout objet contendant pour enclencher la salve vengeresse. Cela est fait, chacun son attirail. Nous chargeons nos sacoches de grenades allemandes, celles qui se lancent à bras tendu du bout de leur manche en bois dur, certains d’ailleurs étaient en ferraille. Nous amenons aussi, pour faire bon poids et bon usage, des grenades françaises encore très quadrillées. Sur l’épaule de chacun une Sten se charge en bandoulière et nous voilà partis, en route d’un bon pas, en colonne, à travers la campagne pour parvenir à l’heure au lieu du guet-apens.
Le bougre le teigneux devra payer l’offense et subir l’assaut des vengeurs masqués. Nous serons les héros, les favoris de Dieux, qui pour leur rendre hommage terrasseront la bête hurlante, sanguinaire, l’infâme porc, l’ogre ignoble, le terrible Toto.
Le clan de connait pas de lâche, nous serons tous à la hauteur, nous voulons relever ce défi d’un autre âge et nous vaincrons!
L’homme arrive, nonchalant, il ne nous a pas vus mais il se fige, glacé par le son de nos crieries :
Sus à Toto ! Sus- sus –sus ! A l’attaque !
Et nous voila cognant sur les amorces inertes, et toc et toc et toc et rien ne veut exploser…
Saloperie d’obus qui font toujours long feu !
Tous aux grenades ! Envoyez !
Et nous voila jetant les grenades d’un bras musclé, et toc et toc et toc et rien ne veut exploser…
Saloperie de grenades qui font toujours long feu !
Tous aux mitraillettes ! TIREZ-TIREZ !
Toto resta perclus, de peur ou de prière. Il devait être bon dévot pour être exhaussé dans l’instant, et que nos projectiles fassent tous choux blancs.
Opération manquée ! Quel mauvais matériel ! Et le combat cessa, faute de munitions.
Enfin la trêve espérée par Toto. D’un coup d’un seul, en adulte il se révolte, il réagit, en grand-père le voila tout hurlant, aboyant et courant après nous. Il jure, il mugit, il vocifère l’ordre de se rendre où alors ! On saute, coude à coude, d’un grand bond héroïque par-dessus la muraille de pierre, on se couvre la tète pour notre incognito. L’épouvantable affaire s’inscrira au registre des débâcles légendaires.
Il s’en suit une fuite éperdue, à l’aveugle au travers des broussailles, un marathon des imbéciles. Notre troupe entière cherche à se réfugier au profond du maquis qui va la protéger. Mais l’homme connait, sans doute mieux que nous la jachère où nous sommes, je crois bien que l’on fuit sur sa propriété. Le taillis n’y peut rien, le vieux est à nos trousses. Il vole bien plus haut par-dessus les buissons. Ses pas sont de géant, il voit mieux, dans la brousse, que les petits enfants. On galope, on galope, on cavale encore. On fonce à qui mieux-mieux, redoublant d’énergie. Courir, courir encore, pour fuir notre ennemi. On meurt de soif, on en peut plus. L’homme est-il encore là, sur nos trains ? A-t-il fait marche arrière ? Que fera-t-il demain ?
Une flaque divine, un peu brouillée par un pied de Simon, nous invite, abondante, à tendre en creux les mains pour y trouver un bon breuvage. Quelle bénédiction ! Donc, il faut en conclure que par ce signe, Dieu nous passe un message : L’action de guerre était louable puisque le seigneur lui-même donne à boire à ses troupes !
Nous ferons, plus sereins, le grand tour par les quatre chemins, avant de remonter, en directe, au village, par le chemin des collégiens. Nous sommes sauvés, personne n’est pris !
Arrivés en rang serré, hilares et solidaires, sur la place nous découvrons devant l’église vidée de son monde, affolés, beaucoup de monde, tous en émoi, les gendarmes sont là aussi, tapant du pied le sol, ils agitent leurs groles. J’aperçois mon grand-père qui me fait un clin d’œil…L’affaire est éventée, il va falloir se rendre, Toto, le bougre infâme nous a-t-il dénoncé à la maréchaussée ?
Missia s’avance vers nous, il a pris les devants sur la foule.
Il nous est solidaire : …
Surtout vous direz comme moi ! Je vous couvre !
Surtout ne dites rien de contraire ou l’alibi s’écroule !
Il attend quelque peu que la foule s’avance elle aussi pour être à portée d’oreille et il nous apostrophe :
-Avez-vous bien compté les carottes ?
-Et toi Daniel, avec Marc avez-vous bien marqué le poids sur les petits papiers de cartons de gitanes,
-Et toi Simon as-tu aidé mes petits fils à peser le raisin ?
-Et toi Joseph, as-tu aidé Gauthier à livrer le tout avec aux bonnes adresses ?
Tous en cœur nous y allâmes d’un puissant :
-Oui Missia
-Oui Vincent
-Oui Monsieur Giovangigli.
La flicaille est marrie, L’enquête est au point mort !
Bref pour la morale nous lui avons donné l’adresse du dépôt qu’il nous a confisqué en l’enterrant au fond d’un très vieux puit et sans autre commentaire que celui de son doigt qui décide et gouverne, nous avons nettoyé son jardin tout l’été.
Il nous fallait nous excuser de l’outrage à Toto…
C’était l’alibi du résistant …
Combattants Volontaires de la Résistance, ils portaient des noms réputés et ils étaient à la hauteur. Ils avaient fait de leurs vies l’insigne populaire, la marque légendaire des hommes du maquis. Les Piétri, Moulin, Michelin, Scamaroni, les goumiers de teghime, Ceux du col de baccino, Vincensini, Giovangigli, Balesi, tous les Colonna réunis par delà les particules de l’Istria ou de la Rocca, de Palnecca, de Leca ou de Cinarca, Panicacci, tant et tant de maquis et de fronts populaires.
Missia était de ceux-là, dans le calme discret de ses jambes croisées, de son regard lointain, tirant son fumigène incontournable du paquet de Gitane qu’il n’aura pas quitté jusqu’au jour dernier de sa glorieuse et vaillante croisade. Il était vénéré, sage parmi les sages, de ceux dont le recul leur vient d’on ne sait où et qui d’un simple mot vous tiendront une thèse à servir de doctrine ou de philosophie.
La vie avait, à ses coté, une seule vitesse, celle de l’homme à pied, quand il va d’un très bon pas lui permettant de tout savoir et surtout d’être cru, de tout voir souvent sans être vu, et parfois de tout faire sans être reconnu. Il refusait les titres et les montées en grade, son seul frontispice étant d’être à l’Ami le repère certain, l’amer du marin, un petit caillou blanc pour un déshérité. Un Abbé Pierre de la mitraille, qui pour plagier le vieux curé avait lui aussi, simplement, humblement, essayé d’aimer tout au long de sa vie.
Je vous relate ici ses recommandations au seuil de sa vie quand il aurait pu dire que tout est déjà fait et que rien ne sert plus de s’armer à nouveau pour une autre bataille.
Si tu dois lutter un jour, si vraiment tu le dois, fais le donc tout seul pour ne plaire à personne et pour être bien sur de n’être point suivi fais le donc à pied, et nul ne te verra…
Si tu le dis un jour à quiconque ce jour là, mon fils, tu ne seras plus toi !
Il respectait nos choix et vivait lui aussi nos entrailles.
J’avais, dans cette ambiance insulaire, un grand sentiment de bonheur et d’Amour. Cette tendresse que savent distiller, en permanente dévotion, les âmes de tous nos grands-parents.
De l’autre coté du village, la place de l’église et mon école communale, Joseph Piétri, le résistant.
Plus bas que le magasin chez « Lila » ou « Banania » pour ceux qui ignoraient le nom de ma bonbonnière. Hélas pour la morale que l’on m’a enseigné, comme tout un chacun, je chapardais au quotidien un casse-croûte de tentations sur les étagères vulnérables. Dieu me pardonne, quelques carambars au goût de fruit ou un réglisse ou un cachou ou un mistral, par ci par là.
A ne point douter de l’adage, une journée ainsi dotée dés le matin serait bonne et nantie pour le reste…
Tous les jours de classe je passais devant la maison de mes autres grands-parents, les parents de Papa.
Missia Ferdinand, de toute sa bonhomie, attendait sur le banc de pierre de la place de l’église, pipe au bec, canne en main, à coté de ses congénères qui en faisaient autant. Il espérait chaque jour me voir passer en courant devant lui.
-Vu, je t’ai vu !
-Est-ce toi qui a mis le feu à la fontaine ? disait alors taquin, son voisin de bancelle.
J’arrêtais là ma cavalcade d’un coup de frein digne du grand Fangio, les chaussures posées de travers sur la terre fumante, lors, content de mon exploit sportif et voulant ignorer cette blague élimée, j’accueillais ses bises sur le front en guise de récompenses, et son bonbon à la menthe, aussi.
Ses vieilles lunettes rotondes, d’un seul verre foncé, cachaient un œil depuis longtemps fermé par l’éclat des tranchées de naguère. Il était fier d’avoir été poilu !
Les trophées de ses guerres étaient tous enfermés dans l’armoire de sa chambre et parfois le dimanche, en privilège rare, il me les faisait voir. Chaque objet avait son histoire, son coût de chair et puis de sang ! Tout cela au milieu des médailles gagnées sur les arpents et les perches carrés contre un pauvre ennemi tout aussi décidé à mourir pour l’hectare. Le fanion de son groupe planté un peu plus loin, tous corses d’origines. Son blason familial qui ne l’avait pas quitté non plus sur les champs de bataille. Plus que d’autres, il trônait, un peu maculé, parmi ses oriflammes.
Sans doute lui devait-il la vie dans sa guerre sainte.
Il avait des mains d’ogres qui lui valaient les éternelles mises en garde de Mina Françoise à chacun des bonjours, « ne serre pas criait-elle ! »…Il avait du en casser des mains frêles, inconscient de la force de ses pinces, pour qu’elle s’angoisse ainsi.
Et pourtant son dernier métier, avant d’être en retraite, avait été greffier, scribe des tribunaux de Toulon. Comment faisait-il donc pour voir ses écritures et deviner la plume au milieu de ses doigts.
Son visage était bien rond. Ses cheveux auraient pu être courts s’ils avaient poussé un peu plus. Cela laissait bien voir ses oreilles barbarines et sa nuque très courte directement posée sur de larges épaules. Il portait la tenue la plus traditionnelle de sa génération, un costume en velours noir ou marron selon le jour, sur un gilet serré. La taille toujours prise dans la ceinture rouge que Mina s’amusait à repasser tous les matins. Très tôt, avec minutie, elle devait faire et défaire et refaire le bandage ventral, pour qu’il puisse y cacher sa pipe et son tabac. Le ventre de Missia en tirait avantage, tant il était tenu, il se serait beaucoup trop étalé, par sa gourmandise, sans ce stratagème vestimentaire élégant.
Sa sainte femme était si douce, si délicate, Mina Françoise… Elle avait insisté, milité, provoqué, tout cela dans le but d’obtenir l’alternance. Elle voulait m’avoir auprès d’elle absolument. Jamais de cris, ni plainte ni haine, un sourie béat de me savoir heureux, tout simplement.
La concession fut néanmoins facile à obtenir, dans le contentement générale de répartir les tache sur tous les ascendants. Jean-Louis ira dés l’année prochaine chez Mina Françoise et Missia Ferdinand. J’étais heureux d’avoir, égoïste il est vrai, deux grands-parents pour moi tout seul. Je fus même un peu dépité, rarement soit, mais encore trop à mon goût, de partager mon petit lit avec mon cousin de passage.
C’est dire leur appartenance, ils me voulaient à eux mais ils étaient à moi, sans connivence, ni concession.
Un pied de nez à mes ainés qui avaient largement pris possession des autres grands-parents, en excluant Mamie.
J’aimerai vous dire quelques mots sur mamie, mon monde à part, l’éternelle présence, la passion, le sentiment, la tendresse de ma vie… Ma fille porte son nom, c’est ma reconnaissance.
Rosalinda, ma Mamie,
Elle avait les yeux si brillants, pétillant à chaque sourire.
Savez-vous ce que sourire veut dire, quand la bassine se remplie d’une eau chaude aux parfums de lavande, fumante encore des braises brulantes. Cette vapeur qui démontre, à son opacité, le temps qu’il a fallut pour bien la préparer, combien d’Amour aussi, quand le réveil sonne bien avant l’aube pour se donner le temps de tout ordonnancer.
Avez-vous, comme moi, profité avant l’autre des serviettes de bain chauffées au feu de bois, et des chaises chargées d’habits, toujours choisis, vérifiés, recousus, repassés, et mises en rangs serrés pour ne rien pouvoir perdre de la chaude braisée, au labeur la nuit. Les papilles, dans un crescendo régulier, rythment le temps qui passe, il faut se dépêcher, le lait chauffe, il monte et sa magique alerte vibre au fond de la petite casserole blanche, billebarrée d’un rouge moderne. J’étais toujours le premier à grimper les étages de la grande maison, j’adorai la croute de crème du bon lait cru, et j’avais droit à la plus grosse part ; « finalement aujourd’hui le lait n’a pas donné de crème... Je crois que ce n’était pas le lait de Monsieur Foata », personne n’était dupe de ma terrible gourmandise.
L’odeur du grillé sonnait la deuxième cavalcade, les frères et les sœurs, les cousins se bousculaient à table pour s’assoir au plus prêt du grand panier à pain. La miche de pain noir tranchée par cet énorme couteau denté que nous n’avions pas le droit de toucher. Le pain rassis grillé trempé dans le lait chaud devait se récolter à la grande cuillère, ce vieux pain dur cassé qui, noyé dans le bol, deviendra pate molle pour fondre dans ma bouche. La motte du vieux beurre était répartie tout autour en petits quarts à partager à deux. Etais-ce déjà là un symbole, un message, une loi à apprendre par le jeu des dessins sur le jaune brillant ? Les canistrelli à l’anis qui servaient de solide support à la couche de beurre mi-fondu que j’aimais copieusement étaler, au grand dam de mon frère qui, y perdant au change, immédiatement belligérait devant cette injustice et trépignait pour obtenir son rabiot.
Les mamans profitaient du rôle à minima qui leur était confié par Mamie ? Elles avaient pour mission de bien garder le lit.
Missia, notre grand-père était depuis plusieurs heures en campagne, c’est lui qui aidait Mamie à attiser le feu du matin. Il était très solitaire, du moins je me l’imaginais ainsi à l’époque. Maintenant je dirai plus qu’il travaillait beaucoup, passionné par sa terre et ses cultures, ses melons héroïques, ses salades au cœur énorme et ses tomates dont on fit bien plus tard un label bonifacien… En effet un journalier emprunta à grand-père quelques plans de tomates pour les planter chez lui, elles étaient si belles, si grosses, sans pépins aucun, si rares que pour sa jeune épouse, le cadeau fut choisi. Las, la commère se vanta de ses pommes d’amour, en tirant même quelques avantages à l’étal du marché où elle les échangeait. Ce fut vite une affaire de village, un nom était trouvé, « Bonifaciennes ». Les tomates de Missia furent promptement rebaptisées.
On entendait, comme un clairon militaire, résonner la trompette du bus de l’école depuis le bas du village. A son premier arrêt, la maison des Savelli, il faisait une grande halte pour profiter d’un chauderet de café religieusement grillé par la main méthodique d’une grand-mère. Le brave chauffeur, Monsieur Gauthier, seul maître à bord, pilote émérite de toutes les générations, semble-t-il, sonnait encore une fois un bon coup de trompette dés la reprise, un mi-remerciement aux tendresses de la cafetière du petit-jour, mi branle-bas-commandement pour le haut du village ; un « j’ai tardé aujourd’hui alors : fissa-fissa » que l’on interprétait plus ou moins impérieux. Le nombre de percussions était, en cela déterminant. A chaque prise en charge le clairon retentit, nous serons sur cette portée l’arrêt numéro sept, le décompte est aisé. Le retard n’est pas toléré, gare au clampin retardataire, il restera sur son tas de honte de n’avoir pas su être à l’heure. L’intolérance de Monsieur Gauthier n’attend pas.
C’est alors seulement que nos Mamans pouvaient intervenir, leur châle en écharpe et un fichu noué sur des coiffures encore modestes, modelées par la nuit. Elles nous accompagnaient sur le seuil de la porte, câlines bonnes mères qui poussent devant leurs poussins.
Parfois même, un peu plus généreuses ou bien mieux réveillées, elles poursuivaient l’aventure matinale jusqu’à la barrière du jardin. J’imaginais le quai de gare et les mantilles qui s’agitent.
C’est souvent triste un quai de gare, les mouchoirs qui y sèchent en s’affolant. Rends-toi compte de tous ces départs qui n’ont pas trouvé de retour. Les militaires qui sont partis dans l’enthousiasme des armées et qui sont morts dans la tourmente et la panique d’un exilé. Les amoureux d’un bel été que l’on espère l’autre saison mais qui auront, suivant leurs pères découvert d’autres horizons.
Derrière elles, Mamie soudain apparaissait, son sourire absolu du travail accompli, la table était remise, avec toutes ses femmes elles allaient papoter, les lèvres trempées, moussues et blanches d’un lait cru, goulafré en abondance. Je tentais, en roulant, d’être encore avec elles, persuadé de pouvoir expédier à l’école un Ménechme attentif à ne pas me trahir. J’entendais, l’estomac déjà creusé d’envie, le menu du midi, les taches de chacune, à qui faisait la farce, à qui faisait le pain… Mon Ménechme, le traitre, me lâchait tous les jours au mur blanc de l’école, il avait peur, mon vaporeux, d’oublier toute la leçon … Mamie, elle était belle, ses fines lèvres dessinées sur une douce peau d’ange, un petit menton discret, un nez mutin, un visage si fin, si accueillant de gentillesse que sa maison était toujours visitée, comme un autel de neuvaine où tout le monde accoure pour trouver un appui. Elle avait sa mission, pour sur. Elle savait accomplir des miracles, elle exerçait ainsi sa charité chrétienne. Elle pouvait par un sourire angélique éloigner les maléfices ou désensorceler les esprits captifs de leurs passions fatales. Elle savait, sans effort, tour à tour, nous démontrer sa joie d’être encore parmi nous et nous donner, avertie, dans un respect choisi des choses, le conseil de son expérience.
Bribes par bribes, qu’aujourd’hui je mélange sans doute, elle m’a narré tout son parcours, depuis sa tendre jeunesse, pleine de l’insouciance d’une jeune fille bien née, amoureuse, jusqu’aux jours si calmes, si tranquilles et si doucereux de sa sage vieillesse, qu’elle aimait faire durer bien plus que les cent ans.
Je crois qu’elle était rose sa vie, le gris elle l’avait rejeté, effacé patiemment de ses mémoires vives.
Le petit banc de bois, disposé prés du sien, devant la cheminée où elle aimait bien coudre ou tricoter, était depuis toujours encombré des ciseaux de dés et autres bobines de fils multicolores, de pelotes et d’aiguilles de tous les numéros pour préciser le point que le tricot oblige.
Je crois qu’il était ainsi surchargé, son petit banc d’en face, pour dresser barricade et lui servir ainsi à disposer, tout le jour, ses reliques secrètes; elle y voyait encore, luttant contre le temps qui pouvait s’écouler, l’image de son mari, l’image de l’Amour.
Le consul des colonies dont elle porte fièrement le nom et blason, qui avait du mourir, en mission coloniale, très prématurément. Le père de ses enfants. Elle lui gardait ainsi sa place au sein de sa postérité, comme pour lui présenter en coulisse discrète, les nouveaux nés ou les prétendants.
Elle était passionnée par les gens, par le monde d’où qu’ils viennent, riches, pauvres et grands. Ils avaient pris à ses yeux un seul et même rang. Elle était si tendre Mamie. Toute jeune, dans l’auréole d’un nom noble, elle avait pressenti que tout serait à faire, minutieusement et pour belle lurette.
Pour être à la hauteur d’un tel apostolat, pour accomplir son lot, elle avait du s’armer des plus grands des savoirs ; d’humanisme autant que de sagesse et de philosophie. De tout cela, toute seule devant son petit banc de bois chauffée de mille feux de veilles solitaires, elle en avait tricoté patiemment son armure. Elle était pondérée, mesurée, prévoyante aux éclats pour éviter toutes blessures.
J’ai pressenti ses derniers jours aux flammes de ses yeux qui brulaient d’un feu bien plus ardent, comme pour résister, pour durer plus longtemps que son corps, trop las, qui s’éteignait tout doucement, inexorablement, sans sursaut, tendrement installé au milieu de ses cachemires, des mohairs et des angoras. J’ai vu, alors, dans son limpide bleu, transparaitre, in fine, le sens de son unicité.
Elle avait, avec plus de soin que de coutume, mis de l’ordre dans ses toilettes, se parant, joie de vivre, de frivoles fantaisies. Voulait-elle, dans ce paysage, ne pas dénaturer la beauté du jardin ? Elle aimait tant les roses et les jasmins blancs « qui résistent aux vents ».
Sa chambre, toujours bien rangée, reflétait son bon caractère, ses croyances et ses adhésions. Un tableau hollandais du visage du Christ prés d’un grand crucifix fait de boules sculptées dans un bois exotique par un vaillant artiste du Cochinchine, trônait au-dessus du lit corse. Un douillet duvet où il faisait bon plonger de loin, malgré ses interdits. Deux petites tables de chevets, basses, ornées d’un dessus de marbre identique.
Il y régnait un silence parfait, immobile volonté de maintenir omniprésent l’immortel crédo. L’ambiance empruntée aux petites chapelles qui prônent l’espérance en conservant la foi.
J’y regardais toujours le haut des murs et les plafonds, attiré par une présence, quelqu’un où quelque chose qui serait toujours là. Je m’excusais toujours à celui-là, en discrète cantonade, lorsque ma gourmandise me poussait à me faufiler en goinfre maraudeur, jusqu’aux tables de nuit pour y subtiliser une barre de bonheur, quelques carrés de chocolat. Certainement le premier héritage que me léguait Mamie, son goût très prononcé pour cet irrésistible.
Elle connaissait, de tous, le père, la mère, toutes les origines. Elle savait réciter les arbres des familles qu’elle avait côtoyé toute sa vie durant. Elle était tellement attentive au prochain que du profit de celui-là, de sa passion, de sa joie ou même de sa crainte, toujours, elle faisait son émoi.
Très jeune déjà elle ouvrait un commerce, un comptoir des îles, une grande surface pour l’époque. A y bien réfléchir, c’est dans la logique du trait le plus dominant de son caractère. Elle était tellement généreuse Mamie, à vouloir toujours satisfaire que son étal était nanti de tout ce qui pouvait se faire, de denrées, de tissus, d’armes, de laines, de cartouches et d’outils, de vêtements d’enfants ou de vieilles grand-mères, les hommes étaient prévus aussi dans son grand inventaire.
Elle avait séparé tout cela, un rayon pour chaque chose et plus à part encore se tenaient les chaussures.
On m’avait raconté, en éloge à titre posthume, ce qu’elle faisait fréquemment de son rayon bottier : Les enfants des campagnes devaient pour rejoindre l’école communale passer devant le pas de porte de Mamie qui scrutant les visages roses des chérubins devinait, son jeu favori, sa lignée parentale.
Elle l’interpellait s’il était « va-nu-pieds » comme beaucoup de ses semblables, nos contadins étaient rustiques alors,
- « dis moi jeune homme tu t’appelles (je garderais anonyme pour éviter de flétrir un patronyme campagnard)
- ? … ?
- Pourrais-tu demander à ta Maman de me vendre deux ou trois fromages que tu me porteras dés demain ?
- Oui madame….
Au lendemain le gamin livrait la commande que Mamie payait sur le champ, mais là n’était pas son unique dessein ; elle disait alors au missionné :
- Tiens, pour te remercier de ta gentillesse et que tu puisses encore me livrer mes prochaines commandes, je te donne ces chaussures à lacet, soigne les pour qu’elles durent et remercie Maman pour son Bruccio … ou tout autre fromage blanc…
Avec délicatesse et sensibilité, elle savait préserver l’amour-propre en aidant son prochain de bien des largesses sans provoquer ni gène ni colère… Les gens n’étaient pas dupes car sa bonté était connue,
- et tant-pis, disait-elle, si le profit s’installe chez certains, leur enfants eux le méritent bien…
Dans le charme et la bienveillance, la beauté de son cœur l’affectueuse Mamie ne changeait rien à sa charge quoiqu’il puisse arriver. Elle rayonnait Mamie sur tout son entourage, toute sa descendance qui n’osa, jamais se comporter contraires à sa tutelle ancienne qui les obligeait tous et toujours à aimer d’indulgence. Cela dura jusqu’à l’heure où l’horloge s’est tu. Elle en avait tellement vu des cas rares et des gestes malsains. Elle les avait connus, bien avant qu’ils nous reviennent, les inaccoutumés, les vils, qui aujourd’hui nous vexent alors qu’ils lui semblaient n’être rien que véniels. La tolérance était son inéludable précepte.
Elle pouvait aisément, le temps d’une douce, très douce et si longue caresse sur le dos d’une main happée par ses doigts si fragiles, bénir ses enfants, sans boniment ni maladresse, et leur donner la force, le cran et l’ardeur pour les travaux à faire.
Nous étions prêts.
Elle en avait tellement serré des mains, tant de misère à consoler, tant d’amour à partager, de faux pas à éviter. Je crois que, depuis mon plus jeune âge, Mamie m’avait choisi pour la relève, elle m’enseignait à donner mon bras « fort » en soutien pour l’aider à marcher sur le sol caillouté en « Petite forêt ». Durant ses longues promenades, à pas lents, je m’imprégnais de ses discours, des ses histoires romanesques qu’elle reprenait le lendemain. Jusqu’à en expliquer la morale pour bien m’en dévoiler la fin.
Elle savait nous dire tant de choses si tendres, assise au bord du lit pour faire tomber nos fièvres.
Elle faisait vivre l’aventure d’un Roland de légende ou l’histoire sans fin d’un affreux commissaire, à la faible lumière d’une veilleuse à l’huile qu’elle gardait allumée pour éviter le noir et nous permettre ainsi de remplir de nuit notre baquet d’aisance avec commodité.
Elle l’appelait souvent à la rescousse ce fameux commissaire quand la marmaille prenait des allures de renégats, elle mimait les tocs à la porte qu’aurait frappés son « commissaire » voisin. Là le silence était de mise et nos yeux fermés par nos paupières crispées se mettaient à rêver aux histoires fantastiques d’où un héros prestigieux viendrait pour nous sauver de ces tristes geôles promises aux trois coups le l’anti-terroriste.
Je la revoie encore traverser le grand salon napoléon, décidée, le dos tourné vers moi. Sans doute allait-elle grignoter sa friandise quotidienne, son petit carré de chocolat. Je la suivais, petit môme, insatiable claque-faim, et, tout à coup, dés que ma présence lui semblait bien réelle, elle faisait volte face, les prunelles figées, pour me contempler, presque se recueillir, riante, enjouée de l’heureuse présence de son petit dernier. Simplement, en silence, elle me regardait. Je laissais le temps à ses yeux de gaver sa mémoire, ils allaient me le rendre avec tant de bonté, Mamie, je l’aimais bien.
La demeure de mina Françoise était bien plus humble, son portail suranné donnait sur la petite rue qui grouillait de bigotes réunies en parlotes autour d’un bon café que distillait au travers d’une vieille chaussette la charmante Sia Parsilla, la contadine du rez-de-chaussée.
Dés le petit matin, celle-ci disposait religieusement son amphi pour un important colloque, une dizaine de chaises naines en rond à même la terre, juste devant la porte de son studio, une grande porte fenêtre à l’ancienne, petits carreaux et rideaux fins, qui était semble-t-il aussi large que la pièce principale de son pied-à-terre.
Elle vivait seule en son domaine et comblait ce grand vide de la première guerre, en invitant, chaque jour, ses amies patte-pelues à bien penser, à débattre en thèses et antithèses scrupuleuses, à baver, hypocrites et mielleuses, sur la population du village.
Ne disait-on pas des anciens polythéistes qu’ils étaient des gentils, tous baptisés dans le même esprit pour n’être qu’un seul corps, juif ou gentils, esclave ou libre.
Les « gentilles » grenouilles de bénitier vénèreront Saint Paul pour marcher droitement dans ses pas. Sans doute avaient-elles ensemble suivi le cortège d’un époux. Ils devaient être beaux et fiers pour qu’elles soient demeurées toutes en affliction, depuis lors. Nous savions tout de tout, si nous tendions l’oreille du balcon de ma chambre qui dominait la cour de réunion, la tribune. Je m’amusais souvent à espionner les débats pour connaitre les cancans de la vie de nos concitoyens, des parents des mes copains de classe.
Ma chambre était charmante, tendue d’un beau tapis au dessin de chasse coloniale, un lit corse, petit, d’un bois toujours ciré, une table de nuit, ma descente de lit d’une laine épaisse à y perdre mes pieds, et j’avais à l’époque, ma propre salle de bain. Enfin je triche un peu à ce niveau, je dois vous dire plutôt que pour y accéder tout le monde passait par ma chambre. Donc c’était la mienne, j’aurai pu réglementer son accès à ma guise, par un tour de clef. Alors à qui était-elle cette salle de bain ? Hein !
Savez-vous vraiment ce que peut-être un sourire sincère, franc, permanent, généreux, ardent, désintéressé, bienveillant, dévoué, fécond, fortifiant, magnanime, indulgent, intarissable ?
C’est simplement le sourire de ma grand-mère, mina Françoise.
Elle avait un sourire indéfinissable de tant de sentiments. Il en était vivifiant autant que magnifique. Elle avait une stature altière, fine distinguée, presque aristocratique malgré la simplicité de ses accoutrements. Elle était digne, sans pareille pour son petit enfant.
J’étais un peu mécréant, je voulais manger, soit, mais dans ma grotte privée, sous la table, et il fallait encore que la nappe me cache et que Mina accepte d’être mon invitée. Je la volais ainsi un peu à mon grand-père et à mon père aussi qui n’était jamais là !
J’exigeais en Prince de ces lieux, et elle obtempérait, sans mot dire, toujours à la cuisson d’un très bon riz au lait auquel elle ajoutait un caramel de miel et un peu de cannelle. Hum ! J’en rêve encore. Si je suis toujours si gourmand, c’est du à mon éducation !
Devant les deux petits bancs de bois la cheminée crépite. Sur le marbre, penché légèrement, une glace ancienne reflète ses images. Le soleil d’automne étire ses derniers rayons sur le mur d’en face. Le parfum du café grillé remonte de la rue.
Je fais mes devoirs de classe, sur la table de la grande salle, prés de mes grands-parents qui assistent haletants au robinet qui fuit et au va et vient incessant du train Lyon - Paris…
Missia et Mina se regardent, face au feu, presque en silence, juste un murmure discret pour ne pas me troubler, tant ma réflexion se devait d’être intense. La poêlée de châtaignes saute comme une crêpe dans la main experte de Missia et Mina, attentive à l’action, récupère les marrons bien grillés dans du papier journal étalé à ses pieds. Elle les écrase un peu pour décoller la bogue et fait un premier tri pour me privilégier.
Je ne suis pas trop aux calculs de fuites, j’en oublie mon ouvrage. Je suis tellement ému par deux mains qui se serrent toujours de la même passion. Je capte leurs visages dans le miroir magique. Ils se regardent alanguis, appréciant ces moments qui risquent d’être rares par la faute du temps.
Qu’elle est menue, Mina, dans sa robe de laine, si gaie et si fleurie d’éternelle jeunesse. Ses cheveux cendrés nous montrent, d’un chignon bien noué, sa nuque délicate. Elle baisse toujours les yeux par l’émoi qui l’empoigne, quand elle entend encore son chéri lui réciter de simples mots d’Amour, par delà les années:
Je vais vous dire un secret, ma mie, Je vous aime !
Qu’avait-il d’autre à lui dire? Elle blêmit et se tait. Elle pleure, elle pleure, d’une larme discrète, sans bien savoir si c’est de la tristesse au temps qui reste peu ou du bonheur inoubliable qui survivra à leurs adieux. Elle est heureuse du moment.
Ici les deux petits bancs étaient encore remplis.
Avez-vous remarqué que dans chaque maison prés d’une cheminée il ya deux petits bancs. Ils sont là en repère pour la continuité du sang.
Le grand-père puis le père puis le fils à présent qui cédera sa place à tous ses descendants. A chaque histoire une femme accompagne et s’assoie à son tour sur l’autre petit banc.
Le dernier qui demeure transmettra à l’enfant la passion, la mémoire cramoisie par le temps pour qu’il sache à son tour faire cette donation. Quel âge a-t-il ce banc où vous êtes assis, le savez-vous vraiment ?
Tiens à propos de banc à l’automne, j’ai écris un texte motivant là-dessus, le voici : J’ai vu un reportage sur Arte qui montrait la vie des sdf de la capitale…
Ton petit banc de pierre qui comme les saisons
Changera ton humeur quelque soit la raison,
Il accueille ta vie, recueille tes passions,
Tes amis, avec toi, y diront l’unisson…
Son petit banc, tout vert, qui lui sert en hiver
Dont le bois le réchauffe, l’isole de parterre,
Le jour il se partage en famille, entre frères,
Et la nuit il s’en charge en restant bien couvert.
Le jour il entend tout, les cancans et les juges,
Ils voudront s’y assoir, trouver des subterfuges.
La nuit il l’attend pour lui donner refuge,
Où y trouver dortoir, après quoi le déluge.
Mais est-ce-bien séant, aux yeux des bonnes gens,
Qui, d’un faux naturel, s’y montreront charmants.
Un coussin ou un plaid transformera le banc,
Pour ne pas partager l’odeur du mécréant.
Prison à ciel ouvert, ne plus croire en la chance,
Garder pour seul espoir de salut cette planche,
Où dormir, où souffrir, quand la froideur tranche,
Remplacer le soleil des enfants du dimanche.
Les bras sont repliés, quand tombe le silence,
Sur un peu de picrate, pour y souffrir de transe.
Le col est retroussé sur cette déchéance,
Ses yeux fermés y cherchent une reconnaissance.
Un barda délavé sous un sac plastique,
Une course effrénée au pas de gymnastique.
La pluie tombe devant l’entrée d’une boutique,
vitrines caressantes de rêves érotiques.
Le banc sera lavé, Douche providentielle,
L’odeur du dépravé, par les larmes du ciel,
Le bourgeois oubliera, quand misère ruisselle.
La dignité humaine est un péché véniel.
Cette once de respect, c’est son chien qui lui donne,
Il veut garder Médor pour être encore un homme.
A l’aune de sa vie, c’est sa qui joie résonne,
Dans le train-train des jours, et d’un glas monotone.
Son petit banc, tout vert, c’est comme une amnistie,
C’est là que le hasard lui a donné un lit,
Un abri éphémère pour y passer la nuit,
Oublier de penser dans le froid qui grandit.
Je passe bien souvent devant cette litière,
J’y sens avec effroi s’écouler la misère.
Il est dur cet esprit, Saint l’a foutu parterre.
Que voit-il de nous ? Pourquoi est-il amer ?
Oseras-tu un jour caresser ses cheveux ?
T’assoir, toi aussi, avec le malheureux ?
Lui laver ses guenilles et lui parler un peu ?…
Inaccessible amour, celui des gens heureux.
Donner c’est s’enrichir, c’est offrir du répit,
Egoïste n’est point quand le geste est gratuit,
A remplir gamelle, à donner un louis,
C’est au creux de nos mains que son jardin fleuri.
Juste pour faire plaisir, sans détour et sans honte,
Sans craindre, qu’un beau jour, on lui rende des comptes,
C’est devant sa misère que les larmes nous montent,
Soyons donc solidaire de l’homme qui l’affronte.
Merci pour lui…
Il serait bon je crois de l’apprendre par Cœur, tiens encore un mot que l’on utilise mal à-propos en pareil cas.
…J’en étais à Mina Françoise, ce qui nous ramène à mon père. L’officier, l’élégant lieutenant colonel de la coloniale, héros s’il en est de tant de politiques.
J’avais pris mon parti de le savoir toujours en mission, où donc ? Le secret était très bien gardé !
Je l’imaginais minotaure dans le labyrinthe de mes rêves d’enfants, tant de chimères qui me contaient ses exploits dont j’aurai aimé être le seul héros.
En cohortes les nuits avançaient : Le mouvement s’installe, Il veut suivre, vibrant, une intense émotion, un geste ou un mot, dés fois même une image, qui aura décidé, provoqué le tempo insensé de toutes Mes chimères : Mes chimères,
La nuit noire se rapproche, elle tend à prévenir, Pour elle, je me prépare à taire mes discours, Pour qu’en son sein, blotti, je puisse m’assoupir Et rêver d’aventures, de mes peurs et d’Amour, Le soleil disparait, les persiennes se taisent, Dehors l’imaginaire fait place à la raison, A vouloir expliquer ce que fut la Genèse Le jour après la nuit, chacun a sa passion.
La lampe de chevet s’éteint sur le vieux jour, Seule à veiller sur moi une flamme vacille, Laissant partir les ombres les visions, tour à tour, Les confessions volages de la nuit qui brasille. Lors les spectres sont là à guider mes pensées Ils vont seuls décider quoi faire de ma nuit. Leurs contours érotiques, leurs lascives pensées Je tuerai par Amour, à en être maudit.
Mon cœur est sans rancune, plein de plaisirs nouveaux Qui bercent éphémères les songes de ma vie. Prêt à chercher fortune ou risquer l’échafaud Je vais, je cours, je vole un magique tapis. Je m’évade confiant, devin de ces contrées. Prévoyant, astrologue, un fabuleux destin, D’amour, de Chimères, étrange alacrité Qui Repousse réveil et son matin-chagrin.
Avant proton-minet, j’ai douze heures pour ce faire, Pour une renaissance, aller où peu m’importe ! Lampe à huile allumée comme un Rê de lumière J’éclaire le chemin dés que sorgue m’emporte. Je voudrais des voyages par delà les estampes, Parcourir les cartes avec de l’appétit, Connaitre leur dessous, à la clarté des lampes, Et n’en rien oublier, pour en faire un récit.
Innocente jeunesse, bercée par l’aventure, Des contes fatidiques tombés au coin du feu, Là, le cerveau en flamme, je me pare d’une armure, Acronyque destin, mon sentier lumineux. Le vortex en spirale m’a ouvert ses portes, Luministe chef d’œuvre où vivent les génies. Paysages comblés, cités de toutes sortes, Maximes délétères aux parfums d’Icarie.
Voila que transporté en vaisseau amiral Je découvre, envouté, le fond du firmament, La lune et les étoiles, univers sidéral, Le chef d’œuvre de Dieu ou le fait d’un dément. Mon arche si ondule, agréable moment Qui apporte à l’aurore la marque d’un baiser, Le si doux préambule aux mirifiques instants, Quand même l’immortel choisira le péché.
Me voila sur mon ile, mon pays merveilleux Mon univers étrange, mon brillant Paradis. Par le chant des sirènes à l’aura dangereux, Mon royaume des cieux, enfin, mon Amenti.
J’ai découvert l’Amour, ses mythes légendaires La confiance et la peur m’y ont accompagné, Aphrodite, la belle, ses secrets d’adultères, Et Ourania, la pure, dont je n’ai que regrets. Circé la maléfique aux breuvages odieux Qui voulait me saouler de ses poisons mortels. Mais Hermès joua un chant mélodieux, Faisant de ma houlette un caducée du ciel.
Héros en Argolide, justicier invisible, J’ai tué les méduses et leur musée de Cire. La Gorgone saura que j’y suis invincible.
En chevauchant Pégase j’ai su sauver l’empire. J’ai vu le temple indou, la chaussée des géants, Les vestiges d’Anchor, et l’incendie d’Ephèse, Les Gizeh prés du Caire, funèbres monuments, De Rhodes Le colosse, En Grèce l’Olympie.
Je guette ainsi, vaillant, le rythme de la vague, L’èbe qui me ramène des mers infinies, Et du monde des fées où la pensée divague… Le soleil a percé, l’Olifan retentit.
Ma nuit s’est enrichie de contes admirables. Autour de mon berceau ma mère m’a souri, Me souhaitant bonjour, de son sourire affable, Elle chasse les démons de mes rêves maudits.
Singulière compagnie au souvenir fugace, Perchée au mat de hune, elle épie avec soin, Elle donne l’espérance et jamais ne se lasse, A me porter fortune et guider mon destin… /…
Je grandissais baigné dans l’amour des anciens, très loin des interdits des villes incertaines où Papa et Maman avaient du s’exiler. Seules mes nuits, mes rêves et mon imaginaire me disaient chaque nuit qu’ils pouvaient exister. Le jour m’aidait à fuir ma grande solitude dans les bras salutaires de tous mes grands-parents.
Je jouais aussi bien de ma belle frimousse que des compensations qu’ils voulaient me donner. J’étais un peu leur Roi, rarement satisfait.
Je me souviens d’un jour, l’été était très chaud, je jouais dans la brise au coin de la terrasse, dans l’ombre propice de la façade nord. Je cassais quelques pignes que nous allions déguster à pleine main en guise d’apéritif avec Missia Ferdinand. Le toc-toc du petit marteau rythmait la cadence du fouet de cuisine de Mina qui préparait sa vinaigrette. Elle y mettait toujours un zeste de citron.
La table était bien plus décorée ce jour là ! Chacun était à son affaire en attendant que sonne le repas.
Un bruit inhabituel dans l’escalier de bois. Un déménagement semblait nous envahir, le brouhaha cale devant la porte, un temps court qui précède un rire de géant.
Mon grand-père est hilare, Mina en fait autant !
Qu’est-ce donc ? Une bonne nouvelle ? Je quitte mon refuge espérant rire aussi et là, à ma grande surprise, mon père se tenait devant moi, sans m’avoir prévenu !
Tout le monde est en liesse, on crie, on rie on me caresse, Maman est là aussi, en larmes de me voir, on me touche et retouche, me dit que je suis grand, comme un homme…
Des cadeaux sur le sofa, des milliers de cadeaux, un avion, un bateau… Mais que veulent-ils donc ? Un avion ! Veulent-ils me faire voyager ? Un bateau ? Veulent-ils me faire naviguer ?
Veulent-ils me remettre au sein des interdits : Interdit de sortir ! Interdit de tout faire sans être accompagné ! Ma Mina, mon Grand-père, au secours ! Ils veulent m’enlever ! On m’enserre, on me paralyse ! On m’immobilise de cadeaux plein les bras ! Au secours Mina ! Elle pleure ! J’en étais effrayé de ma prompte analyse. Il me fallait réagir comme un preux chevalier, celui de mes chimères. Lors d’un geste nerveux et péremptoire je jetais ce fatras au bas de l’escalier et d’une puissante galopade à travers la maison je rejoignais très vite mon refuge, sur mon balcon.
Le marteau bien en main pour me défendre des prédateurs, j’affirmais qu’il n’était plus temps de vouloir me replaire !
Quel affront et quelle tristesse pour mon père et ma mère qui croyaient bien, tous deux, être comme un messie, attendus tous les jours par la postérité ! Aie aie aie ! Quelle bourde !
Missia et Mina n’en étaient pas moins fiers d’avoir été choisis par le petit dernier. Je leur avais, je crois, prouvé tout mon Amour, ce jour là, en défendant mes terres !
Aie, aie, aie, Pauvre Maman, Pauvre Papa…
J’ai composé quelques pages pour lui… Il ne faut pas que l’on m’attribue un droit sur la paternité. Je laisse cela à mon père, j’emprunte un peu, sur son passage, ses idées et l’impression du héros. Il a créé des personnages dont il ne peut conduire la vie, sauf à leur livrer quelques présages qui se sont imposés à lui.
Ceux qui m’entourent ont réagi, me décrivant comme mon Père et je n’en fus pas étonné. J’étais conscient, dans ma genèse, que j’avais pu le parodier.
O BA,
Ti vugliu fa sape Quell’amore di te, Ma ness’a vita scema He capucoda e pena. Beatu a lu to visu, Mi rallegra lu versu, Inn’a to sracristia, Cumparsu d’ a to pieta . Assiccha lu to passu, Sape chi lu to sguardu, Nell’ u to sacru spechju, Riflessu u to figliolu. Ecculù u mumentu, D’ave a vita schietta, E sente la to veghja Esurtà lu turmentu . Assumiglia un basta, A qual’voli campa, Un Estru raru fust’, O Ba E quess’ a verita. Un Estru raru fust’, O Ba.
Pour faire cet acte de contrition, j’ai tenu à écrire en langue paternelle, l’aveu de ma reconnaissance.
Comment les dissocier, son Armée, son De Gaulle ? Deux moments spectaculaires de sa vie. Je garde de mon père une image en médailles et en uniforme, l’œil fixé sur la Nation, templier de nos grandes valeurs, tout en restant un homme aux humbles prétentions. Un homme qui aura son propre paradoxe, offusquant dans ses imprévisibles récréations. Etaient-elles imméritée ? Que puis-je dire d’impur sur le pan de ses nuits peuplées d’éternelles jeunesses qui ont su faire bouillir son sang en dansant, si longtemps, avec lui de belles ritournelles.
Beau et fier militaire, Je l’imagine se dresser à tous les fronts, faisant de toutes les misères, de toutes ses tentations, un bal très exotique ou un terrible, un implacable champ d’honneur.
Qu’en serait-il, autre qu’une épopée, de continuer d’écrire en fragments romanesques, le récit de son existence ? Mais qui me le dira, il ne l’a pas écrit.
Je crois savoir que, pour mon père, les aventures amoureuses ont débuté sous le couvert d’une haute colline. Un dôme rocailleux qui sert depuis la nuit des temps à retenir la croix du sacrifice.
La giovellina y monte encore aujourd’hui pour y tendre un drapeau à la noble effigie qui vante l’origine des gens de ce hameau.
La « tossa » est sacrée et vénérée aussi.
Les vingt-ans de ce lieu était rempli de belles et frivoles fraicheurs et pourtant elles grandissaient, communale affliction, en instruites bigotes, déférentes au prosternes saintes dont on ornait tous les crépis du village. Une Conque amoureuse autour d’un lieu béni.
Une d’entre elle, qui fut surement très belle demoiselle, d’origine bien née, voulait revivre un parfum délétère lui rappelant ses joies, son flirt de jeunesse, sa tendresse passée.
Elle opta pour ce faire de me laisser, en héritage, une gribouille très surannée qui m’inspira, à son avantage, la voici :
La dévotion des passionnés.
Seigneur! Tu me sauves de mes peurs d’enfant, Des nuits de ma jeunesse encombrées de démons, Des Sorcières à l’affût et du tonnerre qui gronde, Sous les nuages noirs, aux matins inquiétants.
Quand les âmes d’ici, Autour d’un feu de bois Les paupières alourdies, pensaient vivre l’horreur De ces contes funestes, à récolter la peur, Qui nous disaient déjà, l’avenir des Rois.
Sur une mer d’huile, en vivante lumière, La veilleuse animait, les ombres au plafond, Comme un Candide appel au sommeil profond, Du silence lugubre qui emplit la maison.
“Fleurs saintes” sacrées, aux contours dorés, Accrochées aux crépis pour honorer la vie, Ton martyre est pendu à la tète du lit, Pour les baisers offerts aux soupirs derniers.
Comme des sentinelles gardant la sacristie, Dans les niches creusées, dorment les Saints-Patrons, Aux visages sculptés quand ils criaient ton Nom, En exhortant le ciel par un .I.N.R.I.
Pour de nos souvenirs, pouvoir sonner le glas Sur les riches tombeaux en manteau misérable, La lave ou le ciment protègeront le sol des Lumières de demain de ces géants de bois.
Par la terre qui a bu l’eau de tous leurs efforts, S’écoulera la source, éternelle du temps Creusant les fondations du pays des géants Des maisons de nos pères et de leurs châteaux forts...
Prés du corps de Jésus, aux pieds du crucifix Les cœurs de Marie, en d’étranges complaintes, De leur Foi se lamentent, à la Semaine Sainte, Priant de tous les mots pour que tu sois béni.
Le ciel s’éclairci par l’été qui s‘avance, Les arbres cramoisis y pointent leurs moignons Alors vivra la Pâques, et vivra la Passion, Entonnant la chanson du recommencement…
Alors viendra la Pâques,
Au bruit des salves fières,
Retentir la chanson du recommencement…
J’ai été surpris de voir ainsi surgir du passé de mon père cet aquarelle sans précédent et de vivre, dans celle-ci, tant de figures mystiques et tant d’histoires chaudes ou grises, les anamnésies de mon enfance.
L’effort de la traduction ne fût pas inutile, il me replongea dans l’univers des mes premières années, quand la lampe à huile éclairait nos soirées dans l’ambiance feutrée des histoires de Mamie.
Prés du feu, douceur, gentillesse, certitude, dévouement ; délicatesse, cœur, charme, bonté, bon goût, grâce, décence, conscience, attention, intuition, âme… tant de mots à tout dire…
J’aime prendre le temps d’écouter respirer cette vieille personne qui attise la braise pour bien garder au chaud ce qu’elle a ressenti. J’aime les prédictions, après les expériences qui disent l’avenir en fonction du passé.
Mamie me racontait souvent une petite histoire à clef dont je devais trouver à la fin du morceau, le bémol ou le dièse qui voulaient exprimer par cette plaisanterie littéraire une admonestation, une notice à employer, un signal ou une semonce, basée sur ses acquis et mes capacités.
Le fait qu’elle soit là prés de moi suffisait à me dire quoi faire.
J’y découvris l’Amour, en genèse du monde, ses ruisseaux d’eau limpide et ses vallées fertiles, rattachées par les ponts dans tout leur univers.
Poète ou éclusier,
Un air de poésie
Au détour d’un pont,
D’un petit pont de pierre
Qui sert dans la nature
A rendre un coin joli.
Passe la source bleue
Passe, passe l’eau claire
En regardant la berge
Où j’attends patiemment.
Et à chaque saison
Elle change de couleur,
Que ce soit au printemps
Chargée de mille fleurs.
Ou en été qu’elle porte
Le rire des enfants.
Dés l’automne déjà
Elle couvrira son lit
Pour attendre l’hiver
Et se parer de blanc.
Nénuphars géants
Les radeaux des chimères,
Qui seront submergés,
Où l’eau vive s’arrête,
De passagers rampants,
A venir soulager,
Infection, urticaire,
A faire décoction.
Tisane de bruyère
Ou la Bière d’antan…
Et si je vous contais
Rivière à ma façon.
Et si je vous disais
Comme on dit un prénom,
Celui qu’on veut chanter
Et qui semble éphémère,
Le prénom de l’amour
Qui peut se séparer
Rester sur l’autre rive.
A comment traverser ?
Un petit pont de pierre
Planté dans la nature,
Détour d’une rivière,
Rêve De l’aventure,
Qui unira nos vies.
De rires en cascades,
Tambours jour et nuits
Les notes en ballade,
Résonnant de l’eau vive
Feront leur sérénade.
En rivière je me change
pour trouver ton Amour.
Au fond d’un rêve étrange
J’épouse les contours
D’un rivage accueillant,
Regard d’un nouveau jour,
Goutte d’eau te propose
Un voyage enivrant,
L’évasion d’une prose
L’eternel printemps…
Mon petit pont de pierre,
Ma chaussée des géants
Qui sert dans la nature
A réunir les gens,
Qui fait vibrer les cœurs
Et s’aimer les amants,
Par-dessus les rivières
Où voguent sentiments,
Mon petit pont de pierre
Où j’attends patiemment.
J’adore çà !
L’ambiance feutrée du silence qui règne, la douce torpeur des soirées crépitantes autour d’un feu qui ensorcèle, les meubles sans âges sur lesquels s’entassent tant et tant de souvenirs, les minois placardés sur des cadres de verre ciselés montrant aux visiteurs leurs sourires enjôlés, les tissus lourds repliés aux fenêtres donnant d’un léger voile un peu d’intimité, les fauteuils en velours, un canapé de cuir anglais, deux petits bancs privés au coin de l’âtre, c’est tout cela la maison de Mina. Rien n’y bouge pour que l’on s’y retrouve sans se soucier de prévenir, sous sourire sera là.
Missia Ferdinand, l’homme de tant de défis.
Il était des quatre forts qui soulevaient la pierre de granit, le défi de la place de l’église, quatre bras solidaires, arrimés par les mains, qui enserraient le bloc pour le porter plus loin.
Un exploit reconnu et unique pour cinq générations.
Il dessina la route jusqu’à Bonifacio, trente longs kilomètres à casser des cailloux pour élever la terre et bien la niveler.
L’ouvrage était parfait tout était calibré, sauf pour la magouille d’un ingénieur pervers qui changea les données en modifiant la taille des pierres à étaler pour drainer le dessous.
En fait il était l’heure de payer à grand-père le travail accompli tout au long de l’année.
Hélas pour Missia l’élu qui l’accompagne ne fut pas solidaire même quand l’érudit, un savant du haut d’un directoire, veut ruiner son Ami qui l’a toujours voté.
Il en était un autre sans doute mieux loti dans le giron du Roi.
Missia devait se taire ou bien frapper, il fallait tout refaire, payer soi-même ses ouvriers, abdiquer devant le pouvoir ou cogner d’une main l’ingénieur fatidique.
C’est cela qui fut fait, d’un seul coup de battoire l’homme s’évanouit, couché de tout son long.
Plus de recours !
Aucune autre solution que de claquer la porte à la bande de cons !
C’est le départ vers Marseille, pour y chercher, flanqué de son épouse, un boulot journalier pour nourrir ses enfants.
Il finira greffier des tribunaux d’instance où il usa les plumes en vidant l’encrier. Quelle était belle cette écriture déliée.
Hélas il était l’heure de changer de pays, Papa était muté au Cambodge. Il nous avait précédés par deux fois pour trouver une belle maison où loger sa famille. L’armée Française, financière pour ses vaillants officiers, nous réserva une magnifique suite, plus un appartement à l’Hôtel Royal de Phnom-Penh.
Nous voilà embarqués sur le Conté de Nice pour rejoindre mon Père dans ce pays lointain. Il nous faudra prendre d’abord la mer puis un avion moderne, un Boeing 707 d’Air France à Nice, voler un peu jusqu’à Rome pour y faire le plein puis d’une longue traite rejoindre le Pakistan, Karachi puis les indes Bombay et Calcutta et enfin Saigon (l’Ho-chi-Minh- ville depuis 1976) et ses six millions d’habitants.
Quel périple, il faut que je vous le raconte avec tous les détails :
Le bateau nous dépose sans encombre à Nice qui me sembla dés le port comme étant la plus riche et la plus belle ville de méditerranée, la panacée du luxe architectural bourgeois.
Nous nous dirigeons en Taxi vers l’aéroport, l’antichambre de l’exil qui grouille d’une population exotique, indienne, italienne, arabe, américaine, suisse ou française, le brouhaha incompréhensible d’une fourmilière préparant sa transhumance.
Maman s’isole aux toilettes et, se lavant les mains avant de nous rejoindre, elle découvre sur le rebord de la vasque une bague extraordinaire, un diamant solitaire de toute beauté. Elle se précipite dans le hall pour tenter de repérer cette princesse indoue qu’elle avait aperçue en entrant aux toilettes. Elle court, elle court, jusqu’à se résigner en voyant que le vol de Singapour avait déjà décollé. Merci pour la bonne fortune qui l’avait gratifiée, malgré le remord et son sens moral doublé de tous ses scrupules, elle se résigna à garder le bijou, qui n’aurait de toutes les façons jamais quitté la poche du factionnaire auquel elle voulait le remettre.
Nous voila réunis à nouveau dans la salle d’attente, Le vol pour Saigon via Rome est en partance, les passagers sont priés…
Nous sommes à bord, en première classe, s’il vous plait, des hôtesses serviables nous gavent de bonbons. L’avion se déplace après la bienvenue, bon voyage, au micro, de notre comandant.
Nous sommes en bout de piste pour faire le « point fixe » qui doit donner l’élan… Un bruit étrange doublé d’une odeur de plastique brulé, le bruit des réacteurs à cessé, vite, vite, on nous fait débarquer tout au bout de la piste, en glissant, pieds devant et chaussures en main, sur une espèce de toboggan digne de la foire du trône. L’avion N° 707343 avait semble-t-il une grave avarie !
« Mesdames Messieurs, nous vous prions de nous excuser pour ce contretemps, mais une équipe de mécaniciens d’Air France va très rapidement réparer le souci technique et nous pourrons dans deux heures au plus tard redécoller….etc. »
Deux heures plus tard, effectivement nous sommes à nouveau à bord, re-roulage jusqu’au bout de la piste, re-point fixe pour l’élan, re-bruit avec ce coup-ci le son trident d’une sirène qui nous perce les tympans. Re-portes ouvertes, re-toboggan, re-bus, re- réunion et re-discours rassurant :
« Mesdames Messieurs, nous vous prions de nous excuser pour ce contretemps, mais une équipe de mécaniciens d’Air France, qui a déjà si bien réparé la sirène d’alarme, va très rapidement réparer le souci technique et nous pourrons demain matin à huit heures trente au plus tard redécoller….etc. »
« Pour ce soir nous la Cie est heureuse de vous réserver une nuit à l’Hôtel Negresco… Bonne soirée, et bonne nuit, a demain… »
Nous voici à l’hôtel, le grand jeu, c’est la fête, abondance de mets servis par une myriade de maitres-queues, de petites mains gratte-miettes, de sommeliers, de baratin… Fabuleux.
La suite familiale sera à la hauteur, immensément grande, immensément dorée, immensément au dernier étage de l’hôtel surplombant la mer et les étoiles…Un rêve d’enfant.
Nous revoilà à bord de l’avion qui cette fois décolle sans encombre du tarmac de Nice, vers Rome, sa première destination pour une escale dite technique, en fait pour faire le plein des réservoirs avant la longue traversée de la méditerranée.
Comme c’est beau la mer vue d’en haut, le Commandant nous sert de guide touristique en commandant le paysage, sur votre gauche Saint-Tropez, ville des stars… Vous apercevrez sur la droite un petit nuage blanc, la Corse est en dessous, vous pourrez mieux la voir dans un moment… ho, quelle nostalgie déjà qui m’envahie les yeux.
Rome, la ville sacrée du Pape Jean XXIII et sa cathédrale. Un tour d’aile panoramique au-dessus de la cité et nous voici posés à l’aéroport de Rome, nous restons à bord, seulement un plein de kérosène s’il vous plait et le pare-brise aussi, combien dois-je ?
Nous roulons vers le bout de la piste pour un nouveau point fixe qui nous avait si bien fixé sur le goudron niçois, et bien à Rome, pas de miracle, nous sommes fixés de même, l’équipage se trouve dans un grand désarroi :
« Mesdames Messieurs, nous vous prions de nous excuser pour ce contretemps, mais une équipe de mécaniciens d’Air France Italie va très rapidement réparer le souci technique et nous pourrons dans deux heures au plus tard redécoller….etc. »
Deux heures plus tard, effectivement nous sommes à nouveau à bord, re-roulage jusqu’au bout de la piste, re-point fixe pour l’élan, re-bruit avec ce coup-ci le son trident d’une sirène qui nous perce les tympans. Re-portes ouvertes, re-toboggan, re-bus, re- réunion et re-discours rassurant :
« Mesdames Messieurs, nous vous prions de nous excuser pour ce contretemps, mais une équipe de mécaniciens d’Air France va procéder au changement des pièces défectueuses et va très rapidement réparer le souci technique et nous pourrons demain matin à huit heures trente au plus tard redécoller….etc. »
« Pour ce soir nous la Cie est heureuse de vous réserver une nuit à l’Hôtel Excelsior… Bonne soirée, et bonne nuit, a demain… »
Le lendemain matin :
« Mesdames Messieurs, nous vous prions de nous excuser pour ce contretemps, mais la Cie Air France va procéder au changement de l’appareil en nous acheminant dés cette nuit un nouvel avion, ainsi nous pourrons demain matin à huit heures trente au plus tard redécoller….etc. »
« Pour ce soir nous la Cie est heureuse de vous réserver une nuit à l’Hôtel Excelsior… Une visite de Rome vous sera offerte avec la bénédiction du Saint Père…Bonne soirée, et bonne nuit, a demain… »
Nous visitons Rome, sa cathédrale où il fallait mettre un châle sur la tète pour respecter le lieu, la fontaine aux miracles pour y jeter la pièce….
Voilà, nous décollons, heureux tout de même d’avoir bénéficié de tout ce contretemps qui nous valut de si beau hôtels, repas et visites.
Nous volons, passant le temps entre les toilettes marantes et les livres de dessins que les hôtesses nous donnaient avec les bonbons…
« En raison d’orages très violents du au renversement de la mousson, nous vous prions de rejoindre vos places et d ‘attacher vos ceintures...Nous vous rappelons qu’il sera interdit de fumer jusqu’à l’extinction des signaux lumineux… »
Un film nous tient compagnie, on rie tous de bon cœur du « crime ne paye pas » avec Michèle Morgan, Annie Girardot et Philippe Noiret…
« Mesdames, Messieurs, ici votre comandant de bord, nous sommes obligés de dérouter l’appareil vers la ville de Bangkok afin de procéder à une vérification technique… »
Sitôt dit sitôt fait, on plonge, on plonge…on vire très court sur une aile, l’avion à des hauts le cœur incroyables, des trous d’air phénoménales nous avalent, nous aspirent en bas…
« Mesdames, Messieurs, ici votre comandant de bord, nous sommes obligés d’atterrir sur la piste militaire de l’aéroport de Chiang Mai afin de procéder à une vérification technique…Cette piste étant assez courte nous vous prions de quitter vos chaussures, de prendre le coussin situé sous votre fauteuil et de le poser sur vos genoux. Ensuite quand je vous préviendrais vous poserez vos visages au milieu des coussins pour vous protéger en cas de problème, mais je vous rassure cela va très bien se passer… »
En fait l’avion n’avait plus qu’un seul réacteur, la piste était vraiment très courte et nous avons fini notre course sur le ventre…
« Mesdames, Messieurs, ici votre comandant de bord, venons de tomber sur le terrain de Chiang Mai, la piste étant trop courte nous avons poursuivi l’atterrissage sur le ventre dans le marigot …Le personnel de l’aéroport va venir nous chercher par petits groupes, les femmes et les enfants d’abord… »
Pour une fois le privilège nous était réservé… Un hangar à atteindre après quelques heures d’attente, juste le temps de construire une passerelle en planche longue de presque un kilomètre, le tout posé sur des barques de fortune.
Des mains secourables nous hissent sur la fragile construction et depuis une barque, en parallèle nous aident à tenir l’équilibre grâce à une gaffe providentielle, cela est fait pour nous éviter de servir de repas aux gentils crocodiles qui peuplent ce lagon.
Au bout de douze grandes heures nous sommes au complet, avec nos bagages, réunis en colloques sous les tôles du hangar.
« Mesdames, Messieurs, ici votre comandant de bord, je vous propose de porter plainte collectivement contre la Cie qui n’a pas voulu changer notre avion, malgré mon avertissement … »
Ceci fut fait, évidement en signant une pétition et la plainte en question qui nous permit de voler durant plus de dix ans gratuitement au frais d’Air France, en compensation de la peur du jour.
Il va sans dire que pour le retour nous avons choisi le bateau, c’est plus sur. Une magnifique croisière de 35 jours à bord du Cambodge, par suez, jusqu’à Marseille.
Je vous dirais tout cela, au retour du Vietnam. Pour l’heure il faut que je vous en parle. Ses danseuses brodées à même la peau, ses bonzes éparpillés qui prient et qui reprient, sa cuisine, ses tiaio, ses parfums, ses encens et ses fleurs partout.
De hangar en aéroport, d’avion en avion nous parvenons enfin au bout de ce voyage, quatre journées qui grâce à dieu ne furent pas les dernières. Saigon, populeuse, annonçait la couleur, il fait moite, il fait chaud au milieu des moustiques géants, l’Hôtel Victoria, un corse implanté là, une chambre immense aux volets jalousés, deux grands lits protégés par un voile africain contre toutes les bêtes qui volent ou celle qui serpentent. La faune du pays nous prévient par ce signe que pour y habiter il faut les accepter, le mériter en quelque sorte. Nous attendrons deux jours la voiture militaire qui nous escortera jusqu’à destination Phnom-Penh. Le temps de faire des achats pour décorer Maman, des bijoux, des sacs et une belle robe moulante brodée rouge, l’apparat.
La route est encombrée de charrettes et de buffles qui tirent un chargement, sans doute est-ce du riz. Il pleut et les ornières nous ralentissent. C’est impressionnant, comment font-ils pour faire pousser autant les arbres ? Il doit y avoir des géants dans ce pays !
Le Cambodge, Phnom-Penh, la ville fleurie. Les villes fleuries de France ne sont que de pales imitations, de minuscules aquarelles comparées aux tableaux qui changeaient chaque jour par la main d’un moine bouddhiste qui avait pour mission d’illuminer de fleurs les jardins de la ville où arrivaient des milliers de pèlerins pour vénérer la sépulture de leur Roi Norodom Sihanouk (père).
Des éléphants géants gardés par deux beaux tigres veillaient sur la pagode et sa terre sacrée. Les ascètes bouddhistes y disaient des prières en espérant atteindre leur illumination, leur éveil suprême, ils étaient jardiniers, balayeurs, hommes de toutes taches en y mettant l’ardeur, jusqu’à la crémation s’il leur fallait encore prouver l’abnégation par cette bonne action.
Ils étaient aussi gardiens de l’oiseau rare, la grue de la sagesse, de toutes les vertus. Dans toutes les maisons populaires, dans toutes les pagodes princières, la grue à bonne place, un symbole vénéré.
Nous arrivons à l’hôtel Royal sur la belle avenue Norodom Sihanouk, tout est beau, tout est fleuri. La Suite réservée par Papa est magnifique.
Magnifique, le mot est faible. Une salle immense doublée vers le jardin par une verrière déjà climatisée par les hélices aux plafonds dans chacune des pièces.
Trois chambres à l’étage, une salle de bain « royale », une baignoire en marbre, des vasques surmontées de miroirs géants, des robinets dorés, un dressing attenant, le tout était très moderne, hors de son temps, jusqu’au prises électriques disposées à chaque angle pour la commodité.
Je me rappelle bien de ces appliques couleurs ivoire, magiques petits trous d’où sortait tant d’énergie, je voulais, pour mon compte, en voler quelque peu. Je glissais donc les doigts au fond des petits trous, To ! Tout à sauté et mon cœur qui a cru exploser dans l’instant ! Je l’ai échappé belle, sauf pour la fessée.
En Corse il y avait moins de dangers !
Nous sommes accueillis, bras ouverts, par Monsieur Poli, un ami de Papa qui régnait sur la ville. Il était de forte corpulence, une force inouïe, nous nous pendions à trois sur son bras bien tendu et la grue nous levait à toucher le plafond.
Gare à celui qui lache, pas de bonbon !
Une tigresse apprivoisée déambule partout en léchant ses babines d’une langue moussue, donnez lui à manger s’il vous plait.
Quoiqu’un jour de congé de son dresseur, on avait oublié de nourrir la bête qui avait, pour être repue, besoin de trente kilos de bonne viande tôt le matin.
Nous descendions, comme tous les jours, prendre le petit déjeuner en famille, sur la grande table de la salle à manger. Tiens l’hôtel à changé le tapis, Maman se met à l’aise en se frottant les pieds sur la douce moquette, un peu endormie sans doute elle profitait seulement de ce doux changement. La porte de la cuisine s’ouvre sur la serveuse qui porte le plateau. Un cri ! Le plateau va parterre, la porte se referme dés qu’elle a disparue. On se penche pour voir désolés les dégâts sur le sol, pour découvrir que le tapis se lève pour lécher toutes les confitures. La tigresse était sous la table ! On s’enfuit à l’étage. Papa nous barricade avec une chaise en travers de l’escalier et il tente une percée pour atteindre la porte des cuisines, espérant y trouver de quoi rassasier le fauve affamé.
La tigresse est attirée par mes poussins qui pépient sous la verrière, et hop j’en gobe un, puis deux, puis trois, je pleure… Que fait donc Papa ? Le voila, un gigot au bout d’un fer, dompteur devant l’invincible, il se donne en pâture, il recule, il l’attire, viens c’est bon tu verras, il est suivi jusqu’au jardin, l’hôtel est en émoi, elle mange calmement. Le directeur en est confus, il nous comble de cadeaux et jure de renvoyer la gourmande vivre au milieu des siens. Qu’il était beau, mon père, le bras tendant la chaise vers l’animal rageur, il était l’apprivoiseur d’un cirque improvisé.
Nous voilà partis pour l’école, on y enseigne très tôt le matin, vers sept heures trente on est assis sur de longs bancs, en rang serré, un pupitre incliné devant nous, comme des architectes nous devrons y apprendre l’écriture et le dessin.
ASIEOU ! ASIEOU ! Tous les anciens obtempèrent, posant leur séant sur les bancs, quand à moi, ignorant du verbe asiéou, je reste campé debout face à l’instituteur qui s’inquiète de mon incompréhension. Asiéou répète-t-il, un regard circulaire m’aide à traduire l’ordre, l’instit est rassuré sur ma surdité.
L’école jouxte la piscine. Nous resterons donc de sept heures trente à treize heures dans la salle de classe en attendant le quartier libre tous les après-midi. Maman nous récupère tous les jours au bord de la piscine avec un pique-nique acheté au marchand ambulant. Des nems ou une soupe, des vermicelles croustillants, bah Papa s’amusait à l’occasion à nous déplaire, à nous écœurer même en choisissant de croquer des scarabées grillés, un festin parait-il. Je préférais la glace râpée sur l’étal, mise en boule à la main et sucrée de grenadine versée pour la couleur. Un pic de bois, un kétam et me voilà ravi, la langue dans le froid.
Le proviseur est Corse, un Agostini de Pianelli, à coté de Tallone, nous avons des amis en commun, Dominique et Simon Agostini qui demeurent à Piedigriggio, les meilleurs charcutiers de Corse, j’en suis sur, les meilleurs Amis en tout cas, toujours le sourire aux lèvres, la porte grande ouverte sur la grande tablée où leurs cœurs s’expriment et veulent tout donner. Des vrais des purs, des rares, je vous le dis, mais allez y, Piedigriggio, Agostini, vous verrez bien.
Tous les après-midi il fallait faire du sport, la piscine, j’adorais, mais plus encore le Judo, le sport national des cambodgiens. Maman m’avait inscrit à la salle communale, tous les enfants de ma classe s’y retrouvaient tous les jours que Dieu fait. A gimè, houss, maté, tout ce qu’il faut savoir des bases du judo, je l’ai appris là-bas, sous la férule d’un maitre vietnamien. Un terrible personnage qui ne souriait jamais, sauf au gagnant des combats quotidiens. Dans la même salle nous croisions des combattants du Roi Norodom qui travaillaient leurs muscles, pendus à des anneaux, ou parfois se battaient avec des bambous pour la démonstration. Nous formions ces jours là un carré à genoux, les yeux vigilants pour apprendre leurs coups. Grandiose, un spectacle donné comme un cérémonial devant la haute société invitée par le Roi.
Le Maître en final répétait son Kata, apothéose, précision du mouvement et du rituel qui figure un combat pour battre un ennemi que l’on n’aperçoit pas. La menace est en cela bien plus terrible encore que celle d’un combattant que l’on peut, d’un bon coup bien porté, éliminer céans.
La ceinture, le grade, était une vrai distinction que l’on devait gagner par un vaillant duel contre un plus fort que soi.
Papa et Maman s’absentaient très souvent en soirée pour des cérémonies données par le régent, cocktails royaux pour l’officier français qui se devait d’honorer le message de l’invitant. Nobles tenues, robes de bal, et tralalas. Pendant de temps notre garde était confiée à notre cuisinier, le « bep » pousse-pousse. En effet il avait deux emplois, il cuisinait pour nous le midi et le soir et le reste du temps il faisait le taxi en pédalant derrière un « pousse-pousse ». Nous allions profiter, mon frère, ma sœur et moi de son deuxième emploi en visitant la ville, les quartiers populeux, mangeant la soupe et les tiaios vendus par des marchandes qui portaient sur l’épaule deux plateaux en balance l’un portant la vaisselle et l’autre le repas.
Le Pep protecteur garantissait nos vies contre tous les dangers, il était un peu flic, un peu indic aussi, en tout cas respecté par tous les habitants de la nuit de Phnom-Penh. J’ai toujours imaginé qu’il était fort au karaté car jamais personne n’osa porter la main sur nous et pourtant nous le suivions dehors quasiment tous les soirs.
Le Cambodge, c’est aussi le pays de la reconnaissance. Nous étions installés depuis bientôt dix jour quand un homme bien mis se présente à papa.
-Pourriez-vous s’il vous plait, quand vous aurez le temps, avec votre famille, honorer mon patron le directeur de la banque nationale, monsieur Texoun ou Texthoun (quelque chose comme çà, je m’en souviens car à l’époque je lisais un illustré de cow-boy qui s’appelait Textoon) en m’accompagnant tout de suite à la banque car il vous y attend. Venez avec vos enfants aussi, il sera heureux de vous recevoir !
L’invitation était faite à la manière des cambodgiens, susureuse et en même temps déterminée. Nous voilà donc partis en convoi pour la banque, la voiture militaire pour nous et papa dans la voiture du chargé d’affaires du banquier. Nous arrivons devant la banque, une grande porte s’ouvre en bas d’une petite descente sur un énorme garage rempli de Mercedes et de véhicules tout-terrain, Land-rover. Nous grimpons aux étages en suivant les courbettes du coursier, puis des femmes d’étages, des comptables, des guichetiers, pour arriver enfin au tout dernier étage devant l’appartement de fonction du président directeur général.
Nous sommes invités à entrer par un major d’homme en habit traditionnel, col mao et veste cintrée, et là un rang d’oignon, une ribambelle de personnes du bambin au plus âgé, sans doute le président, nous attendait hilares et révérants. Ils devaient être plus de six huit ou dix même, en tout cas très nombreux réunis pour cet événement. Nous ne n’étions pas assez riches pour un tel étalage de gentillesse, que voulait-il donc ce bougre de directeur ?
-Bonjour, bonjour, bonjour, bonjour, nos quatre personnalités sont saluées dix fois chacune par nos hôtes alignés, puis l’homme prend la parole vers Papa.
-Vous avant très grand, moi très petit, aujourd’hui mon grand, vous grand aussi, moi avant presque mort sur la route, vous gentil me sauvé, me soigné, me ramener à Phnom-Penh, aujourd’hui moi directeur, moi beaucoup d’enfants, moi content vous venir voir mes enfants, ma famille, grâce à vous tous là, vous pas maison, vous hôtel, moi donner maison, moi donner voiture pour monsieur, voiture pour madame, moi donner cuisinier, moi votre serviteur, moi content dire merci !
Papa avait, lors d’un séjour précédent, durant la terrible guerre, ramassé un blessé au bord d’une route sous le feu des snippers khmers rouges. Il avait fait soigner ce blessé à l’hôpital militaire et l’avait installé sobrement par une relation comme marchand de chum au verre dans un kiosque d’une rue passante du centre ville, prés du Mékong. Puis il l’avait perdu de vue, oublié, parmi tant d’autres moribonds qu’il avait pris en charge. L’incroyable de cette affaire fut la capacité, la volonté surhumaine, de ce pauvre homme à passer de guichetier au titre de banquier.
Nous voilà donc nantis, d’une belle Mercedes noire, le luxe de l’époque, et d’un Land-Rover flambant neuf que nous utilisions avec son chauffeur qui nous servait de guide et de garde du corps.
C’est avec lui que nous avons sillonné les coins les plus retirés du Cambodge jusqu’à traverser des rivières sur des bacs halés par les bras des passeurs. Nos avons pénétré des forets gigantesques où tous les animaux qui voulaient nous manger, se tenaient prés des routes en nous montrant leurs dents. Mais au bout du danger il y avait Angkor vat, le temple sacré, le chef-d’œuvre de Suryarman et sa chaussée des géants, ses statues à l’or fin qui bougent tant de bras.
Un pont en pierre, long de plus de cent mètres ou cinquante peut-être, mais il me paraissait interminable aves mes petits pas, et surtout j’avais très peur des regards méchants, très méchants des bouddhas. Ils étaient alignés de chaque coté du pont, assis sur les rambardes, énormes statues de pierre qui surveillaient l’entrée du temple. Celui qui veut passer sans leur plaire sera projeté dans les douves où nagent en patience d’immenses crocodiles. Pour les amadouer notre guide nous conseille de ne pas les fixer dans les yeux mais de s’en approcher humblement et de leur demander s’ils auraient la bonté de nous hisser sur une de leurs énormes épaules. La pierre n’a pas répondu mais notre guide, un peu mage, a su traduire le sens du silence éloquent, - il a dit oui grimpe donc et tu verras tous le temple de haut de mon épaule, teins toi à mon oreille !
Sitôt dit sitôt fait, papa nous aide à grimper sur l’édifice et nous voilà sur les épaules vénérables dominant l’assemblée, le temple et la forêt. – Taisez-vous crocodiles, nous sommes entre amis !
Nous passons sous le porche et traversons les cours et les cours et encore des couloirs, notre guide savait ce qu’il fallait y voir, la merveille cachée, l’incroyable déesse au mille bras. Dans une pièce sombre éclairée du plafond par un trou ingénieux qui ne laissait passer que la lumière se trouvait la déesse magique, elle était toute en or, et elle dansait toujours. Le carré de la pièce formait comme une ronde autour du monument, et là, c’est incroyable, nous avons découvert le génie de l’endroit. Où que l’on aille, elle nous regardait, où que l’on soit elle nous fixait et nous ne voyons d’elle que deux de tous ses bras qui montaient, descendaient, qui cadençaient nos pas.
-Elle est la vertu et la grâce et elle garde en elle notre immortalité.
Nous avons visité Angkor Thom, l’autre temple bâti par le frère du premier, plus petit, plus caché au fond d’une immense forêt, un repaire d’assassins parait-il. Nous n’en avons pas vu sauf les énormes tigres qui rodaient tout autour pendant le clair de lune. Nous avions choisi cette nuit là pour assister à la danse des guerriers et des éléphants au bas de la muraille. Le temple est très carré haut de mur, tous sculptés de fresques incroyables, des éléphants en marche, des combats guerriers, des batailles de singes, des tigres à la chasse. Tout cela dans la pierre incrustée de brillants. C’est beau déjà le jour mais la nuit là encore le génie a su faire.
L’herbe aux pieds des remparts est tondue régulière. La pleine lune éclaire les fresques sur les murs et la magie s’opère. Le reflet des combats, de toutes les sculptures se projette sur l’herbe et bouge, existant par le vent animé. Une ombre chinoise en quelque sorte.
On y tourne un film, l’oiseau du paradis :
Dara dansera une ancienne légende pour revivre l’amour, celui des millénaires, de Rama et de Cita, les époux séparés, que la mort seule aura put réunir. Dara aimera Sok, dans la vie et la mort, malgré le mauvais Khem. Dans une autre vie mystérieuse, jamais rien ni personne ne les séparera.
Maman et Papa seront des figurants de Marcel Camus.
Un pyjama en nylon, il est fin, bleu marine, il fait très chaud la nuit. Papa et Maman dinent avec des amis dans la salle à manger. Téméraire présomptueux, j’en profite un peu pour fureter dans leur chambre, à l’étage. C’est très facile à faire, sans emprunter la coursive visible du salon, car toutes les chambres communiquent entre elles. Me voilà prés du lit, je ne toucherai pas aux médicaments, une fois m’a suffit, souviens-toi l’Algérie…
Tiens de belles allumettes, longues, très longues et bien fines aussi. Des allumettes de dames c’est sur. Voyons comment çà marche. Gratte un peu, rien ne s’allume, gratte encore et encore et merde encore plus fort, çà y est çà prend feu, merde elle s’est cassée ! Ho, je m’enflamme, le nylon çà prends feu plus vite que l’essence, je cours, je crie, je réveille ma sœur, d’un an mon ainée, elle me sauve la vie, elle me plaque parterre avec son couvre-lit.
J’ai très mal, jusqu’au sang, j’ai brulé une artère çà coule maintenant, vite vite un docteur, Papa ça urge, un hôpital, le bloc quatorze heures à sortir les morceaux de nylon incrustés. Merci ma sœur ! Un plâtre pour un an. Mon vélo marche encore, voilà çà y est la vie reprend…L’école, la piscine, le judo pour assouplir mes jambes endolories, mon caniche royal qui chaparde au marché un régime de banane qu’il me fait partager, et le retour en corse en prenant le bateau. La croisière négociée en contrepartie des heures d’avion gratuites.
Nous voguions, pour un mois et plus, comme des milliardaires sur le paquebot de la Messagerie Maritime, « le Laos » piloté par un chef mécanicien corse, monsieur Jean Leoni.
De port en port, découvrant l’Arabie Saoudite, la mer rouge, l’Egypte, le canal de suez où l’on fait une halte pour déposer à terre quelques aventuriers qui suivront en chameau un guide jusqu’au Caire. Le Sinaï, Israël, Le Liban, la Turquie derrière Chypre, puis un tour d’horizon, toute la mer Egée pour, au fond, découvrir la mer Noire ; le ciel était clément ce qui nous a permis d’apprécier ce détour commandé, pour quelques dollars, par un des passagers. Puis, demi-tour vers la Grèce et la belle Albanie annonçant l’Italie par le talon de sa botte, à gauche la Sicile, la Sardaigne et la Corse où le bateau trop grand, ne peut pas accoster, à droite Porquerolles, Marseille, c’est l’arrivée.
J’ai vu les pyramides et les cracheurs de feu, et la vache sacrée dominant le cadavre de l’indou affamé.
Djibouti, un chauffeur de taxi nous attend sous la passerelle pour nous faire visiter la ville, les étals de bijoux et de pierres précieuses. Il entend parler corse et nous répond de même, il était à Cayenne et à pu s’évader. Dés lors, c’est la totale, on visite les coins, les recoins et tous les monuments, on achète, on emplette des tas de balivernes quand ce nouvel ami rempli ses vêtements. Nous rentrerons au port rassasiés de merveilles et remplis de cadeaux par sa dextérité canailleuse. J’ai eu des éléphants, une sainte famille, du petit au plus grand, et des pierres précieuses sur des bagues d’argent dont il avait comblé ma sœur et ma Maman.
Un piqueur débonnaire qui par ses chapardages faisait savoir sa joie d’entendre enfin parler dans sa langue natale, si loin de chez lui.
A bord nous passions nos journées à rire, du baby-foot au pont de la piscine, carnaval était là tous les jours à faire de nous par des grimailles soit un Marin soit Fantassin, une Princesse et la Sorcière, un Zorro ou un Lagardère, mon préféré c’était le clown, avec ma balle de ping-pong teintée de rouge bien rivée au bout de mon nez.
A chaque escale les mamans s’excitaient devant tous les étals de marchands ambulants qui vantaient leurs trésors. On s’extasiait aussi lorsque le magicien raidissait une corde ou changeait une bague en pigeon ou encore le contraire.
Les Papas préféraient le bar, la fumée des cigares, le billard français, le tir au pigeon ou la pèche à la ligne, au gros cela s’entend derrière ce gros bateau. Parfois des poissons-volant voulaient sauter trop haut, comme un Boubka outrecuidant, ils s’écrasaient alors sur le pont du navire. Un marin averti se proposait alors de nous les empailler, ils étaient il est vrai, magnifiques, les ailes déployées.
J’adorais le cri des dauphins qui faisaient des courbettes comme de font les chinois avec leurs révérences. Leur langage est peut-être un simple dérivé d’un patois mammifère.
Le cinéma nous retenait juste après le repas, pour nous donner sommeil assez vite et quand nous vacillions les gens du bord, très attentifs, nous ramenaient au bras jusque dans notre lit.
Pendant ce temps le casino au fond des caisses parentales tout l’or où les piastres illicites qu’ils avaient embarqués.
Et revoilà Marseille, fin de la traversée…
Ma Corse, mes aïeux, mes parents, mes amis...
ISULA
A mezzu core un isula
A lu cuntornu sguassu
E la luna stichitta
Ci si porta l’idéa
E lu ventu chi scalda
Mischiatta cavallata
Puntà d’un dittu finu
L’orlu di’ssa cunchilla
Carezzà la bellezza
Du’ scrittu anant’a rena
E sentu lu so corp’ andà
A l’Ombra di a vita
E scopre l’andatura
Da l’omu Di’ssu locu
Tuccal’ancu lu pettu
Lu visu contr’a l’altru
Ess’in i Ghjorni andati
Di’ Mami e Di’ voceri
A l’ochji annigati
E li cor’ affannati
A mezzu core un isula
A lu prufumu schiettu
L’alba di sta marina
Ci si porta l’amore
A mezzu core un isula . . .
La vie à changé à Porto Vecchio, Mamie, Mina et Missia ont rejoint leur campagne, la Sainte Trinité. Je connaissais déjà les lieux car on s’y arrêtait, systématiquement, pour vanter la production artichautière du vieil oncle François.
La propriété était très belle, entretenue de mille fleurs plantées au pied de chaque mur. Des brebis et un berger profitaient de la plaine contre quelques formes de bruccio frais et des croutes vieillies. La table de l’oncle était ainsi garantie ; Un petit vin de son pied de vigne abondé par les dons des voisins qui usaient à leur tour du pressoir familial, L’huile d’olive vierge avait le même sort et le pain se faisait en commun au village qui devait au grand-père du vieil oncle toutes ses fondations en échange d’un mur qui avait protégé le restant du domaine.
La grande maison familiale, toute en pierre de granit, semblait être encore neuve, malgré ses cent années. Pas une tuile, pas un carreau usé, pas une porte à ne pas bien fermer, pas un clou ne manquait à ce bel édifice. Alors, imaginez les meubles de Mamie, disposés avec goût dans ce bel intérieur. C’est ici qu’ils devaient finir, il fallait que ce soit écrit, sinon le menuisier et l’ébéniste auraient été trahis, chacun dans leur chef-d’œuvre.
Missia avait transformé la grande cave voutée en cuisine et en salle à manger gigantesque, prévoyant la venue de tous ses descendants pendant les mois d’été. Il attendait en fait de la bonne main d’œuvre pour l’aider dans son potager. Il avait du apprécier ses jeunes « journaliers » après la cavalcade et le « sus à Toto ».
Bien lié d’amitié avec Trigano, il construisit, à l’identique des cases du club le « Robinson », une maison de gardian, l’arrière rond et le toit tout en chaume. Notre coin pour l’été, en lisière de foret. Le sous-bois était propice aux truffes que Missia débusquait avec un petit chien. Il était tellement amoureux de sa terre qu’elle le lui rendait, les truffières sont rares. Etes-vous encore attentifs aux couleurs de cette nature qui se pare autrement à toutes les saisons. Elle veut changer son grimage, d’ambiance, de décor, d’atmosphère, pour nous donner envie de bien la courtiser. Fragile demoiselle elle nous tend ses pousses, elle écrit avec nous la généalogie, la lignée de nos races, pour que la filiation puisse s’y retrouver.
Je vais vous dire après cela un rêve, une fiction…
Mon arbre,
Ma ferme, mon refuge est au bout d’une grande terre plantée de d’orge, de blé et de rangs de maïs. J’aime traverser ma campagne en rêvant et frôler les dorés qui ondulent au vent.
Avant de m’endormir, quand il est bientôt l’heure, je divague, je songe, je survole les champs, les puits, les bois, les terres qui entourent ma chaumière. Ils sont là, bien plantés, depuis bien plus longtemps que ma mémoire sait avoir des souvenirs. Avant même que la route ne vienne jusqu’ici, apportant avec elles de nouveaux arrivants, les gens des bourgs voisins, aux humeurs champêtres. Brodant mon herbe verte, ils tendent un tissu, se prélassent et s’alimentent même d’un infâme burger préparé à la hâte. Ils me laissent, après, pour seul réconfort un peu de détritus en gage de salut... Je me jure sans arrêt qu’à leur prochain passage ils trouveront la manne posée au même endroit, mais comment me résoudre à garder pouacre mon chez moi. Je ne peux laisser çà !
Aux grandes chaleurs, quand la douce moiteur de l’été envahie l’atmosphère et qu’il devient pénible de s’endormir au lit, j’ai trouvé en petite foret, sous le couvert, un espace affraîchi. L’alcôve de mes rêves. J’habite sous ces bois, un tout petit pré-vert.
Les voisins du bourg n’ont jamais découvert mon petit coin perdu, mon herbe rase, l’idéal parterre pour leur ruralité.
Là, comme moi, la lune s’y engouffre. Peut-être craint-elle la chaleur étouffante des nuits du cœur de l’Aout, ou est-elle curieuse seulement? Elle m’envie surement d’écouter la forêt. En fait je crois qu’elle m’aide, généreuse lanterne pour un extravagant. Sans sa nébuleuse et pâlotte lumière, qui sait si bien s’immiscer sous les taillis crépus, comment pourrais-je faire pour voire ceux qui s’y terrent, à l’instar des Perdrix. Les réfugiées sont rouges, elles y courent le matin. Jouant à cache-cache, elles donnent la vie au dessous des taillis. La Lune est là ce soir encore, elle veille silencieuse quand mon frisson grandit.
La Gorgone est passée, les arbres protecteurs sont figés, la fresque est immobile, elle attend que je plonge dans mes folles pensées. Pourtant je pressens bien que le trésor se trouve là.
Quelque chose se passe, on chuchote au-dessus de moi, de mes yeux endormis qui ne peuvent me dire de qui vient ce message. L’arbre me dira-t-il où le trésor est mis depuis son millénaire. Si déjà, au moins, je comprenais ces codes, ce tic-tac, ce langage.
J’ouvre bien mes esgourdes, je concentre mes sens, mes dents frisent de frénésie, je me prépare, paranoïaque, à réagir à tout. J’attendrai, je suis plus patient que le pêcheur de rives, mon amorce, ma mouche bien montée, comme un grain de beauté qui attire l’adultère. Nul doute que demain sera au rendez-vous.
Pourtant de poireauter ainsi, vrai, cela m’exaspère, je n’ai jamais aimé les pourreaux dans ma soupe. J’en suis sur, il est là, j’entends son cœur qui bat, il cahote, il avoine plus fort que le mien encore.
Soudain, hanté par sa présence, je me réveille, je sursaute dans ce nouveau silence. Tout se fige si vite. C’est un colin-maillard doublé d’un chat perché. C’est l’aube déjà, mais qu’ais-je donc vécu dans mon profond sommeil ? Quelqu’un se trouvait là, une essence de sylphes. Les Gnomes étaient là eux-aussi, je crois, même j’en suis très sur, je n’étais pas tout seul.
Ce soir je réédite, alors nous verrons bien, je prends l’engagement de dormir d’un seul œil pour pouvoir tout vous dire, vous en faire un récit diablement clair et circonspect.
Bon j’y vais, le jour m’appelle et la besogne me réclame. Je ne quitte jamais mon ile sans, avec attention, prendre le soin de saluer mon plus vieil abri, un chêne centenaire, que dis-je millénaire peut-être. Je lui confie mon âme en ce lieu d’une caresse tendre, toujours disposée au même endroit sur une bosse ronde et lisse, défaut de son anatomie . . . Tiens les grives sont rouges, encore ce matin.
Je me suis équipé pour la nouvelle nuit. La nuit de ma trouvaille, de la révélation. J’y attache une grande importance, ne vous ais-je pas dis que la preuve formelle, par devers vous, vous en serait donnée, et que tous mes écrits ne serviront jamais à nourrir, ne fusse qu’une fois, un feu de Salamandre.
Toute la journée, préparant bien mon coup, j’ai pris la sage précaution de boire du café pour veiller à la nuit, malgré la fatigue dont le jour me charge. J’ai mangé bien léger pour ne pas alourdir ma digestion et exonérer les habitants du bois de mes flatulences habituelles. Tendre et courtoise attention me disais-je.
Je m’installe à nouveau, mais ce soir je ne dormirai pas allongé sur ma couette. Trop de confort pour un soldat dont la mission est de donner raison à son état. Je vais m’adosser au vieux chêne pour ne pas m’assoupir. Veiller en sentinelle, aux aguets des soupirs, des murmures. C’est en entendant tout, en prenant quelques notes, que je pourrais demain expliquer les discours. Bon silence à présent, la lune est là aussi.
Moi je m’adosse, je pense, je délibère, d’un œil seulement. Il ne faut surtout pas que je rêvasse. Que J’élabore, soit, mais sans trop préjuger. Je peux prévoir, certes, mais sans présupposer.
Il est confortable ce vieux chêne. J’y ai trouvé une petite niche, un creux du tronc assez profond pour m’y bien engoncer, au-dessus d’une grosse racine. J’étends même mes jambes la dessus. .Mes bras m’en tombent, enfin pas tout à fait grâce aux formes de la base qui s’avance de chaque coté de ce trône rustaud. Bien calé, bien au contact. N’est-ce pas l’érosion ou le moule d’un homme de ma taille qui aurait amené l’arbre à se modifier ainsi pour se faire habitacle ? Il a du, tout de même, vivre vieux et garder très longtemps je ne sais quel trésor pour que, par le temps durant, la pousse épouse ainsi les formes de son corps. Epouse-t-il mes formes ou bien alors d’autres générations m’ont-elles précédé, usant le logement de sorte qu’aujourd’hui je m’y sente, comme eux, un bien loti ?
C’a y est, un tic, un tac, quelqu’ … ! Non, ce n’est rien qu’un gland qui ricoche, qui tombe. C’est très régulier, je me mets à compter s’il change de seconde, mais non pas, ils s’entraident en égrenant les tics, les tacs, chacun le sien, pour rappeler à l’autre qu’il participe aussi, fraternel surement, à compter, en commun, les temps d’une comtoise.
Je réglerai ma nuit sur cette pendulette. Mais comment faire pour le réveille-matin ? Baste on verra bien.
Je sens bien sa chaleur dans mon dos et le sang dans mes veines, dans ses veines, je ne sais plus. Quel œil déjà ? Je ne sais plus non plus. Mon cœur se calme peu à peu, ses battements se calent sur le rythme des glands ou celui de mon sang, de son sang. Je ne sais plus.
En tout cas il se calme et ca c’est bien, je me sens bien.
Je frissonne comme le soir où j’avais, pris d’un vaillant courage, glissé au fond du lit de ma mère endormie. Comme lorsqu’elle nous serrait dans ses bras si longtemps que le souffle finissait par manquer mais que nous n’osions point changer la donne de peur qu’elle ne relâche l’étau de l’embrassade.
J’en suis là maintenant dans les bras de ce chêne, à susurrer, mais qui susurre ? Moi où lui ? ca je ne sais plus !
-M’entends-tu mon jeune ami ?
Je tremble d’émotion. Ca y est ! Il est là ! Ma patience saura vous apporter la preuve de tout mes beaux discours. Mon œil, quel œil ais-je gardé ouvert ? Je me sens obligé de répondre à ce que j’ai compris :
-Oui je t’entends mon brave, mais dis-moi qui es-tu ?
-Le chêne posé sous toi, le chêne mon Ami, Je te dis « jeune ami », car je suis millénaire et qu’aujourd’hui je cherche quelqu’un pour m’appuyer.
Mais c’est moi qui m’appuie pas le lourd chêne vert, il m’écraserait. ..
-Je cherche un vrai héros, comme ceux que j’ai connu, du temps des Demi-dieux, ou du temps des croisades.
-Un héros pourquoi faire ? Mais suis-je fou à écouter les suppliques d’un arbre vieux de plus d’un millénaire….Il doit en avoir vu, connaitre notre histoire, pouvoir parler de tout, des Amours et des Guerres, me donner ses secrets, l’origine de la Terre, qui sait ? Continuons cela est salutaire…
-Je recherche un Brave, un Héros un Soldat, mais voila bien des lustres que je n’en ai point vu, un vrai un pur, capable d’écouter et d’épouser ma cause !
-Mais ta cause justement, dit moi donc, quelle est-elle ?
-Ma cause tu l’as vu en passant en lisière, on a tué mon frère, de cent ans mon ainé…
-Qu’avait-il fait le bougre pour mériter la mort ?
-Le buché est gratuit, seulement pour chauffer, pour faire des buchettes et faire de sa souche un peu de charbonnette.
-Mais n’est-ce point normal que cela ? Que veux tu que j’y fasse ? Il est clair que l’homme se chauffe de ton bois ! Quel héros veux-tu donc ? Et pour quelle mission ?
-Attends ne bouge pas, je vais te faire sentir ce que souche veut dire. Demain au gué du jour tu resteras ici à entendre taper la cognée des tueurs en te cachant, profond, dans le creux qui ce soir te donne un bel abri. Tu sauras ce que c’est que de trembler de peur de perdre ses racines.
Voila qu’il point déjà, que la Lune s’efface et le ciel rougit comme tous les matins. Je reste là, acceptant la besogne en commisération, Il est tant sympathique ce vieux chêne pourri.
-Regarde bien ce rouge, il monte, il nous inonde, sais tu d’où il provient ? Et ce qui fait que Dieu, à tous les jours qui naissent, voudra que le monde ne cesse, à jamais, de subir ce ciel rougeâtre, approfondi ?
- Pourquoi donc dis-tu ? Va donc plus avant, vends moi donc la mèche de cette belle intrigue !
- Ce sont les Sarrasins qui lavent leurs sarraus et les Chrétiens hurlants, souquenilles rougies par tant de bains de sang qui ont sali le monde où nous avons grandi.
-Mais Comment ?
-Dieu lui-même a lavé la terre de cette empreinte, et son linge a séché aux caresses du vent. Las, la couleur s’accroche aux larmes de l’espace qui a pris la couleur des fièvres empourprées.
-Et que faire ? Est-ce là ma mission de laver l’infini ?
-Mon Frère, mon Ami, il fallait pour cela que tu viennes sur terre bien avant l’holocauste, que tu sois le Messie, le fils de Dieu le Père et qu’il te soit donné d’éviter ce gâchis.
…
-Ecoute maintenant, c’est le moment terrible, reste bien contre moi pour me sentir trembler, il est là, le danger…
Dans le matin, rouge contours, un chien aboie…
Ce peut être une caravane…
Des hommes en grand nombre traversent la prairie, j’entends leurs rires, leur baratin affable, jacasserie faconde pour réveiller matin.
Ils approchent de nous, j’entends bien mieux leurs chiens. Ils se sont arrêtés au bord des frondaisons.
Ont-ils froid ? Que font-ils ? Je n’entends plus leur pas, ni leurs chiens, plus de boucan infâme…Un cliquetis régulier caquète à l’unisson…
-C’est comme au temps jadis quand au mur des remparts avant l’assaut finale il fallait méditer. Ils fourbissent leurs armes, ils nettoient, ils polissent, ils frottent et ils aiguisent, ils vont nous attaquer. Vois-tu combien ils sont ? Soit prudent et surtout ne te fait pas surprendre. Sois discret mon Ami.
-Nombreux c’est sur, mais de là, trop assis, je ne vois pas tout bien…Le taillis qui me gène !
-Reste caché je t’en conjure, ces hommes n’ont ni foi ni loi.
Soudain les branches cassent, de grands coups de butoir : « celui-là il est bien, y en aura quelques stères, après cela suffit » . . . Et voila ce beau monde qui tape, qui coupe, qui crie. Les machines qui hurlent quand l’arbre va tomber : « gar ‘avous » disent-ils… Ils tapent et tapent encore le chêne anéanti, à dix mètres du mien, où je suis atterré.
Mon vieux chêne frémit, je sens que son corps tremble, il a peur comme moi de finir tranché, de faire du petit bois. On se tait tous les deux en espérant la nuit, en scrutant cette Lune qui tarde à venir.
La Journée fut très longue et j’en suis éprouvé. Je dors, je crois à poings fermés, prés à la défensive. Le profond du silence, qui m’inquiète peut-être, me réveille soudain d’un saut incontrôlé.
Mon Ami le vieux chêne est resté, durant tout ce calvaire, debout, fier, en veille, sentinelle aux aguets. En silence il a vu où est tombé son frère ou était-ce un cousin, une sœur, je ne sais !
-Etais tu un parent de cet arbre ? As-tu donc perdu un frère ou un Ami ?
-Ce n’étais ni un frère, ni un Ami non plus, n’as-tu pas vu qu’il datait de bien plus que moi, car il était mon Père !
-Je pensais Mon Ami qu’il ne pouvait pas être d’arbre encore plus vieux que toi.
-Maintenant il est vrai que, de ce que tu vois, seule ma descendance pourra peupler ce bois.
-Pourrais-je moi aussi penser être ton fils, puisque tu me protèges de ce monde maudit ?
-Sens-tu bouillir mon sang, même au creux de tes veines ? Veux-tu tenir le rang du fils du Grand Chêne ?
-Quel est donc ce rôle ? Faut-il vivre longtemps ?
-Nul n’est besoin, mon fils, de vivre en immortel pour savoir relever les défits du présent. Tu pourras si tu veux nous libérer des chaînes des machines qui tuent tes frères, mes enfants…
-Je m’y engage, Père, sur toi je veillerai, sur ma famille entière je pourrais faire le guet, patrouiller en cerbère, mourir ou vous sauver.
La nuit nous accueille à nouveau et en conciliabule réuni le Grand-Chêne raconte à la postérité que je suis le nouveau, le héros d’avant-garde, que je vais les aider contre les abatteurs…
- Je prends l’engagement ce jour, je suis formel, maître des hautes œuvres, de tous vous sauver, et que si sanguinaire le tueur nous agresse je lui dirais qu’il faut s’arrêter à l’orée ou qu’il me voit séant comme un exécuteur.
Les arbres alentour en frémissent de joie, mes racines me poussent et mes veines se gonflent d’une sève nouvelle, sorcelante alchimie, transmise par mes frères et mon père, rassemblés.
La semaine s’écoule à se faire des promesses et des présentations où chacun se confesse. J’apprends tous les cancans et la loi de se taire pour que les braves gens continuent de s’aimer, tus par nos frondaisons.
J’arrache un peu, par ci par la, les branchages flétris, je suis le toiletteur, le coiffeur des futaies. Tous me remercient en se parant d’un vert de nouveau rajeuni.
Néanmoins, je me sers des ronces élaguées pour encombrer la route, les chemins de traverse qui amènent le monde et les cohortes armées. J’ai peur de leur retraite qui ne dit rien qui vaille, sont-ils partis s’armer pour mieux intervenir ou mieux se déplacer, pour tous nous détruire. Je ne me rendrais pas sans lutter de mes mains.
Le jour du Maudit, c’est ainsi qu’il faut dire, fatalité irrévocable de cette désastreuse malédiction qui nous frappe, le jour du maudit est là, je le sens, c’est Dimanche pourtant, le Seigneur attends ses enfants sages en sa grande bonté mais, tels des mécréants, cela fuiront le baptistaire pour traverser nos champs.
-PREND GARDE ! Je crie une volée d’insultes à la troupe qui déjà s’avançait vers nous. Mes frères et mon père me regardent, fiers de mon courage, ils me le disent même en battant la mesure de leurs branches croisées d’un rythme cadencé.
-Le premier qui ira toucher à l’un des miens aura sur sa conscience la mort de l’un des siens ! C’est un dernier présage, lors n’y restez pas sourds !
Je m’enfonce dans le bois caché sous les branchages que ma famille entière a mis à mon profit. Aux aguets, je me terre, le soldat enfoui. Je suis prêt, le bras long, prolongé d’une branche bien dure, à l’affut du moment où je devrais cogner.
Les voila qui avancent, rien ne sert de prêcher…
-Tue tue disaient mes frères nous avons à venger…
Méfiants ils s’éparpillent, c’est à moi qu’ils s’en prennent car pour eux j’ai trahi toute la race humaine…
-Le premier qui s’avance aura affaire à moi.
Deux d’entre eux seulement continuent d’avancer, plus gaillards, conquérants, ils veulent me rosser…
Gare à eux, je me garde enfiévré par l’instant...
Et toc ! Et toc et toc !
-Que les hommes le sachent ! A qui viendra au bois pour abattre les arbres, je serai toujours là, pour y faire la loi.
...../.....
(Silence…)
- BRAVO Mon Fils.....
-BRAVO Mon Frère…
...../....
Pour nous plaire, seulement, venez nous voir aux bois.
Missia était un peu comme çà, protecteur de sa terre, protecteur des siens. Il semblait très heureux d’avoir changé d’adresse, son jardin à ses pieds. Il faut l’imaginer, passionné qu’il était par ses plants, je suis sur que la nuit il les rêvait encore au qu’au petit matin, bien avant le café, il allait vérifier s’ils avaient bien poussé, mesurant de sa main les progrès ou les dénouements.
Tout l’été, il sonnait le cor, le réveil matin de ses petits enfants. De l’aide, des gros bras et des petites mains, pour couper, pour cueillir, pour laver, pour peser, pour charger la voiture jusqu’au dessus du toit, des cageots de salades, de melons, de tomates, toute sa production passait entre nos mains expertes. Fallait-il cueillir celui-ci ? Fallait-il tourner ce melon sur sa feuille pour le doré encore tout aujourd’hui ? Sa queue se détache-t-elle ? Si oui c’est qu’il est mur, allez, à la pesée…
Avez-vous connu l’odeur du vrai melon qui rempli la maison sur tous ses trois étages, attirant les enfants qui jouaient au grenier. A quand pour du raisin, du bon raisin de table, à quand pour un panier de fraises à ne pas partager… Je piquais des carottes, des radis très piquants, une grosse tomate tout juste un peu salée. C’était mon encas du matin, la récompense d’un lève-tôt, à la fin des rangées arrosées en rigoles, la bêche bien en main.
Missia prenait la place du vieil oncle François qui n’avait jamais pu récolter de beaux fruits, ni de beaux artichauts, malgré toute l’harmonie complaisante des fameux commentaires.
Il avait du retourner cette terre inculte, y ajouter son savoir faire et son terreau magique dont lui seul avait le secret. Sauf que je l’avais vu ramasser l’immortelle et ses herbes sauvages dont il enrichissait l’humus à épandre. Peut-être voulait-il, en me laissant le voir, me donner la passion pour bien lui succéder.
Il savait que j’irai me poser sur sa terre pour planter les racines des prochaines lignées. Il avait dit à son épouse, ma grand-mère Julie, c’était à quelque jours de ne plus le revoir, de me donner l’arpent où je le choisirai pour y faire un garage, un hôtel où des appartements. Je jure qu’à l’époque mon vœu était tout autre de quoi faire de ma vie. J’aspirais aux combats, à sauver ma patrie, à être le héros en haut des barricades, loin de moi cette fantaisie.
Incroyable vision, car je fus garagiste, bâtisseur, logeur pour finir hôtelier sur cette même terre que Mina m’a donnée.
Nous ne devions plus repartir au Cambodge, la mission de Papa y était terminée, il rejoignait Paris pour faire son métier, Officier, sans réserve, autour du Président.
Nous l’y avons suivi, par la rue des Saint Pères, le Collège Stanislas avec sa rigueur ecclésiaste qui nous changeait vraiment des écoles d’outre-mer. Au début de paris, Papa nous déposait au pied du grand portail, au 22 de la rue Notre Dame des Champs, tout prés de Montparnasse, mais cela ne dura pas car à chaque matin pour combler son retard, il brulait des feux-rouges et devait s’expliquer avec la voiture pie, Dauphine Gordini, qui guettait notre passage au coin de Vaugirard. Course poursuite, trompes hurlantes, pour nous faire une place dans la circulation, et enfin arrivés nous fuyons le carrosse laissant notre Papa et sa maréchaussée. Pour votre information sa carte bariolée d’officier très spécial suffisait à faire rire le lot de poursuivants, cela se finissait au café des Corses accueillis par le franchouillard Monsieur Santini.
Pour stopper ces dépenses quotidiennes et ces pertes de temps préjudiciables à son avancement, Papa nous initia au Métropolitain.
Sortit à Montparnasse était un jeu d’enfant pour les fils d’un brave qui jouaient, culotés, à faire comme les grands. On comptait les étapes, on regardait les points sur la ligne tracée en noir sur son fond jaune. Montparnasse ne pouvait se rater, un terminus ne laisse pas de marge à l’erreur. Nous prenions toujours les strapontins prés des portes, pour voir les chaussettes et les bas des passants. Le concours, le tournoi était de deviner la couleur du prochain et de compter les points. Le perdant de ce jeu offrait au lauréat son bonbon carambar ou bien son malabar. Je m’appliquais à voir entre mes doigts indiscrets les jambes des sortants avant qu’elles ne s’avancent dans les stalles de départ. J’associais leurs manteaux et leurs robes aux couleurs des chaussettes pour mieux les garder en mémoire. Un élément du vêtement rappelle bien souvent, sauf aux fautes de goût, la couleur de leur sous-pente. J’avais noté cela et je me gardais bien de livrer mon secret à mon frère, j’aimais bien trop mes carambars.
Je lui concédais plus facilement mon Bleck le Rock ou mon Sambla qu’un Mars ou Carambar, un caramel, un chocolat, ma boule de gomme, ma friandise, mon sucre d’orge, rien de tout çà.
Qu’ais-je fais à Paris pour en rire ? J’ai avalé un gros boulard !
Je jouais dans ma chambre à faire un tour de France avec un sac de bille, de calots de boulards, ceux-là sont les plus gros, j’en étais très avare et pour me prévenir de subir des mains basses de mon frère, je gardais à la bouche mon unique exemplaire.
Dans le besoin du jeu, je pouvais à ma guise remplacer ma monture du petit au plus gros selon le route prise aux détours du tapis.
Je quitte un boulevard où le plus gros m’avait servi à prendre par une bonne vitesse, mes distance avec l’adversité. Je range alors à l’abri sur ma langue tendue mon boulard de vitesse et je rentre ma langue au fond de son garage.
Las, je n’avais pas calculé que par ce grand ressac j’enverrai mon objet tout au fond de ma gorge.
J’étouffe, je prends peur, je violetasse vite, je traverse l’entrée jusqu’au salon majeur où Papa s’endormait attendant le repas.
Je le bouscule, il se réveille, il comprend en l’instant, réagit et m’agrippe, comme pour les bonbons méchants de ma chère maman, l’Algérie n’est pas loin.
Il me tient par les pieds, il tape dans mon dos en montant l’escalier jusqu’à l’étage au-dessus pour sonner vaillamment à la porte du médecin.
Il tape, rien ne se passe ni la porte qui s’ouvre, ni le boulard qui tombe, il recommence encore à taper dans mon dos, à sonner à la porte, sans doute dormait-il lui aussi le toubib, comme Papa avant, il ouvre et nous questionne et là la bille tombe en bas de l’escalier, elle dévale elle retombe, elle rebondie de marche en marche, elle saute les étages, j’ai peur pour mon boulard, je crie de ma première bouffée d’un oxygène qui se faisait rare :
-Regarde où elle tombe ! Dis-je à mon frère
-Et celle-ci où tombe-t-elle ? Répond alors mon Père d’une gifle à faire mal.
Ne riez pas, cela aurait pu vous arriver aussi !
Le rythme de nos vies est réglé par Papa, il s’en va et il vient selon son ordre militaire, la campagne par ci et la mission par là.
Le Gabon le réclame, mais c’est trop dangereux pour qu’il nous y entraine. Maman restera avec nous en France, plus au sud pour trouver du soleil, à Aix en Provence, prés de son Frère, tiens d’ailleurs Jean-Louis y partira avant, à Grans prés de Salon, il vivra chez Tonton Horace et Tatie Paule avec leurs enfants Vincent, Lélia, François et Isalinde.
Me voilà donc provençal pour quelques temps. La famille de Tonton est très accueillante, lui prof de lettre, plutôt rêveur, un peu illuminé par trop d’implications dans ses livres d’auteurs. Il écrit lui-aussi des pièces de théâtre en passant tout son temps sur son bureau foutoir. Un mélange savant de milliers d’écritures qui gagnent du terrain sur ses copies d’élèves qu’il oubliera, un jour, qu’il faut les corriger. Il est assez curieux de me vois m’intégrer, il m’épie, il m’admire quand lors d’une bagarre entre François, le frère et sa sœur Isa, j’interviens à sa place en protégeant sa fille d’un coup bas. La dispute avait pour cause l’usage d’un vélo qui n’avait pas de chaine et qu’il fallait pousser. Qui dessus devait se pavaner et Qui derrière devait pousser ? Là était le dilemme. J’ai résolu cela en les poussant moi-même.
Tatie Paule, ingénieur, inventait les Mirages en drivant une équipe technique chez Dassault. Elle était donc à la hauteur pour résoudre nos robinets qui fuient et l’horaire des trains sur nos feuilles de calculs. Elle nous avait dédié une maison voisine, spécialement aménagée pour faire éclore au mieux tous ses enfants. Sans doute était-ce là un moyen délicat de nous mander ailleurs faire le bruit qu’on voulait.
Chacun avait sa pièce et il la décorait selon l’idée et le message qu’il voulait faire passer. Lélia était déjà à l’heure des rendez-vous et meublait sa chambrette comme un nid pour l’amour. Vincent était matheux et préférait construire, des maisons et des ponts, des grues, tout un empire avec du métal, des poulies, des boulons, et tout ce qui pouvait prouver son modernisme. François était artiste et fan du fusain, il crayonna les murs de vision titanesques à faire peur aux intrus dont il se moquait bien à voir nos tristes mines quand il nous invitait pour un nouveau dessin.
Isa, ma préférée, était à la poupée car poupée elle-même, elle meublait en dinette tout son rez-de-chaussée. A coté de sa chambre une pièce commune, meublée des plus précaire, j’en fis mes beaux quartiers. J’invitais mes cousins à venir m’y rejoindre après avoir servi la table du goûté. La cuisine de la grande maison m’était accessible et j’y faisais mes courses tous les après-midi. Ma table était sans doute réputée car même tatie Paule pouvait s’y inviter.
Aucun contrôle apparent, auto-tout, autodidacte pour les choix de l’enseignement, autocritique pour nos erreurs, autodiscipline pour les vacances, la liberté semblait acquise en anarchie organisée.
Si nous y dérogions par un curieux hasard c’est qu’on nous entrainait vers d’autres rudiments. L’acte de contrition se faisait dans la grande maison en regardant de loin, pour toute une semaine qui paraissait un an, la petite masure, l’espace de notre Autonomie.
Nous promettions ensuite, unanimes d’être sages et vive la Liberté ! Maman me visita, le temps d’un court week-end, elle devait s’installer dans peu de temps à Aix en Provence et elle pourrait ainsi me reprendre avec elle. C’était plus dur encore de la voir s’en aller, la toucher juste un peu, comme mettre le doigt sur un bon chocolat et ne pas en manger. Ha, misère de misère.
Ma bourde provençale ; Maman est annoncée, enfin elle déménage, une école est trouvée au cœur d’Aix en Provence, à deux par de la villa que nous avons louée. Tonton me prépare à la chose en me vantant l’école où je vais m’en aller. Mon instit de Grans, un Corse exilé, me faisait recopier tous les jours mes cahiers, d’abord sur un brouillon la leçon prise en classe, puis tout remettre au propre le soir à la maison. Des cahiers j’en avais des tonnes et puis des tonnes, à ne plus les piffer de mon mal au poignet.
- Est-ce-que cela veut dire que je change d’instituteur et que je n’aurai plus à écrire ces cahiers ?
L’argument est de poids pour Tonton qui acquiesce… Je file alors dans ma chambre, j’empoigne mes cahiers par leurs pages et je les diminue tous par la moitié, et rhann et Rhann et RRHANN.
-Les cahiers au feu et l’instit au milieu !!! Hein quoi que dis tu ?
-Que dis-tu tonton ? Que Maman ne viendra pour me prendre que dans une semaine ! Mais, alors, mes cahiers ! Je n’ai plus de cahiers ! Je suis malade ! Je ne veux plus retourner à l’école ! Malheur !
Ouf ! Aix en Provence, l’école rue dragon, le cours Mirabeau, les Deux Garçons, le Q-G des insulaires.
Une année de transfuges sortie de ma mémoire sauf le nom d’un élève de ma classe qui s’appelait Charly. Un corse lui aussi, malgré son nom d’alsace, il se nommait Meyer et il fut mon Ami. Je vous en parlerai quand sera venue l’heure. Pour l’instant je le perds de vue pour presque la dizaine.
Papa à fini son périple africain et nous aménageons au cœur des Pyrénées, Pau et son Henri IV, son château, son Grand-Prix et son funiculaire.
Papa nous a trouvé la maison de Lescar, la villa « les Sapins », face à Monsieur Vacher, sans plaisanterie aucune, il portait bien ce nom, ses vaches le savaient. J’accompagnais souvent son fils derrière les bouseuses jusqu’aux champs de luzerne où elles paissaient pour donner plus de lait. Ainsi j’étais ravi d’avoir le privilège du bol bien bouillant à la sortie du pis. Ne vous ais-je pas dis que j’adore le lait vrai ? J’en étais presque ivrogne à boire cette bibine comme un nectar divin ou comme un élixir.
Un Dimanche d’automne nous décidons de pousser plus loin jusqu’au camp militaire pour voir les paras, quand, au détour d’une clairière, un sac de patate s’anime devant moi. Coup de Théâtre, j’ouvre le colis prestement et ahuri autant qu’embarrassé je découvre deux chiens qui réclamaient leur mère. Un blanc, l’autre marron. Christophe le vacher me dit qu’il le préfère et que son père n’acceptera jamais un chien blanc mais qu’il sera ému du petit marronnier car il en avait un de la même couleur. Le choix est vite fait, j’opte pour le plus blanc, le plus grand, le plus beau, le plus la queue en l’air, je le baptise TAP car nous sommes sur les Terres de l’Aéro- Portée. Il était fantastique ce chien, mi-loup mi-pyrénée, grand comme un berger belge, mais plus intelligent. Il jouait au Rugby de nous avoir vu faire jetant un vieux ballon haut, de sa bouche et son cou, il sautait après çà pour l’attraper en l’air non pas avec sa bouche mais avec ses papates en plongeon, puis il le plaquait au sol, regardait alentour, personne ne devait s’approcher du ballon, puis d’un geste précis, en demi de mêlée, il le glissait derrière, au milieu de ses pieds, et là d’un puissant soubresaut il faisait une volte pour saisir dans sa bouche le ballon retrouvé. Une seconde ou deux pour souffler juste un peu et la partie reprend.
Nous sommes à quinze jours de la rentrée scolaire, où va-t-on échouer ? Papa et Maman nous ont aménagé un rendez-vous, pour passer un test d’admission, au collège de jésuites de Bétharram prés de Tarbes. Que je vous raconte cette affaire, une morne plaine, le Fogg, le smog, le brouillard est partout, il est bientôt huit heures du matin. Un croisement de routes, de petites routes rurales, à plat, sans ornement et peu d’indications sauf ce « collège de Bétharram » gravé sur une sainte croix devant servir de guide aux rares pénitents allant vers Compostelle. Une estafette ancienne, vitrée sur tout le tour, attend au coin des routes que des enfants arrivent, un à un, débarrassés des sièges luxueux des limousines parentales. On prendra place aussi à bord du minibus. Papa inquiet de ce protocole nous servira d’escorte en roulant juste devant la navette jusqu’à cet institut mondialement reconnu. L’infâme, le lugubre, le remède au sourire, l’expectorable collège de Bétharram. Caché par de hauts murs que le lierre a quitté depuis belle lurette. Sa porte en ogive laisse à peine filtrer la lumière du jour à l'intérieur du passage donnant accès à l'intérieur de ses remparts. Le treizième était là mais pas comme à Paris, la chose y était terne et n’avait plus de vie. Le collège de Bétharram nous cachait, la derrière, les larmes des enfants vêtus de blouses grises derrière cet ouvrage digne des Eldevans. Robert Enrico aurait pu y tourner son « vieux fusil » car ces lieux n’auraient pas eu besoin de mise en scène pour que la gestapo y trouve son confort.
En pénétrant dans ce blockhaus, je glisse à l’oreille de mon frère de rendre feuilles blanches aux interrogations, nous garantissions ainsi la non acceptation de nos candidatures.
De deux ans mon ainé il passait tous ses test séparé de son petit frère, les curés voulaient nous tester, éprouver par l’isolement la force de nos caractères. Ils ont perdu au jeu, leurs plumes y ont séché.
-Pourquoi donc jeunes gens avec le palmarès que me démontre vos bulletins des années précédentes, avez-vous, tous les deux, connivence incroyable, tenu à tout rater en rendant ces copies vierges comme Marie ?
Je répondis, serein et fier de mon frère solidaire :
-Qui n’aura rien compris ? Est-ce-vous ou bien nous ? A n’inscrire que nos noms nous y avons gagnez un peu de liberté.
Il fallait à mon père trouver une autre institution pour inscrire ses enfants. Le prêtre au portail nous rendit aux parents et conseilla de questionner à Toulouse, un collège jésuite beaucoup moins regardant sur ses admissions. Les chiffres d’affaires devaient rester dans la congrégation. Le Caousou, pour le décrire était sous le soleil quand nous sommes arrivés. Là déjà le brouillard ne pouvait nous gêner pour trouver dans la cour quelqu’un à qui parler. Les habits, quoique très sérieux, n’étaient pas de galère et les enfants vivaient, remuaient colorés, biens allant, chaque classe une cour du petit au plus grand. Le parc magnifique, pas un lierre fané, l’oxygène était là tout au long de l’année. Les profs étaient sympas, les surveillants aussi, les curés quand a eux n’avaient qu’à se garder de ces deux trublions qu’ils avaient embauchés.
Scolairement fumistes, malgré nos bonnes notes, nous avons pour finir organisé un splendide tapage étudiant. Avant de vous dire celui-ci je vais vous amuser avec un autre coup des frères Colonna, c’est ainsi que les prêtres parlaient de nous. Nous nous sommes levés très tard, dans la nuit, avec des amis, cinq ou six vrais compères, des fidèles, des surs, des muets devant toutes questions, des basques presque tous et un Mozziconacci, corse aussi, fils de vétérinaire… La troupe en silence descend les escaliers, trois niveaux en dessous de notre grand dortoir, se trouve le grand hall. Nous y voila, réunis, tous sains et saufs, sans encombre, allez allons-y, nous voila maintenant dans la cour portant à bout de bras l’avant de la deux deuche de notre proviseur. Nous ouvrons le portail du grand hall et sans bruit, juste quelques fou-rires nous déposons le vénérable véhicule au centre des allées. Un démontage vite fait de toutes parties mécaniques, ses roues, toutes ses ailes, ses fauteuils clipsés, de sa roue de secours, du capot, de ses phares, et nous voilà couchés jusqu’au petit matin.
Scandale ! Scandale ! criait monsieur Vié, je n’invente rien, Vié c’était son nom, un surveillant général qui aurait du œuvrer à Bétharram, tant il était parfait comme portrait d’Hitler.
-Restez tous au dortoir, prenez l’autre escalier, non ne descendez pas ! Scandale !
Et plus il s’égosillait plus la meute accourait vidant tous les dortoirs -je suis sur, c’est un coup des frères Colonna
-Raté monsieur, ce n’est pas nous on peu vous le jurer !
L’homme Nain
Il referme Sa porte, personn’ ne vient
Plus de pierre aux fenêtres, réveil matin
Dans la pièce carrée, Tout seul à l’occuper,
Son lit à quatre coins Lui appartient.
Que le monde reste à la porte C’est mieux ainsi
Tant de Monde mais peut L’importe C’est son abri.
Il refuse d’aimer, plus de copains
De connaître le nom de son voisin
Le jour où il est né, Ceux qui l’ont embrassé
Ses yeux ne voient plus rien Que son destin
Que le monde reste à la porte . . .
Un avion qui décolle ou bien le train
La couleur du soleil dans le lointain
A l’ouest il se lève Et à l’est se couche
Dans la nuit il grandit Au ralenti
Que le monde reste à la porte . . .
Entends tu que l’on frappe des coups de poings,
Ou le monde t ‘attrape, poignée de main,
Pour savoir où tu es Et ce que tu deviens
Jusqu’à percer les murs De ton armure
Que le monde reste à la porte . . .
S’il sonne poliment, comme un voisin
A venir prendre place à ton festin
A croire que tu l’invites A s’essuyer les pieds
Savoir que tu l’évites Porte blindée
Que le monde reste à la porte . . .
L’arrière cour de la vie de l’homme nain
Ou il ne voit du monde que son chagrin
Sa peinture s’écaille Et son tempo déraille
Pour vivre dans le noir A plein pouvoir
Que le monde reste à la porte C’est mieux ainsi
Tant de Monde mais peut L’importe
C’est son abri.
Voila un peu l’histoire de Monsieur Viè
Notre autre fait divers se passe en fin d’année, imaginez tous le collège réuni, quand je dis tout cela comprend tous les élèves en rang d’oignon en debout militaire, juste sous l’immense parvis du hall au « deux chevaux ».
Sur le parvis, toute la bourgeoisie, les notables l’évêque, les parents des élèves, les professeurs aussi, le Maire, le Bourgmestre, l’alcade, le magistrat, les chefs et les consuls, les présidents, les gouverneurs, les échevins les podestats, enfin tous étaient là, assise face au tribun du jour, le Grand Maitre de cérémonie, le censeur « De Funès », on l’appelait ainsi pour son clone « Louis », il en avait le visage crispé autant que les mimiques.
Certains élèves dispensés pour cause de départ outre-mer avaient déjà quitté le collège et le décompte du nombre des présents ne pouvait plus se faire avec la même précision.
Profitant de ce flottement dans l’organisation de nos gens de justices drivés par monsieur Vié, nos filons à l’anglaise aux stocks des cuisines pour y subtiliser des pots de confitures, une dizaine en tout, portés à bras le corps, pour cinquante kilos de substance gluante, pas moins.
Vite fait nous voilà en haut des escaliers, les dortoirs sont vidés de tous leurs contenus, les valises attendant l’ultime tirade « bonnes vacances », énoncé libératoire ordonné, tout en fin du soliloque conférencier par le grand prêtre l’abbé Pinsdé.
Les traversins de plumes sont restés sur les lits comme seul ornement posés sur les rayures délavées de nos vieux matelas.
Nous sommes à pied d’œuvre devant l’œil de bœuf, immense, qui domine la comédie, la lecture des notes de chacun des élèves sur toute son année, avec les commentaires élogieux ou sévères qui donnait aux parents et à tous les notables l’idée de la gestion de glorieux enfants.
Son ouverture n’est pas aisée, on s’affaire, on pied de biche, on force sa charnière, Lupin est parmi nous, c’est Mozzi le plus fort pour ce genre d’extraction.
L’œil de bœuf est ouvert, la confiture jetée sur toute l’assemblée, et par-dessus tout çà les coussins sont vidés de tout leur contenu, les plumes qui s’envolent et qui se collent à tout.
L’assemblée en débâcle, les cris des surveillants, les bigotes qui tombent du haut de leurs talons, les curés en soutane qui lèvent leurs jupons, les uns fuient aux voitures, le risque est encore grand de recevoir sur eux des pots de confiture, les autres réagissent en montant les étages par l’escalier principal qui fait face au spectacle.
Nous dévalons à contrario de tous leurs mouvements encerclatoires, la rampe de service qu’ils ont tous oubliée. Un tube de pompier, moderne installation qui devait mettre aux normes cette vieille demeure. Il fallait bien qu’il serve, mais pas pour la montée, la glisse fut un rêve pour l’escouade échappée.
La base de ce tube donnait sur le parking, à coté des voitures qui déjà s’en allaient.
Plus personne, le dortoir est désert quand monsieur Vié déboule, épuisé, haletant, bien couvert de substance rougeâtre et de mucosités gouteuses, plus épaisses, il s’engouffre en vengeur, prêt à vociférer des « halte là », des « rendez-vous » ,des « je vous tiens ».
Son escorte le suit, il déboule sur le parking où nous attendons le chauffeur militaire qui doit venir nous prendre, il hurle, il mugit, il accuse « ne partez pas » « c’est vous j’en suis certain ».
-Monsieur Vié, nous tenons à vous dire la grande indignation de mon père de savoir ses fils arrosés et plumés par un cirque que votre incompétence aura autorisé. Nous ne reviendrons plus fréquenter votre cirque, ce n’est pas un Caousou, c’est un tohu-bohu.
Puis nous sommes partis en franche rigolade avec une promesse d’un jour nous revoir, les Mozzi, les Boyer, Boursicot, Maês, et Cassagne, je vous dis là le nom de certains des coupables mais gardez çà pour vous car Dieu excommunie.
Je revoie souvent mon Cassagne, un franchouillard Jean-Marie, camouflé dans le Gers avec sa Monique dans ses champs de maïs et son noble armagnac.
Il m’épate toujours son sourire élargi, quand il bringuebale au lieu de bien marcher, le débonnaire châtelain auto-déshérité.
Arrivez donc chez lui à la tombée du jour et vous saurez ce qu’est l’accueil des Cassagnes. Ils donnent un point c’est tout, sans calculs et sans feintes, heureux de l’avoir fait pour un simple merci.
La garnison de Pau nous transfère à Bayonne, au bout du pays basque, je jouerai au rugby. La vie est moins facile, toujours à la maison à vivre dans l’émoi et la contradiction des parents dans la noise. Nous sommes confrontés aux ruines qui s’entassent, le couple se défait et ce quoique l’on fasse. Papa n’est pas gentil, mais que pouvait-il faire et Maman se défend, la femme est insidieuse, de grande jalousie, l’homme est toujours charmant pour les autres conquêtes et se montre cinglant entre nos quatre murs. Les années soixante dix, c’est l’émancipation et je demande alors leur séparation. Je ne veux plus servir d’alibi à l’affaire, j’exige la clôture de ce chambardement. Cela s’opérera sans trop de dissection, les enfants à la mère et le père au charbon. La famille s’éclate, on s’installe à Bordeaux, la ville des asperges tant elle est arrosée. Je ne peux y rester, j’ai besoin de soleil et j’ai besoin de paix.
Je quitte cette atmosphère en laissant derrière moi mes meubles et mes acquis que se partagerons ma sœur et puis mon frère, bien heureux de trouver leur espace élargi.
Le stop avec le pouce, geste communautaire, j’essaye moi aussi de bien tendre mon bras. Je crois que ma jeunesse m’était très favorable, je n’attendais jamais avant d’être embarqué. Je voyageais léger avec un baluchon jugulé sur le dos comme les randonneurs.
D’une traite un camion de Bordeaux à Toulouse, juste un arrêt pipi et voila Avignon, son festival, la fête des babas, la fumée qui sent bon… Non, çà ce n’est pas trop pour moi, et je retends le bras…
-Vous ne restez pas pour le festival ?
-Non, la drogue et moi çà ne fait pas !
-Bravo jeune et pouvez vous nous dire votre destination si les temples babas ne vous satisfont pas ?
-Marseille et puis la Corse où je voudrais rejoindre la maison de mes grands-parents.
-Demain on t’y amène, ce soir tu dors chez nous avec Madeleine notre fille a ton âge, tu verras, elle est sympa !
Et voila comment d’un seul coup j’ai traversé la France du haut de mes quinze ans. La soirée chez ces gens fut comme à la maison, mais sans cris, sans brimades, un céleste mélange de passion et raison. Ils m’auraient bien voulu plus longtemps parmi eux, mais l’incruste et moi, non merci !
Tiens à propos d’incruste j’ai là un petit truc qui vous fera penser à des choses vécues si vous avez, vous aussi, la maison du bon Dieu :
Le petit homme donne… Le petit homme donne
Quand la cloche sonne
Qui tape à la porte ? Peu lui importe
Pour être une âme généreuse
Eprouver sa grande bonté
Et savoir sa famille heureuse
De connaître tant de bienfaits
Pour avoir toujours le beau geste
Sa Solennelle bienveillance
Pour l’Amour il n’est pas de reste
A vouloir partager sa Chance
Qui frappe donc à la fenêtre
Un étranger ou un voisin
Qui brave encore la tempête
Un affamé qui veut du pain
Il a le cœur sur la main
Chambre d’ami, c’est comme un frère
Ouvre sa porte, ouvre le vin
Il lutte contre la misère
Sa femme aussi est généreuse
De petits plats en petits riens
Aussi bonne que plantureuse
Elle donnerait même le sein
Loin de chez lui, l’air contrit
Le pauvre bougre est installé
Heureux de déballer sa vie
Pourquoi sa femme la chassé
Le petit homme ouvre sa porte
La main tendue de compassion.
Qui a frappé peu lui importe
Il veut faire une bonne action
Il n’a ni arme ni bagage,
Il dort dans la chambre d’ami,
Comme un enfant qui n’a pas d’âge
Qui n’aurait pas encore grandit
Par la femme il sera choyé
Heureuse à rendre ce service
A en faire un hôte adulé
En refusant d’en voir le vice
En quelques jours, le petit homme,
Voit bien le manque de manières.
Aucun respect chez ce bonhomme
Ca frise même l’adultère
Il en a presque mal au cœur.
Ce voisin est si misérable
Si pauvre et si loin du bonheur
Qu’il passe la journée à table
Le pauvre ose encore se plaindre
Sur les détails de ce séjour.
Courtiser sans même y craindre
De déclarer son pauvre Amour
Le lit qui manque de moelleux,
La viande est elle vraiment cuite ?
Un ingrat serait-il heureux.
Chez lui aurait-on pris la fuite ?
Ce voisin franchi les limites
En courtisant même la femme
En lui disant qu’elle l’excite
Et en lui démontrant sa flamme
Le petit homme s ‘exaspère
Dois-je expulser un sans logis ?
Ou laisser faire l’adultère
Mais ou ira-il à part ici ?
Prends les choses avec bonhomie
Amène ta femme à l’hôtel
C’est sa conscience qui lui dit
Ainsi tu resteras près d’elle
Concertation, à l’amiable
Tu gardes la chambre d’ami.
Le personnel y est aimable
Nous serons à deux pas d’ici
Ca ne va pas durer longtemps
Le voisin jure, main sur le cœur,
Qu’il ne sera pas un amant
Qu’il partira dans le quart d’heure
Je prends congé prés du bateau, faisant mine d’avoir mon billet, comment leur avouer que je n’ai pas un sou pour acheter quoique soit, alors les adieux seront brefs, et d’un air assuré.
A moi maintenant la démerde pour pouvoir embarquer, je me tâte un peu j’ai peur de me faire prendre et que la grivèlerie ne me renvoie à la case départ, chez ma mère. Alors je feinte :
- Bonjour monsieur, je suis le neveu de madame Scamaroni Marie-Claire, la sœur de Fred en mémoire de qui ce bateau fut baptisé. Ma tante m’a recommandé de me présenter à vous et de vous dire de l’appeler à ce numéro, Turbigo 1515, elle attend votre appel pour vous dire de m’accueillir à bord, dans sa cabine réservée.
- Turbigo me dis-tu, voyons voir si ta tante sera au bout du fil
-Allo, oui c’est la Cie Maritime, à Marseille, votre neveu est là et il veut embarquer… Oui madame… Bien sur… On va s’en occuper…Au revoir madame Scamaroni.
Le trac me prend un peu pendant qu’il réfléchit, a-t-elle cru que je fugue ou est-elle solidaire du jeune nomade ?
-Bon tu attends ici le bosco va venir te chercher pour te faire embarquer.
Et me voila à bord la partie est gagnée, la traversée est douce, pas de vent ni de vague, le repas avec l’équipage et le bosco du bord, j’ai vraiment apprécié l’attention qu’ils avaient pour la nièce de Marie-Claire. J’étais leur protégé jusqu’au débarquement.
Ajaccio, que c’est beau quand on vient de la mer.
J’ai bien les pieds au sol, je tapote la terre, elle est sous moi la Corse qui m’était destinée. Je suis déjà tout fier de cette expédition solitaire à travers le pays. Je ne suis plus pressé d’arriver maintenant, je peux même flâner, y aller même à pied, ici j’ai tout le temps de jouir des détours. Je marche lentement jusqu’au bas des montagnes cela prend plus d’une heure pour contourner l’aéroport et dépasser la première colline et le vieux pont de Pisciatello.
Je trouve un petit banc pour poser mon barda, attendant patiemment qu’une voiture m’emmène vers Propiano ou vers Sartène, je n’ose pas leur dire jusqu’à Porto Vecchio.
La journée sera longue car je ne mange pas sauf un peu de fenouil cueilli par ci par là.
Bientôt vingt trois heures, je descends l’escalier qui mène à la cuisine, la lumière brille encore dans la chambre du haut. A peine suis-je arrivé à la dernière marche que j’entends la serrure que l’on vient de tourner, je tape vite vite que l’on ne m’oublie pas ;
-Missia, c’est Jean-Louis, ouvre moi je suis là !
La porte s’entrebâille et je vois mon grand-père qui me pose étonné une seule question ;
-Que fais-tu à cette heure tout seul dans la rue ?
-Je viens vivre chez vous je m’y sentirai mieux !
-Monte donc te coucher, on en parle demain !
Ce fut tout. La question était brève et la réponse aussi. Il m’intima cet ordre, hochant un peu la tète, comme s’il avait compris tous mes sous-entendus. Mina n’est pas monté me voir dans ma chambre, je me suis installé sans faire trop de bruit sur le sol en plancher, à mon dernier étage la pièce était chauffée par une cheminée très bien alimentée. M’attendaient-ils ? Maman avait peut-être téléphoné ou pas, basta, je verrais bien, demain il fera jour, maintenant je suis là et j’y resterai contre vents et marées.
- Que comptes-tu donc faire l’école ou le travail ?
-Le travail serait mieux si tu veux bien m’aider à trouver l’employeur ! N’importe quoi pourvu que cela m’autorise à rester chez vous, vous êtes ma famille !
Mina fondit en larme en pensant à sa fille, divorcée, ho la pauvre, elle ne méritait pas d’être ainsi bafouée par son mari dégénéré.
Partie sur ce registre, elle voit qu’elle m’exaspère et se tait tout de suite de peur que je m’enfuie.
C’est mon oncle Jacky qui m’accueille en patron, électricien auto sera ma profession, c’est un très beau métier et on y gagne bien, pour peu qu’on y soit bon, c’est un bel avenir.
Apprentis plus d’un an, je démonte et remonte, montrant à mon tonton chacun de mes ouvrages et puis un douloureux calcul au bas des reins le clouera quelques mois au lit, à la maison. Plus de contrôle, plus de repère, seulement mon envie de bien faire et de rendre à cet homme toutes ses attentions. Je trime sang et eau, et Tata Antoinette admire son neveu qui s’implique si bien. Je me vante d’avoir à moi seul sur le pont fait tourner la boutique durant presque six mois. Je soupçonnais même tonton de profiter un peu de son bon alibi pour me laisser grandir dans cette profession.
-Pourquoi ne veux-tu pas reprendre des études, à Corte, à l’Afpa, faire de la mécanique, au sortir tu reviens travailler avec moi ?
Voila comment Mina m’a inscrit à Corte pour une formation et un beau CAP obtenu en un an, au grade de major de toute ma promotion.
Puis se fut Citroën, magnifique contrat, Porto Vecchio d’abord, puis Marseille, Rabateau, l’usine, le rendement mais la moto me hante et je trouve un garage cherchant un mécano. Chez monsieur Magherini, derrière l’hippodrome, un agent Suzuki, moi j’étais Yamaha dans mon âme. Mais tantôt j’y étais, au milieu des motos !
Ce fut pour moi une, même deux années mémorables, la moto tous les jours et ces deux braves vieux qu’un magasinier et un vieux mécano, peu sensibles à ces bonnes personnes, exploitaient en les volant de tout ce qu’ils pouvaient. Je sauvais l’entreprise en dénonçant ces roublards au patron qui pleurait tous les jours, faute de bénéfice, ne sachant pas comment il pourrait me payer, moi qui pourtant l’aidait sans y mettre aucun vice, juste pour faire plaisir, ils l’avaient mérité, ne serait-ce pour moi qu’en lisant ma demande et acceptant sur l’heure que je sois embauché.
J’ai pu faire grâce à eux l’école de pilotage du circuit Paul Ricard où j’ai même excellé. Deux années d’affilé j’ai vécu un doux rêve, prenant ces ancestraux comme mes grands-parents.
Mille neuf cent soixante quinze, Aléria et l’au revoir à Marseille et aux vieux Magherini. Ils ont fermé leur garage, juste après mon départ, ils n’avaient plus de dette, ils pouvaient arrêter.
Mon sang ne fait qu’un tour car on touchait aux miens, j’ai plié mes bagages et le premier bateau. Comment rester de marbre quand la guerre se déclare sur ma terre de Corse, il faut la libérer, de Ponia et des bleus qui veulent nous tuer en assaillant nos frères, je cours les aider. Chemin faisant j’ai enrôlé mon frère et volé les deux fusils pour la chasse à mon Missia Vincent.
La corse entière est réunie au pied de cette cave, seul Poniatowski n’a pas vu le schéma, et il a donné l’ordre que bataille se fasse, et qui est l’assassin, celui qui se défend ?
Il est sur qu’avec le recul du temps j’aurai sans doute un autre jugement, non pas sur l’agression, elle était impardonnable, mais sur l’après Aléria et ce qu’on en a fait !
J’ai écrit un pamphlet sur ce thème, une fiction démente que je vous livre ici, peut-être y verrez-vous des bribes bien réelles, elles n’engagent personne, sauf quelques voyous, mais savent-ils bien lire au cœur de l’entre-ligne ?
Les rebelles de Ziegler contre l’ordre du monde étaient hélas écrits bien trop petit pour que l’on puisse, d’une traite, lire l’ouvrage de bout en bout et retenir comme maxime sa simpliste définition du devoir : « Caminante no hay camino, el camino se hace al andar »….
Il était un fois…
Une troupe de jeunes étudiants, Niçois pour l’année scolaire, qui rêvaient d’aventure et de grandes actions. Prélude orchestré d’une fugue hivernale ratée. Un melting pot d’intrépides qui s’imaginait détenir un pouvoir divin, par la supra-intelligence d’une génération d’érudits, à peine conscients de l’imposture de leurs meneurs aux discours indévots.
L’intellect, à sa renaissance, s’était persuadé, dans son averrhoïsme, qu’il ne comptait plus qu’un, pour l’idée primitive d’une apostolique mission qui consistait à sauver l’identité biblique de la Corse où ils sont nés. Ils se mirent de concert, entrainés à ce faire par quelques objecteurs, à fondre, en un creuset idiomatique, les pensées les plus réfractaires, espérant tirer de cette fusion ésotérique les tables de la loi.
De gauche comme de droite, les plus forts à l’extrême, les habiles orfèvres versaient, à qui mieux mieux, leur lot de feux sacrés, tirant de ce fourneau un crédo ultramoderne, inattendu et même truculent, aux bases « populaires ». Idéologues, certains revivaient, de la même manière, les faits des grandes guerres que leurs vaillants ainés avaient pu raconter lors de veillées funèbres. Sambuccuciu et Paoli revivaient, demi-dieux, leurs généreuses et terribles batailles où de chevaleresques blasons ont marqué l’avenir. Tant d’immortels ancêtres communs, honorant la Patrie d’un poing tendu en un salut guerrier, celui qui se dresse aujourd’hui encore sur les podiums des plus belles Olympies.
Fiers soldats de l’arène sauvage dont les cris de douleurs ne purent, jusqu’au dernier, subroger la ferveur du chant des immolés. D’une prière laetarique ces enfants de la Vierge Marie ont gravé nos mémoires de tant de listes alphabétaires au bas des urnes funéraires.
Le sang avait coulé, il fallait l’honorer.
L’origine de certains popes présents était toujours contestée par la « Magagne ». En tels pères tels fils, on les disait « lucchesi, sardignols ou ritals » prenant référence aux traitrises fuyantes, au maquis déserté et aux « Piloni» de velours côtelés, bien vite retournés dés les premiers revers de l’austère grisaille. Attentistes d’une meilleure issue pour leur renom, ils trouvèrent dans la trame de ce complot national une opportunité symbolique. Ils y prendraient racines en espérant, sans doute, par un discours marqué, délaver la chemise noire colportée par leur nom italien. Ceux-là même, fat dans leur idiotisme, s’installaient en tribuns obligés par une autorité corporelle bien imposée. Ils prenaient ainsi les devants sur l’aléa de l’avenir en s’insérant parmi les juges d’un procès de supercherie qu’aurait pu leur ester un sang avéré de meilleure origine. Ils devenaient, de fait, juges et partie et ne risquaient plus rien dans cette affaire que de redorer le blason de leurs pères sans plus craindre que l’un des tiers ne fomente à leur encontre, en coup très bas, une quelconque action en réduction. Ils auront même, l’histoire nous le dira, la finesse de se revendiquer d’exploits que d’autres auront pu faire.
On empruntera ses méthodes à l’histoire en apprenant, bons élèves, à subir le dictat d’un prétoire, sauf aux regimbeurs, à ne plus être admis au milieu de l’élite, ni même invités aux jeux, aux joutes et parties du moment. Le sublime se conjugue alors au plus que parfait. L’étudiant y était sectaire et croyait bien motivé de traiter le réfractaire et le critique en paria ou en damné. Cela se traduisit au quotidien, contre ces échalas, par des bastonnades, des brimades organisées en bandes estudiantines. Comme de nos jours dans les nuits des cités, on se moutonnait crépus en suivant les mots d’ordre des régents gouverneurs qui ordonnaient, pour ceux-là, la castagne…
La tenue vestimentaire était originale, costumes de velours sur un gilet rayé ou bleu de chine aux boutons de tissus noué selon le climat du moment. Même les filles avaient leurs toilettes reconnaissables, elles empruntaient une veste à papa.
Une noblesse entière, Sept fils de bon sang, au physique athlétique, unis du même espoir de sauver le pays, s’avancent à contre jour. Alertés par les bruits qui courent, le verbe à droite sans aucun doute, le sang bleu vient vite aux nouvelles :
-On se dit Corse par ici ?
-Veut-on porter atteinte à notre oligarchie ?
-L’assemblée réunie est-elle populaire ?
-Veut-elle renverser le bel ordre établi?
Au bar des Corses, l’alcôve réservée à notre diaspora est déjà dans la brume. La pièce prend des allures de veille silencieuse attendant le Messie... D’un seul corps, le noble groupe s’avance et s’installe à la table majeure. L’Instant du cérémonial fige l’exaltation. Dans ce jeu, pas de déconnade, c‘est très sérieux, comme un prétoire redoutable, l’hosanna au cœur du conciliabule pour fonder une alliance issu de la consciencieuse coalition. En ce jour sacré de 1974, nous daterons l’an 1 de la Révolution.
L’élite était là, on pouvait tous s’en satisfaire !
La Femme, d’intendance, devient une égérie. Elle est là, prés du feu le tison à la main, en Colomba, en savante harmoniste, elle donne le ton. Légitime est son affaire, au fond, n’est-elle pas le ventre de notre avenir ?
On emboîte le pas du glorieux consistoire, on s’entasse, on se mêle, puis on se sépare pour tirer des synthèses et répartir l’aréopage en séance de travail aux missions périlleuses. Ordre nous est donné d’établir, par un zèle réfléchi, une doctrine identitaire : les fondements sacerdotaux des états généraux. Lors, tous bacheliers à la jeunesse folle, on s’invite érudits au bal des gens biens. La discussion s’installe sur le fait politique et le pouvoir du peuple sert la controverse. On conteste, on dénie, on déjoue et on sape, à tout va, les prises de positions par trop conservatrices.
Le jeu est arrêté car le débat s’anime.
Notre culture s’installe dans un halo de fumée « job-bastos ». Nous voilà tous très excités, le ton monte très vite tant la Passion est effrénée. Chaque jeune loup hurle comme la meute par un désir ardent d’apporter son éco à l’ambition commune d’ériger la Nation.
Don Quichotte est dans l’affaire.
Au fond du bar, le cercle s’est agrandi. On pousse encore les tables, on tire toutes les chaises, les cendriers remplis de fumantes promesses se poseront à même le sol.
Le ton y frise l’engueulade parfois, la frénésie, comme un « chjam’e rispondi », un va et vient de mots indispensables, tels des dialogismes divins. Qui d’autre que le noble ou la Sainte Vierge Marie a pu nous réunir et nous amener au sujet d’aujourd’hui ?
« Le chantre », lui-même, sort de ses poésies. Dans un néologisme symbolique, attirant l’attention sur la bête de scène, d’une belle envolée, le plus fort, le plus haut dans le verbe, il entamait soudain le « Dio » avec maestria.
Tout le monde si colle à l’unisson, les poils au « garde à vous ». La faction, l’armée, le Peuple a pris forme, renaissant de ses cendres et de tous les discours enflammés qui brulaient depuis longtemps dans les esprits nouveaux. Les luttes révolutionnaires de l’«Internationale » ont redoublé l’ambiance et installé, en nuances, les règles du parti :
« On ne pourra point rompre le pacte d’aujourd’hui …
Sauf à quitter céans les colonnes armées ou bien,…
À tout jamais, à accepter la loi des volontaires…
Se taire et ne jamais rompre, ne jamais se quitter, …
Même de gré à gré »…
De bonnes grâces, euphoriques et solidaires, nous laissons à la porte toutes les infamies. Certains restaient silencieux, déjà conscients de l’ampleur du sujet. C’était plus grave qu’une croisade chrétienne. Nous pensions chasser le renégat de notre terre originelle. Pas de droit à l’erreur car nous étions, dés aujourd’hui, pour la Gloire de nos Pères, devant Dieu, responsables pour les générations avenir. Un raté aurait, pour eux, des conséquences irrémédiables Nous risquions par aveuglement de friser le contresens et de faire, d’un bon discours, une belle coquille. Gare aux déviations, aux hérésies, aux faussetés, aux sophismes éblouissants de grandes éloquences qui finiraient de jeter au rebus, à tout jamais, les fabuleux espoirs de Liberté de toute descendance.
Dans ce concert politique la noblesse savait garder « tête froide » pour ne pas ajourner l’ambition du moment. Il lui fallait conduire un peuple asservi à jouter la bataille et, pour un cartel de nantis, pour une riche table ronde, bourrer le coffre fort, bien en tirer parti. Le héros le plus érudit, dans une langue Corse congénitale, tirée des entrailles de l’histoire, jura que ceux qui oublieraient leur honneur en chemin seraient pour tous les « bannis à jamais » « vergogna a tè… ». Cette imposante confrérie nobiliaire, ce gratin avait pris le dessus en rappelant avec simplicité les quelques faits de guerre qu’ils avaient, avant tout autre, déjà réalisés… L’assemblée populaire le savait. Les bruits savamment orchestrés avaient courus. Ils étaient déjà les idoles dont on aurait pu apposer la photo à coté de l’affiche du Che Guevara.
C’était parti…
La croisade primitive n’avait pas attendu la campagne universitaire.
Dés lors, pour profiter d’une glorieuse compagnie, nombre de soldats se voulaient être enrôlés au sein des chevaliers pour défendre les barricades et créer mouvement. Les uns, trop enthousiastes, interrompaient les autres dans leur démonstration. Nous nous présentons, un à un, aux « Jo » en comité restreint. Ils nous jaugeaient, nous estimaient vaillamment, pour adjuger une place dite communautaire au cœur d’un groupe de justiciers à l’estime populaire dont on devrait bientôt, ensemble démocrate, proposer l’objectif et le nom…Ils abondent, ils justifient les écarts sur la liste qui se gonfle de nouvelles recrues.
Ils ne donneront, sur l’heure, aucun nom des conscrits pour l’Omerta, le « privilège de la confidence ». Ils contacteront plus tard, en aparté, ceux qui seront retenus, enrôlés. Les autres, sincères, pour qui les élus lutterons vaillamment, auront le droit de vivre l‘expérience du dogme en fournissant aux partisans une très naturelle «logistique». Nous voilà tous impatients de connaitre leurs choix. Il fallait mériter cette estime, dire les bonnes choses pour gagner la confiance. Etre fier, être droit, déjouer les malignes chausses trappes qu’ils nous tendaient et dont ils s’amusaient, inquisiteurs, pour tester moralités et convictions. Les jeunes, comme moi, se sentaient évalués à chaque instant, cela à l’évidence de nos yeux brillants de tant de passion nouvelle. Après une question anodine, ils jouaient à nous fixer longtemps, comme un prof de philo dont on ne sait jamais le fond de la pensée et à qui on doit présenter la thèse et l’antithèse. Le discours de chaque noble tribun frisait l’irréfutable, vu la valeur du sujet. Il apparaissait tout de suite qu’ils avaient, grâce à des livres rares, bien plus de connaissance que nos jeunes mémoires. Bible ouverte sur notre belle histoire, sur le monde politique dominant et ses subtiles théologies régimentaires. Le bibliothécaire de vieille souche, apportait de l’eau au moulin par des détails incroyables. Comme s’il avait vécu toutes les invasions, toutes les guerres, les barbaresques, les pisans, les génois, les rois francs ou les Gris, et qu’en bon rapporteur il avait des écrits ou des notes sur tout. Il avait beaucoup lu, en fait, presque jusqu’à verser dans la folie livresque si sa mère, bienveillante, ne lui avait pas interdit de puiser plus avant dans les archives du château familiale et de continuer, en spéléo, ses inutiles et théorisantes recherches… Il arrivait à lire quatre livres à la fois, tirant des uns et des autres des conclusions croisées, comparatives, contradictoires, élaborant ainsi sa propre vérité sur nos origines, sur les révolutions populaires, le caractère des peuples opprimés, sur ce que nos aïeux on fait de sacrifice pour résister tant bien que mal aux ruses et aux traitrises des années d’obédience. Il nous débitait ses théosophismes par la rime passionnante d’une prose, sans mesure obligée, que par le poids spécieux des tournures et des mots. Qu’il est motivant et qu’il est agréable aux tympans d’écouter un érudit. Ethnique, ce mot là servait de base à son sermon…
Ils étaient là, sept barons confabulants qui dégoisaient bouleversants, convaincants, persuasifs sur la nécessité de participer à la Révolution en marche en tant que citoyen de Corse et héritier de l’histoire. Ils nous donnaient à réfléchir à la meilleure manière de s’inscrire individuellement dans la Lutte. L’étudiant que j’étais s’en trouva fort flatté. Le temps à passé depuis lors sur les champs de bataille, faisant l’expérience de chacun. La réalité philosophique du noble cartel était-elle présente aux débats ? Je crois pouvoir vous dire, aujourd’hui, quelle était leur bible nobiliaire et quels étaient les assises fondamentales qu’ils avaient coulées à eux sept, en amont des colloques niçois et du tri, dans les rangs étudiants. Aujourd’hui, dans la décrépitude générale, une analyse et surtout une conclusion, un constat s’impose de lui-même aux yeux du populaire …
La confession du « vade-mecum » :
Je crois pouvoir vous dire…
Cela va vous surprendre !
Le choix de la providence, qui les avait réunis lors d’une noble cérémonie familiale, s’est porté sur Sept jeunes personnages parmi les opulents.
A l’évidence, la moralité relative héritée de leurs parrains notables avait du être le critère voulu par le hasard.
Leur loi, éméritat, était en eux.
Je n’ai certes aucune preuve de cela, ni même du pourquoi, mais, selon la légende et quelques proverbiales, l’affaire s’est engagée ainsi :
Ils ont décidé, renouveau des grandes fortunes en accalmie, de fonder un clan tout neuf, une vraie clique, une confrérie de sept personnages, sept mercenaires pour une apocalypse insulaire, des gens de l’ombre, un groupe occulte, phénoménal, fort, pour semper solidaire.
Un cercle très fermé qui devra travailler, ourdir, manipuler, mentir ou obliger et, en tout cas, tout prendre ou tout investir pour le seul intérêt de ses deniers et l’aisance de ses membres fondateurs.
Pour l’instant, grâce à cette allégeance, ils pourront, en toute impunité, être dur, exiger, juger, faire la loi pyramidale jusqu’à en abuser, user de l’injustice, se venger ou faire même pire sans autre procès que celui des « on-dit ».
Ils useront à souhait du droit à l’ostracisme.
Il leur suffit pour cela d’être fidèles en apparence et, sans soupir, faire toujours dévotion.
C’est là l’essentiel ! Un clan. Tel était l’objectif !
Un véritable clan d’admirables affairistes!
Il leur faudra, de toutes les filières, savoir tirer profit, investir tous les bons partis, « A Lotta Universale », l’institution, jusqu’aux mairies, les entreprises, les nœuds bancaires, l’information par les médias.
La presse sera muselée si elle se veut contraire aux nantis.
Il leur faudra aussi prendre garde aux factions libres ou effrontées. Qu’elles soient de la Justice ou même Paolistes, pour survivre à leur coterie elles auront à suivre le pas des prodiges, jusqu’aux dernières sommations…
Etre l’élu parmi les sages et ne jamais sembler repu, pour l’image qu’ils devront donner. Etre aimés, amis des plèbes et non pas les héros inouïs de l’ancien praticien.
Un gang, une maffia une clique ou un clan, cela dépendra de l’heure et de l’endroit…
Tiens, à ce propos, il en est un d’entre eux, distingué nobliau, qui sait dire les phrases justes et les mots clefs, définissant, en quelques mouvements de verbes acérés, la plainte générale qui les avait moulés.
A l’instar de tous ses cousins, il défendait un Nom.
Le Peuple n’est pas son émoi.
Son fief restant de mémoire le pays des insoumis.
Le royaume des nantis et de l’insurrection.
Ils seront les sept séditieux d’un secret « vade-mecum ».
Il leur faut la gestion du terrain.
Ils feront craindre d’eux n’importe quel coup bas.
Les géants politiques vont devoir transiger avec le nouveau lobby. Celui qui, sans être de concert avec lui, voudra installer l’ignominie sur sa terre devra payer pour être serein.
La vieille cabale sera moribonde d’être considérée comme l’infâme manigance, le pourfendeur de nos frères, quand eux auront la gloire des grands libérateurs.
Qui détient le pouvoir ? L’argent ! Ils auront leur nerf pour la guerre ! La Paix, ils l’exigeront…
Il leur faudra patienter quelque temps, faire leurs preuves, et glorifier leur horde par l’ardeur de ses nombreux exploits.
Ils seront le bras séculier qui défendra le sang et la terre abandonnée par leurs ainés : « vergogna a tè chi vendi a terra ! ».
Quand le peuple affamé voudra vendre sa terre, ils fixeront au plus bas le prix de tous ses biens pour l’acheter eux-mêmes.
Ils auront l’exclusivité quasi certaine, quasi garantie, sur les marchés ! Ils vont éprouver dans sa vie et dans ses affaires le tenant des grands parlements, le gros banquier, le sociétaire...
Ils tiendront le bon bout de la longe,
Le carrousel pourra commencer …
Mais pour cela il fallait, préambule, un accord des anciens !
Les premiers pas, vers le sein de la gloire,
Il leur fallait en premier lieu obtenir le blanc-seing familial pour éviter le démenti des parrains et des pères. L’affaire n’était pas simple à présenter. Ce fut fait dans l’improvisation, tout de go, sans ambages ou circonvolutions préparées car ils savaient déjà d’eux qu’ils éventeraient sur l’heure un plan ourdi, une quelconque préparation. Ils auraient pu y voir une décoction de principes solubles judicieusement distillés pour préparer leur fin. Sur le champ, profitant de la présence au complet à la fête, du prétoire des anciens, les jeunes nobles ont suivi en silence le cénacle jusqu’au au grand fumoir. Attendant le Cognac, le cigare, et le calme du protocole, tous voulaient trouver un semblant d’activité, l’air de rien, qui au billard et qui aux livres anciens. Le tralala des convenances amena le cercle à la sérénité. Il était temps de dire tout haut leur chimère, de faire part de leurs ambitions, d’être persuasifs pour faire accepter, des anciens, leurs jeunes théories sans flétrir leurs vieilles litanies.
Le concept étant novateur, il se devait de trouver un appui sur la base d’anciens aphorismes que distillent lentement les patriarches ascendants. Le discours fut distillé avec délicatesse, de façon presque enfantine, immatérielle, sciemment déraisonnable, pour se voir ramené au cadre un peu téméraire qu’ils avaient, avant coup, prédéfini. Ils ont joué de l’idée de puissance qui génère leur ralenti. Pour que des ordres clairs leur somment de faire ce qu’en réalité ils avaient estimé et prévu et, de la sorte, leur évite l’ennui d’opérer, sans dispense, toutes opérations libertaires.
La « Carte blanche » est accordée à la lignée.
Ils s’inclinent et font dévotion, oubliant pour quelque temps ce facile triomphe. Il n’était pas question de démontrer leur science, alors, car ils investissaient pour l’intérêt général, dans un discours superbe et séducteur, vantant tout leur contraire et faisant fi de la sénilité.
La table ronde, quoique sa forme indiffère, était née.
Ce devait être, vraiment, un bel anniversaire et voilà comment se fomente un coup d’état. Le reste du jour mémorable se distille sur un cumul sédimentaire de contributions personnelles engageant l’équipe au jeu de l’entrelacs.
Savoir trouver le mot juste pour éviter la conteste !
Prouver aussi sa droiture pour éviter la perfidie !
Toujours penser à l’armure qui peut servir à ton Ami !
Etre équitable en tous lieux pour éviter les envieux !
- Il leur fallait un maire d’importance, de qui ils tireront les vers d’un grand nez. Ils savaient déjà qui députer dans la place pour cette intrusion dans le rouage hiérarchique, au sein du quel ils avaient l’appétit de bonnes situations obtenues par la bienveillance du mandarin : Le plus Boyard d’entre eux serait l’homme du clan, capable d’être à tous fronts, à toutes barricades, un héros estimé par la population. Il en savait beaucoup sur la grande famille et pourrait sans erreur anticiper l’essor…
- Il leur fallait être aux affaires d’une chambre à la grande région. Ils en profiteraient pour bien orienter la dépense annuelle vers leurs manufactures et leurs négociations. Ils y pourront aussi prendre des bénéfices, à dépenser aux jeux pervers des transactions, pour un nouveau business mettre la bonne mise sachant, auparavant, le numéro tiré. Ils pourront aussi payer, tout à leur guise, des cadeaux motivants aux filles d’une nuit ou encore, pour des choses promises, tout autant de présent pour tous les politiques qui s’acoquineront en leur compagnie. Ils avaient un expert très comptable en cela. Seigneurial, magnifique, sophistiqué. Il présente si bien qu’il ne fait pas son âge. Sa stature est accomplie. Ses verbes se déclinent en belles périphrases. Il semble si sérieux, si mur pour la raison que même le Bon Dieu l’absout de confession.
-Sur le fait politique, ils veulent de la méfiance car un coalisé d’aujourd’hui sera un ennemi si, par un coup du sort, il oubli l’allégeance, ferré d’un autre appât ou d’un simple remord.
-Il leur faudra vivement chaperonner ceux-là et prévoir, bien avant que l’allié ne se lasse, à le destituer, le contraignant à laisser ses pouvoirs. Pour ce faire le hasard saura tout définir et ils profiteront des croisées des chemins pour infiltrer les groupes à faire ou à défaire selon leurs sentiments, leurs besoins du moment. En tout état de cause, il leur faudra conserver à l’esprit que, de cette politique, ils espèrent du profit mais qu’il ne faudra point, pour aucun d’entre ceux-là, qu’elle leur tourne l’esprit et qu’il mute en tribun.
Immixtion en terrain politique
Ils avaient attendu les vacances de Pâques pour prendre un rendez-vous très important pour l’avenir en terrain miné, politique de leur chouannerie. Ils étaient en quête du saint graal, du sein du sein. Grands-chambriers, forts du travail accompli sur la jeunesse estudiantine, tant à Nice qu’à Aix et Marseille, ils avaient pris pour cible un parti réfractaire au pouvoir et d’essence populaire. Sa corsitude affirmée allait leur donner une image compulsive, mais sans plus, une image de respect bourgeois qui tairait d’un savant maquillage l’ampleur de leur désobéissance civique. Ils étaient trois condisciples au premier rendez-vous frappé d’un sceau reconnaissable, le premier rendez-vous de leur histoire en milieu politique, avec les militants d’un parti bien bandé. A mi-chemin, du nord au sud, une tour les voyait venir… Sur le parking, un camion militaire, une barque de pêche, quelques gros tous-terrains, pour les mettre déjà dans l’ambiance des grands jours. Trois hommes, autant qu’eux trois, s’avancent à leur rencontre, pour un cortège l’air de rien. Pas de question, ni aucun geste à interpréter, seuls les regards de l’équipage suffiront à se dire que la confiance est méritée. En uniformes camouflés comme d’anciens soldats des colonisations, debout, raides, prés de la porte des vigiles sont en veille. La junte des sages, bien protégée, s’est réunie pour entendre leur projet et pour répondre à leurs propositions. Ils voulaient être, en toute conscience, le bras fort de tous les mouvements, le bras séculier, la rébellion qui frappe de concert avec les syndicats autonomes. Ils promettront de ne pas dévier, qu’il n’y aura jamais, au grand jamais, de lèse majesté. Mais ne dit-on pas que les promesses ?…L’aristocrate praticien sera prolixe, tant sa mémoire est bonne des choses politiques. Il ne parle que « corse », cela impressionne un peu plus, car bon nombre de camarades ne maitrise pas vraiment notre langue. Le discours est affirmé, convaincant. Mais peut-on arrêter la jeunesse quand elle veut croire à ses illusions. Seule la cheminée répondait aux pauses du discours. On les croyait jeunesse folle et là on devinait en eux la force imparable de demain. Quelle sensation extraordinaire ils ont du ressentir quand les autres agglutinés, attentifs, étaient tous fascinés par la catilinaire de leur grande ambition. La peur de les perdre de vue ? L’oiseau est certes tombé du nid, mais il vole déjà ! Craignaient-ils qu’ils fassent, en bande à part, dans l’essor d’une contradiction ou de ne pas être à leur tour adoptés, désignés par la jeune mouvance pour former le conseil des sages dont ils auront besoin et auquel ils devront toujours nous référer…En Cunsiliu, l’approbation protocolaire est accordée à la délégation. Dés lors, comme pour leurs parrains de naguère, Ils s’inclinent et font dévotion oubliant pour quelque temps ce facile triomphe. Il n’était pas question de démontrer leur science, alors, car ils investissaient pour l’intérêt général, dans un discours superbe et séducteur, vantant tout leur contraire et faisant fi de la sénilité…
Vous rendez-vous bien compte ?
Ils obtenaient, bien sur à condition, un pacte négocié du parti à la mode, ce qui équivalait à un certificat. La signature morale au bas d’un parchemin. Mais il sera toujours temps, pour la bande, de discuter de cette morale : qui pour la fin veut les moyens ! Ils promettent d’être là lors des journées nationales et de participer, eux aussi, hommes forts, aux actions s’il y en a. Sur ce, ils quittent leurs nouveaux amis, fiers d’avoir réussi l’examen d’admission. Ce beau monde les accompagne jusqu’aux voitures. C’est déjà le petit matin ! Etre ou ne pas être ?
Les réunions s’organisent. On les réclame, on les acclame, les messes noires. Les apartés de grands personnages ou l’apathie sera de mise pour toujours faire semblant de rien. Ils sont forts les vieux clans, tout de même ! Ils en feront autant ! Vont-ils en rester là de leurs rêves de fous ! Ils sont logés pour l’instant au milieu du maquis, tiens c’est drôle: « le milieu du maquis » ! Ils devront faire, à pieds d’œuvre, un long chemin, vie de labeur ou de calvaire, et ne devoir qu’à leurs artères ce sang neuf, ce renouveau, cet avenir fortuné qu’ils espèrent ! Ils m’ont raconté, nostalgiques, les rêves en terrasse, sous le clair de lune lorsque tout un chacun disait son ministère ; Qui se voyait Préfet. Qui se disait, comptable des deniers, fin prêt pour la rigoureuse mission des finances. Qui parlait de culture. Un autre d’intérieur en donnant des détails sur l’acide pouvoir de ses méthodes pour la persuasion. La presse était déjà prise, il leur restait les Sports ou l’Armée. Pourquoi pas ? L’Armée était bien vite accaparée, détournée vers le plus vaillant d’entre tous dans le feu d’artifice. Quel délire tout de même !
Le discours passe bien dans les rangs des contingents. Ils sont peu à savoir la véritable passion qui anime la chancellerie, mais, comme il n’est point de vertu sans misère, il faut payer de soi pour donner l’assurance de toute conviction, en propagande. Ils lutteront dans l’ombre des maquis ! Ils dormiront, à même cette terre, Dans les grottes où bien peu arrivent ! La lutte est « populaire ». Dans le respect démocratique apparent, le peuple militant est forcément tenu de passer au vote pour choisir, par le plus grand nombre, la bonne destinée. Le vote tombera en Cunsiliu National que pour tout dénouement on ne doit rien changer! Rester l’armée de l’ombre, la force vive prête à foncer ! La résolution est votée de façon unanime et ils devront se préparer à vivre ainsi quoiqu’il arrive, pour l’objectif, pour les futurs héritiers.
Merde, s’ils restent ainsi, ils s’enterrent ! Aucun d’entre eux n’était, alors, déjà un père! Vite, très vite, Il faut qu’ils s’organisent, pour être, comme les anciens, les éminences grises qui prêcheront les convictions des proches et des hommes de mains dont le rôle sera, très salutaire, de conserver leur hégémonie. Ils s’appelleront « militaire » sous la tutelle du « génie ». L’ambition est politique. Elle devra être sergentée par leur oligarchie. Ils ont ourdi un plan terrible. Contrariant l’assemblée et sa pierre angulaire, est réuni en douce un quorum caricaturale de flatteurs en discession qui sous le masque de l’Amitié ennoblira leur pouvoir. Par ce dictat professoral, ils seront honorés quand viendra la Toussaint, jour de la première pierre du nouvel édifice, digne des grands maçons. La raison seule est très peu convaincante pour le votant rationnel. Il faudra vite un argument persuasif, irréfutable, pour apaiser les sentiments… Les élections nationales réclament de l’apaisement, un climat propice aux déplacements et aux promesses électorales en terrain populaire, sans risque aucun de subir le contrecoup médiatique d’un quelconque débordement. Un social et bien officiel bouc émissaire, transformé par son généreux Maître en roi-mage providentiel, fournira en mallette un très bon répondant. Le chevecier (gardien des trésors du temple) n’a plus d’accent. Dés lors, le châtelet se meuble de fauteuils et de beaux Présidents qui siègent aux premières instances, Les jeunes loups sont entrés dans les féodales institutions, régnant du haut des cathédrales sur les cartes de l’ambition. Il nous dira de créer partout des permanences pour dépenser un peu, pour former des vassaux, pour convertir les gueux. Le roturier est noble, à part ses convictions. Trêve de plaisanterie, l’amande sera honorable. Ils ont très vite négocié, ipso facto, pour tous leurs légionnaires, une Liberté immédiate, privat-docent en éruption. Seul le martyre demeure à l’abandon. L’argent pourra tout accomplir ! Comme un joueur double la mise, leur martingale a bon ton. Ils ont donc ourdi un plan à très long terme, indécelable, inattaquable…L’économie doit mal aller … Un peuple affamé devient reconnaissant ! Il faut la ruine ! Le pauvre doit manger dans le creux d’une main… La noblesse insulaire pourrait perdre la main mise sur ses quelques affaires… Le retour des pieds noirs à apporté du cash, Invasion de main d’œuvre pour nos terres agraires. Ils ont des relations, mais beaucoup de travers…Il faut qu’ils partent…Il faudra haranguer la foule à Corte, lors des journées nationales, pour que des actions symboliques et très médiatisées les mettent en demeure de quitter le pays. C’est facile, ils trafiquent leur vin. Voila une bien juste cause pour le monde agricole. Le directoire pourra alors s’afférer, décider pour à qui donner la terre ! Il faudra un allié au sein des syndicats pour bloquer tous les ports. Des Amis sur ont bien renseigné. Le leader est finançable… Ils lui promettront donc un parc immobilier. Une rente à vie, une fille qui lui plait… Le rêve américain, Miami, Las Vegas, car il aime jouer. Lors que grand bien lui fasse. Après les ports, il faudra aussi empêcher le courrier d’arriver. Ils ciblent, à la Poste, un bon nombre de cadres. Une grève générale est très facile à amener, Un bruit à faire courir et tout est enclenché. Si la banque se gave sur cette opération, Il faudra l’obliger à céder du terrain. Pour pouvoir financer les projets insulaires en bons intermédiaires.
Pour pouvoir appliquer des taux beaucoup plus chers. Pour pouvoir faire peur pour la causalité. Pour pouvoir créer la caisse régionale. Pour pouvoir, à loisirs, investir, même ailleurs, Faire des supermarchés au milieu des déserts. Pour pouvoir soutenir tous les partis en lice, Faisant croire à chacun qu’il sera leur élu.
Le pouvoir pour la Corse c’est de légiférer, Ils veulent une région, devenir autonomes, faire leur assemblée… Les finances viendront par la voie du pouvoir. Les budgets pour les votes ne pèsent pas très lourds…Que quelques micro-ondes. Ils veulent prendre ainsi la gestion du royaume, Administrer les politiques, Juguler, fomenter, mater ou mettre sous le joug. La Cour remerciera pour ses belles étrennes. Ils offriront aux légats, pour partir en voyage Des costumes céans et de très beaux bagages. Il faudra qu’ils les représentent de très belle manière…
L’Europe qui payera les comptes bien rendus, Le leurre de l’émissaire qu’ils auront repu. L’office par lequel ils pourront ventiler des aides marginales pour qu’on se pense aidés. Les fortunes aux lobbys qui seront leurs alliés. La chambre doit changer. Il faut des électeurs. Les syndicats, unis, pourront la renverser. Après, ils y feront la place aux amis, Quand aux autres, ils auront les restes de leurs nuits. De chaque corps d’état, de chaque syndicat Ils vont prendre les rennes. Soutenir les présidences bien choisies Pour leur faire remplir leur mission imposée. Ils feront des hauts-commissaires en bons assujettis.
La culture sera ce qu’ils voudront en faire, Au sein d’un hémicycle, même universitaire. La Chine viendra chercher un peu d’économie
Mais il faudra payer pour pouvoir être admis. Il faudra soulever le plateau de la table Sous laquelle ils feront passer les beaux marchés
S’ils font bien tout cela ils auront tout en main
Ils seront la Révolution ! Ou la Contre-révolution !
Et ils n’auront que faire de celle des pauvres gens !
Je crois bien, pour mon compte, que la fiction est belle mais colle-t-elle un peu à l’air de ce temps ?
La Corse m’est donné et j’ai voulu lui rendre un peu de son Amour par ma fidélité mais ne suis-je pas Sagittaire ? Je vais vous dire ici ce qu’il en est vraiment, c’est écrit au sommet de tous les firmaments.
Tout-à-coup, le paysage s’éclairci à la lueur d’une clairière où j'aperçois, blottis, comme en un rêve, les yeux d’une bergère et ses deux gros paniers d’osier jaune débordant de mille fleurs à nourrir les essaims de miel du maquis.
Elle a pris pour repaire les étoiles. Elle connait, avec la précision des grandes prêtresses, leur influence sur nos vies. Cette ascendance astrale, arithmétique qui nous identifie et qui a su transmettre, à tout individu, l’héritage vécu et les marottes acquises par l’espèce, jusqu’à lui.
Jupiter, roi des Dieux, n’a-t-il pas, d’un signe de la main, ébranlé l’univers et ordonné qu’il soit en tout lieu un vaillant « sagittaire », faisant ainsi, de tous ceux-là, ses prophètes divins.
A l’heure du berger, la belle paysanne m’interpelle et s’informe de l’astre qui fit de moi un homme :
- Quel est le signe astral auquel tu as puisé l’eau de tes convictions ? Je pourrais, s’il plait au mien, te dire ta mission. D’un signe bienveillant, tu seras chevalier, ambitieux, généreux d’un divin héritage qu’il te faut partager ou bien, si tu es né d’un signe parasite, tu seras vil, faible ou même le mesquin qui ne porte au monde que son lot de dédain !
Elle me donne, en gage, son signe en Balance.
Dans les éphémérides, je crois venir du Sagittaire…
J’ai juste évité le scorpion.
Par une volonté déjà guerrière de ne pas y être mêlé, j’ai de quelques jours retardé sciemment ma venue pour échapper à ce désastre que j’aurai mal vécu.
-Voilà donc qui tu es ! Vaillant, Je t’aime à coup sur !
Avant que ses fleurs champêtres ne se fussent fanées, j’écoutais tout le texte, et je me dis soudain que l’histoire, quand elle relatera cette belle journée, ne retiendra peut-être pas le prénom de la fée.
Qui donc évoquera le sourire de ma bouquetière qui par un simple langage, sans écrits, su convaincre mon âme d’avoir à vivre ainsi, fidele au Sagittaire :
C’est L’Amour qui décide ce que peut Sagittaire
Pour en faire son esclave à moduler la Terre
Missionnaire des âmes il sera son prêcheur
Il croisera l’épée pour convertir les cœurs
Sagittaire bâtira un monde sans frontière
Attendant patiemment de revoir Jupiter
En Seigneur du Zodiaque, mi-homme mi-cheval
Il sera un géant pour combattre le mal.
Sagittaire sera là pour Taire la Misère
Toujours curieux du sort des légions étrangères
Pour enrichir son cœur, il aime sang mêler
Donnant toujours à l’autre le mieux de ce qu’il est
Sagittaire gardera l’énergie du Soleil
Pour réchauffer l’hiver comme un astre éternel
Il saura faire sont choix entre sagesse et guerre
Symbole Tolérant prêt à sauver la Terre.
L’Amour fit du Scorpion un poison, un enfer
Il Fait du Sagittaire un remède au Cancer
Il n’aime pas la mort et rêve d’immortel
Pour écrire longtemps merveilleuses nouvelles
L’Amour renaîtra du noir ou bien du blanc
En inversant toujours tous les raisonnements
Il attise le feu, ouvrant de grandes failles
Il brûle notre esprit en ouvrant les entrailles
Le Sagittaire défend la paix entre les frères
Là où l’Amour pourfend par delà les frontières
Le fou existe, il tue, toujours fier de son œuvre
Remettant Sagittaire toujours devant l’épreuve.
Le Sagittaire Pardonne a qui l’a offensé
Et l’Amour qu’en à lui sera le meurtrier
Si Dieu en Sagittaire aide le mal aimé
C’est au pauvre esseulé que l’Ami est ôté.
L’Amour dans ses détours pense au pays voisin
Convoitant Paradis, la richesse ou le pain.
Sagittaire voudra l’inciter à attendre
Abolir son dictat et éviter de prendre
L’Amour en Sagittaire aura une mission
Modifier les croyances, les ferveurs et passions
Pour Femme, ne plus être à l’excès, meurtrières
L’Amour en Sagittaire sera un missionnaire.
Sagittaire est de feu et l’Amour souffle fort
Pour brûler au bûcher, la haine à toujours tort.
Symbole des Pays où le soleil Brille
Et où l’eau, milles lacs, sous ses rayons scintille.
Si Sagittaire va ou L’Amour le décide
Il prend garde à ses pas et il reste lucide
En attendant le vent d’un propice refrain
Qui poussera plus loin cet avide requin.
Chacun pourrait avoir une mission à faire pour cumuler, à son retour, la mémoire en commun et permettre aux enfants d’éviter tous ses torts en modifiant un peu les clefs de leur destin.
Les débuts du mystique commencent chez les Pères aux soutanes alourdies d’écus et de bréviaires, si pesantes cuirasses qu’il leur fallait bien les serrer, sous leur taille débonnaire, par un grand chapelet. C’est dans cette atmosphère de livres et de passion que j’ai pu débosser l’élingue ombilicale. Ais-je assez découvert pour écrire des mémoires ? J’avais souvent tenté, dés l’âge tendre, de me mettre à l’ouvrage, mais malgré l’inconscience d’alors, les armes me manquaient pour faire front à la tache.
J’abandonnais donc, prenant mon parti d’attendre patiemment la meilleure fortune en amassant les mots qui feraient plus tard mes écrits.
Il est des lieux à décrire, des détails, des précisions, qu'un auteur ne peut donner sans risquer soit de mentir sur le sujet, soit d’être le délateur d’un univers défavorable au sens de sa vie.
Je n’avais conservé, pour mémoire, ni notes ni journal et ce qui m’incombait, dés les premiers sujets, c’était de respecter l’indispensable nomenclature, l'exactitude des dates, des décors et des personnages…
Je devais donc me livrer à des recherches d’historien pour introduire mes souvenirs dans l’argumentation, sans risquer de livrer au non sens le coté littéraire de mon imagination.
Je voudrais tant les partager…
Les petits riens, riens de ma vie
Mon impossible « déjà çà ». Le hasard qui guide les pas, de petits riens en petits riens, je voudrais tant pouvoir offrir, petites choses de ma vie, petites choses à l'air de rien, l’air du temps, d’une chimère, je voudrais tant pouvoir broder. Voile de soie qui se dessine dans les doigts fins d’une grand-mère.
Bienvenue dans mes poésies.
J’étais à l’entame d’un parcours dont on pourrait dire qu’il fut très « décousu ».
Moi je dirais plutôt qu’il fut « à ricochets », tant la chance aura su en définir le cadre.
Je commerçais alors de splendides légumes, sur les 4 chemins.
J’avais installé pour toutes mes vacances, un étal de primeurs, juste au pied d’un immeuble de commerces et de résidents.
Déjà conscient de ma bonne fortune et de la bienveillance de ces négociants qui me laissaient installer ma vitrine sur le parvis de leur boutique.
Le retour au bercail se fait toujours très tard, avec le silence en ami je m’installe au pupitre, pour exhorter les mots qui se bousculent à dire, à moi-même ou sans doute à qui de droit, le fond de mes pensées.
Je voulais inscrire à la plume le conseil fameux de ma fée.
J'avais, auparavant, entamé mon message dans les nuits du collège où nous étions, mon frère et moi, refugiés involontaires, baignés par les jésuites au cœur de la Passion.
Sur un banc d'écolier, sur le mur d’une cour, alors qu'une sonnerie hurlante se déchaînait sur son bahut, j’ai caché aux curieux la couleur de mes phrases, ne sachant point encore le poids des rhétoriques. Je voulais simplement, en reconstitution, soustraire de l’oubli mes profonds sentiments, que la décence dissimule derrière les hauts remparts de la timidité. Ma bouquetière me l’avait dit, je suis un Sagittaire dont la mission première était peut-être de soustraire l’ennui de l’âme de mon Frère.
Dés lors Je commençais à rédiger la lettre à mon Frère.
La vie l’a sinistré, très jeune me dit-il, me sinistrant moi-même, brulé par son enfer…
Tu ne peux pas revenir en arrière, mon frère,
C'était le temps où chantait la vie
Le vent du large a ton caractère
Celui qui pleure et celui qui rit…
C'était le temps où l’on s’enivrait
De tout l’amour que l’on nous donnait,
Mais Aujourd'hui ça n'est plus pareil,
Tes yeux ne voient plus le soleil… Petit frère…
Dans la maison du port, pleurant depuis la rive,
Nous allons réapprendre, à vivre loin de lui.
Dans la maison du port où le chagrin arrive,
Nous Replierons nos ailes dans la nuit.
Nos cœurs à l’unisson dans les nuages,
le temps d'une chanson sur nos visages,
Là nos Destins s’emmêlent , mets ta main dans la mienne,
Ton sort c’est la prison et mon cœur saigne…
Je voudrais revenir en arrière, mon frère
Car même si ton cœur est meurtri,
Après les vents, après le tonnerre,
Voilà que la mer s’assoupit…
Viendra le temps où l’on s’envolait,
Où les jeunes «Sittelles» Chantaient,
Eblouis par les monts de merveilles
Tes yeux reverront le soleil …. Petit frère…
Je voudrais revenir en arrière, mon frère …
Mais la tache est ardue, même en Sagittaire, quand on parle au Scorpion, car il n’en a que faire ! La bouquetière a essayé, elle aussi, à l’unisson de mes espoirs, sans attendre au cœur de la tempête, l'arrivée tardive d’éventuels sauveteurs.
La cloche sonne. Le voilà dans son mitard. Il y fait sa toilette de nuit, il y dégoise, il soliloque. Il en est ridicule, il le sait, il voudrait bien partir, s’enfuir, user de son plein pouvoir pour décider de tout et refaire l’écriture depuis ses temps anciens. Mais il est encore là, à attendre, sans comprendre pourquoi il doit y patienter.
Complètement maboule. Partir... Il sombre dans un sommeil si lourd… Peut-être craint-il seulement que la hache rougisse encore au feu de la colère ?
Alors dans cette alcôve éclairée jour et nuit par un grand mirador qui surveille ta vie, je fais un petit tour pour être à tes cotés, par un mot sans réponse ou par une pensée :
Je fais un pas vers toi
Tant de larmes en un recueil
Pour y conter ton histoire
Comme surpris par un deuil
Quand ton ombre devient noire
Je fais un pas vers toi
Quand tu montes à l’échafaud
En chantant pour la clémence
Du juge ou bien du bourreau
En criant ton innocence
Je fais un pas vers toi
Comme un enfant qui se blesse
A rougir son sarrau
Quand il réclame tendresse
A entendre parler trop haut
Je fais un pas vers toi
Quand tu veux cacher ta peine
A la cruelle sentence
Pour taire ou crier ta haine
Pour le nom de l’espérance
Je fais un pas vers toi
Quand s’approche la folie
Avec l’air d’un regret
Quand la raison de ta vie
Reste dans un grand secret
Je fais un pas vers toi
Comme tremble un condamné
Où la main du serrurier
Comme un Ami qui hésite
A te livrer sa pensée
Je fais un pas vers toi
A la Source du chagrin
Quand ton cœur est malheureux
Je pose au creux de ma main
La douce perle de tes yeux
Je fais un pas vers toi
Depuis l’aube des temps, celui de nos jeunesses j’attends qu’il me rejoigne, las de ses démêlées, pour s’assoir lui aussi et sentir le vent au sommet des remparts que nous aurons bâti, patiemment.
Force tranquille, la nature se régale à muter l’avenir, d’une fleur, d’un pays ou d’un coup de tonnerre.
Elle agit quand elle le désire pour être l’Amie sincère de qui voudra la nourrir ou Justice sévère pour qui, infecte parasite, touchera à son ventre comme le pique assiette ou comme la sangsue.
L'humanité subsiste dans toutes ses espèces, mais, tandis que sur ses montagnes la bergerette battit douillettement son nid, il ne restera plus, comme persuasion, que quelques allégories pour chercher à comprendre le sens et le fondement des nos diableries.
Comment pourrait-on affirmer, dans l’instant, que la foi des croyants ne sera pas stérile sans abuser des métaphores aux multiples conventions ?
Médiocres habitants des pauvretés du monde, pauvres commis perdus des premières liturgies, femmes tristes obligées à porter la guenille qui fondent, malgré çà, de prodigues foyers. Et leurs époux, simples soldats, glorieuses sentinelles des eaux du Pacifique, qui seront jetés, volontaires ? ? Dans la pâture de tous les tsunamis. Tant de sacrifices innocents pour sauver tout l’empire ! Témoins du temps qui passe devant ces indigents de qui la crue exige des millions de vertus, je voudrais dire à tous, qu’au cœur de ces tempêtes, leur courage est autant que celui des vedettes. Mais ceux-là, « Basileïa », seront-ils connus, de la postérité ?...
Y a pas de Père, y a que la mer
Aux profondeurs de l’océan
Y a pas de terre, y a pas de mère
Y a plus que “Celles du Couchant”.
Elles étaient belles ou sensuelles
Et c’est là que Poséidon
Avait choisi l’une d’entre elle
Qui fut la lumière de Solon.
Il choisit d’y bâtir un port,
Faire d’une flamme, un pur étain,
Pour pouvoir l’abriter du sort
Quand y souffleront les dauphins.
Mais la femme est toujours mortelle.
Ils se croyaient au Paradis.
Les joies, les rires des fidèles,
Mais Dieu créa son Amenti.
Y a pas de Père y a pas de mère
Y a plus qu’un grand orphelinat.
Y a pas de terre, y a que la mer,
Et Platon Qui s ‘en inspira.
Pour un Royaume et pour un Règne,
A croire que Dieu est amoureux,
On y a perdu une Reine.
Ses enfants seront-ils heureux ?
Ils avaient, comme tous les hommes, des passions autant que des vices, mais à présent, avec le recul, loin de ces branle-bas, c'est leur courage à vouloir lentement s’établir encore, toujours au même endroit, mieux même, c’est leur héroïsme que seul on aperçoit.
- Ne sont-ils pas nos sentinelles, me direz-vous !
Au même instant, dans le monde nanti, un jeune homme sans doute lassé par un pogrom qu’il avait ressenti, oublia de bien rire et de bien s’amuser, pourtant il était beau, il était fier et pouvait obtenir tout ce qu’il espérait.
Serviteur des visions d’un monde différent, pour conforter le nombre de ceux qui le recherchent, il décida d’effacer son propre avenir dans cette allégorie, rejoignant les guetteurs, les soldats, les vigies. Il voulait être un ange, faire le guet à son tour.
Ultime effort désespéré au restant de sa vie
Il était si beau et si fier…
Mille regrets, Mille soupirs, Mille rires, Milles joies aussi qui s’égrènent au cœur de la certitude qu’il n’est jamais parti…
J’ai couru jusqu’à mon isoloir pour y prendre ma plume et pour écrire au père, je voulais le serrer, le tenir dans mes bras, il s’était écroulé devant cette imposture qui n’a plus d’argument, il ne résistait pas au poids de la consternation qui suppliciait son cœur dans la désolation. Pas d’armure au tourment devant l’irrémédiable, alors m’arc-boutant sur une page blanche je gavais mon stylo de l’encre de mes yeux pour écrire quelques mots à servir d’accotoir, redonner un espoir dans cet affolement.
Comment dire à un Père qui a perdu son propre sang qu’il doit en créateur être reconnaissant d’avoir pu, tout durant être à coté du fils, qu’un père encore plus grand a rappelé à lui ?
Ma conviction est grande qu’il y a une espérance, je devais le lui dire et en faire son crédo, qu’il puisse vivre aussi cette Théogonie.
Après quelques minutes d’une rêvasserie, j’ai pu lire sur ma page les pas de cette vie :
Les pas de ma vie
J’ai fait un rêve atroce, du Père et de l’Ami.
La Mort était précoce et ma Peur a grandit
Empreintes dessinées sur le sable mouillé
La mienne, celle de mon fils, toutes deux enlacées.
Le Seigneur était là pour surveiller nos pas
Et pour guider nos vies jusqu’au dernier trépas
Je me mis à penser que, à chaque foulées,
Un jour de nos vies venait de s’écouler.
Regardant en arrière, je revis ce tracé
Où le Père et le Fils ensemble ont avancé.
Mais ce n’était qu’un songe qui se perdait au loin.
Je remarquais, d’un coup, que mes seules empreintes
Pouvaient encore marquer le sable bien plus fin,
Et que mon fils alors, comme une image Sainte,
Avait quitté le sol et qu’il n’était plus là.
Pourquoi donc est-ce lui, Seigneur, plutôt que moi ?
Quel est donc ce jour d’une sombre existence
D’Angoisse et de Malheur aux douleurs intenables,
Jour où j’avais besoin de ta grande présence
Jour où ta volonté me semble impénétrable ?
-Ne vois-tu pas mon fils ? répondit le Seigneur
Que ce jour où les pas de ton fils s’effacent,
Ce jour là, Dieu le Père, l’Eternel Sauveur
Ce jour là, Dieu le Père, le porte dans ses Bras.
Dans mon empressement à l’ultime message j’ai couru pour le disposer au coin du joli souvenir où vous pourrez vous incliner et béats, l’y faire reposer…
Il voulait nous montrer où il serait toujours. Il voulait que l’ayant vu faire, on imagine sereins son image éthérée. Il voulait que l’on ressente en nous sa présence impalpable. Il voulait être pour longtemps magnifique parmi les fabuleux gardiens du temple de nos vies. C'est pourquoi, me hâtant comme ma bouquetière de naguère dans son émoi, en témoignage j'ai composé cet écrit.
L’avez-vous entendu vous donner sa réponse aux espoirs perdus ?… Avez-vous su traduire les mots du silence magique ?...
Comment dire aux autres, s’ils n’ont pas vraiment cru,
Que ses mots sous-entendus composaient son silence ?….
Il y a trop de gens qui t'aiment
Y a trop de gens qui t’aiment
Ils sont autour de toi
Y a trop de gens qui t’aiment
Ils ne te voient pas
Tu cherches l’Amour
Qui n’attend plus que toi
Pourquoi rester sourd ?
A l’écho de sa voix
Y a trop de gens qui t’aiment
Tu cries et tu cours
Tu ne t’arrêtes pas
Tu es pour toujours
Ce qui faisait ma joie
Y a trop de gens qui t’aiment
Dieu que ma main tremble
Quand tu ne la prends pas
Tous tes amis ensembles
Te portent à bout de bras
Y a trop de gens qui t’aiment
Ressorts de ce rêve
Viens, ne me laisse pas
Remue un peu tes lèvres
Un peu, dis, réponds-moi.
Y a trop de gens qui t’aiment
Comment vivre indemne
Si tu ne reviens pas
Il y a bien trop de peine
Au cœur de ce combat
Y a trop de gens qui t’aiment
Ta peau est si blême
Et ton corps est si froid
Je ressens à grand peine
Ce Que tu ne dis pas
Y a trop de gens qui t’aiment
Les yeux dans le ciel
Pour faire couler mes pleurs
Les yeux dans le ciel
A prier le Seigneur…
Y a trop de gens qui t’aiment
Ils sont autour de toi
Y a trop de gens qui t’aiment
Ils ne te voient pas.
On sait que tu es là,
Simplement protégé par la haie d’aubépine,
Prés de nous,
Prés de toi,
On ne risque plus rien des malheurs de l’ennui…
Un frais petit matin me tire de mon tracas.
Je me hâte, mes gestes sont certains malgré ma bedonnance.
Je soufflais trop de cigarettes, m’arrêtant presque à chaque pas, tandis que mon nez coulait du rhum de l’hiver. Mon nez qui supporte toujours mes lorgnons circulaires.
Je courrais, captivé, vers un accroche-cœur.
-Comment peux-tu te montrer si pressé ?
Ronchonna mon égo de célibataire.
-Vas-tu abandonner ta retraite aujourd’hui ?
Je devais me convaincre qu’il en était ainsi et d’une spirituelle boutade :
J’inclinais mon égoïsme à sortir faire un tour pour trouver un autre embarcadère grâce auquel il devrait, pour longtemps, visiter l’océan.
Il y découvrirait une ile de mystère où Robinson, pour lui, en l’attendant, à construit un abri.
-T’appelles-tu donc Vendredi ?
Je tremblais à cette idée de perdre encore mon temps, pendant que mon Amour attendait mes sermons. J’avais, alors, tant de besogne en retard qu’il me fallait raccourcir le temps des impressions, ou bien l’amour est-il eternel ?…
L’Amour éternel
Tu crois trouver l’amour, Celui du fond du cœur,
Qui fait vibrer l’échine et trembler de douleur,
Qui se dit sans un mot et se vit à la mort
Et qui n’a pas de fin, que celle des remords.
Dans les veines d’un sein préparant l’avenir,
Dans les draps de satin on parle en soupirs,
De la valeur des mots à fustiger le temps,
On rêve en poètes un profond sentiment.
Ce songe passager qui annonce le gel,
Le vent et les tourments des neiges éternelles.
Pendule à égrener lentement mot à mot
La passion d’un instant qui tient le cœur au chaud.
Dans les rues du désert ou les sables s’enlisent
D’une empreinte tracée sur une image grise,
Les âmes déambulent, en cherchant à leur tour,
De qui croiser regards pour y trouver l’amour.
Loin de nos nuits avides aux parfums envoûtants,
Où la sueur acide d’un bonheur enivrant
Vient en virer le goût qui fustige l’espoir,
Des augures sont jetées, à ne plus en pouvoir.
Regard de l’animal qui s’enfuit en riant
De la fosse creusée des débats de géants…
Il ne connaîtra d’elle qu’une échine courbée
Lorsqu’il la rugira pour faire sa renommée.
Les tympans sont crevés, au Clairon militaire,
La cuirasse est percée d’un acide adultère.
A ne savoir plus faire, Pauvre soldat errant,
Sous le poids des médailles, ira d’un pas tremblant.
Ne reste plus pour rire qu’un peu de souvenirs,
De moules ébahies et d’un doigt s’assouplir.
Les brèches sont rougies à lui servir d’écrin,
Où s’enfle le levain qu’elle pétrit de sa main.
Il s’endort le poète, d’un vermeil glaçant,
Au goût de l’éternel qui figera le temps.
Son désir lancinant à croire encore l’Amour,
Ne datera plus qu’un à compter de ce jour.
Et j'imagine, un ou deux bals,
Et quelques rendez-vous avec cette flirteuse à la vie trépidante autant que l’appétit.
J’espère un tout petit repos, l’occasion de faire mon propre inventaire pour, par exemple, me demander si je pensais, vraiment, tout ce que j’ai écrit.
Je vous mets dans la confidence, le secret sera, j’en suis sur, bien gardé.
J’ai trouvé, je crois bien, la jeune buissonnière qui aurait pu, bien avant, remplacer mon « vendredi… » Les korrigans
Tendre Jeunesse en herbe folle,
Entre les rêves et le chiendent.
Le grand Amour qui caracole
Et qui change à chaque Printemps.
Ile inconnue qui se découvre,
Levant sa brume avec le vent.
Prairie inculte que l’on ouvre
Pour faire enfler les korrigans.
Baisers volés en grand silence,
Du bout des lèvres, à fleur de dents,
Au début de l’adolescence
Qui rêve du monde des grands.
Ile inconnue qui se découvre,
Levant sa brume avec le vent,
Prairie inculte que l’on ouvre
Pour faire enfler les korrigans.
Le Diable au corps de l’Aventure,
Un Monde de fou qui a vingt ans
Se berce de littérature
Pour oublier qu’il fut enfant.
Ile inconnue qui se découvre,
Levant sa brume avec le vent,
Prairie inculte que l’on ouvre
Pour faire enfler les korrigans.
Elle y va fort. Je sais par cœur ce sonnet qui l’affole, elle le sait aussi.
- "Quand nous serons deux bons vieux cons, un vieux couple qui s'aime." Rêveras-tu encore de vieillir en ma compagnie ?
Ces strophes sont sincères !
Mais ont-elles été écrites pour celle qui m’a choisi,
Que j’ai choisi, qui m’a choisi, que j’ai choisi ?
Qui choisi Qui ?
Sauf un hasard !
Pour personne peut-être,
Seulement une fable.
Dans la jeunesse singulière de mon évolution, dés que je voulais penser à une jeune fille déterminée, à contrario mon inspiration voulait garder le célibat…
Mes poèmes d’alors eurent pour seule conviction, en dédicace, la signature d’un Amour idéal…
Depuis lors ma confiance a grandit pour une belle qui, comme moi, était fort endurcie à son indépendance.
Elle écouta, malgré cela, sa mère dans toute sa jactance :
- Laisse là tes chimères ma brave fille, marie-toi.
-
Je rentrais d’une journée très sportive, les cernes sous les yeux, et sale de cambouis comme un vrai mécano. Pour embrasser ma mère j’arrêtais ma moto devant, prémonitoire, le bar des Beaux Arts. Au comptoir le pastis donnait un bel esprit, les coudes dégoisaient puisqu’ils étaient instruits.
Les vapeurs de l’alcool sortaient des puits de science glorifiant le travail de leurs bénédictins.
A coté de Maman, une brune un peu fière, la coiffure opulente et l’œil inquisiteur, attira l’attention de ma timidité.
- Qui est-ce ?
- C’est celui qui me sert de fils !
Succincte description d’un revers de la main !
A la question posée il me faudra répondre en prouvant à la belle qui je suis, réellement !
Jusqu’à ce jour, la lucidité n’est pas au lexique des grands sentiments.
Je ne crois pas que l’on puisse choisir froidement sa moitié.
Il faudrait pour cela que l’on accepte de n’être pas entier au départ.
Alors, seulement, nous pourrions trouver complémentaire forme à notre conscient. Longtemps, comme vous tous, j’ai aimé toutes les femmes.
Ne voyant dans le mariage qu’un serment très sérieux dans lequel on est rarement maitre du jeu.
« L’équilibre des fusions » Serait-il inscrit au registre du ciel?
Ces mélanges savants ne sont pas tous stables, évidemment !
Paradoxe !
Plus un homme est aimé, plus il aime aussi.
Plus le regard des autres influera sur sa vie. Lors, il s’écroulera au pied de l’échafaud s’il y croise le regard d’un Amour interdit.
La gitane a troublé l’ordre bien établi, trainant jusqu’au gibet son corps défendant, mais sa tète n’est plus que celle d’un dément.
La Gitane
Tu es mon cœur, ma mie, plus qu’un rêve d’enfant,
Tu passes dans la vie comme passe le vent,
Renversant dans la cour les statues de géant,
Qui sècheront leurs pleurs et leurs larmes de sang.
Tu foules les orties comme un tapis de laine,
Tu soulèves tes robes à sentir notre haleine,
D’une danse gitane aux parfums enivrants,
A faire courir les hommes ou mourir en riant.
Mirage ensoleillé qui danse dans le feu
Qu’une armée de tziganes ont allumé joyeux,
Lorsque ses reins se courbent au nom d’Esméralda,
La Gitane s’enlace en déroulant ses bras.
Quand le riche d’ici te regarde danser
En pensant à la Femme qu’il n’a pas épousée,
Il espère te prendre et tu le tues d’un rire,
En déesse innocente qui se joue des soupirs.
Babylone avait cru pouvoir toucher calice
Et te teinter de miel et te couvrir d’épices,
Mais tu danses, le corps à jamais libéré
Des péchés qu’en Seigneur, Dieu t’avait pardonnés.
Sous les lunes de miel aux étoiles éperdues
Le Cœur déchiré de sanglots retenus
Une Gitane y pose, montrant son corps nu.
Et pourtant résignés on dira oui aux airs du « marie-toi ».
On a peur de la solitude, en somme.
Il y avait une autre solution pour vivre cet effroi, et tant de jolies filles à la disposition. Elles coûtent, à la longue, moins cher que la triste besogne de noces d’accordailles. Les putains de nos rues auraient pu satisfaire les nuits d’incertitude sans leur prêter serment d’aucune servitude.
Ecoute là !
PUTAIN DE MOI
Quand le monde est de gris et qu’il t’exaspère
A faire comme les roses, qui vivent d’éphémère,
Dans mon jardin secret où grandit l’adultère,
Je revends la Passion j’épuise la misère.
C’est ma prison dorée que tu viens partager
Pour oublier tes chaînes, pour te croire libéré.
Douce épouse se cache et dit ne pas savoir
Que son mari, ce lâche, est sorti pour me voir,
Et qu’avec elle au lit, il dit ne plus pouvoir,
Et qu’il dort ou qu’il lit, quand ils sont au boudoir.
Pour les épouses aux nids, celles qui nous détestent
Le malheur est sur nous, comme porter la peste.
Et Monsieur le curé qui vous parle d’inceste,
En récitant sa prose, en faisant de grands gestes,
Dans son jardin secret, derrière le presbytère,
M’achète bien souvent, Le Plaisir de ma chair.
Pour les braves ou les durs, je suis la malfamée,
Une femme impure, je suis la dépravée.
Quand la pierre m’est jetée, la face contre terre,
Pas une main tendue, peut-être Dieu le Père
Pour essuyer la boue que me jettent les sages,
Les Cœurs sont aussi purs depuis le moyen-âge.
Putain, je suis Putain, la putain de ton homme,
Putain, je suis Putain c’est bien ce que nous sommes…
En attendant on s’accroche à la vie, laborieuse et brillante.
Elle qui nous éparpille, en boute en train, en confiseur, en politique, ou écrivain. Allez continuons, c’est bien !
L’épouse nantie n’est jamais bête. Elle qui parle et reparle de sa dot, de son appartement meublé comme ceci, de sa villa comme cela, de sa mère cordon bleu et femme remarquable, qui a su, sa vie durant, mener son époux aux plus durs labeurs elle qui par son éducation sait si bien recevoir …
En somme, est-il esclave ? Est-il un intrigant ?
En somme !
Si vieillesse pouvait, elle irait tous les jours à « confesse »…
Le jour tu sors, la nuit tu rêves
Une dernière goutte de sève
Fille d’un jour, jupe relève,
La confidence avant la trêve
La parenthèse ou tu en crèves
Le gris te force à l’aventure
A décapoter la voiture
A tout savoir, à être sur
A bien décaper ton armure
Mettre la crème « for pleasure »
C’est l’harmonie de la sagesse
Ou bien la courbe de ses fesses
Malgré l’usure le cœur s’oppresse
A faire, encore, vibrer Maîtresse
L’Ut majeur d’une caresse.
Hier ou demain
C’est plus ou moins
La renaissance du matin
Tendre la peau avec la main
Rappelles toi, matin Coquin.
Voir une rose et s’attendrir
Et dans les coins toujours courir
Pisser partout à en pâlir
Sachant que ce peut être pire
Sachant aussi qu’il faut en rire
Ne t’inquiète pas de ton Ame
Pour une vierge tu as du charme
Pour un mari, Un polygame
A chaque jour suffit sa flamme
Autant de femmes, autant de drames
Le Noir termine ton histoire
De malgré tout, il faut y croire
A faire selon ton bon vouloir
Y aura ni pleurs, ni mouchoirs
Pour oublier tes avatars.
La douche du prêtre qui coule
Le jeu s’arrête à pierre roule
Personne à dire que tout s’écroule
Fille de joie, ras de la moule
Fille de joie sont dans la foule
Tes souvenirs sont dans la caisse
Les nuits d’Amour et de Tendresse
Avec le nom de tes maîtresses
« Marchez au pas, plus rien ne presse »
« Laissez-moi voir vos belles fesses »
Mais les amis sont arrivés à la maison de retraite.
Cette vieillesse qui a parfois laissé sa trace, bien plus qu’il n’en faut.
Vieillesse tyrannique des joies aux nouveaux jours, usant de son dictat pour fermer un placard où l’enfant ne pourra, pour dessiner sa vie, que teinter un sarrau d’un rouge qui durcit.
Quelques heures d’angoisse à retenir le feu que le fer d’un vieillard aura rendu brulant.
Confidence d’une amie qui avait du se taire et qui voulait vraiment pardonner à son père et s’occuper de lui dans sa décrépitude, elle avait tant besoin d’être enfin son enfant :
Tyran
Le vent glacial d’un regard
Et tant de cris aux yeux hagards
Est-il Ton père ou Fouettard
Quand tu es au fond du placard ?
Vivre de haine ou de vengeance
Les heures passées l’ont mis en transe
Il tyrannise ton enfance
Et tu cherches ta délivrance
Roi de l’enfer, démon d’acier
Un sombre Père qui tient l’épée
Et dans ton dos tant lacéré
La glace est rougie à jamais.
Comme un tonnerre pousse ses cris
Pour Toi le ciel s’est assombrit
Dans ton combat il est maudit
Par le silence de tes nuits.
En Dieu le Père de ta vie
Il croit pouvoir frapper ainsi
L’âme innocente qui s‘enfuit
En refusant son Amenti
Hurle Le Vent, Le Chien aboie
Ses lourdes bottes, le bruit des pas
Qui martèlent en sonnant le glas
De tout ce qui faisait Ta joie
Un dernier souffle de douleur
Un cri qui vient du fond du cœur
Alors qu’il se croyait Seigneur
Il disparaît, Ton corbeau meure.
Enfin Tu peux briser tes chaînes
Pour aller où l’Amour t’entraîne
Plus de violence et plus de Haine
Tu pourras oublier tes peines
Terres du Sud, Terres bibliques
Terres où tout sera romantique
Terres de chevauchées magiques
Terres aux couleurs érotiques
Terres de l’Amour qui t’appartient
Qui tient tes rêves dans ses mains
Il balayera d’un vent humain
Les ténèbres de ton destin.
Elle rêvait de combler le fossé de sa vie, d’éclairer le placard où elle avait grandi et de tenir le rôle maintenait inversé, quand le papa usé devient l’enfant sénile à qui il faudra dire de bien garder patience.
Il en est presque nain, tant il se rabougrie et ses bras sont si court qu’il ne peut plus frapper ni même commander, il ne peut que prier.
Le petit galopin agite ses petits bras autour de lui.
Il virevolte comme un moulin qui se défend des quolibets du monde.
Il nous montre ses dents en un rictus amer qui gonflera de rose ses pommettes monolithiques. Doucement, sa porte se referme sur l’oubli, silencieusement, loin des regards.
Qu'elle est menue, la vie du petit homme nain quand il baisse les yeux. Au bas fond de ses jours, éclats de rire solitaires de
l’homme Nain
Il referme Sa porte, personn’ ne vient
Plus de pierre aux fenêtres, réveil matin
Dans la pièce carrée, tout seul à l’occuper,
Son lit à quatre coins lui appartient.
Il refuse d’aimer, plus de copains
De connaître le nom de son voisin
Le jour où il est né
Ceux qui l’ont embrassé
Ses yeux ne voient plus rien
Que son destin
Un avion qui décolle ou bien le train
La couleur du soleil dans le lointain
En espérant du rêve une retouche
Dans la nuit il grandit au ralenti
Entends tu que l’on frappe des coups de poings,
Ou le monde t ‘attrape, poignée de main,
Pour savoir où tu es, et ce que tu deviens
Jusqu’à percer les murs de ton armure
S’il sonne poliment, comme un voisin
A venir prendre place à ton festin
A croire que tu l’invites à s’essuyer les pieds
Savoir que tu l’évites, Porte blindée.
L’arrière cour de la vie de l’homme nain
Ou il ne voit du monde que son chagrin
Sa peinture s’écaille et son tempo déraille
Il vivra dans le noir à plein pouvoir.
Que le monde reste à la porte
C’est mieux ainsi
Tant de Monde mais peut L’importe
C’est son abri.
Le galopin agite alors ses bras autour de lui, montrant ses dents en un rictus…….
Vieillir
Aujourd’hui plus qu’hier et bien moins que demain
C’est savoir renaître encore chaque matin
Avec pour souvenir les beaux jours d’antan
Qui donneront la joie de vivre ce moment.
Penser à chaque fois qu’un jour se relève
A chaque cheveu gris, se revoir en rêve,
Pour connaître, encore, bonheur et volupté
Sur le rivage aride de notre destinée.
Vieillir, c’est partager la force du passé
Vieillir, c’est recevoir et savoir tout donner.
Vieillir de faire l’Amour et d’épouser Tendresse,
Vieillir d’un regard, d’une douce caresse.
Jouer en Harmonie un accord de sagesse
Quand l’érosion est là où le cœur s’oppresse,
Jouer au diapason d’une douce Maîtresse,
Pour écouter bémol et les rimes du temps
Cultiver un jardin de roses à pâlir
Où l’esprit trouvera des mots à retentir,
En tremblant à l’idée qu’elle ne dure qu’un jour,
Pour murmurer au temps de sauver leur Amour.
Devant Dieu s’inquiéter du salut de son Ame
Pour Rita et Marie à brûler une flamme
Trembler d’un grand frisson en regardant la Croix
En errant dans l’église à ne savoir pourquoi.
Pouvoir suivre cortège en disant son histoire,
Clamant là, malgré tout, qu’il faudra bien y croire
Ou donner la réplique par un bon mot d’esprit,
En comprenant le sens de ce qui n’est pas dit.
Vieillir c’est s’en aller, content de ne plus être.
C’est accepter le pire comme on vit le bien-être
Et sentir le souffle de l’Ame qui s ‘en va.
Vieillir c’est disparaître ou terminer comme çà.
Vieillir, c’est voir ses rêves qui vont se refermer
Vieillir, c’est de revoir mille femmes à ses pieds.
Vieillir la belle affaire, d’un temps qui fut trop long,
Vieillir c’est un vain mot quand les Amis s’en vont.
Sur un nuage blanc
Sur un cadre de bois,
Tendu de toile blanche,
Un ange m’a donné
L’amour au bout des doigts.
D’une plume légère
Et d’un pinceau de soie,
Un ange m’a donné
Un petit peu de toi.
J’ai vu jaillir d’un fond
Comme un petit nuage,
Bercé du clair obscur,
D’un parfum recherché.
Les larmes d’un soleil
Qui venait m’éblouir
Mes yeux qui s’émerveillent…
L’automne est arrivé.
Une ombre dans le ciel,
Est-ce l’ange qui passe,
Griffant du bout de d'aile
un coin de cet espace ?
Un soleil qui brille
me brule à mille feux
Les beaux yeux d’une fille
Qui s'embrument un peu…
Les gouttes de la vie,
Elles ne tombent jamais
Sans avoir le vertige
Au cœur de la nuit.
Étoiles ou étincelles
Les ciels sont si hauts,
Où les anges sont sages
A en mourir d’ennui.
Comme un ballet vaudou,
La nuit des sacrilèges,
Essaimée de lucioles
Aspirées par le ciel,
J’ai caressé mésanges
Et j’ai rêvé, ma belle,
D’un amour sans parole
Qui réchauffe à feu doux.
Mi chagrin de l’amour
Ou celui des beaux jours,
En trop grande abondance
La pluie vient de tomber.
Mi chagrin de l’amour,
Mi chagrin des vacances,
Où pour un jour de chance
La pluie vient de cesser.
Sur un cadre de bois,
Deux anges s’y enlacent.
Les arbres les regardent
Et protègent du vent,
Quand leur deux pas résonnent
En y marquant leurs traces,
C’est juste un peu d’Amour
Sur un nuage blanc.
Il pleut en abondance
Quand un ange trépasse,
Est-ce un petit nuage
A rafraichir le temps ?
Sur un cadre de bois,
Où les couleurs passent,
Les larmes de l’Amour
Ont arrêté le temps.
En tous Mots, une nouvelle…
- Si cela vous incommode, je rengainerai ma nouvelle, et m'en retournerai droit, comme je suis venu...
Molière
J’adore écrire. Je crois qu’au fond de moi il y a comme un bouillon, un brouet de mille mots qui monte en gamme. Une permanente fermentation d’un électuaire ancien, d’une thériaque salutaire qui prend son origine dans une nuit des temps.
Juste sous l’estomac, vers le creux du nombril, un creuset, un ferment se ravive, filon intarissable semble-t-il, nourri des grands principes, des étymologies, de points et de virgules qui s’exclament de tout, il est là ce fameux germe, en archive historique d’ouvrages et de recueils que je n’ai jamais lu et pourtant ce dépôt mémorial inonde mes pensées et aggrave ou réforme tout le carnet de notes de mes méditations.
Est-ce un remède à l’innocence qui vient avec la moitié ? Il y aurait donc l’inculture, qui dure peu face aux années, puis l’aspersion de la culture, une abondante révélation qui se consacre dans l’écriture par le baptême des initiés.
Est-ce- cela « l’état de grâce » ?
Pourquoi donc ais-je accès aux secrets des mithridates ? Sans avoir, de mémoire, mérité plus qu’un autre ce don de praticien, du verbe il s’entend car je ne prétends pas être un savant physicien dont j’envie le savoir, car quand j’écris j’ai grand-peur de dire un placebo.
Je veille, tout de même, à prendre avec régularité mon grog favori et surtout, auguste cuistancier, à bien l’accommoder, l’arranger, l’apprêter, le mitonner pour enfin, en vaillant homme de peine, distribuer alentour un morceau bien choisi, tendre pièce de mots ou acide concetto, piquant pour qui le goute. J’en change toujours un peu l’aspect ou la recette aux premières censures. Pas tant pour plaire absolument, mais plutôt pour ne pas offusquer un lettré ou déplaire au commun. L’aristarque admire ou condamne par juste un coup de patte ou une raillerie.
C’est là que, Philosophe un peu, je me dis que les mots choisis n’ont pas su lui donner le sens que j’espérais. Bâtir et rebâtir, c’est toujours travailler.
J’aime à départir un ténu filet de culture à qui voudra bien me lire ou un peu m’écouter, comme on faisait jadis, en place du marché, devant le charlatan bonimenteur qui hâblait, camelot, porte-balle d’un espoir qu’il disait avoir tiré d’un patrimoine hérité, Dieu merci, de quelque Philosophe ou autres puits de science, grands sages ou encore de son Grand Maître Théoricien, lui le disciple appliqué, élu de Diafoirus.
Que mes écrits ou que mes dires puisses servir à s’endormir vaudrait à affirmer qu’ils sont soit de terribles clystères soit qu’ils accouchent de chimères hallucinantes qui transportent l’imagination par delà la conscience, vers la rêvasserie. Je prends, fat, fait et cause pour le second a priori, il n’en est d’autre qui me plaise et surtout cela me presse à pulluler d’écrits pour en donner lecture.
-Est-ce là un élan de grande générosité ?
Tiens parlons en de celle-ci, de cette vertu qui réclame déjà, avant que de donner. N’exige-t-elle pas, pour aller plus loin où poursuivre propos, de se commettre en partage, de la confiance au moins ?
Je vous surprends, j’en suis sur, mais n’est-ce-point vrai que la vertu ne s’exerce que vers celui ou ceux qui nous inspirent ou bien qui nous implorent, qui nous tendent les bras, qui donnent l’accolade, qui flattent notre égo en usant leurs genoux ?
Alors là, en fiérot personnage, on donne, on s’applique, on abonde, on accole, on administre, on adjuge conciliant, enfin, pour dire, on concède un peu pour, en retour, tirer de ce bail précaire, un ex-voto glorieux dont on saura quoi faire.
-Mais il y aura-t-il un jour un jugement dernier ?...
Loin de moi l’idée de vous conseiller le contraire de ce faire ?
Présumant de cet avenir je ne peux, pour être votre Ami, vous pronostiquer le contraire de tout ce qui est « écrit » !
C’est comme ceux-là, les conseilleurs, qui ont besoin de dire et de dire et de dire, pour se persuader eux même de leur stabilité, de leur solide embase établie sur les legs du passé.
Forts de leur expérience ? Je veux bien entendre qu’ils le sont ou du moins qu’ils le disent, mais que feront-ils ?
Trahiront-ils, eux aussi, devant le tréssaut de la vie, qui touche au plus profond, en torture intense du corps ou de l’esprit, quand ils devront chanter ou perdre leurs Amis.
Là, orphelins du conseil, ils devront, pour rester fiers, prendre parti, quoiqu’il en coûte de s’exécuter dans cette conjoncture, en contrant la manigance des marchés pour les dupes et les manipulés.
Je l’ai vu, je sais ce qu’est la bête noire de l’inquiétude d’aujourd’hui, heure après heure, seconde après seconde, avant que de penser à celle de demain.
La bête noire de quatre jours d’infortune, du tourment, du martyre, de la juste ou calomnieuse punition, de la gêne, du supplice administré par l’homme acharné ou orchestré par la Mère nature.
J’ai vu cela, disais-je, et pourtant, j’irai, pour vous, maintenant, de mon propre Conseil, ne vous attardez pas à vouloir la dompter, elle est bien trop sauvage, bien trop croque-mitaine pour les humbles parias.
-Tiens à propos de bêtes sauvages, rions-en un peu…Je suis allé au cirque, le rêve de l’enfance, les rires des grands…
-Savez-vous encore rire ?
-N’avez-vous pas remarqué que le rire dérange ?
Il est exubérant, trop haut, mal à propos, il fait même, parfois, fi du plus grand tourment, il glousse au moment ou le coït enrage, il ignore dédaigneux, il persifle ironique, il ridiculise, il raille, il pleure de rire, il pouffe pour surprendre, il se tord, fait risette, s’amuse de bon cœur, se fend, se meure, se gondole, s’éclate…
Le rire est rituel, une arme pour certains mais pour d’autre c’est sur, le rire est bien gênant.
Je voudrais qu’en à moi, qu’on considère le rire car il est instinctif, passionné, le reflet des pensées et ne dit on pas toujours qu’il faut être affectif, s’obliger par tous temps au plus grand des respects pour les grands Sentiments…
Puis-je vous instiguer à ne pas fourbir vos armes pour ne pas bélliquer, le Rire en est la première, la plus terrible, sans réplique, elle lui va laisser une trace à jamais.
On peut bien pardonner une bonne engueulade et même une calotte sera considérée, mais que pensera-t-on, au long terme, d’un rire arrogant, dédaigneux, insolent dont la morgue divulgue, dénonce même, le manque de respect…
J’en étais au cirque ….
J’en suis là de ma nouvelle.
Et tiens donc, en voila un bon mot : la nouvelle.
Moi, je parle des élucubrations, des pensées métaphoriques, où l’imaginaire emprunte à l’emblématique un soupçon de spiritualité pour verser vers le conventionnel symbole remarquable.
Ces divagations d’un esprit qui radote, en désordre, peuvent frénétiquement nous amener, au travers des incohérences écrites, à croire ou à emprunter la bible de l’auteur, pour un instant ; le temps qu’il intervienne en digression sur nos arrêtés que l’on imaginait jusqu’alors comme irrévocables, immuables, voir déterminés.
L’anecdote battra son plein de fantaisie, feuilleton rocambolesque, apologue morale aux contours allégoriques, et sa trame, comme une prose inasservie, dévoilera le mythe chimérique du gâte-papier.
La nouvelle qui prête son nom aux formes décadentes des rumeurs, des bruits, des scoops, des tuyaux sur lesquels on se branche, des échos des cités où les bobards résonnent en bombes bien larguées ou en pétards mouillés.
Elle prend l’apparence de ragots, d’historiettes, de blagues ou boniments, et parfois facétieuse elle ira jusqu’à provoquer par un bon canular.
La nouvelle est aussi bonne, comme mauvaise, informative à souhait, elle fait signe de vie.
La mienne communique, elle livre mon émoi, elle se veut interprète à faire traduction d’un sentiment confus qui pond sa narration.
Ne dit-on pas des fables qu’elles font du baratin, qu’elles sont le bavardage, les paroles faciles ou les vils cancans, les biens heureux babils ou les tristes caquets.
La mienne, elle, espère pouvoir se comparer à une babillade qui vous tient au menton.
Aujourd’hui donc tout va bien et le cirque m’attend…
Je vais au cirque comme à l’arène antique, émerveillé par les héros du stade qui feront le spectacle sous la houlette d’un clown.
Le tribun du rire, du fantastique, des effarantes figures architecturales posées sur des colosses héroïques...
Le clown qui garde son énigme, son masque domino, qui déguise son âme pour en faire un travelo. J’ai eu toujours le sentiment qu’il est le vrai contraire de ce qu’il nous affiche.
Il me bouleverse et son rire joyeux réclame que l’on s’y prête aussi pour l’aider, solidaires, à fuir son tourment caché, inavoué.
Il doit falloir de longues années pour exceller ainsi dans l’art du camouflage. Une grande amertume ou une angoisse plus bouleversante encore, une raison vitale l’auront amené à changer ainsi la couleur de sa peau.
Nous devons lui faire croire qu’il n’est pas déchiffré et qu’il demeure, à nos yeux lucides, le pitre bateleur, le bouffon saltimbanque, le gugusse, le guignol, l’auguste qui répète en solo derrière sa caravane, cherchant la perfection avant de déclamer, tout au long du spectacle, son manuscrit écrit pour l’Amour des enfants. Il s’enfuira, c’est sur, si on cherche à savoir, à le démaquiller de son accoutrement, comme un prêtre en défroque il se trouvera nu et sous quelle apparence voudra-il renaître après ce coup du sort, ce mauvais traitement ? Le notre est flamboyant, doré, il irradie sur l’assemblée et déjà les regards des petits et des grands reflètent la pétillante émotion qui rayonne au centre d’un rond qui se surpasse faisant des étincelles, lançant des escarbilles. Il combine le spectacle en lui chauffant la salle. Il remplira parfaitement la mission de nourrir le feu sacré, quasi thaumaturgique. Lors, la magie s’avance pour effacer un court instant la présence du Fou. Je m’installe prés de la sortie des artistes pour pouvoir, bien mieux, me plonger dans l’ambiance. Comment font-ils pour rire ainsi, si fort ? J’en aurais mal aux lèvres. Et leurs dents sont-elles à tous aussi blanches.
Ils ont un secret pour sur, qui se transmet en héritage. C’est peut-être pour avoir eux-aussi les dents blanches que leurs enfants commencent petit à prendre la relève.
Je me surprends à scruter avec minutie l’accoutrement du brave pour y déceler quelque indice qu’il aurait pu laisser, comme un appel du pied, un clin d’œil aux initiés des signes conceptuels.
Voila que je me livre déjà à faire l’inventaire d’un monde inconnu, de ses richesses, étalées sur l’habit de lumière, que j’espère révélatrice du sens profond de son message.
J’y pressens une logique rationnelle, rigoureuse, démonstrative du pourquoi du bonheur qu’il affiche.
Tiens, là, je me brocarde seul, je désenfle l’idée qu’il y ait eu un pourquoi autre que la passion du métier de la Bâle. Il est tellement joyeux quand il se retire que, pour sur, Il se veut balconnier pour pouvoir donner à qui sait recevoir. Je laisse donc l’inventaire aux scellés tutélaires.
Pour l’heure, de ma place, j’aperçois le spectacle comme le costumier derrière son rideau.
A moi le bénéfice des encouragements donnés au pas de porte et des bravos discrets au retour de scène.
Je me fais délicat, pondéré dans mes gestes, dans mes embrasements. Je ne veux pas gêner le conseil à voix basse, les pudiques adieux avant leur mise à mort.
Mais de mémoire cela est rare, tant le ballet s’accorde à jouer le bon ton. Même le fauve attend pour faire son effort et tenir son rang, saltimbanque à son tour. Ils se rivalisent de force, de puissance.
La violence rugie laissant place aux fourrures soyeuses des chatons.
Le chien qui sait tout faire, faire croire qu’il est lion, tout fou ou bien savant, dressé à l’exercice, ou, mieux, à l’écriture.
La poussière des savanes nous envahie dés que la horde sauvage, éléphantesque envahie notre arène. Enormes pachydermes qui font aimer les gros. Ils sont tellement gentils dans leur démonstration, leur geste est très précis, démesurément précis. Leur sourire qui ne trompe pas et leurs yeux malicieux qui regardent ailleurs semble-t-il.
L’éléphant est mon favori, il gagnera pour sur le Prime des enfants.
Votons donc pour tester, illico, mes intuitions. La voix d’une femme, maitresse de la maisonnée, harmonise le mouvement, rythmant la cadence infernale du spectacle. Elle oblige à tenir l’allure, la mesure, la succession dans le respect millimétré des partitions révisées lors des répétitions. Elle scande, accentue, marque le temps de pause, accentue le débat, l’accord musical qui souligne les clous de chaque scène, de chaque sketch, de chaque féérie. Du haut de son estrade elle rassure, par son autorité, les acteurs du tableau.
Les voyages qui forment la jeunesse...
La jeunesse qui voyage, pour l’expérience que j’ai en la matière, se nourrit d’aventure, de rencontres que l’on espère toujours opportunes, de la culture en partage, de nouvelles littératures, des richesses et des pleurs, d’une pause éphémère qu’elle s’accorde pour mieux s’attacher, embrasser ou compatir ou bien même, combattre en faisant don de soi.
Elle est là, je crois, la vrai richesse, l’énigme du butin, des fortunes amassées par le sort, le destin que chacun pourra influencer ou subir :
« On récolte ce que l’on sème, que l’on explore le mauvais ou le bon »…
Il est un mauvais voyage que l’Homme ne doit jamais faire, celui qui mène à laudanum. Les brumes délétères y enivrent et engloutissent l’esprit lucide dans les nimbes fleuries émanant de fumerolles aux parfums d’olibans.
Ce voyage sera, pernicieuse desure aux mailles bien serrées d’où bien peu en réchappent, un puits sans fond, un puits perdu.
Une fosse commune, le rang serré des âmes égarées, sera le seul refuge pour le délirium. C’est au cœur de ces contrées maudites qu’il faudra s’engager, comme en spéléo, encordé fermement, pour reprendre au néant les âmes de nos frères en plein égarement.
Il faudra espérer, pour ce faire, un chouya de son aide, de bonne volonté, contre l’ingratitude dont on est sur dés lors que nous parviendrons à démailler le piège biotique qui l’assigne au mal-être.
Ha misère de Misère !
Je dis tout cela, je le pense très fort, mais dans ce casse-tête j’ai cessé mon ouvrage, j’ai hélas abdiqué devant un entêté de deux ans mon ainé.
Comment dire au plus grand qu’il sape la morale et pour autant trouver les mots qui le rassureront, qui lui donnent courage et qui l’inciteront à prendre à bras le corps son rôle de patron.
Las, j’ai faillit semble-t-il, car Il a perdu pieds dans une irrémédiable spirale, un irrévocable fait-accompli par lequel il a su affirmer son choix définitif comme une vérité catégorique.
Mais rien n’est imprimé de façon immuable, pour la postérité. Le constat est qu’il est des jeunesses issues du même lit qui pousseront en liesse quand les autres ont détruit.
Les fêtes poussent toujours aux analyses mélancoliques, celles du vague à l’âme, au mal du pays.
Nostalgie, nostalgie, elle nous unie par-dessus les rivages et par delà le temps qui ennui, contrariant les embrassades.
L’amour proportionnel au Silence, quel paradoxe !
N’est-il pas vrai que vous l’aimez avec certitude.
L’être cher le sait, mutuelle affection.
C’est l’avant goût du geste qui s’efface à attendre demain l’occasion pertinente que le hasard nous tend.
Allons-nous provoquer les belles embrassades, les petits gestes doux qui cultivent avec justesse les passions anodines, ou allons-nous attendre un symbole connu, un remarquable fait calendaire pour justifier d’un petit reste la profondeur des sentiments ?...
- Je t’aime tu sais, oui je sais ! Tout est dit… et le reste ?
Le sentiment qui nous bouleverse, après coup.
Le coup qui tue, qui tout arrête…
Le temps ne se conjugue alors qu’à l’imparfait, jusqu’à l’oubli…
Mais peut-être qu’un jour, en mer, on le retrouvera, après tout…..
Savoir que l’autre attend mais dans un ras-le-bol de tant d’inconfortables anicroches on prendra le parti de ne plus faire de geste sauf un peu mécanique, de donner juste un zeste pour maintenir le goût, savoir qu’on s’est aimé.
On reproche au temps l’érosion des caresses mais est-il vraiment responsable de çà ?
N’est-ce pas plutôt de croire trop fermement, à s’en persuader, que tout nous est acquis et qu’il n’est plus besoin d’œuvrer pour conserver au quotidien l’idée qu’on peut encore être aimé ?
VOGUE,
Quand nos voiles se gonflent d’un souffle, d’une vie
D’un courant eternel, qui s’en va sans retour,
Je voudrais ralentir, en prenant quelques ris,
Et rentrer dans un port, jeter l’ancre d’un jour.
Nous voulions, pour toujours, conserver le même âge,
Faire une volte face aux rides du printemps,
Aborder sans détour la beauté des rivages,
Un simple pied de nez aux caprices du temps.
Océan de la vie où des mailles nous tiennent,
Même les fils maudits y feront leur devoir,
Après une bordée, il faudra qu’ils reviennent,
Graver leur pierre aussi et se taire au dortoir.
Tu beuglais tes colères, au rythme du ressac,
Eclatant la cuirasse de roches si profondes,
Où la peur a grandi pour nous donner le trac,
Du spectre de la mort, comme au reste du monde.
Tu blessais l’avenir, faisant couler son sang,
Vénérant l’inconnu qui l’a imaginé,
Corrosion, tsunami, ou caprice du temps,
En héros étrillé par un miséréré.
Le vent a bien voulu nous sécher de l’écume,
Et ouvrir nos fers, rivés au bout des chaînes,
Envolant la pitié, il souffla sur l’enclume,
Où on avait forgé les glaives de nos haines.
Sur des pieds adorés qu’il est venu baiser,
Pour prendre dans ses mains la flamme de nos vies,
Eloignant le pourquoi et nous faire espérer,
Il nous fait naviguer sous les cieux des bénis.
Amour, veux-tu t’asseoir et voguer en silence ?
Suspendre notre vol pour des heures propices,
N’être plus malheureux, c’est notre jour de chance,
Nous vivrons l’infini, au jardin des délices.
Temps jaloux, ils se peut que ces moments d'ivresses,
où le flot de la vie nous berce, doucement
N’aillent plus aux galères à la même vitesse,
Loin des jours de malheur, nous serons les Amants.
Les chaines seront très lourdes et si l’eau y est profonde.
Cabriole
Des phrases écrites mot à mot
Pour vider le fond d’un vieux sac
Où le tri n’était plus à se faire
Dans le fouillis de ta mémoire
Quatre jours à ne pas dormir,
Ta planche ne sent plus ton dos.
L’étau serré sur les poignets
Tu peux sentir battre ton cœur
Le souffle court dans la lumière
Braquée pour te faire mal aux yeux
Nu, dans le noir d’une cellule
Pour ne pas voir que t’es pouilleux
Petit répit, quelques minutes
La haine va agiter tes brutes
Elle bute sur ta Dignité.
Et faire rougir ton sarrau.
Le dernier jour de ta vie.
Une télé résonne au fond,
Pour s’éloigner de ta Misère.
Tu as dégueulé sur ta chemise
Un peu de bile à ton malheur.
Ton circuit devient monotone,
Les marches montées pas à pas.
Savoir que tes juges t’enferment
Dans le rayon de leur compas.
Pour statuer d’une poterne
Qui jeter dans leur souricière.
Et mettre le drapeau en berne
D’abord ils t’auront mis en terre.
Peut-être fais-tu parti, bienheureux,
Des chanceux de cet écritoire…
Loin de chez toi, l’avion décolle,
L’aile de sa persécution.
Pointant son doigt vers les geôles,
Montrera ta destination.
Contrepartie d’un bon repos.
L’iniquité en parabole,
Vice de forme ou cruauté.
La misère te sera donnée.
Tant de pleurs ont laissé leurs traces
Que le regard d’un maton.
Pour maculer la perfidie.
D’un angle sombre de Paris.
Dans les ténèbres du dépôt,
Dans des murs qui n’ont pas de vie
Cadre de vie de beaux salauds.
Plus dédaigneux que leurs képis.
Maculature au bout des doigts
Pour te reconnaitre à la tache.
La sentinelle est délation,
C’est le cafard qui te rattache.
Un fanatique adorateur,
De son coran se surexcite.
Le confident est innocent,
Il rêve de prendre la fuite.
Quand l’affranchi dit en tremblant
Que le plus dur va venir.
En partisan des moutons blancs,
Tu ne veux pas t’attendre au pire.
Paquet de trois, paquet de douze,
Salle d’attente des transferts.
L’expédition de Lapérouse,
Te comptera, fer après fer.
Comme un Vidocq abandonné
Au branle-bas d’une carriole.
Face à ta cage un enfermé,
Tête basse et les yeux fermés.
L’alphabétaire du convoi …
Tout tourneboule, détraqué…
…
Sauve-toi d’une cabriole !
Miséréré…
Cette pensée morose me donne le Vertige.
Etrange sensation d’une main qui me lâche,
M’attire vers le vide, Il faut que je m’attache.
La falaise grandit et mes jambes s’affaissent
Sous le poids de la vie, le poids de la tristesse.
J’essaye de m’assoir, de trouver un repaire,
Une base solide, où jeter mes soucis.
Qui puis-je ? Comment faire pour trouver cet appui ?
Tout est bien mou autour, où n’ais-je rien compris ?
Etait-elle si belle, ou seulement pour mes yeux ?
Etait-elle cruelle, ou en suis-je peureux ?
Me voila reparti dans mes pleurs qui me noient.
Mes yeux coulent, me mouillent et j’en tremble d’effroi.
J’en suis catastrophé, mon propre tsunami.
Mais comment faire demain ? Qui donc à regarder ?
Vivre, Grandir, Aimer ? Que faut-il espérer ?
Ah, misère de misère !
Je ne peux respirer, je crois que je m’enterre.
Voila que le vent me pousse, je me tourne face à lui.
Il t’emporte, il t’arrache à mon corps. Il me vide l’esprit.
Il m’éloigne de tes torts, sèche les larmes de ma vie.
Une caresse sur mon visage, douceur chaleur d’une bouffée,
C’a y est je ne suis plus en nage, dois-je me mettre à espérer ?
C’est un bruit sourd qui le l’a dit, le vent est là il va t’aider !
Merveilleuse, surnaturelle compassion, le regard des miens.
J’y retrouve ma place, ébahi, je me réveille.
J’hurlais comme les loups d’une gorge profonde
A devenir fou, pourrir sous mes décombres.
Un ange se tient là, prés de moi en silence,
Elle attend patiemment, elle veut tenter sa chance !
Ses mains s’ouvrent vers moi, elles sont douces et blanches.
Dois-je y mettre ma foi, peux-t-elle comprendre ?
Ma peur sera-t-elle moins forte en échange ?
Je m’évade enfin ! L’ange a ouvert la cage !
Ah, misère de misère !
Quand la douleur me ronge à me faire tomber,
Ah, misère de Miséréré !
Homélie…
Ambre teinture, verdure en pourpre,
Viendront les ors de septembre
Presser marsanne et marselan
Les macabeux et les mauzac…
Pour un médoc, un viognier,
Douce miellée adodulée…
Parfums des cépages dorés
D’un tibouren émerveillé…
L’âme s’enivre…
Belle mufflée qui m’encourage
Quand à crier mes sentiments
Il flotte comme un air de rage
Dans la chaleur du moment…
Je songe alors, le vent m’emporte
A tenir au creux de mes mains,
Le tasteverre, la clef de porte,
La douce grappe de ton sein…
L’âme s’empiffre…
La flamme intense qui panique,
Tes lèvres, grappes de raisins,
Voile de soie, douce dentelle,
Légère à y Blottir le froid,
Sentir l’effroi quoiqu’il transperce,
Et pour autant veines chauffer,
D’un doux baiser, vague de vie,
Venue du sud de l’Italie…
L’âm’..Énétisme…
L'alizé arrive et nous touche,
Nous frôle d’un souffle léger.
Coteaux dorés d’une nuit blême,
Lune orangée, longues rangées,
De vieux pieds en ceps de vigne
Bien alignés, bien séparés,
Attendaient, las, en un soupir,
Que cet amour ait expiré.
L’âme y est grise…
Aux tréfonds, au cœur de l’âme,
Celle qui sera toujours damnée,
Battrons les coups, rythmes infâmes,
De l’enfer à la damnation…
L’immonde acteur, vil immodeste,
En faisant fi des conventions,
Voudra faire croire, quoiqu’il empeste
A la pureté de ses actions….
L’âme lubrique…
Voila que tombe la censure
Et sa cellule médiévale
Régler la diète à l’aventure
Et l’inconstance mettre à mal
Passion, symbole accidentel
Puisant sa force dans l’esprit
Qui fera d’un Amour charnel
La source de mes insomnies
L’Amen… enfin
Volonté divine
J’ai plongé au fond du trou noir que l’on décrit comme un enfer, un sans-retour, puit de misère, où l’on perd la vie, tour à tour. Quelle atroce et vertigineuse dégringolade sans jamais pouvoir s’arrêter, sauf par une margelle charitable, une très courte escale où j’avais pu prier. Non pas pour faire pénitence, du tout, seulement l’envie m’en a pris, comme s’il fut logique de ce faire, rationnel, même cartésien.
La profondeur de ce voyage ne se mesure pas en temps, ni en moment, ni en douleur ou en ennui, elle ne se compte pas elle se vit, les yeux grand ouverts, en scrutant cet obscur abyssal avec application, privilège de l’instant que l’on pressent béni.
J’étais tellement persuadé d’être là pour découvrir enfin le grand mystère de tout jamais, comme une indiscrétion singulière dont je pourrais profiter vêtu d’un amict messianique, un habit blanc, qui m’était confié pour la grande occasion. Je savais aussi que ce voyage me serait proposé sans retour et que, peut-être, si je pensais très très fort à ma vie, je tiendrai en mémoire une ultime raison d’y finir un ouvrage à peine commencé.
Dés lors, malgré le vide qui m’attirait toujours, je ressassais les bons et les mauvais instants pour récapituler l’ensemble du parcours, mais il était si court qu’il me fut aisément mémorable et que j’en fis le tour en quelques mouvements.
D’abord je vis ma mère et ses parfums troublants, ses yeux m’étaient cachés par l’émoi grandissant.
De mon père, l’uniforme qui le faisait si grand, soldat du millénaire, ma statue de géant qui disait son conseil d’être très courageux et d’affronter l’énigme du ténébreux mystère d’où je devais, à ses dires, pouvoir espérer un glorieux retour.
Je vis mes frères et sœur, l’espace d’un instant, entourés par mes vieux arrières et grands-parents patiemment alignés, se tenant tous très sages, comme si de bouger m’aurai causé un quelconque dommage.
Je vis mon chien, tout blanc, qui jouait de sa balle, me voulant attirer à le faire avec lui.
Je vis enfin l’Amour et je tendis la main pour serrer fermement la raison à donner du recommencement.
Je laissais donc aller mon voyage plus loin, nanti de cette certitude de n’être point banni, sans craindre qu’une astuce renverse mon destin, j’attendais à mon tour d’être enfin présenté pour exhiber ma foi et obtenir la clef, connaitre la mission qu’on me voudra donner.
« As-tu donc encore quelque chose à y faire où que veux-tu y terminer pour mériter le retour sur terre que tu sembles encore espérer ? » Une voix m’avait prévenu que ce serait la question bien avant mon inventaire, pour m’insuffler encore un peu de motivation à résister à la cascade qui ruinerait mes ambitions.
J’étais certain des mes arguments car ils n’étaient pas misérables, je sentais, en mon fort intérieur, que ma raison était valable. Et à quoi donc me référer, si ce n’est à mes convictions, pour dire, châtié dans mon langage, que telle était mon intention, si, pour sur, par la grâce d’un Bon vouloir j’obtenais ma bénédiction.
J’ai vu blanchir mon univers dans un halo auréolé d’une bonté phosphorescente d’où tant de voix ont émané, accueillantes, rassurantes, m’invitant à vivre à mon tour leur chimérique découverte quand, comme moi ce jour béni, ils avaient fait leur grand voyage.
J’ai apprécié une voix plus que d’autre qui me disait tout son Amour, j’y reconnu, sans coup férir, celle de Mina, ma douce grand-mère que j’aurai pu presque embrasser.
« As-tu donc… » La question retentit tel l’avertissement comme si le tribun me savait au courant.
Etait-ce lui qui m’avait averti ?
J’ai jugé, quoique ce mot est prétentieux surtout dans cette circonstance, que mes croyances étaient là, flagrantes vérités, palpable à l’oreille, c’était bien plus qu’une vision.
J’y allais de mes arguments aux quels j’en rajoutais encore de peur de bâcler le débat qui décidait de l’avenir. Un grand silence ou presque, j’entendais toujours un murmure lancinant comme une prière monocorde et très salutaire, un grand silence marqua mon attente ; Quel serait donc mon destin ?
Je n’avais pas de peine à imaginer rester là, cela semblait si bien, tant de bonheur sans ambages, le nirvana des innocents...
J’entendis encore ma grand-mère y aller de son argument, dans ce silence délétère, elle s’écria pour son petit :
« Donnez-lui quelque chose à faire, en plus de ce qu’il nous a dit… Il le fera comme un chef d’œuvre, le sacerdoce d’une vie… confions lui un beau ministère pour lui prouver sa vocation… »
Je n’ai plus dit un mot ni aucun au revoir, j’en ai même oublié les mots de la sentence sauf un dogme divin pour mes jours futurs.
Quelle est donc ma mission, que dois-je réussir ? …
J’ai choisi d’être heureux,
Si possible en partage,
Et pour durer longtemps,
Avec poids et mesure.
JLCC @ SACEM. 00439324648.
Devant les deux petits bancs de bois la cheminée crépite.
Sur le marbre, penché légèrement, une glace ancienne reflète ses images.
Le soleil d’automne étire ses derniers rayons sur le mur d’en face.
Le parfum du café grillé remonte de la rue…
colonna (http://www.ecrivez.org)