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Plume de nuits










Jean-Louis COLONNA CESARI















Plume de Nuits













SOMMAIRE

Introduction :
Chapitre I : CHIMERE
Chapitre 2 : Sagittaire
Chapitre 3 : Mon Frère
Chapitre 4 : Je fais un pas vers toi
Chapitre 5 : O Bà, mon Père
Chapitre 6 : Alors viendra la Pâques
Chapitre 7 : Un petit pont de pierre
Chapitre 8 : Basileïa
Chapitre 9: Les pas de ma vie
Chapitre 10 : Y a trop de gens qui t’aiment
Chapitre 11 : L’Amour éternel
Chapitre 12 : Les Korrigans
Chapitre 13 : Célibataire
Chapitre 14: La Gitane
Chapitre 15 : Putain de moi
Chapitre 16 : confesse  
Chapitre 17 : Tyran
Chapitre 18 : Le petit homme donne
Chapitre 19 : L’homme nain
Chapitre 20 : vieillir
Chapitre 21 : Un petit pont de pierre
Chapitre 22 : Sur un nuage blanc
Chapitre 23 : Ma vraie nature
Chapitre 24 : J’ai un blanc
Chapitre 25 : Rosalinda ma Mamie
Chapitre 26 : LIFE GESTE
Chapitre 27 : Nouvelle
Chapitre 28 : demain çà ira mieux
Chapitre 29 : le banc qui t’aide
Chapitre 30 : fiction d’une noble révolution
Chapitre 31 : cabriole
Chapitre 32 : miséréré
Chapitre 33 : Homélie

INTRODUCTION

J'ai longtemps songé à partager le creuset de mes sentiments. Je ne pouvais, sans risquer la confusion ultime qui dérange l’esprit, laisser bouillir ainsi mes exagérations ? Pour ma simple sauvegarde, il me fallait délester la pression du bocal. Un langage universel qui me permettrait d’évoquer simplement, de distiller au commun l’entrelacs de mon imaginaire, venait de s’imposer ; l’écriture livresque.
Mais par quoi commencer ?
J’étale, alors, en première couche, une intime poésie, livrant quelques secrets en rime, juste pour mettre en route le geste de la main. Je devais apprendre à faire le bon geste, d’une plume autonome qui devra, sans hésiter, transmettre mon entrain à dire toute chose.
Je m’invite au courage des grandes ambitions.
Ma plume se cherche, elle rature, elle revient quelque fois sur la fausse écriture, puis radieuse d’un devoir sans doute accompli, elle se repose un peu de cette longue nuit.

J’ose, je me lance.
J’ai peur de l’impuissance de la gomme.
L’encre fond sur la page gravée comme une sculpture irrémédiable.
J’évoque mes débuts, dans la vie, dans l’amour.
J’effleure certaines peurs du bout des doigts.
Je révèle aux enfants la valeur du combat.
Je… ?    


Voilà !



Les débuts du mystique commencent chez les Pères aux soutanes alourdies d’écus et de bréviaires, si pesantes cuirasses qu’il leur fallait bien les serrer, sous leur taille débonnaire, par un grand chapelet.
C’est dans cette atmosphère de livres et de passion que j’ai pu débosser l’élingue ombilicale.
Ais-je assez découvert pour écrire des mémoires ?
J’avais souvent tenté, dés l’âge tendre, de me mettre à l’ouvrage, mais malgré l’inconscience d’alors, les armes me manquaient pour faire front à la tache. J’abandonnais donc, prenant mon parti d’attendre patiemment la meilleure fortune en amassant les mots qui feraient plus tard mes écrits.

Je voudrais tant les  partager…
Les petits riens, riens de ma vie
Mon impossible « déjà çà ».
Le hasard qui guide les pas
De petits riens en petits riens,
Je voudrais tant pouvoir offrir,
Petites choses de ma vie,
Petites choses à l'air de rien,
L’air du temps, d’une chimère,
Je voudrais tant pouvoir broder
Voile de soie qui se dessine
Dans les doigts fins d’une grand-mère.
Bienvenue dans mes poésies.

Il est des lieux à décrire, des détails, des précisions, qu'un auteur ne peut donner sans risquer soit de mentir sur le sujet, soit d’être le délateur d’un univers défavorable au sens de sa vie.
Je n’avais conservé, pour mémoire, ni notes ni journal et ce qui m’incombait, dés les premiers sujets, c’était de respecter l’indispensable nomenclature, l'exactitude des dates, des décors et des personnages…
Je devais donc me livrer à des recherches d’historien pour introduire mes souvenirs dans l’argumentation, sans risquer de livrer au non sens le coté littéraire de mon imagination.
Je commençais donc sagement, patiemment, par contempler le cadre de mes divagations.
Le mouvement s’installe dans mes nuits. Il veut suivre une vibrante émotion, un geste ou un mot, dés fois même une image, qui aura décidé, provoqué le tempo insensé de toutes mes chimères :

Mes chimères :

La nuit noire se rapproche, elle tend à prévenir,
Pour elle, je me prépare à taire mes discours,
Pour qu’en son sein, blotti, je puisse m’assoupir
Et rêver d’aventures, de mes  peurs et d’Amour,

Le soleil disparait, les persiennes se taisent,
Dehors l’imaginaire fait place à la raison,
A vouloir expliquer ce que fut la Genèse
Le jour après la nuit, chacun a sa passion.

La lampe de chevet s’éteint sur le vieux jour,
Seule à veiller sur moi une flamme vacille,
Laissant partir les ombres les visions, tour à tour,
Les confessions volages de la nuit qui brasille.

Lors les spectres sont là à guider mes pensées
Ils vont, seuls, décider quoi faire de ma nuit.
Leurs contours érotiques, leurs lascives pensées
Je tuerai par Amour, à en être  maudit.

Mon cœur est sans rancune, plein de plaisirs nouveaux
Qui bercent éphémères les songes de ma vie.
Prêt à chercher fortune ou risquer l’échafaud
Je vais, je cours, je vole un magique tapis.

Je m’évade confiant, devin de ces contrées.
Prévoyant, astrologue, un  fabuleux destin,
D’amour, de Chimères, étrange alacrité
Qui Repousse réveil et son matin-chagrin.

Avant proton-minet, j’ai douze heures pour ce faire,
Pour une renaissance, aller où peu m’importe !
Lampe à huile allumée comme un Rê  de  lumière
J’éclaire le chemin dés que sorgue m’emporte.



Je voudrais des voyages par delà les estampes,
Parcourir les cartes avec de l’appétit,
Connaitre leur dessous, à la clarté des lampes,
Et n’en rien oublier, pour en faire un récit.

Innocente jeunesse, bercée par l’aventure,
Des contes fatidiques tombés au coin du feu,
Là, le cerveau en flamme, je me pare d’une armure,
Acronyque destin, mon sentier lumineux

Le vortex en spirale  m’a ouvert ses portes,
Luministe chef d’œuvre où vivent les génies
Paysages comblés, cités de toutes sortes,
Maximes délétères aux parfums d’Icarie.

Voila que transporté en vaisseau amiral
Je découvre, envouté, le fond du firmament,
La lune et les étoiles, univers sidéral,
Le chef d’œuvre de Dieu ou le fait d’un dément.

Mon arche si ondule, agréable moment
Qui apporte à l’aurore la marque d’un baiser,
Le si doux préambule aux mirifiques instants,
Quand même l’immortel choisira le péché.

Me voila sur mon ile, mon pays merveilleux
Mon univers étrange, mon brillant Paradis.
Par le chant des sirènes à l’aura dangereux,
Mon royaume des cieux, enfin, mon Amenti.

J’ai découvert l’Amour, ses mythes légendaires
La confiance et la peur m’y ont accompagné,
Aphrodite, la belle, ses secrets d’adultères,
Et Ourania, la pure, dont je n’ai que regrets.





Circé la maléfique aux breuvages odieux.
Qui voulait me saouler de ses poisons mortels.
Mais Hermès joua un chant mélodieux
Faisant de ma houlette un caducée du ciel.

Héros en Argolide, justicier invisible,
J’ai tué  les méduses et leur musée de Cire.
La Gorgone saura que j’y suis invincible.
En chevauchant Pégase j’ai su sauver l’empire.

J’ai vu le temple indou, la chaussée des géants,
Les vestiges d’Anchor, et l’incendie d’Ephèse
Les Gizeh prés du Caire, funèbres monuments,
De Rhodes Le colosse, En  Grèce l’Olympie.

Je guette ainsi, vaillant, le rythme de la vague,
L’èbe qui me ramène des mers infinies,
Et du monde des fées où la pensée divague…
Le soleil a percé, l’Olifan retentit.

Ma nuit s’est enrichie de contes admirables.
Autour de mon berceau ma mère m’a souri,
Me souhaitant bonjour, de son sourire affable,
Elle chasse les démons de mes rêves maudits.

Singulière compagnie au souvenir fugace,
Perchée au mat de hune, elle épie avec soin,
Elle donne l’espérance et jamais ne se lasse
A me porter fortune et guider mon destin…


Tout-à-coup, le paysage s’éclairci à  la lueur d’une clairière.
J’y 'aperçois, blottis dans mon rêve, les yeux d’une bergère.
Ses paniers débordent de mille fleurs à nourrir les essaims de miel du maquis.
Elle a pris pour repaire les étoiles.
Elle connait, avec la précision des grandes prêtresses, leur influence sur nos vies.
Cette ascendance astrale, arithmétique qui nous identifie et qui a su transmettre, à tout individu, l’héritage vécu et les marottes acquises par l’espèce, jusqu’à lui.
Jupiter, roi des Dieux, n’a-t-il pas, d’un signe de la main, ébranlé l’univers et ordonné qu’il soit en tout lieu un vaillant « sagittaire », faisant ainsi, de tous ceux-là, ses prophètes divins.
A l’heure du berger, la belle paysanne m’interpelle et s’informe de l’astre qui fit de moi un homme :
- Quel est le signe astral auquel tu as puisé l’eau de tes convictions ?  Je pourrais, s’il plait au mien, te dire ta mission. D’un signe bienveillant, tu seras chevalier, ambitieux, généreux d’un divin héritage qu’il te faut partager ou bien, si tu es né d’un signe parasite, tu seras vil, faible ou même le mesquin qui ne porte au monde que son lot de dédain !

Elle me donne, en gage, son signe en Balance.

Dans les éphémérides, je crois venir du Sagittaire…
J’ai juste évité le scorpion.
Par une volonté déjà guerrière de ne pas y être mêlé, j’ai de quelques jours retardé sciemment ma venue pour échapper à ce désastre que j’aurai mal vécu.

-Voilà donc qui tu es ! Vaillant, Je t’aime à coup sur !

Avant que ses fleurs champêtres ne se fussent fanées, j’écoutais tout le texte, et je me dis soudain que l’histoire, quand elle relatera cette belle journée,  ne retiendra peut-être pas le prénom de la fée.
Qui donc évoquera le sourire de ma bouquetière qui par un simple langage, sans écrits, su convaincre mon âme d’avoir à vivre ainsi, fidele au Sagittaire ;

Sagittaire

C’est L’Amour qui décide ce que peut Sagittaire
Pour en faire son esclave à moduler la Terre.
Missionnaire des âmes il sera son prêcheur,
Il croisera l’épée pour convertir les cœurs.

Sagittaire bâtira un monde sans frontière,
Attendant patiemment de revoir Jupiter.
En Seigneur du Zodiaque, mi-homme mi-cheval,
Il sera un géant pour écraser le mal…

Sagittaire sera là pour taire la Misère,
Toujours curieux du sort des légions étrangères.
Pour enrichir son cœur, il aime sang mêler,
Donnant toujours à l’autre le mieux de ce qu’il est.

Sagittaire gardera l’énergie du Soleil
Pour réchauffer l’hiver comme un astre éternel.
Il saura faire sont choix entre sagesse et guerre,
Symbole Tolérant prêt à sauver la Terre…

L’Amour fit du Scorpion un poison, un enfer,
Il fait du Sagittaire un remède au Cancer.
Il n’aime pas la mort, il rêve d’immortel,
Pour écrire plus longtemps de très belles nouvelles.

L’Amour il repeindra de noir ou bien de blanc
En inversant toujours, tous les raisonnements.
Il attise le feu, creusant de grandes failles,
Il brûle notre esprit,  il ouvre les entrailles.

Le Sagittaire défend la paix entre les frères,
Là où l’Amour pourfend par delà les frontières.
Le fou existe, il tue, toujours fier de son œuvre,
Remettant Sagittaire toujours devant l’épreuve.


Le Sagittaire Pardonne à qui l’a offensé
Et l’Ami qu’en à lui sera le meurtrier.
Si Dieu en Sagittaire aide le mal aimé
Il sera solitaire quand l’Ami est tué.

L’envie, dans ses détours, pense au pays voisin,
Convoitant Paradis, la richesse ou le pain.
Sagittaire voudra l’inciter à attendre,
Abolir son dictat et éviter de prendre.

L’Amour en Sagittaire aura une mission,
Modifier les croyances, les ferveurs, les passions.
Pour Femme, ne plus être à l’excès, meurtrières,
L’Amour en Sagittaire se verra missionnaire.

Sagittaire est un feu, l’Amour y forge un corps.
La haine, à son bucher, saura qu’elle avait tort.
Projectile sacré à tuer les vampires
Sa volonté pourra leur éviter le pire.

Si Sagittaire va ou L’Amour le décide
Il prend garde à ses pas, averti et lucide
En attendant le vent d’un propice refrain
Qui poussera plus loin les avides requins.

Son discours eut, sur mon égo, une grande importance. La flatterie a, quelque fois, un revenu capital.
Elle fit de moi un homme, me donnant en hypothèque, dés ma tendre et insouciante jeunesse, un fond de certitudes qui confortent les apprentis.

Bien avant cette jouvencelle, déjà, une très vieille, éternellement ridée, très belle romanichelle, avait pour mon plaisir, interprété cette écriture dans les lignes d’une main, ma main gauche, qu’elle tenait tendrement pour me dire de garder confiance, en tous lieux, toutes causes car elle lisait déjà tout de mon avenir. Il serait bénéfique. Parfois gai, parfois triste au cœur de toutes mes batailles, mais l’ouvrage sera grandiose et je devrais finir au sommet des murailles.

-Quelle sainte femme !

J’étais à l’entame d’un parcours dont on pourrait dire qu’il fut très « chaotique ».

Moi je dirais plutôt qu’il fut « à rebondissements », tant la chance aura su en définir le cadre.

Je commerçais alors de splendides légumes, sur les 4 chemins.
J’avais installé pour toutes mes vacances, un étal de primeurs, juste au pied d’un immeuble de commerces et de résidents.

Déjà conscient de ma bonne fortune et de la bienveillance de ces propriétaires me laissaient installer ma boutique sur le parvis de leurs vitrines.

Une heure plus tard, dés mon retour au bercail, je m’installe au pupitre, pour exhorter les mots qui se bousculent à dire, à qui de droit, le fond de mes pensées.

Je voulais inscrire à la plume le conseil fameux de ma fée.

J'avais, auparavant, entamé mon message dans les nuits du collège où nous étions, tous deux, refugiés involontaires, baignés par les jésuites au cœur de la Passion.

Sur un banc d'écolier, sur le mur d’une cour, alors qu'une sonnerie hurlante se déchaînait sur son bahut, j’ai caché aux curieux la couleur de mes phrases, ne sachant point encore le poids des rhétoriques.

Je voulais simplement, en reconstitution, soustraire de l’oubli mes profonds sentiments, que la décence dissimule derrière les hauts remparts de la timidité.

Ma bouquetière me l’avait dit, je suis un Sagittaire dont la mission première était peut-être de soustraire l’ennui de l’âme de mon  Frère.

Dés lors Je commençais à rédiger la lettre à mon Frère.

La vie l’a sinistré, très jeune me dit-il, me sinistrant moi-même, brulé par son enfer…

MON FRERE,

Tu ne peux pas revenir en arrière, mon frère,
C'était le temps où chantait la vie
Le vent du large a ton caractère
Celui qui pleure et celui qui rit…

C'était le temps où l’on s’enivrait
De tout l’amour que l’on nous donnait,
Mais Aujourd'hui ça n'est plus pareil,
Tes yeux ne voient plus  le soleil…     Petit frère…

Dans la maison du port, pleurant  depuis la rive,
Nous allons réapprendre,   à vivre loin de lui.
Dans la maison du port  où le chagrin arrive,
Nous Replierons nos ailes dans la nuit.

Nos cœurs à l’unisson dans les nuages,
le temps d'une chanson sur nos visages,
Là nos Destins s’emmêlent,
Mets ta  main dans la mienne,
Ton sort c’est la prison et mon cœur saigne…

Je voudrais revenir en arrière, mon frère
Car même si ton cœur est meurtri,
Après les vents, après le tonnerre,
Voilà que la mer s’assoupit…

Viendra le temps où l’on s’envolait,
Où les jeunes  «Sittelles»  Chantaient,
Eblouis par les monts de merveilles
Tes yeux reverront le soleil  …. Petit frère…

Je voudrais revenir en arrière, mon frère …

Mais la tache est ardue, même en Sagittaire, quand on parle au Scorpion, car il n’en a que faire ! La bouquetière a essayé, elle aussi, à l’unisson de mes espoirs, sans attendre au cœur de la tempête, l'arrivée tardive d’éventuels sauveteurs.

La cloche sonne.

Le voilà dans son mitard.

Il y fait sa toilette de nuit, il y dégoise, il soliloque.

Il en est ridicule, il le sait, il voudrait bien partir, s’enfuir, user de son plein pouvoir pour décider de tout et refaire l’écriture depuis ses temps anciens.

Mais il est encore là, à attendre, sans comprendre quoi.

Complètement maboule. Partir...

Il sombre dans un sommeil si lourd…

Peut-être craint-il seulement que la hache rougisse encore au feu de la colère ?

Je fais un pas vers toi

Tant de larmes en un recueil
Pour y conter ton histoire
Comme surpris par un deuil
Quand ton ombre devient noire
Je fais un pas vers toi


Quand tu montes à l’échafaud
En chantant pour la clémence
Du juge ou bien du bourreau
En criant ton innocence
Je fais un pas vers toi

Comme un enfant qui se blesse
A rougir son sarrau
Quand il  réclame tendresse
A entendre parler trop haut
Je fais un pas vers toi



Quand tu veux cacher ta peine
A la cruelle sentence
Pour taire ou crier ta haine
Pour le nom de l’espérance
Je fais un pas vers toi

Quand s’approche la folie
Avec l’air d’un regret
Quand la raison de ta vie
Reste dans un grand secret
Je fais un pas vers toi

Comme tremble un condamné
Où la main du serrurier
Comme un Ami qui hésite
A te livrer sa pensée
Je fais un pas vers toi

A la Source du chagrin
Quand ton cœur est malheureux
Je pose au creux de ma main
La douce perle de tes yeux
Je fais un pas vers toi



Depuis l’aube des temps, celui de nos jeunesses j’attends qu’il me rejoigne, las de ses démêlées, pour s’assoir lui aussi et contempler le vent.

Au sommet des remparts que nous aurons bâti,

Patiemment.
Il ne faut pas que l’on m’attribue un droit sur la paternité. Je laisse cela à mon père, j’emprunte un peu, sur son passage, ses idées et l’impression du héros. Il a créé des personnages dont il ne peut conduire la vie, sauf à leur livrer quelques présages qui se sont imposés à lui. Ceux qui m’entourent ont réagi, me décrivant comme mon Père et je n’en fus pas étonné. J’étais conscient, dans ma genèse, que j’avais pu le parodier.

O BA,

Ti vugliu fa sape
Quell’amore di te
Ma ness’a vita scema
He capucoda e pena

Beatu a lu to visu
Mi rallegra lu versu
Inn’a to sracristia
Cumparsu d’ a to pietà

Assiccha lu to passu
Sape chi lu to sguardu
Nell’ u to sacru spechju
Riflessu u to figliolu

Ecculù u mumentu
D’ave a vita schietta
E sente la to veghja
Esurtà lu turmentu

Assumiglia un basta
A qual’voli campa
Un Estru raru fust’, O Ba
E quess’ a verita.

Un Estru raru fust’, O Ba


Pour faire acte de contrition, j’ai écris, en langue paternelle, l’aveu d’une reconnaissance


Comment les dissocier, son Armée, son De Gaulle et lui ?
Les monuments spectaculaires de sa vie.

C’est l’image que je garde de mon père, en médailles et en uniforme,
L’œil fixé sur la Nation, templier de nos grandes valeurs.
Et,
Paradoxe ou récréation méritée,  que puis-je dire d’impur sur le pan de ses nuits peuplées d’éternelles jeunesses qui ont su faire bouillir son sang en dansant avec lui de belles ritournelles.

Je l’imagine se dresser à tous les fronts, faisant de toutes misères, un bal très exotique ou un terrible et implacable jugement.

Qu’en serait-il de continuer, en fragments romanesques, le récit de leur existence ?

Je crois que, pour mon père, les aventures amoureuses ont débuté sous le couvert d’une haute colline.
Un dôme rocailleux qui sert depuis la nuit des temps à retenir la croix du sacrifice.
La giovellina y monte encore aujourd’hui pour tendre le drapeau à la noble effigie qui vante l’origine des gens de ce hameau.

La « tossa » est sacrée et vénérée aussi.

Où la jeunesse était frivole et pourtant elle grandissait, communale affliction, en instruite bigote, déférente au prosternes saintes dont on ornait tous les crépis du village.

Une d’entre elle, qui fut surement très belle demoiselle et d’origine bien née, voulait revivre un parfum délétère lui rappelant ses joies, son flirt ou sa tendresse passée.

Elle opta pour ce faire de me laisser, en héritage, une gribouille très surannée qui m’inspira, à son avantage, la dévotion des passionnés.

Alors viendra la Pâques



Alors viendra la Pâques


Seigneur! Tu me sauves de mes peurs d’enfant,                          
Des nuits de ma jeunesse encombrées de démons,
Des Sorcières à l’affût  et du tonnerre qui gronde,
Sous les nuages noirs, aux matins inquiétants.


Quand les âmes d’ici, Autour d’un feu de bois
Les paupières alourdies, pensaient vivre l’horreur
De ces contes funestes,  à récolter la peur,
Qui nous disaient déjà, l’avenir des Rois.


Sur une mer d’huile, en vivante lumière,
La veilleuse animait, les ombres au plafond,
Comme un Candide appel au sommeil profond,
Du silence lugubre qui emplit la maison.


“Fleurs saintes” sacrées, aux contours dorés,
Accrochées aux crépis pour honorer la vie,
Ton martyre est pendu à la tète du lit,
Pour les baisers offerts aux soupirs derniers.


Comme des sentinelles gardant la sacristie,
Dans les niches creusées, dorment les Saints-Patrons,
Aux visages sculptés quand ils criaient ton Nom,
En exhortant le ciel par un .I.N.R.I.


Pour de nos souvenirs, pouvoir sonner le glas
Sur les riches tombeaux en manteau misérable,
La lave ou le ciment protègeront la terre
Des Lumières de demain de ces géants de bois.


Par la terre qui a bu l’eau de tous leurs efforts,
S’écoulera la source, éternelle du temps
Creusant les fondations du pays des géants
Des maisons de nos pères et de leurs châteaux forts...


Prés du corps de Jésus, aux pieds du crucifix
Les cœurs de Marie, en d’étranges complaintes
De leur Foi se lamentent, à la Semaine Sainte,
Priant de tous les mots pour que tu sois béni.


Le ciel s’éclairci par l’été qui s‘avance,      
Les arbres cramoisis y pointent leurs moignons
Alors vivra la Pâques, et vivra la Passion,            
Entonnant la chanson du recommencement . . .

Alors viendra la Pâques, au bruit des salves fières,    
Retentir la chanson du recommencement…

J'ai été surpris de voir ainsi surgir du passé de mon père cet aquarelle sans précédent et de vivre, dans celle-ci, tant de figures mystiques et tant d'histoires chaudes ou grises, anamnésie de mon enfance.
L’effort de la traduction ne fût pas inutile.
J’y découvris l’Amour, en genèse du monde, ses ruisseaux d’eau limpide et ses vallées fertiles, rattachées par les ponts dans tout leur univers.




Un petit pont de pierre

Poète ou éclusier
Un air de poésie
Au détour d’un pont
D’un petit pont de pierre
Qui sert dans la nature
A rendre un coin joli
Passe la source bleue
Passe, passe l’eau claire
En regardant la berge
Où j’attends patiemment.


Et à chaque saison
Elle change  de couleur,
Que ce soit au printemps
Chargée de mille fleurs.
Ou en été qu’elle porte
Le rire des enfants.
Dés l’automne déjà
Elle couvrira son lit
Pour attendre l’hiver
Et se parer de blanc.




Nénuphars géants
Les radeaux des chimères,
Qui seront submergés,
Où l’eau vive s’arrête,
De passagers rampants,
A venir soulager,
Infection, urticaire,
A  faire décoction.
Tisane de  bruyère
Ou  la Bière d’antan…


Et si  je vous contais
Rivière à ma façon.
Et si je vous disais
Comme on dit un prénom,
Celui qu’on veut chanter
Et qui semble éphémère,
Le prénom de l’amour
Qui peut se séparer
Rester sur l’autre rive.
A comment traverser ?


Un petit pont de pierre
Planté dans la nature,
Détour d’une rivière,
Rêve De l’aventure,
Qui unira nos vies.
De rires en cascades,
Tambours jour et nuits
Les notes en ballade,
Résonnant de l’eau vive
Feront leur sérénade.



En rivière je me change
pour trouver ton Amour.
Au fond d’un rêve étrange
J'épouse les contours
D’un rivage accueillant,
Regard d’un nouveau jour,
Goutte d’eau te propose
Un voyage enivrant,
L’évasion d’une prose
L’eternel printemps…


Mon petit pont de pierre,
Ma chaussée des géants
Qui sert dans la nature
A réunir les gens,
Qui fait vibrer les cœurs
Et s’aimer les amants,
Par-dessus les rivières
Où voguent sentiments,
Mon petit pont de pierre
Où j’attends patiemment.



                                                         




 J’adore çà !


Force tranquille, la nature se régale à muter l’avenir, d’une fleur, d’un pays ou d’un coup de tonnerre.

Elle agit quand elle le désire pour être amie sincère de qui voudra la nourrir ou justice sévère pour qui, infecte parasite, touchera à son ventre.

L'humanité subsiste dans toutes ses espèces,  mais, tandis que sur ses montagnes la bergerette battit douillettement son nid, il ne restera plus, comme persuasion, que quelques allégories pour chercher à comprendre le sens et le fondement des nos diableries.

Comment pourrait-on affirmer, dans l’instant, que la foi des croyants ne sera pas stérile sans abuser des métaphores aux multiples conventions ?

Médiocres habitants des pauvretés du monde, pauvres commis perdus des premières liturgies, femmes tristes obligées à porter la guenille qui fondent, malgré çà, de prodigues foyers.

Et leurs époux, simples soldats, glorieuses sentinelles des eaux du Pacifique, qui seront jetés, volontaires ? ? Dans la pâture de tous les tsunamis.

Tant de sacrifices innocents pour sauver tout l’empire !

Témoins du temps qui passe devant ces indigents de qui la crue exige des millions de vertus,  je voudrais dire à tous, qu’au cœur de ces tempêtes,  leur courage est autant que celui des vedettes.


Mais ceux-là, « Basileïa », seront-ils connus, de la postérité ?...



« Basileïa »

Y a pas de Père, y a que la mer
Aux profondeurs de l’océan
Y a pas de terre, y a pas de mère
Y a plus que  “Celles du Couchant”.

Elles étaient belles ou sensuelles
Et c’est là que Poséidon
Avait choisi l’une d’entre elle
Qui fut la lumière de Solon.

Il choisit d’y bâtir un port,
Faire d’une flamme, un pur étain,
Pour pouvoir l’abriter du sort
Quand y souffleront les dauphins.

Mais la femme est toujours mortelle.
Ils se croyaient au Paradis.
Les joies, les rires des fidèles,
Mais Dieu créa son Amenti.

Y a pas de Père y a pas de mère
Y a plus qu’un grand orphelinat.
Y a pas de terre,  y a que la mer,
Et Platon Qui s ‘en inspira.

Pour un Royaume et pour un Règne,
A croire que Dieu est amoureux,
On y a perdu une Reine.
Ses enfants seront-ils heureux ?

Ils avaient, comme tous les hommes, des passions autant que des vices, mais à présent, avec le recul du temps, loin de ces catastrophes, c'est leur courage à vouloir lentement s’établir encore au même endroit,  mieux même, leur héroïsme que seul on aperçoit.

- Ne sont-ils pas nos sentinelles, me direz-vous !

Au même instant, dans le monde nanti, un jeune homme sans doute choisi d’en être solidaire. Pour conforter leur nombre, il décida, lassé par un pogrom qu’il avait ressenti, d’effacer son propre avenir, rejoignant les guetteurs, les soldats, les vigies. Il voulait faire le guet à son tour.
Ultime effort désespéré au restant de sa vie.

Il était si beau et si fier… Mille regrets, Mille soupirs, Mille rires, Milles joies aussi qui s’égrènent au cœur de la certitude qu’il n’est jamais parti…

Les pas de ma vie

J’ai fait un rêve atroce, du Père et de l’Ami.
La Mort était précoce et ma Peur a grandit
Empreintes dessinées sur le sable mouillé
La mienne, celle de mon fils, toutes deux enlacées.
Le Seigneur était là pour surveiller nos pas
Et pour guider nos vies jusqu’au dernier trépas

Je me mis à penser que, à chaque foulées,
Un jour de nos vies venait de s’écouler.
Regardant en arrière, je revis ce tracé
Où le Père et le Fils ensemble ont avancé.

Mais ce n’était qu’un songe qui se perdait au loin.
Je remarquais, d’un coup, que mes seules empreintes
Pouvaient encore marquer le sable bien plus fin,
Et que mon fils alors, comme une image Sainte,
Avait quitté le sol et qu’il n’était plus là.
Pourquoi donc est-ce lui,  Seigneur, plutôt que moi ?

Quel est donc ce jour d’une sombre existence
D’Angoisse et de Malheur aux douleurs intenables,
Jour où j’avais besoin de ta grande présence
Jour où ta volonté me semble impénétrable ?

-Ne vois-tu pas mon fils ? répondit le Seigneur
Que ce jour où les pas de ton fils s’effacent,
Ce jour là,  Dieu le Père, l’Eternel Sauveur
Ce jour là,  Dieu le Père,  le porte dans ses Bras.



Il voulait nous montrer où il serait toujours.

Il voulait que l’ayant vu faire, on imagine sereins son image éthérée.

Il voulait que l’on ressente en nous sa présence impalpable.

Il voulait être pour longtemps magnifique parmi les fabuleux gardiens du temple de nos vies.

C'est pourquoi, me hâtant comme ma bouquetière de naguère dans son émoi, en témoignage j'ai composé cet écrit.

Dans mon empressement à l’ultime message j’ai couru pour le disposer au coin du joli souvenir où vous pourrez, inclinés et béats, l’y faire reposer…


L’avez-vous entendu vous donner sa réponse aux espoirs perdus ?…

Avez-vous su traduire les mots du silence magique ?...

Comment dire aux autres, s’ils n’ont pas vraiment cru,
Que ses mots sous-entendus composaient son silence ?….


Il y a trop de gens qui t'aiment



Il y a trop de gens qui t'aiment

Y a trop de gens qui t’aiment
Ils sont autour de toi
Y a trop de gens qui t’aiment
Ils ne te voient pas

Tu cherches l’Amour
Qui n’attend plus que toi
Pourquoi rester sourd ?
A l’écho de sa voix

Tu cries et tu cours
Tu ne t’arrêtes pas
Tu es pour toujours
Ce qui faisait ma joie

Dieu que ma main tremble
Quand tu ne la prends pas
Tous tes amis ensembles
Te portent à bout de bras


















Ressorts de ce rêve
Viens, ne me laisse pas
Remue un peu tes lèvres
Un peu, dis, réponds-moi.

Comment vivre indemne
Si tu ne reviens pas
Il y a bien trop de peine
Au cœur de ce combat

Ta peau est si blême
Et ton corps est si froid
Je ressens à grand peine
Ce Que tu ne  dis pas

Les yeux dans le ciel
Pour faire couler mes pleurs
Les yeux dans le ciel
A prier le Seigneur…

Y a trop de gens qui t’aiment
Ils sont autour de toi
Y a trop de gens qui t’aiment
Ils ne te voient pas.


On sait que tu es là, simplement protégé par la haie d’aubépine, prés de nous, prés de toi, on ne risque plus rien des malheurs de l’ennui…



Un frais petit matin me tire de mon tracas.

Je me hâte, mes gestes sont certains malgré ma bedonnance.

Je soufflais trop de cigarettes, m’arrêtant presque à chaque pas, tandis que mon nez coulait du rhum de l’hiver. Mon nez qui supporte  toujours mes lorgnons circulaires.

Je courrais, captivé, vers un accroche-cœur.

-Comment peux-tu te montrer si pressé ?
Ronchonna mon égo de célibataire.
-Vas-tu abandonner ta retraite aujourd’hui ?  

Je devais me convaincre qu’il en était ainsi et d’une spirituelle boutade :

J’inclinais mon égoïsme à sortir faire un tour pour trouver un autre embarcadère grâce auquel il devrait, pour longtemps, visiter l’océan.
Il y découvrirait une ile de mystère où Robinson, pour lui, en l’attendant, à construit un abri.

-T’appelles-tu donc Vendredi ?

Je tremblais à cette idée de perdre encore mon temps, pendant que mon Amour attendait mes sermons.

J’ai, alors, tant de besogne en retard qu’il me fallait raccourcir le temps des impressions…


L’Amour éternel




L’Amour éternel

Tu crois trouver l’amour, Celui du fond du cœur,
Qui fait vibrer l’échine et trembler de douleur,
Qui se dit sans un mot et  se vit à la mort
Et qui n’a pas de fin,  que celle des remords.
Dans les veines d’un sein préparant l’avenir,
Dans les draps de satin on parle en soupirs,
De la valeur des mots à fustiger le temps,
On  rêve en poètes un profond sentiment.
Ce songe passager qui annonce le gel,
Le vent et les tourments des neiges éternelles.
Pendule à égrener lentement mot à mot
La passion d’un instant qui tient le cœur au chaud.
Dans les rues du désert ou les sables s’enlisent
D’une empreinte tracée sur une image grise,
Les âmes déambulent, en  cherchant à leur tour,
De qui croiser regards pour y trouver l’amour.
Loin de nos nuits avides aux parfums envoûtants,
Où la sueur acide d’un bonheur enivrant
Vient en virer le goût  qui fustige l’espoir,
Des augures sont jetées,  à ne plus en pouvoir.
Regard de l’animal qui s’enfuit en riant
De la fosse creusée des débats de géants…
Il ne connaîtra d’elle qu’une échine courbée
Lorsqu’il la rugira pour faire sa renommée.
Les tympans sont crevés, au Clairon militaire,
La cuirasse est percée d’un acide adultère.
A ne savoir plus faire, Pauvre soldat errant,
Sous le poids des médailles, ira d’un pas tremblant.
Ne reste plus pour rire qu’un peu de souvenirs,
De moules ébahies et d’un doigt s’assouplir.
Les brèches sont rougies à lui servir d’écrin,
Où s’enfle le levain qu’elle pétrit de sa main.
Il s’endort le poète, d’un vermeil glaçant,
Au goût de l’éternel qui figera le temps.
Son désir lancinant à croire encore l’Amour,
Ne datera plus qu’un à compter de ce jour.

Et j'imagine, un ou deux bals, et quelques rendez-vous avec cette flirteuse à la vie trépidante autant que l’appétit.

J’espère un tout petit repos, l’occasion de faire mon propre inventaire pour, par exemple, me demander si je pensais, vraiment, tout ce que j’ai écrit.  
Je vous mets dans la confidence, le secret sera, j’en suis sur, bien gardé.
J’ai trouvé, je crois bien,  la jeune buissonnière qui aurait pu, bien avant,  remplacer mon « vendredi… »

Les korrigans

Tendre Jeunesse en herbe folle,
Entre les rêves et le chiendent.
Le grand Amour qui caracole
Et qui change à chaque Printemps.

Ile inconnue qui se découvre,
Levant sa brume avec le vent.
Prairie inculte que l’on ouvre
Pour faire enfler les korrigans.

Baisers volés en grand silence,
Du bout des lèvres, à fleur de dents,
Au début de l’adolescence
Qui rêve du monde des grands.

Ile inconnue qui se découvre,
Levant sa brume avec le vent,
Prairie inculte que l’on ouvre
Pour faire enfler les korrigans.

Le Diable au corps de l’Aventure,
Un Monde de fou qui a quinze ans
Se berce de littérature
Pour oublier qu’il fut enfant.

Ile inconnue qui se découvre,
Levant sa brume avec le vent,
Prairie inculte que l’on ouvre
Pour faire enfler les korrigans.

J’y vais fort. Je sais par cœur ce sonnet qui m’affole, elle le sait aussi.


-  "Quand nous serons deux bons vieux cons, un vieux couple qui s'aime." Rêveras-tu encore de vieillir en ma compagnie ?

Ces strophes sont sincères !

Mais ont-elles été écrites pour celle qui m’a choisi, que j’ai choisi, qui m’a choisi, que j’ai choisi ?

Qui choisi Qui ?

Sauf un hasard !

Pour personne peut-être, seulement pour une fable imaginée.

Dans la jeunesse singulière de mon évolution, dés que je voulais penser à une jeune fille déterminée, à contrario mon inspiration, quand à elle, voulait garder le célibat…

Mes poèmes d’alors eurent pour seule conviction, en dédicace, la signature d’un Amour idéal…

Depuis lors ma confiance a grandit pour la belle qui était, comme moi, endurcie à son indépendance.

Elle écouta sa mère dans toute sa jactance :

- Laisse là tes chimères ma brave fille, marie-toi.

Elle avait la saveur du printemps, ma douce, très douce célibataire…


Célibataire,

Pouvoir te dire chaque seconde, Que l’Amour a quelques printemps
Trouver tout le bonheur du monde À aimer cet adolescent.

Petite Fille, célibataire,
Qui se découvre lentement,
Le prétendant est familier,
Soit sur qu’il t’aime seulement.

A faire l’école buissonnière,
A cueillir les fleurs des champs,
Tu pourrais trouver un peu fier,
Un beau parti, un bel amant.

Cours pour prouver ton insouciance,
Croire ou penser  n’importe quoi.
Riant pour apaiser conscience
Pour découvrir tout  pas à pas.

Fais-toi jolie pour une ronde
Qui durera jusqu’au matin,
Dans une course vagabonde
Danse l’Amour, Danse le bien.

Voilà qu’un très beau prétendant,
En roses Rouges veut te vêtir,
Se piquer L’Âme jusqu’au sang
Faire, de sa foi, ton avenir.

Mélancolie d’une Amoureuse,
Tu laisses éclore le béguin.
Eclats de rires d’une pleureuse,
Tu fais fi du « matin chagrin ».

Roule la vie, loin devant toi,
Pour attraper  ton si beau rêve
Pour le toucher du bout de doigts
Il est si rare, elle est si brève.

Pouvoir te dire chaque seconde Que l’Amour a quelques printemps
Trouver tout le bonheur du monde  A aimer ton Prince charmant…
                                                           
C’était moi le Prince charmant !  



Jusqu’à ce jour,  la lucidité n’est pas au lexique des grands sentiments.

Je ne crois pas que l’on puisse choisir froidement sa moitié.

Il faudrait pour cela que l’on accepte de n’être pas entier au départ.

Alors, seulement, nous pourrions trouver complémentaire forme à notre conscient.

Longtemps, comme vous tous, j’ai aimé toutes les femmes.

Ne voyant dans le mariage qu’un serment très sérieux dans lequel on est rarement maitre du jeu.

« L’équilibre des fusions » Serait-il inscrit au registre du ciel?

Ces mélanges savants ne sont pas tous stables, évidemment !  

Paradoxe !

Plus un homme est aimé, plus il aime aussi.

Plus les regards des autres influeront sur sa vie.

Lors, il s’écroulera au pied des échafauds s’il  y croise le regard d’un grand Amour banni.

La gitane a troublé l’ordre bien établi, trainant juqu’au gibet son corps défendant, mais sa tète n’est plus que celle d’un dément.


La Gitane




La Gitane

Tu es mon cœur, ma mie,  plus qu’un rêve d’enfant,
Tu passes dans la  vie comme passe le vent,
Renversant dans la cour les statues de géant,
Qui sècheront leurs pleurs et leurs larmes de sang.

Sous les  lunes de miel aux étoiles éperdues
Le Cœur déchiré de sanglots retenus
Une Gitane y pose, montrant son corps nu...

Tu foules les orties comme un tapis de laine,
Tu soulèves tes robes à sentir notre haleine,
D’une danse gitane aux parfums enivrants,
A faire courir les hommes ou mourir en riant.

Mirage ensoleillé qui danse dans le feu
Qu’une armée de tziganes ont allumé joyeux,
Lorsque ses reins se courbent au nom d’Esméralda,
La Gitane s’enlace en déroulant ses bras.

Sous les  lunes de miel aux étoiles éperdues
Le Cœur déchiré de sanglots retenus
Une Gitane y pose, montrant son corps nu...

Quand le riche d’ici  te regarde danser
En pensant à la Femme qu’il n’a pas épousée,
Il espère te prendre et tu le tues d’un rire,
En déesse innocente qui se joue des soupirs.

Babylone avait cru pouvoir toucher calice
Et te teinter de miel et te couvrir d’épices,
Mais tu danses,  le corps  à jamais libéré
Des péchés qu’en Seigneur,  Dieu t’avait pardonnés.

Sous les  lunes de miel aux étoiles éperdues
Le Cœur déchiré de sanglots retenus
Une Gitane y pose, montrant son corps nu.


Un coup de foudre inassouvi

Et pourtant résignés on dira oui aux airs du « marie-toi ».
On a peur de la solitude, en somme.
Il y avait une autre solution pour vivre cet ennui, et tant de jolies filles à la disposition. Elles coûtent, à la longue, moins cher que la triste besogne de noces d’accordailles. Les putains de nos rues auraient pu satisfaire les nuits d’incertitude sans leur prêter serment d’aucune servitude.

Ecoute là !

PUTAIN DE MOI

Quand le monde est de gris et  qu’il t’exaspère
A faire comme les roses, qui vivent d’éphémère,
Dans mon jardin secret où grandit l’adultère,
Je revends la Passion  j’épuise la misère.

C’est ma prison dorée que tu viens partager
Pour oublier tes chaînes, pour te croire libéré.

Douce épouse se cache et dit ne pas savoir
Que son mari, ce lâche, est sorti pour me voir,
Et qu’avec elle au lit, il dit ne plus pouvoir,
Et qu’il dort ou qu’il lit, quand ils sont au boudoir.

Pour les épouses aux nids, celles qui nous détestent
Le malheur est sur nous, comme porter la peste.

Et Monsieur le curé qui vous parle d’inceste,
En récitant sa prose, en faisant de grands gestes,
Dans son jardin secret, derrière le presbytère,
M’achète bien souvent, Le Plaisir de ma chair.

Pour les braves ou les durs, je suis la malfamée,
Une femme impure, je suis la dépravée.

Quand la pierre m’est jetée, la face contre terre,
Pas une main tendue, peut-être Dieu le Père
Pour essuyer la boue que me jettent les sages,
Les Cœurs sont aussi purs depuis le moyen-âge.

Putain, je suis Putain, la putain de ton homme,
Putain, je suis Putain c’est bien ce que nous sommes…


En attendant on s’accroche à la vie, laborieuse et brillante.
Elle qui nous éparpille, en  boute en train, en confiseur,  en politique, ou écrivain. Allez continuons, c’est bien !

L’épouse nantie n’est jamais bête. Elle qui parle et reparle de sa dot, de son appartement meublé comme ceci, de sa villa comme cela, de sa mère cordon bleu et femme remarquable, qui a su, sa vie durant, mener son époux aux plus durs labeurs elle qui par son éducation sait si bien recevoir …

En somme, est-il esclave ? Est-il un intrigant ?

En somme !

Si vieillesse pouvait, elle irait tous les jours à « confesse »…



Si vieillesse pouvait

Le jour tu sors, la nuit tu rêves
Une dernière goutte de  sève
Fille d’un jour, jupe relève,
La confidence avant la trêve
La parenthèse ou tu en crèves

Le gris te force à l’aventure
A décapoter la voiture
A tout savoir, à être sur
A bien décaper ton armure
Mettre la crème « for pleasure »

C’est l’harmonie de la sagesse
Ou bien la courbe de ses fesses
Malgré l’usure le cœur s’oppresse
A faire, encore, vibrer Maîtresse
L’Ut majeur d’une caresse.




Hier ou demain
C’est plus ou moins
La renaissance du matin
Tendre la peau avec la main
Rappelles toi, matin Coquin.

Voir une rose et s’attendrir
Et dans les coins toujours courir
Pisser partout à en pâlir
Sachant que ce peut être pire
Sachant aussi qu’il faut en rire

Ne t’inquiète pas de ton Ame
Pour une vierge tu as du charme
Pour un mari, Un polygame
A chaque jour suffit sa flamme
Autant de femmes, autant de drames

Le Noir termine ton histoire
De malgré tout, il faut y croire
A faire selon ton bon vouloir
Y aura ni pleurs, ni mouchoirs
Pour oublier tes avatars.

La douche du prêtre qui coule
Le jeu s’arrête à pierre roule
Personne à dire que tout s’écroule
Fille de joie, ras de la moule
Fille de joie sont dans la foule

Tes souvenirs sont dans la caisse
Les nuits d’Amour et de Tendresse
Avec le nom de tes maîtresses
« Marchez au pas, plus rien ne presse »
« Laissez-moi voir vos belles fesses »                    

Mais les amis sont arrivés à la maison de retraite.

Cette vieillesse qui a parfois laissé sa trace, bien plus qu’il n’en faut.
Vieillesse tyrannique des joies aux nouveaux jours, usant de son dictat pour fermer un placard où l’enfant ne pourra, pour dessiner sa vie, que teinter un sarrau d’un rouge qui durcit.
Quelques heures d’angoisse à retenir le feu que le fer d’un vieillard aura rendu brulant.

Confidence d’une amie qui avait du se taire et qui voulait vraiment pardonner à son père :     Tyran


Tyran

Le vent glacial  d’un regard
Et tant de cris  aux  yeux hagards
Est-il Ton père ou Fouettard
Quand tu es au fond du placard ?

Vivre de haine ou de vengeance
Les heures passées l’ont mis en transe
Il tyrannise ton enfance
Et tu cherches ta délivrance

Roi de l’enfer, démon d’acier
Un sombre Père qui tient l’épée
Et dans ton dos tant lacéré
La glace est rougie à jamais.

Comme un tonnerre pousse ses cris
Pour Toi  le ciel s’est assombrit
Dans ton combat il est maudit
Par le silence de tes nuits.




En Dieu le Père de ta vie
Il croit pouvoir frapper ainsi
L’âme innocente qui s‘enfuit
En refusant son Amenti

Hurle Le Vent, Le Chien aboie
Ses lourdes bottes, le bruit des pas
Qui martèlent en sonnant le glas
De tout ce qui faisait Ta joie

Un dernier souffle de douleur
Un cri qui vient du fond du cœur
Alors qu’il se croyait Seigneur
Il disparaît, Ton corbeau meure.

Enfin Tu peux briser tes chaînes
Pour aller où l’Amour t’entraîne
Plus de violence et plus de Haine
Tu pourras oublier tes peines

Terres du Sud, Terres bibliques
Terres où tout sera romantique
Terres de chevauchées magiques
Terres aux couleurs érotiques

Terres de l’Amour qui t’appartient
Qui tient tes rêves dans ses mains
Il balayera d’un vent humain
Les ténèbres de ton destin.  




Le silence doit être respecté un instant devant la misère

Pouvais-je faire autrement, pour poursuivre sur de bons sentiments et effacer la précédente page du destin des bannis, que de provoquer une petite révolution dans le quartier par une prose bien nourrie.

En résonnant dans le silence de l’avant souper du petit homme, le toc toc toc d’un désœuvré annonçait l’ombre du besoin.

La faim fatidique l’empêchait, déjà, de croire en l’avenir.

Il fallait réagir au revers de ce pauvre et refermer, pour le sauver, la  déchirure de son destin …
Le petit homme demande, alors, à sa charmante épouse d'inviter ce clampin comme un de ses amis.

-Nous devons à la vie le meilleur de nous !


Le petit homme donne

Quand la cloche sonne
Qui tape à la porte Peu lui importe
Pour être une âme généreuse
Eprouver sa grande bonté
Et savoir sa famille heureuse
De connaître tant de bienfaits
Pour avoir toujours le beau geste
Sa Solennelle  bienveillance

Le petit homme donne

Pour l’Amour il n’est pas de reste
A vouloir partager sa Chance
Qui frappe donc à la fenêtre
Un étranger ou un voisin
Qui brave encore la tempête
Un affamé qui veut du pain

Le petit homme donne



Il a le cœur sur la main
Chambre d’ami, c’est pour un frère
Ouvre sa porte, ouvre le vin,
Il lutte contre la misère
Sa femme aussi est généreuse
De petits plats en petits riens
Aussi bonne que plantureuse
Elle donnerait même le sein.

Le petit homme donne

Loin de chez lui, l’air contrit
Le pauvre bougre est installé
Heureux de déballer sa vie
Pourquoi sa femme la chassé
Le petit homme ouvre sa porte
La main tendue de compassion.
Qui a frappé peu lui importe
Il veut faire une bonne action

Le petit homme donne

Il n’a ni arme ni bagage,
Il dort dans la chambre d’ami,
Comme un enfant qui n’a pas d’âge
Qui n’aurait pas encore grandit
Par la femme il sera choyé
Heureuse à rendre ce service
A en faire un hôte adulé
En refusant d’en voir le vice

Le petit homme donne.

En quelques jours, le petit homme,
Voit bien le manque de manières.
Aucun respect chez ce bonhomme
Ca frise même l’adultère
Il en a presque mal au cœur.
Ce voisin est si misérable
Si pauvre et si loin du bonheur
Qu’il passe la journée à table



Le petit homme donne
Le pauvre ose encore se plaindre
Sur les  détails  de ce séjour.
Courtiser sans même y craindre
De déclarer son pauvre Amour
Le lit qui manque de moelleux,
La viande est elle vraiment cuite ?
Un ingrat serait-il heureux.
Chez lui aurait-on pris la fuite ?

Le petit homme donne

Ce voisin  franchi les limites
En courtisant même la femme
En lui disant qu’elle l’excite
Et en lui démontrant sa flamme
Le petit homme s ‘exaspère
Dois-je expulser un sans logis ?
Ou laisser faire l’adultère
Ou ira-il  à part ici ?

Le petit homme donne

« Prends les choses avec bonhomie
Amène ta femme à l’hôtel »
C’est sa conscience qui lui dit
« Ainsi tu resteras près d’elle ! »
Concertation, à l’amiable ;
« Tu gardes la chambre d’ami.
Le personnel y est aimable
Nous serons à deux pas d’ici »

Le petit homme donne

Ca ne va pas durer longtemps
Le voisin jure, main sur le cœur,
Qu’il ne sera pas un amant
Qu’il partira dans le quart d’heure

Le petit homme donne
Le petit homme donne

                         



Le petit galopin agite ses petits bras autour de lui.


Il virevolte comme un moulin qui se défend des quolibets du monde.


Il montre ses dents en un rictus amer qui gonflera de rose ses pommettes monolithiques.


Je l'avais bien dit à sa mère :

-« cette vie ne pouvait lui convenir, il devra se défendre de n’avoir pas poussé comme l’autre l’a fait ».


Sauf à penser qu’un matin de grande solitude, il ne prévienne, en conférence, qu’il déserte la fable des nains, qu’il démissionne.


Doucement, sa porte se referme sur l’oubli, silencieusement, loin des regards.


Qu'elle est menue, la vie du petit homme quand il baisse les yeux.


Du bas fond de ses jours monteront ses éclats de rire solitaires.

L’homme Nain



L’homme Nain

Il referme Sa porte, personn’ ne vient
Plus de pierre aux fenêtres,  réveil  matin
Dans la pièce carrée, tout seul à l’occuper,  
Son lit à quatre coins lui appartient.

Il refuse d’aimer, plus de copains
De connaître le nom de son voisin
Le jour où il est né
Ceux qui l’ont embrassé
Ses yeux ne voient plus rien
Que son destin

Un avion qui décolle ou bien le train
La couleur du soleil dans le lointain
En espérant du rêve une retouche
Dans la nuit il grandit au ralenti

Entends tu que l’on frappe des coups de poings,
Ou le monde t ‘attrape, poignée de main,
Pour savoir où tu es, et ce que tu deviens
Jusqu’à percer les murs  de ton armure

S’il sonne poliment, comme un voisin
A venir prendre place à ton festin
A croire que tu l’invites à s’essuyer les pieds
Savoir que tu l’évites, Porte blindée.

L’arrière cour de la vie de l’homme nain
Ou il ne voit du monde que son chagrin
Sa peinture s’écaille et son tempo déraille
Il  vivra dans le noir à plein pouvoir.

Que le monde reste à la porte
C’est mieux ainsi          
Tant de Monde mais peut L’importe
C’est son abri.

Le galopin agite alors ses bras autour de lui, montrant ses dents en un rictus…….


Devant les deux petits bancs de bois la cheminée crépite.
Sur le marbre, penché légèrement, une glace ancienne reflète ses images.

Le soleil d’automne étire ses derniers rayons sur le mur d’en face.
Le parfum du café grillé remonte de la rue.

Je   fais mes devoirs de classe, sur la table de la grande salle, prés de mes grands-parents qui assistent solidaires au robinet qui fuit et au va et vient du train Lyon - Paris…  
Ils se regardent, face au feu, presque en silence, juste un murmure discret pour ne pas me troubler, tant ma réflexion se devait d’être intense.
Je ne suis pas trop à l’ouvrage, je suis ému par ses deux mains qui se tiennent toujours par la même passion
Je capte leurs visages dans le miroir magique.  
Ils se regardent, appréciant ces moments qui risquent d’être rares.

Qu'elle est menue, Mamie, dans sa robe de laine, si gaie et si fleurie d’éternelle jeunesse. Ses cheveux cendrés nous montrent, d’un chignon bien noué, sa nuque délicate.

Elle baisse toujours les yeux par l’émoi qui l’empoigne, quand elle entend encore son mari qui encore lui récite de simples mots d’Amour, par delà les années:

- Je vais vous dire un secret, Mamie,  Je vous aime !

Qu'avait-il d’autre à lui dire?

Elle blêmit et se tait.
Elle pleure, elle pleure, sans bien savoir si c'est de la tristesse au temps qui reste peu ou du bonheur inoubliable qui survivra à leurs adieux.

Elle est heureuse du moment.




Vieillir

Vieillir

Aujourd’hui plus qu’hier et bien moins que demain
C’est savoir renaître encore chaque matin
Avec pour souvenir les beaux jours d’antan
Qui donneront la joie de vivre ce moment.

Penser à chaque fois qu’un jour se relève
A chaque cheveu gris, se revoir en rêve,
Pour connaître, encore, bonheur et volupté
Sur le rivage aride de notre destinée.

Vieillir, c’est partager la force du passé
Vieillir, c’est recevoir et savoir tout donner.
Vieillir de faire l’Amour et d’épouser Tendresse,
Vieillir d’un regard, d’une douce caresse.

Jouer en Harmonie un accord de sagesse
Quand l’érosion est là où le cœur s’oppresse,
Jouer au diapason d’une douce Maîtresse,
Pour écouter  bémol et les rimes du temps

Cultiver un jardin de roses à pâlir
Où l’esprit trouvera des mots à retentir,
En tremblant à l’idée qu’elle ne dure qu’un jour,
Pour murmurer au temps de sauver leur Amour.

Devant Dieu s’inquiéter du salut de son Ame
Pour Rita et Marie à brûler une flamme
Trembler d’un grand frisson en regardant la Croix
En errant dans l’église à ne savoir pourquoi.

Pouvoir suivre cortège en disant son histoire,
Clamant là, malgré tout, qu’il faudra bien y croire
Ou donner la réplique par un bon mot d’esprit,
En comprenant le sens de ce qui n’est pas dit.

Vieillir c’est s’en aller, content de ne plus être.
C’est accepter le pire comme on vit le bien-être
Et sentir le souffle de l’Ame qui s ‘en va.
Vieillir c’est disparaître ou terminer comme çà.

Vieillir, c’est voir ses rêves qui vont se refermer
Vieillir, c’est de revoir mille femmes à ses pieds.
Vieillir la belle affaire, d’un temps qui fut trop long,
Vieillir c’est un vain mot quand les Amis s’en vont.

Il est grand, il est beau, d’un naturel sauvage.
Il aime à flâner à l’orée des grands champs, à projeter la mouche par-dessus l’eau qui dort, dans l’espoir d’une touche incertaine.

Elle est belle, elle est tendre, élancée en pure merveille d’une robe fleurie aux doux parfums du Nil.

Ils pourraient composer un couple naturel si d’une rive à l’autre ils pouvaient s’agripper…

Un petit pont de pierre


Poète ou éclusier
Un air de poésie
Au détour d’un pont
D’un petit pont de pierre
Qui sert dans la nature
A rendre un coin joli
Passe la source bleue
Passe, passe l’eau claire
En regardant la berge
Où j’attends patiemment.

Et à chaque saison
Elle change  de couleur,
Que ce soit au printemps
Chargée de mille fleurs.
En été elle porte
Le rire des enfants.
A l’automne déjà
Elle couvre son lit
Pour attendre l’hiver
Qui la pare de blanc.

Nénuphars géants
Les radeaux des chimères,
Qui seront submergés
De passagers rampants,
A venir soulager
Infection urticaire,
Où l’eau vive s’arrête
En faisant décoction.
Tisane de  bruyère
Ou  la Bière d’antan.

Et si  je vous contais
Rivière à ma façon.
Et si je vous disais
Comme on dit un prénom,
Celui qu’on veut chanter
Et qui semble éphémère,
Le prénom de l’amour
Qui peut se séparer
Rester sur l’autre rive.
A comment traverser ?

Un petit pont de pierre
Planté dans la nature,
Détour d’une rivière
Pour rêver d’aventures,
Qui unira nos vies
De rires en cascades,
Tambours jour et nuits
Chanteront la ballade,
Résonnant à l’eau vive
Comme une sérénade.

En rivière je me change
pour trouver ton Amour.
Au fond d’un rêve étrange
J'épouse les contours
D’un rivage accueillant,
Regard d’un nouveau jour,
Goutte d’eau qui propose
Un voyage enivrant,
L’évasion d’une prose
L’eternel printemps…

Mon petit pont de pierre,
Ma chaussée des géants
Qui sert dans la nature
A réunir les gens,
Qui fait vibrer les cœurs
Et s’aimer les amants,
Par-dessus les rivières
Où voguent sentiments,
Mon petit pont de pierre
Où j’attends patiemment.


La fièvre du voyage les a pris, tour à tour, pour faire de leur élan un plongeon dans l’Amour.  Le temps s’arrête là au détour d’un pont,  d’un petit pont de pierre ….
Je méditais, ainsi, les yeux dans les nuages, quand j’aperçu des formes se diriger vers moi.  Sous l’ombrelle légère, tirée du moyen âge, la magie d’une fée allait changer ma vie.  Elle commanda au temps de changer de couleurs, elle commanda au vent de bien sécher mes pleurs…
Sur un nuage blanc


Sur un cadre de bois,
Tendu de toile blanche,
Un ange m’a donné
L’amour au bout des doigts.
D’une plume légère
Et d’un pinceau de soie,
Un ange m’a donné
Un petit peu de toi.

J’ai vu jaillir d’un fond
Comme un petit nuage,
Bercé du clair obscur,
D’un parfum recherché.
Les larmes d’un soleil
Qui venait m’éblouir
Mes yeux qui s’émerveillent…
L’automne est arrivé.

Une ombre dans le ciel,
Est-ce l’ange qui passe,
Griffant du bout de d'aile
un coin de cet espace ?
Un soleil qui  brille
me brule à mille feux
Les beaux yeux d’une fille
Qui s'embrument un peu…

Les gouttes de la vie,
Elles ne tombent jamais
Sans avoir le vertige
Au cœur de la nuit.
Étoiles ou étincelles
Les ciels sont si hauts,
Où les anges sont sages
A en mourir d’ennui.

Comme un ballet vaudou,
La nuit des sacrilèges,
Essaimée de lucioles
Aspirées par le ciel,
J’ai caressé mésanges
Et j’ai rêvé, ma belle,
D’un amour sans parole
Qui réchauffe à feu doux.

Mi chagrin de l’amour
Ou celui des beaux jours,
En trop grande abondance
La pluie vient de tomber.
Mi chagrin de l’amour,
Mi chagrin des vacances,
Où pour un jour de chance
La pluie vient de cesser.

Sur un cadre de bois,
Deux anges s’y enlacent.
Les arbres les regardent
Et protègent du vent,
Quand leur deux pas résonnent
En y marquant leurs traces,
C’est juste un peu d’Amour
Sur un nuage blanc.

Il pleut en abondance
Quand un ange trépasse,
Est-ce un petit nuage
A rafraichir le temps ?
Sur un cadre de bois,
Où les couleurs passent,
Les larmes de l’Amour
Ont arrêté le temps.





Je n’ai plus son nom en mémoire, sauf un doux parfum d’Australie.
Il devait être magnifique,  son nom, pour être un ange …

Un hiver merveilleux commençait. La nature silencieuse, reprend calmement, patiemment,  l’énergie qu’il lui faudra l’été prochain pour lutter contre le soleil brulant.
De dimanche en Dimanche, l’histoire est simple, j’attends que le froid soit fini, comme dame nature, escamoté tout au fond de mon lit.
Ma chaumière est accueillante, et mon garde manger bien fourni. J’y prends place, comme un petit bourgeois, l’écriture en gagne-pain.
Quand le temps sera plus propice, j’irai me réfugier dans la salle d'attente des fougères et du vent, où un employé à casquette de la compagnie forestière viendra, d’un sourire complice,  attiser le discours de temps en temps…
Je lui raconterais ma vraie nature et le pourquoi de l’intérêt flagrant qu’il me porte aujourd’hui :

Ma vraie nature …

Ma ferme, mon refuge est au bout d’une grande terre plantée de d’orge, de blé et de maïs.
J’aime traverser ma campagne et frôler  les champs de blés dorés qui ondulent au vent.
Avant de m’endormir, quand il est bientôt l’heure, je me mets à rêver, songe aux yeux ouverts, aux champs, aux bois, aux terres qui entourent ma chaumière.
Ils sont là, bien plantés, depuis bien plus longtemps que ma mémoire ne sache avoir un souvenir.
Avant même que la route ne vienne jusqu’ici, apportant avec elle les nouveaux arrivants, les gens des bourgs voisins, aux humeurs champêtres, qui tendent un tissu sur mon herbe, se prélassent et s’alimentent d’un infâme burger préparé à la hâte.
Ceux-là même me laissent pour seul réconfort un peu de détritus en gage. Je me jure sans arrêt qu’à leur prochain passage ils trouveront la manne posée au même endroit, mais comment s’y résoudre et garder pouacre mon chez moi.  
Aux grandes chaleurs, quand la douce moiteur de l’été envahie l’atmosphère et qu’il devient pénible de s’endormir au lit,  j’ai trouvé en petite foret, sous le couvert,  un espace affraîchi. L’alcôve de mes rêves.
J’habite sous les bois, un tout petit pré-vert.
Les voisins du bourg n’ont jamais découvert mon coin perdu, l’herbe rase idéale pour leur ruralité.


Là, comme moi, la lune s’y engouffre. Peut-être craint-elle la chaleur étouffante des nuits du cœur de l’Aout. Ou est-elle curieuse ?
Surement elle m’envie d’écouter la forêt.
Mais sans sa nébuleuse et pâlotte  lumière qui sait bien s’immiscer sous les taillis crépus comment pourrait-on faire pour voire ceux qui s’y terrent  à l’instar des Perdrix. Les réfugiées sont rouges, on les voie le matin. Jouant à cache-cache, elles lui donnent la vie.
La Lune est là  ce soir encore, elle veille silencieuse quand mon frisson grandit. La Gorgone est passée, les arbres protecteurs sont figés, en fresque immobile qui attend que je plonge dans mes folles pensées.
Pourtant je pressens bien que le trésor se trouve là.
Quelque chose se passe, on chuchote au-dessus de moi et mes yeux endormis ne peuvent pas me dire de qui vient ce message.
Si déjà je comprenais ce langage. J’ouvre bien mes esgourdes, je concentre mes sens, mes dents frisent et je suis préparé à réagir à tout. J’attendrai, je suis plus patient que le pêcheur de rives.
Mon amorce, ma mouche est bien montée, comme un grain de beauté qui attire l’adultère. Nul doute que demain sera au rendez-vous. Pourtant  de poireauter ainsi, vrai, cela m’exaspère, je n’ai jamais aimé les pourreaux dans ma soupe.
J’en suis sur, il est là, j’entends son cœur qui bat, il cahote, il avoine plus fort que le mien encore.
Soudain, hanté par sa présence, je me réveille, je sursaute dans ce nouveau silence. Tout se fige si vite. C’est un colin-maillard doublé d’un chat perché. C’est l’aube déjà, mais qu’ais-je donc vécu dans mon profond sommeil ?
Quelqu’un se trouvait là, une essence de sylphes. Les Gnomes étaient là eux-aussi, je crois, j’en suis même sur, je n’étais pas tout seul.
Ce soir je réédite, alors nous verrons bien, je prends l’engagement de dormir d’un seul œil pour pouvoir tout vous dire, vous en faire un récit clair et circonspect.
Bon j’y vais, le jour m’appelle et la besogne me réclame.
Je ne quitte jamais mon ile sans, avec attention, prendre le soin de saluer mon plus vieil abri, un chêne centenaire, que dis-je millénaire peut-être.
Je lui confie mon âme et mon lieu d’une caresse tendre toujours disposée au même endroit sur une bosse ronde et lisse, un défaut de son anatomie . . . Tiens les grives sont rouges, encore ce matin.

Je me suis équipé pour la nouvelle nuit. La nuit de ma trouvaille, de la révélation.
J’y attache une grande importance, ne vous ais-je pas dis que la preuve formelle, par devers vous, vous en serait donnée, et que tous mes écrits ne serviront jamais à nourrir, ne fusse qu’une fois, un feu de Salamandre.
Toute la journée, préparant bien mon coup,  j’ai pris la sage précaution de boire du café pour veiller à la nuit, malgré la fatigue dont le jour me charge. J’ai mangé bien léger pour ne pas alourdir ma digestion et exonérer les habitants du bois de mes flatulences habituelles. Tendre et courtoise attention me disais-je.
Je m’installe à nouveau, mais ce soir je ne dormirai pas allongé sur ma couette. Trop de confort pour un soldat dont la mission est de donner raison à son état. Je vais m’adosser au vieux chêne pour ne pas m’assoupir. Veiller en sentinelle, aux aguets des soupirs, des murmures.
C’est en entendant tout, en prenant quelques notes, que je pourrais demain expliquer les discours.
Bon silence à présent, la lune est là aussi.  
Moi je m’adosse, je pense, je délibère, d’un œil seulement. Il ne faut surtout pas que je rêvasse. Que J’élabore, soit, mais sans trop préjuger. Je peux prévoir, certes, mais sans présupposer.
Il est confortable ce vieux chêne. J’y ai trouvé une petite niche, un creux du tronc assez profond pour m’y bien engoncer, au-dessus d’une grosse racine. J’étends même mes jambes la dessus…
Mes bras m’en tombent, enfin pas tout à fait grâce aux formes de la base qui s’avance de chaque coté de ce trône rustaud. Bien calé, bien au contact. N’est-ce pas l’érosion ou le moule d’un homme de ma taille qui aurait amené l’arbre à se modifier ainsi pour se faire habitacle ?
Il a du, tout de même, vivre vieux et garder très longtemps je ne sais quel trésor pour que, par le temps durant, la pousse épouse ainsi les formes de son corps.
Epouse –t-il mes formes ou bien alors d’autres générations m’ont-elle précédé, usant le logement de sorte qu’aujourd’hui je m’y sente, ainsi, un bien loti ?
C’a y est, un tic, un tac, quelqu’ … non, ce n’est rien qu’un gland qui ricoche, qui tombe. C’est très régulier, je me mets à compter s’il change de seconde, mais non pas, ils s’entraident en égrenant les tics, les tacs, chacun le sien, pour rappeler à l’autre qu’il participe aussi, fraternel surement, à compter, en commun, les temps d’une comtoise. Je réglerai ma nuit sur cette pendulette.
Mais comment faire pour le réveille-matin ? Baste on verra bien.

Je sens bien sa chaleur dans mon dos et le sang dans mes veines, dans ses veines, je ne sais plus.
Quel œil garder ouvert en sentinelle?  Mince, Je ne sais plus non plus !
Mon cœur se calme peu à peu, ses battements se calent sur le rythme des glands ou celui de mon sang, de son sang. Je ne sais plus distinguer si je veille ou si je dors. En tout cas il se calme et ca c’est bien, je me sens bien. Je frissonne comme le soir où j’avais, pris d’un vaillant courage, glissé au fond du lit de ma mère endormie.
Comme lorsqu’elle nous serrait dans ses bras si longtemps que le souffle finissait par manquer mais que nous n’osions point changer la donne de peur qu’elle ne relâche l’étau de l’embrassade.
J’en suis là maintenant, dans les bras de ce chêne, à susurrer, mais qui susurre ? Moi où lui ? ca non plus, je ne sais plus !

-M’entends-tu mon jeune ami ?

Je tremble d’émotion. Ca y est ! Il est là !
Ma patience saura vous apporter la preuve de tout mes beaux discours. Mon œil, quel œil ais-je gardé ouvert ?
Je me sens obligé de répondre aux mots que j’ai compris :
-Oui je t’entends mon brave, mais dis-moi qui es-tu ?
-Le chêne posé sous toi, le chêne mon Ami, Je te dis « jeune ami », car je suis millénaire et qu’aujourd’hui je cherche quelqu’un pour m’appuyer.
Mais c’est moi qui m’appuie pas le lourd chêne vert, il m’écraserait. ..
-Je cherche un vrai héros, comme ceux que j’ai connu, du temps des Demi-dieux, ou du temps des croisades.
-Un héros pourquoi faire ?

Mais suis-je assez fou pour écouter les suppliques d’un arbre vieux, plus fou que moi sans doute et de plus d’un millénaire. Serait-il sénile ?
Il doit en avoir vu des centaines de jours, aux aguets, invisible à la vue par l’immobilité. Toujours fidele au poste, jamais endormi ni couché, Il, érudit, s’il en est doit connaitre tout de notre histoire. Encomiaste,  pouvoir parler de tout, des Amours et des Guerres, me donner ses secrets, l’origine de la Terre, qui sait ?

Continuons cela est salutaire…

-Je recherche un Brave, un Héros un Soldat, mais voila bien des lustres que je n’en ai point vu, un vrai un pur, capable d’écouter et d’épouser ma cause !

-Mais ta cause justement, dit moi donc quelle est-elle ?

-Ma cause, tu l’as vu en passant en lisière, on a tué mon frère, de cent ans mon ainé…

-Qu’avait-il fait le bougre pour mériter la mort ?

-Le buché est gratuit, seulement pour chauffer, pour faire des buchettes et bruler de sa souche un peu de charbonnette.

-Mais n’est-ce point normal que cela ?  Que veux tu que j’y fasse ? Il est clair que l’homme se chauffe de ton bois ! Quel héros veux-tu donc ? Et pour quelle mission ?

-Attends ne bouge pas, je vais te faire sentir ce que souche veut dire. Demain, au gué du jour, tu resteras ici à entendre taper la cognée des tueurs, en te cachant, profond, dans le creux qui ce soir te donne un bel abri. Tu sauras ce que c’est que de trembler de la peur de perdre ses racines.



Voila qu’il point déjà, que la Lune s’efface.
Le ciel rougit comme tous les matins.
Je reste là, acceptant  la besogne en commisération.
Il est tant sympathique ce vieux chêne pourri…

-Regarde bien ce ciel rouge, il monte, il nous inonde, sais tu d’où il provient ? Et ce qui fait que Dieu, à tous les jours qui naissent,  voudra que le monde ne cesse, à jamais, de contempler ce rougeâtre, approfondi ?

- Pourquoi donc, dis-tu ? Va vite plus avant, vends moi donc la mèche de cette belle intrigue !

- Ce sont les Sarrasins qui lavent leurs sarraus et les Chrétiens hurlants, souquenilles rougies par tant de bains de sang, qui ont sali le monde où nous avons grandi.

-Mais Comment ?

-Dieu lui-même a lavé la terre de cette empreinte, et son linge a séché aux caresses du vent. Las, la couleur s’accroche aux larmes de l’espace qui a pris la texture des fièvres empourprées.

-Et que faire ? Est-ce là ma mission de laver l’infini ?

-Mon Frère, mon Ami, il fallait pour cela que tu viennes sur terre bien avant l’holocauste, que tu sois le Messie, le fils de Dieu le Père  et qu’il te soit donné d’éviter ce gâchis.

-Ecoute maintenant, c’est le moment terrible, reste bien contre moi pour me sentir trembler, il est là…


Dans le matin, rouge contours, un chien aboie…

Ce peut être une caravane…Des hommes en grand nombre traversent la prairie, j’entends leurs rires, leur baratin affable, jacasserie faconde pour réveiller matin.  Ils approchent de nous, j’entends leurs maudits chiens…
Ils se sont arrêtés au bord des frondaisons.

Ont-ils froid ? Que font-ils ?

Je n’entends plus leur pas, plus de boucan infâme…un cliquetis régulier caquète à l’unisson….

-C’est comme au temps jadis, quand au mur des remparts avant l’assaut final, il fallait méditer. Ils fourbissent leurs armes, ils nettoient, ils polissent, ils frottent et ils aiguisent,  ils vont nous attaquer.
Vois-tu combien ils sont ?
Soit prudent et surtout ne te laisse pas surprendre.
Sois discret mon Ami.

-Nombreux c’est sur, mais de là je ne vois pas tout bien, le taillis qui me gène !

-Reste caché je t’en conjure, ces hommes n’ont ni foi ni loi.


Soudain les branches cassent, de grands coups de butoir : « celui-là il est bien, il fera quelques stères, après cela ira » . . .
Et voila ce beau monde ardu dans la besogne qui tape, qui coupe, qui crie. Les machines qui hurlent quand l’arbre va tomber : « gar ‘avous » disent-ils…  

Ils tapent et tapent encore le chêne anéanti, à dix mètres du mien, où je suis atterré.

Mon vieux chêne frémit, je sens que son corps tremble.
Il a peur comme moi de finir tranché, de faire du petit bois.

On se tait tous les deux en espérant la nuit, en scrutant cette Lune qui tarde à arriver. La Journée fut très longue et j’en suis éprouvé.
Je dors, les poings fermés, prés à la défensive. Le silence, ou peut-être un léger bruit, me réveille un peu. Un arbre a-t-il osé bouger une brindille ?
Mon Ami le chêne est resté fier, debout, en veille, sentinelle aux aguets, durant tout ce calvaire. En silence il a vu où est tombé son frère ou était-ce un cousin, une sœur, je ne sais !

-Etais tu un parent de cet arbre ? As-tu donc perdu un frère ou un Ami ?

-Ce n’étais ni un frère, ni un Ami non plus, n’as-tu pas vu qu’il datait de bien plus que moi car  il était mon  Père !

-Je pensais Mon Ami qu’il ne pouvait pas être d’arbre plus vieux que toi.

-Maintenant il est vrai que, de ce que tu vois, seule ma descendance pourra peupler ce bois.

-Pourrais-je moi aussi penser être ton fils, puisque tu me protèges de ce monde maudit ?

-Sens-tu bouillir mon sang, même au creux de tes veines ? Veux-tu tenir le rang du fils du grand chêne ?

-Quel est donc ce rôle ? Faut-il vivre longtemps ?

-Nul n’est besoin, mon fils, de vivre en immortel pour savoir relever les défits du présent. Tu pourras si tu veux nous libérer des chaînes des machines qui tuent tes frères, mes enfants…

-Je m’y engage, Père, sur toi je veillerai, sur ma famille entière je pourrais faire le guet, patrouiller en cerbère, mourir ou vous sauver.

La nuit nous accueille à nouveau et en conciliabule le grand chêne raconte à la postérité que je suis le nouveau, le héros d’avant-garde, que je vais les aider contre les abatteurs…

-Je prends l’engagement ce jour, je suis formel, maître des hautes œuvres, de tous vous sauver, et que si, sanguinaire, le tueur nous agresse je lui dirais qu’il parte ou qu’il me voit céans comme un exécuteur.

Les arbres alentour en frémissent de joie, mes racines me poussent et mes veines se gonflent d’une sève nouvelle, sorcelante alchimie, transmise par mes frères et mon père réunis.

Le jour du Maudit, c’est ainsi que je dois le dire, fatalité irrévocable de cette désastreuse malédiction qui nous frappe, le jour du maudit est là, je le sens, c’est Dimanche pourtant, le Seigneur les attends en sa grande bonté mais, tels des mécréants, ils fuient le baptistaire pour traverser le champ…

-Prend GARDE !

Je crie une volée d’insultes à la troupe qui déjà s’avançait vers nous. Mes frères et mon père me regardent, fiers de mon courage, ils me le disent même en battant la mesure de leurs branches croisées d’un rythme cadencé.

-Le premier qui ira toucher à l’un des miens aura sur sa conscience la mort de l’un des siens ! C’est un dernier présage, lors n’y restez pas sourds !

Je m’enfonce dans le bois caché sous les branchages que ma famille entière a mis à mon profit. Aux aguets, je me terre, le soldat enfoui.
Je suis prêt, le bras prolongé d’une branche bien dure, à l’affut du moment où je devrais cogner. Les voila qui avancent, rien ne sert de prêcher…

-Tue tue disaient mes frères nous avons à venger…

Méfiants les hommes s’éparpillent, c’est à moi qu’ils s’en prennent car pour eux j’ai trahi toute la race humaine…

-Le premier qui s’avance aura affaire à moi.

Deux d’entre eux seulement continuent d’avancer, gaillards, conquérants, ils veulent me rosser…

Gare à eux, je me garde enfiévré par l’instant...

Et toc ! Et toc et toc !

-Que les hommes le sachent ! A qui viendra au bois pour abattre les arbres, je serai toujours là pour y faire la loi.

(Silence…)

- BRAVO Mon Fils.....

(Silence…)

-BRAVO Mon Frère…


Ais-je bien survécu à la sombre bataille ?

Étaient-ils plus faibles ou plus forts que moi ?

Je ne crois pas savoir la raison de l’oubli sauf un choc bien cogné ou un coup de fusil !


J’ai un blanc, comme l’on dit en pareils cas.

Mais pourquoi dire blanc quand il s’agit du noir,



Est-ce bien par le noir que l’on fini la vie ?


Voila à ce sujet ma très bonne expérience :

J’ai plongé au fond du trou noir que l’on décrit comme un enfer, un sans-retour, puit de misère, où l’on perd la vie, tour à tour.
Quelle atroce et vertigineuse dégringolade, sans jamais pouvoir s’arrêter, sauf  par une margelle charitable, une très courte escale où j’avais pu prier. Non pas pour faire pénitence, du tout, seulement l’envie m’en a pris, comme s’il fut logique de ce faire, rationnel, même cartésien.
La profondeur de ce voyage ne se mesure pas en temps, ni en moment, ni en douleur ou en ennui, elle ne se compte pas, elle se vit, les yeux  grand ouverts, en scrutant cet obscur abyssal avec application, privilège de l’instant que l’on pressent béni.
J’étais tellement persuadé d’être là pour découvrir enfin le grand mystère de tout, comme une indiscrétion singulière dont je pourrais profiter, vêtu d’un amict messianique, un habit blanc, qui m’était confié pour la grande occasion.
Je savais aussi que ce voyage me serait proposé sans retour et que, peut-être, si je pensais très très fort à ma vie, je tiendrai en mémoire une ultime raison d’y finir un ouvrage à peine commencé.
Dés lors, malgré le vide qui m’attirait toujours, je ressassais  les bons et les mauvais instants pour récapituler l’ensemble du parcours, mais il était si court qu’il me fut aisément mémorable et que j’en fis le tour en quelques mouvements.
D’abord je vis ma mère et ses parfums troublants, ses yeux m’étaient cachés par l’émoi grandissant.
De mon père, l’uniforme qui le faisait si grand, soldat du millénaire, ma statue de géant qui disait son conseil d’être très courageux  pour affronter l’énigme du ténébreux mystère d’où je devais, à ses dires, pouvoir espérer un glorieux retour.
Je vis mes frères et sœur, l’espace d’un instant, entourés par mes vieux arrières et grands-parents patiemment alignés, se tenant tous très sages, comme si de bouger aurai pu me causer  un quelconque dommage.
Je vis mon chien, tout blanc, qui jouait de sa balle, me voulant attirer à le faire avec lui.  
Je vis enfin l’Amour et je tendis la main pour serrer fermement la raison à donner du recommencement.
Je laissais donc aller mon voyage plus loin, nanti de cette certitude de n’être point banni, sans craindre qu’une astuce renverse mon destin, j’attendais à mon tour d’être enfin présenté pour exhiber ma foi et obtenir la clef, connaitre la mission qu’on me voudra donner.

-« As-tu donc encore quelque chose à y faire où que veux-tu y terminer pour mériter un retour sur la terre que tu sembles encore espérer ? »
Une voix m’avait prévenu que ce serait la question bien avant mon inventaire. Comme pour m’insuffler encore un peu de motivation à résister à la cascade qui ruinait mes ambitions.
J’étais certain des mes arguments car ils n’étaient pas misérables, je pressentais, en mon fort intérieur, que ma raison était valable.
Et à quoi donc me référer, si ce n’est à mes convictions, pour dire, châtié dans mon langage, que telle était mon intention, si, pour sur, par la grâce d’un Bon vouloir j’obtenais la bénédiction.
J’ai vu blanchir mon univers dans un halo auréolé d’une bonté phosphorescente d’où tant de voix ont émané, accueillantes, rassurantes, m’invitant à vivre à mon tour leur chimérique découverte,  quand, comme moi ce jour béni, ils avaient fait leur grand voyage.
J’ai apprécié une voix, plus que d’autres, qui me disait tout son Amour.
J’y reconnu, sans coup férir, celle de Mamie, ma douce arrière grand-mère que j’aurai pu presque embrasser.
-« As-tu donc… ? »
La question retentit tel l’avertissement comme si le tribun me savait au courant. Etait-ce lui qui m’avait averti ? J’ai jugé, quoique ce mot est prétentieux surtout dans cette circonstance, que mes croyances étaient là, flagrantes vérités, palpable à l’oreille, c’était bien plus qu’une vision.
J’y allais de mes arguments aux quels j’en rajoutais encore de peur de bâcler le débat qui décidait de l’avenir.
Un grand silence ou presque. J’entendais toujours un murmure lancinant comme une prière monocorde et très salutaire.  Ce  grand silence marqua mon attente.
Quel serait donc mon destin ?
Je n’avais pas de peine à imaginer rester là, cela semblait si bien, tant de bonheur sans ambages, le nirvana des innocents...
J’entendis encore mon arrière grand-mère y aller de son argument, dans ce silence délétère, elle s’écria pour son petit :
-« Donnez-lui quelque chose à faire, en plus de ce qu’il nous a dit… Il le fera comme un chef d’œuvre, le sacerdoce d’une vie… confions lui un beau ministère pour lui prouver sa vocation… »
Je n’ai plus dit un mot ni aucun au revoir, j’en ai même oublié les mots de la sentence sauf  un dogme divin pour mes jours futurs. Quelle est donc ma mission, que dois-je réussir ? …
J’ai choisi d’être heureux, en partage, avec poids et mesure.
Par l’ « à la ligne » de cette page et un peu de ponctuation. Je ne voulais rien déparler du voyage sans craindre de mon imagination.

J’entendis encore mon arrière grand-mère y aller de son argument.
-Aio !
Elle était toujours là pour me tenir la main et moi pour la ballade lui proposer mon bras…

Rosalinda, ma Mamie,

Elle avait les yeux  si brillants, pétillant à chaque sourire.
Savez-vous ce que sourire veut dire, quand la bassine se remplie d’une eau chaude aux parfums de lavande, fumante encore des braises brulantes. Cette vapeur qui démontre, à son opacité, le temps qu’il a fallut pour bien la préparer, combien d’Amour aussi, quand le réveil sonne bien avant l’aube pour se donner le temps de tout ordonnancer.
Avez-vous, comme moi, profité avant l’autre des serviettes de bain chauffées devant un feu de bois, et des chaises chargées d’habits, toujours très bien choisis, vérifiés, recousus, repassés, et mises en rangs serrés pour ne rien pouvoir perdre de la chaude braisée, au labeur  toute la nuit.
Les papilles, dans un crescendo régulier, rythment le temps qui passe, il faut se dépêcher, le lait chauffe, il monte et sa magique alerte vibre au fond de la petite casserole blanche, billebarrée d’un rouge moderne.
J’étais toujours le premier à dévaler les étages de la grande maison, j’adorai la croute de crème du bon lait cru, et j’avais droit à la plus grosse part ;
-« finalement aujourd’hui le lait n’a pas  donné de crème... Je crois que ce n’est pas le lait de Monsieur Foata »
Personne n’était dupe de ma gourmandise.
L’odeur du grillé sonnait la deuxième cavalcade, les frères et les sœurs, les cousins se bousculaient à  table pour s’assoir au plus prêt du grand panier à pain. La miche de pain noir tranchée grâce à cet énorme couteau denté que nous n’avions pas le droit de toucher. La motte du vieux beurre était répartie tout autour en petits quarts à partager à deux.
Etais-ce déjà là un symbole, un message, une loi à apprendre par le jeu des dessins sur le jaune brillant ? Le vieux pain dur cassé qui, noyé dans le bol, deviendra pate molle à  fondre dans la bouche. Les canistrelli à l’anis qui servaient de solide support à la couche de beurre mi-fondu que j’aimais copieusement étaler, au grand dam de mon frère qui, y perdant au change, immédiatement  belligérait devant cette injustice et trépignait pour obtenir son rabiot.
Les mamans profitaient du rôle à minima qui leur était confié par Mamie ? Elles avaient pour mission de bien garder le lit.

Missia, notre grand-père était depuis plusieurs heures en campagne, c’est lui qui aidait Mamie à attiser le feu du matin.
Il était très solitaire, du moins je me l’imaginais ainsi à l’époque.
Maintenant je dirai plus qu’il travaillait beaucoup, passionné par sa terre et ses cultures, ses melons héroïques, ses salades au cœur énorme et ses tomates dont on fit bien plus tard un label bonifacien…
En effet un journalier emprunta à grand-père quelques plans de tomates pour les planter chez lui, elles étaient si belles, si grosses, sans pépins aucun, si rares que pour sa jeune épouse,  le cadeau fut choisi.
Las, la commère se vanta de ses pommes d’amour, en tirant même quelques avantages à l’étal du marché où elle les échangeait.
Ce fut vite une affaire de village, leur nom était trouvé, « bonifaciennes ». Les tomates de Missia étaient promptement rebaptisées.  
On entendait, comme un clairon militaire, résonner la trompette du bus de l’école depuis le bas du village. A son premier arrêt, la maison des Savelli, il faisait une grande halte pour profiter d’un chauderet de café religieusement grillé par la main méthodique d’une grand-mère.
Le brave chauffeur, Monsieur Gauthier,  seul maître à bord, pilote émérite de toutes les générations, semble-t-il, sonnait encore une fois un bon coup de trompette dés la reprise, un mi-remerciement aux tendresses de la cafetière du petit-jour, mi branle-bas-commandement pour le haut du village ;  un « j’ai tardé aujourd’hui alors : fissa fissa » que l’on interprétait plus ou moins impérieux. Le nombre de percussions était, en cela déterminant. A chaque prise en charge le clairon retentit, nous serons sur cette portée l’arrêt numéro sept, le décompte est aisé. Le retard n’est pas toléré, gare au clampin retardataire, il restera sur son tas de honte de n’avoir pas su être à l’heure. L’intolérance de Monsieur Gauthier n’attend pas.
C’est alors seulement que nos Mamans pouvaient intervenir, leur châle en écharpe et un fichu noué sur des coiffures encore modestes, modelées par la nuit. Elles nous accompagnaient sur le seuil de la porte, câlines bonnes mères qui poussent devant leurs poussins. Parfois même, un peu plus généreuses ou bien mieux réveillées, elles poursuivaient l’aventure matinale jusqu’à la barrière du jardin. J’imaginais le quai de gare et les mantilles qui s’agitent. C’est souvent triste un quai de gare, les mouchoirs  qui y  sèchent en s’affolant. Rends-toi compte de tous ces départs qui n’ont pas trouvé de retour. Les militaires qui sont partis dans l’enthousiasme des armées et qui sont morts dans la tourmente et la panique d’un exilé. Les amoureux d’un bel été que l’on espère l’autre saison mais qui auront, suivant leurs pères découvert d’autres horizons.

Derrière elles, Mamie apparaissait soudain, son sourire absolu du travail accompli, la table était remise, avec toutes ses femmes elles allaient papoter, les lèvres trempées, moussues et blanche d’un lait cru, goulafré en abondance.
Je tentais, en roulant, d’être encore avec elles, persuadé de pouvoir expédier à l’école un Ménechme attentif à ne pas me trahir. J’attendais, l’estomac déjà creusé d’envie, le menu du midi, les taches de chacune, à qui faisait la farce, à qui faisait le pain…
Mon Ménechme me lâchait toujours au mur blanc de l’école, il avait peur, mon vaporeux, d’oublier toute la leçon …
Mamie, elle était belle, ses fines lèvres dessinées sur une douce peau d’ange, un petit menton discret, un nez mutin, un visage si fin, si accueillant de gentillesse que sa maison était toujours visitée, comme un autel de neuvaine où tout le monde accoure pour trouver un appui.
Elle avait sa mission, pour sur. Elle savait accomplir des miracles, sa charité chrétienne. Elle pouvait par un sourire angélique éloigner les maléfices ou désensorceler les esprits captifs de leurs fatales passions.
Elle savait, sans effort,  tour à tour, nous démontrer sa joie d’être encore parmi nous et  nous donner, dans un respect choisi des choses, le conseil de son expérience.
Bribes par bribes, qu’aujourd’hui je mélange sans doute, elle m’a dit son parcours, depuis sa tendre jeunesse, pleine de l’insouciance d’une jeune fille bien née, jusqu’aux jours si calmes, si tranquilles et si doucereux de sa vieillesse.
Elle aimait à la faire durer bien plus que les cent ans.
Je crois qu’elle était rose sa vie, le gris elle l’avait rejeté, patiemment effacé de ses mémoires vives.
Le petit banc de bois, disposé prés du sien, devant la cheminée où elle aimait bien coudre et tricoter, était depuis toujours encombré des ciseaux et autres dés et bobines de fils multicolores, de pelotes et d’aiguilles de tous les numéros pour préciser le point que le tricot oblige.
Je crois qu’il était ainsi surchargé pour dresser barricade et servir ainsi à disposer, devant elle, tout le jour, ses reliques secrètes ; les mémoires de son Amour perdu aux confins des colonies.
Le glorieux consul des nouvelles terres de France dont elle porte fièrement le blason et le nom, qui avait du mourir, en mission coloniale, trop prématurément.
Le père de ses enfants. Elle lui gardait ainsi sa place au sein de sa postérité, comme pour lui présenter en coulisse, les nouveaux nés ou les prétendants.


Elle était passionnée par les gens d’où qu’ils viennent, riches, pauvres et grands avaient pris à ses yeux un seul et même rang. Elle était si tendre Mamie. Toute jeune, dans l’auréole d’un nom noble, elle avait pressenti que tout serait à faire, minutieusement et pour belle lurette.

Pour être à la hauteur d’un tel apostolat, pour accomplir son lot, elle avait su s’armer des plus grands des savoirs ; d’humanisme autant que de sagesse et de philosophie. De tout cela, toute seule devant son petit banc,  elle en avait tricoté patiemment son armure.
Elle était pondérée, mesurée, prévoyante aux éclats pour éviter toutes blessures.

J’ai pressenti les derniers jours, aux flammes de ses yeux qui brulaient d’un feu bien plus ardent, comme pour  durer plus longtemps que son corps trop las, lequel visiblement s’éteignait doucement, sans sursaut, tendrement installé au milieu des cachemires, des mohairs et des angoras.  
J’ai vu, alors, dans son limpide bleu, transparaitre le sens de son unicité.
Elle avait, avec plus de soin que de coutume, mis de l’ordre dans ses toilettes, se parant, joie de vivre, de frivoles fantaisies.

Voulait-elle, dans ce paysage, ne pas dénaturer la beauté du jardin ?
Elle aimait tant les roses et les jasmins blancs « qui résistent aux vents ».

Sa chambre, toujours bien rangée, reflétait son bon caractère, ses croyances et ses adhésions. Un tableau hollandais du visage du christ prés d’un grand crucifix fait de boules sculptées dans un bois exotique par un vaillant artiste du Cochinchine, trônait au-dessus du lit corse. Un douillet duvet où il faisait bon plonger de loin malgré ses interdits. Deux petites tables de chevets, basses, ornées d’un dessus de marbre identique.

Il y régnait un silence parfait, immobile volonté de maintenir omniprésent l’immortel crédo. L’ambiance empruntée aux petites chapelles qui prônent l’espérance en conservant la foi.

J’y regardais toujours le haut des murs et les plafonds, attiré par une présence, quelqu’un où quelque chose qui serait toujours là.
Je m’excusais toujours à ceux-là, en discrète cantonade, lorsque ma gourmandise me poussait à me faufiler en goinfre maraudeur, jusqu’aux tables de nuit pour y subtiliser une barre de bonheur, quelques carrés de son bon chocolat. Certainement le premier héritage que me léguait Mamie, son goût très prononcé pour cette irrésistible denrée.

Elle connaissait, de tous, le père, la mère, toutes les origines.
Elle savait réciter les arbres des familles qu’elle avait côtoyé toute sa vie durant.
Elle était tellement attentive au prochain que du profit de celui-là, de sa passion, de sa joie ou même de sa crainte, toujours, elle faisait son émoi.
Très jeune déjà elle ouvrait un commerce, un comptoir des îles, une grande surface pour l’époque. A y bien réfléchir, c’est dans la logique du trait le plus dominant de son caractère.
Elle était tellement généreuse Mamie, à vouloir toujours satisfaire, que son étal était nanti de tout ce qui pouvait se faire de denrées, de tissus, d’armes, de laines, de cartouches et d’outils, de vêtements d’enfants ou de vieilles grand-mères. Même les hommes étaient prévus aussi dans son grand inventaire.
Elle avait séparé tout cela, un rayon pour chaque chose et plus à part encore se tenaient les chaussures. On m’avait raconté, en éloge à titre posthume, ce qu’elle faisait fréquemment  de son rayon bottier.
Les enfants des campagnes devaient pour rejoindre l’école communale passer devant le pas de porte de Mamie qui scrutant les visages roses des chérubins devinait, son jeu favori, sa lignée parentale. Elle l’interpellait s’il était « va-nu-pieds » comme beaucoup de ses semblables, nos contadins étaient rustiques alors :
-Dis moi jeune homme, tu t’appelles (je le garde anonyme pour éviter de flétrir un patronyme campagnard) « Châtellerault » je crois ? »
-Pourrais-tu demander à ta Maman de me vendre deux ou trois fromages que tu me porteras dés demain ?
-Oui madame….
Au lendemain le gamin livrait la commande que Mamie payait sur le champ, mais là n’était pas son unique dessein ; elle disait alors au missionné :
-Tiens, pour te remercier de ta gentillesse et que t puisses encore me livrer mes prochaines commandes, je te donne ces chaussures à lacets, soigne les pour qu’elles durent et remercie Maman pour son Bruccio … ou tout autre fromage blanc…

Avec délicatesse et sensibilité, elle savait préserver l’amour-propre en aidant de bien des largesses sans provoquer ni gène ni colère… Les gens n’étaient pas dupes car sa bonté était connue, et tant-pis disait-elle si le profit s’installe chez certains, leur enfants eux le méritent bien….

Dans le charme et la bienveillance, la beauté de son cœur l’affectueuse Mamie ne changeait rien à sa charge quoiqu’il puisse arriver.
Elle rayonnait Mamie sur tout son entourage, toute sa descendance qui n’osa, jamais se comporter contraire à sa tutelle ancienne qui les obligeait tous et toujours à aimer d’indulgence. Cela dura jusqu’à l’heure où l’horloge s’est tu. Elle en avait tellement vu des cas rares et des gestes malsains. Elle les avait connus, bien avant qu’ils nous reviennent, les vils, les  inaccoutumés, qui aujourd’hui nous vexent alors qu’ils lui semblaient n’être rien que véniels. La tolérance était son inéludable précepte.
Elle pouvait aisément, le temps d’une douce, très douce et si longue caresse sur le dos d’une main happée par ses doigts si fragiles, bénir ses enfants, sans boniment ni maladresse, et leur donner la force, le cran et l’ardeur pour les travaux à faire.  Nous étions prêts.
Elle en avait tellement serré des mains, tant de misère à consoler, tant d’amour à partager, de faux pas à éviter. Je crois que, depuis mon plus jeune âge, Mamie m’avait choisi pour la relève ; elle m’enseignait à donner mon bras « fort » en soutien pour l’aider à marcher sur le sol caillouté de la « petite foret ». Durant ses longues promenades, à pas lents, je m’imprégnais de ses discours, des ses histoires romanesques qu’elle reprenait le lendemain. Jusqu’à dévoiler la morale pour bien m’en expliquer la fin. Elle savait nous dire tant de choses si tendres, assise au bord du lit pour faire tomber nos fièvres. Elle faisait vivre l’aventure d’un Roland de légende ou l’histoire sans fin d’un affreux commissaire, à la faible lumière d’une veilleuse à l’huile qu’elle gardait allumée pour éviter le noir et nous permettre ainsi de remplir notre baquet d’aisance avec commodité.
Elle l’appelait souvent à la rescousse ce fameux commissaire quand la marmaille prenait des allures de renégats, elle mimait les tocs à la porte qu’aurait frappée un « commissaire » voisin. Là le silence était de mise et nos yeux se fermés par nos paupières crispées se mettaient à rêver aux histoires fantastiques d’où un héros prestigieux viendrait pour nous sauver de ces tristes geôles promises aux trois coups.
Je la revoie encore traverser le grand salon napoléon, décidée, le dos tourné vers moi. Sans doute allait-elle grignoter sa friandise quotidienne, son petit carré de chocolat. Je la suivais, petit môme, insatiable claque-faim, et, tout à coup, dés que ma présence lui semblait bien réelle, elle faisait volte face, les prunelles figées, pour me contempler, presque se recueillir, riante, enjouée de l’heureuse présence de son petit dernier.
Simplement, en silence, elle me regardait.
Là, je laissais  le temps à ses yeux de gaver sa mémoire, ils allaient me le rendre avec tant de bonté.

Mamie, je l’aimais bien.
Je t’embrasse très fort, Mamie…




LIFE GESTE

Life Principe
Geste of Love
Our blood
Hitch wants to grow

Maternal germ
Tiring Nights
Moral strength
It’s the heredity

Refrain

Bud or ears
Young or old men
Happy or beaten
Will have to sow

Refrain

The cane trembles
the step stumbles
Waiting spring
Cut the sabre

Refrain

En tous Mots, une nouvelle…

- Si cela vous incommode, je rengainerai ma nouvelle, et m'en retournerai droit, comme je suis venu...
Molière

J’adore écrire. Je crois qu’au fond de moi il y a comme un bouillon, un brouet de mille mots qui monte en gamme. Une permanente fermentation d’un électuaire ancien, d’une thériaque salutaire qui prend son origine dans une nuit des temps.
Juste sous l’estomac, vers le creux du nombril, un creuset, un ferment se ravive, filon intarissable semble-t-il, nourri des grands principes, des étymologies, de points et de virgules qui s’exclament de tout, il est là ce fameux germe, en archive historique d’ouvrages et de recueils que je n’ai jamais lu et pourtant ce dépôt mémorial inonde mes pensées et aggrave ou réforme tout le carnet de notes de mes méditations.
Est-ce un remède à l’innocence qui vient avec la moitié ? Il y aurait donc l’inculture, qui dure peu face aux années, puis l’aspersion de la culture, une abondante révélation qui se consacre dans l’écriture par le baptême des initiés.
Est-ce- cela « l’état de grâce » ?
Pourquoi donc ais-je accès aux secrets des  mithridates ? Sans avoir, de mémoire, mérité plus qu’un autre  ce don de praticien, du verbe il s’entend car je ne prétends pas être un savant physicien dont j’envie le savoir, car quand j’écris  j’ai grand-peur de dire un placebo.
Je veille, tout de même, à prendre avec régularité mon grog favori et surtout, auguste cuistancier, à bien l’accommoder, l’arranger, l’apprêter, le mitonner pour enfin, en vaillant homme de peine, distribuer alentour un morceau bien choisi, tendre pièce de mots ou acide concetto, piquant pour qui le goute. J’en change toujours un peu l’aspect ou la recette aux premières censures. Pas tant pour plaire absolument, mais plutôt pour ne pas offusquer un lettré ou déplaire au commun. L’aristarque admire ou condamne par juste un coup de patte ou une raillerie.
C’est là que, Philosophe un peu, je me dis que les mots choisis n’ont pas su lui donner le sens que j’espérais. Bâtir et rebâtir, c’est toujours travailler.
J’aime à départir un ténu filet de culture à qui voudra bien me lire ou un peu m’écouter, comme on faisait jadis, en place du marché, devant le charlatan bonimenteur qui hâblait, camelot, porte-balle d’un espoir qu’il disait avoir tiré d’un patrimoine hérité, Dieu merci, de quelque Philosophe ou autres puits de science, grands sages ou encore de son Grand Maître Théoricien, lui le disciple appliqué, élu de Diafoirus.

Que mes écrits ou que mes dires puisses servir à s’endormir vaudrait à affirmer qu’ils sont soit de terribles clystères soit qu’ils accouchent de chimères hallucinantes qui transportent l’imagination par delà la conscience, vers la rêvasserie. Je prends, fat, fait et cause pour le second a priori, il n’en est d’autre qui me plaise et surtout cela me presse à pulluler d’écrits pour en donner lecture.

-Est-ce là un élan de grande générosité ?

Tiens parlons en de celle-ci,  de cette vertu qui réclame déjà, avant que de donner. N’exige-t-elle pas, pour aller plus loin où poursuivre propos, de se commettre en partage, de la confiance au moins ?
Je vous surprends, j’en suis sur, mais n’est-ce-point vrai que la vertu ne s’exerce que vers celui ou ceux qui nous inspirent ou bien qui nous implorent, qui nous tendent les bras, qui donnent l’accolade, qui flattent notre égo en usant leurs genoux ?
Alors là, en fiérot personnage, on donne, on s’applique, on abonde, on accole, on administre, on adjuge conciliant,  enfin, pour dire, on concède un peu pour, en retour, tirer de ce bail précaire, un ex-voto glorieux dont on saura quoi faire.

-Mais il y aura-t-il un jour un jugement dernier ?...

Loin de moi l’idée de vous conseiller le contraire de ce faire ?
Présumant de cet avenir je ne peux, pour être votre Ami, vous pronostiquer le contraire de tout ce qui est « écrit » !
C’est comme ceux-là, les conseilleurs, qui ont besoin de dire et de dire et de dire, pour se persuader eux même de leur stabilité, de leur solide embase établie sur les legs du passé.
Forts de leur expérience ? Je veux bien entendre qu’ils le sont ou du moins qu’ils le disent, mais que feront-ils ?
Trahiront-ils, eux aussi, devant le tréssaut de la vie, qui touche au plus profond, en torture intense du corps ou de l’esprit, quand ils devront chanter ou perdre leurs Amis.
Là, orphelins du conseil, ils devront, pour rester fiers, prendre parti, quoiqu’il en coûte de s’exécuter dans cette conjoncture, en contrant la manigance des marchés pour les dupes et les manipulés.

Je l’ai vu, je sais ce qu’est la bête noire de l’inquiétude d’aujourd’hui, heure après heure, seconde après seconde, avant que de penser à celle de demain.
La bête noire de quatre jours d’infortune, du tourment, du martyre, de la juste ou calomnieuse punition, de la gêne, du supplice administré par l’homme acharné ou orchestré par la Mère nature.
J’ai vu cela, disais-je, et pourtant, j’irai, pour vous, maintenant, de mon propre Conseil, ne vous attardez pas à vouloir la dompter, elle est bien trop sauvage, bien trop croque-mitaine pour les humbles parias.

-Tiens à propos de bêtes sauvages, rions-en un peu…Je suis allé au cirque, le rêve de l’enfance, les rires des grands…

-Savez-vous encore rire ?
-N’avez-vous pas remarqué que le rire dérange ?

Il est exubérant, trop haut, mal à propos, il fait même, parfois, fi du plus grand tourment, il glousse au moment ou le coït enrage, il ignore dédaigneux, il persifle ironique, il ridiculise, il raille, il pleure de rire, il pouffe pour surprendre, il se tord, fait risette, s’amuse de bon cœur, se fend, se meure, se gondole, s’éclate…
Le rire est rituel, une arme pour certains mais pour d’autre c’est sur, le rire est bien gênant.

Je voudrais qu’en à moi, qu’on considère le rire car il est instinctif, passionné, le reflet des pensées et ne dit on pas toujours qu’il faut être affectif, s’obliger par tous temps au plus grand des respects pour les grands Sentiments…

Puis-je vous instiguer à ne pas fourbir vos armes pour ne pas bélliquer, le Rire en est la première, la plus terrible, sans réplique, elle lui va laisser une trace à jamais.
On peut bien pardonner une bonne engueulade et même une calotte sera considérée, mais que pensera-t-on, au long terme, d’un rire arrogant, dédaigneux, insolent dont la morgue divulgue, dénonce même,  le manque de respect…

J’en étais au cirque ….


J’en suis là de ma nouvelle.

Et tiens donc, en voila un bon mot : la nouvelle.
Moi, je parle des élucubrations, des pensées métaphoriques, où l’imaginaire emprunte à l’emblématique un soupçon de spiritualité pour verser vers le conventionnel symbole remarquable.
Ces divagations d’un esprit qui radote, en désordre,  peuvent frénétiquement nous amener, au travers des incohérences écrites, à croire ou à emprunter la bible de l’auteur, pour un instant ; le temps qu’il intervienne en digression sur nos arrêtés que l’on imaginait jusqu’alors comme irrévocables, immuables, voir déterminés.
L’anecdote battra son plein de fantaisie, feuilleton rocambolesque, apologue morale aux contours allégoriques, et sa trame, comme une prose inasservie, dévoilera le mythe chimérique du gâte-papier.
La nouvelle qui prête son nom aux formes décadentes des rumeurs, des bruits, des scoops, des tuyaux sur lesquels on se branche, des échos des cités où les bobards résonnent en bombes bien larguées ou en pétards mouillés.
Elle prend l’apparence de ragots, d’historiettes, de blagues ou boniments, et parfois facétieuse elle ira jusqu’à  provoquer par un bon canular.
La nouvelle est aussi bonne, comme mauvaise, informative à souhait, elle fait signe de vie.
La mienne communique, elle livre mon émoi, elle se veut interprète à faire traduction d’un sentiment confus qui  pond sa narration.
Ne dit-on pas des fables qu’elles font du baratin, qu’elles sont le bavardage, les paroles faciles ou les vils cancans, les biens heureux babils ou les tristes caquets.
La mienne, elle, espère pouvoir se comparer à une babillade qui vous tient au menton.

Aujourd’hui donc tout va bien et le cirque m’attend…

Je vais au cirque comme à l’arène antique, émerveillé par les héros du stade qui feront le spectacle sous la houlette d’un clown.
Le tribun du rire, du fantastique, des effarantes figures architecturales posées sur des colosses héroïques...

Le clown qui garde son énigme, son masque domino, qui déguise son âme pour en faire un travelo. J’ai eu toujours le sentiment qu’il est le vrai contraire de ce qu’il nous affiche.
Il me bouleverse et son rire joyeux réclame que l’on s’y prête aussi pour l’aider, solidaires, à fuir son tourment caché, inavoué.
Il doit falloir de longues années pour exceller ainsi dans l’art du camouflage. Une grande amertume ou une angoisse plus bouleversante encore, une raison vitale l’auront amené à changer ainsi la couleur de sa peau.
Nous devons lui faire croire qu’il n’est pas déchiffré et qu’il demeure, à nos yeux lucides, le pitre bateleur, le bouffon saltimbanque, le gugusse, le guignol, l’auguste qui répète en solo derrière sa caravane, cherchant la perfection avant de déclamer, tout au long du spectacle, son manuscrit écrit pour l’Amour des enfants.
Il s’enfuira, c’est sur, si on cherche à savoir, à le démaquiller de son accoutrement, comme un prêtre en défroque il se trouvera nu et sous quelle apparence voudra-il renaître après ce coup du sort, ce mauvais traitement ?
Le notre est flamboyant, doré, il irradie sur l’assemblée et déjà les regards des petits et des grands reflètent la pétillante émotion qui rayonne au centre d’un rond qui se surpasse faisant des étincelles, lançant des escarbilles. Il combine le spectacle en lui chauffant la salle.  Il remplira  parfaitement la mission de nourrir le feu sacré, quasi thaumaturgique.
Lors, la magie s’avance pour effacer un court instant la présence du Fou.
Je m’installe prés de la sortie des artistes pour pouvoir, bien mieux, me plonger dans l’ambiance. Comment font-ils pour rire ainsi, si fort ?
J’en aurais mal aux lèvres. Et leurs dents sont-elles à tous aussi blanches.
Ils ont un secret pour sur, qui se transmet en héritage. C’est peut-être pour avoir eux-aussi les dents blanches que leurs enfants commencent petit à prendre la relève.
Je me surprends à scruter avec minutie l’accoutrement du brave pour y déceler quelque indice qu’il aurait pu laisser, comme un appel du pied, un clin d’œil aux initiés des signes  conceptuels.
Voila que je me livre déjà à faire l’inventaire d’un monde inconnu, de ses richesses, étalées sur l’habit de lumière, que j’espère révélatrice du sens profond de son message.
J’y pressens une logique rationnelle, rigoureuse, démonstrative du pourquoi du bonheur qu’il affiche.
Tiens, là, je me brocarde seul, je désenfle l’idée qu’il y ait eu un pourquoi autre que la passion du métier de la Bâle. Il est tellement joyeux quand il se retire que, pour sur, Il se veut balconnier pour pouvoir donner à qui sait recevoir. Je laisse donc l’inventaire aux scellés tutélaires.



Pour l’heure, de ma place, j’aperçois le spectacle comme le costumier derrière son rideau.

A moi le bénéfice des encouragements donnés au pas de porte et des bravos discrets au retour de scène.

Je me fais délicat, pondéré dans mes gestes, dans mes embrasements.
Je ne veux pas gêner le conseil à voix basse, les pudiques adieux avant leur mise à mort.
Mais de mémoire cela est rare, tant le ballet s’accorde à jouer le bon ton.
Même le fauve attend pour faire son effort et tenir son rang, saltimbanque à son tour.
Ils se rivalisent de force, de puissance.
La violence rugie laissant place aux fourrures soyeuses des chatons.
Le chien qui sait tout faire, faire croire qu’il est lion, tout fou ou bien savant, dressé à l’exercice, ou, mieux, à l’écriture.
La poussière des savanes nous envahie des que la horde sauvage, éléphantesque envahie notre arène.
Enormes pachydermes qui font aimer les gros.
Ils sont tellement gentils dans leur démonstration, leur geste est très précis, démesurément précis.
Leur sourire qui ne trompe pas et leurs yeux malicieux qui regardent ailleurs semble-t-il.
L’éléphant est mon favori, il gagnera pour sur le Prime des enfants.
Votons donc pour tester, illico, mes intuitions.
La voix d’une femme, maitresse de la maisonnée, harmonise le mouvement, rythmant la cadence infernale du spectacle.
Elle oblige à tenir l’allure, la mesure, la succession dans le respect millimétré des partitions révisées lors des répétitions.
Elle scande, accentue, marque le temps de pause, accentue le débat, l’accord musical qui souligne les clous de chaque scène, de chaque sketch, de chaque féérie.
Du haut de son estrade elle rassure, par son autorité, les acteurs du tableau.

-La savane, pays de mon enfance, j’ai grandi mes premières années en Afrique. Il est vrai que je suis né en Afrique, au Sénégal précisément...
La Terre Africaine, pays de mille mystères, de mille peuplades fières, l’origine sans doute. Le pays du sourire aux dents blanches, de la nonchalance. C’est là qu’est née la Bamboula, la fête au naturel, qui s’amuse de peu, du tesson, du cul d’une bouteille qui engendre le feu. Cette Afrique que l’on imagine, terre de tous les démons, protégée, en rites vaudou, des vils maléfices par toutes ses puissantes superstitions. Pays des Messes noires où le sorcier oblige à pratiquer selon la loi des oracles venus du vieil âge. Dans son temple, les présages seront la Bible ou le Coran des miséricordieux.
J’y ai vécu, ma foi, bien peu de temps. C’était quand papa, le Corse, militaire de la coloniale, participait vaillant à la grandeur de la France.
La douche, mon souvenir le plus palpable, sans doute le moment le plus important des chaudes journées de l’époque, un ridicule petit robinet flanqué au coin de la maison blanche. Puis le talc arrivait, saupoudré par la main noire de ma DouDou, comme un nuage blanc, pour m’éviter d’avoir l’entre fesse brulante. J’en tire avantage tous les jours de ma vie.
Je la revoie encore ma DouDou, afférée autour de mon corps. En bonne nourricière dont j’ai du maintes fois mordre le bout des seins, elle m’a donné, immodérément, ce petit-lait jaune pâle, souhaitant cumuler à mon seul profit  un trésor d’énergie débordante, de la force des siens, et leur nonchalance, aussi.
Cela se ressent au creux de  la poitrine, ce n’est pas de l’autolâtrie, c’est là, un héritage, voila tout. Pour l’esprit, je ne sais quel fut le sortilège, le grigri bénéfique,  l’étrange protection dont elle m’a affublé, mais ses mains, douces, noires et blanches, maternelles, exercent encore maintenant, alentour, en parfaites murailles, un garde fou magique face à tous les dangers, les traquenards, les incartades, les pressions qui nous minent à nous faire céder.
Un grigri qui rassure. Sans autre argument que mon propre ressenti, je peux vous affirmer que tant que vivra cette vieille africaine, les DouDous veilleront sur leur terre…
Avez-vous déjà vécu la chaleur brulante des poussières sur la peau, sur les mains ? La fournaise d’une canicule qui époumone, accablante torpeur qui trouvera son contraire la nuit, dans le frimas gelé. Etrange adversité qui donne l’équilibre aux lignées somatiques.
Avez-vous goûté le plat national, le Thiep bou dien où le Thiof rivalise avec le piment ?
Vite, allez en Casamance, et écrivez moi une nouvelles après.

Après l’Afrique mes ailes m’ont porté jusqu’au Cambodge, pour me réhydrater, sans doute, à la première saison des pluies.
Attendri, j’ai découvert que le ciel pouvait lui aussi pleurer. Mais pas de petites larmes d’enfant, non, de ces larmes que l’on prête seulement aux crocodiles ou aux géants, comme une mer verticale où se baigneront à 30° les mioches de la rue, presque nus, se jouant des forces de la nature en riant aux éclats.
Les temples ont duré, immobiles bouddha, deux bonzes assis dos à dos se soutiennent dans leurs pensées secrètes.  Le Vietnam vit cela ; l’éternelle allégresse, devant un bol de riz et ce quoiqu’il advienne.
Les fleurs sont partout, symbole, s’il en est, de la beauté des gens qui ne savent opposer à l’affabilité que la bonté elle-même. Le Cambodge, c’est un sourire, un visage toujours attentif, accueillant et des yeux pleins de grâce même dans le malheur.
Vous rendez-vous compte de ma fortune, en prime jeunesse, Planter mes racines en terre originelle et découvrir, dés lors, le pays de l’Amour.

Vous me direz, après cela, que ma « DouDou »  n’est pas de veille. Affirmez-le si vous voulez, je ne le croirai pas.

Les voyages qui forment la jeunesse...

La jeunesse qui voyage, pour l’expérience que j’ai en la matière, se nourrit d’aventure, de rencontres que l’on espère toujours opportunes, de la culture en partage, de nouvelles littératures, des richesses et des pleurs, d’une pause éphémère qu’elle s’accorde pour mieux s’attacher, embrasser ou compatir ou bien même, combattre en faisant don de soi.
Elle est là, je crois, la vrai richesse, l’énigme du butin, des fortunes amassées par le sort, le destin que chacun pourra influencer ou subir :
« On récolte ce que l’on sème, que l’on explore le mauvais ou le bon »…

Il est un mauvais voyage que l’Homme ne doit jamais faire, celui qui mène à laudanum. Les brumes délétères y enivrent et  engloutissent l’esprit lucide dans les nimbes fleuries émanant de fumerolles aux parfums d’olibans.
Ce voyage sera, pernicieuse desure aux mailles bien serrées d’où bien peu en réchappent, un puits sans fond, un puits perdu.
Une fosse commune, le rang serré des âmes égarées, sera le seul refuge pour le délirium. C’est au cœur de ces contrées maudites qu’il faudra s’engager, comme en spéléo, encordé fermement, pour reprendre au néant les âmes de nos frères en plein égarement.

Il faudra espérer, pour ce faire, un chouya de son aide, de bonne volonté, contre l’ingratitude dont on est sur dés lors que nous parviendrons à  démailler le piège biotique qui l’assigne au mal-être.
Ha misère de Misère !
Je dis tout cela, je le pense très fort, mais dans ce casse-tête j’ai cessé mon ouvrage, j’ai hélas abdiqué devant un entêté de deux ans mon ainé.
Comment dire au plus grand qu’il sape la morale et pour autant trouver les mots qui le rassureront, qui lui donnent courage et qui l’inciteront à prendre à bras le corps son rôle de patron.
Las, j’ai faillit semble-t-il, car Il a perdu pieds dans une irrémédiable spirale, un irrévocable fait-accompli par lequel il a su affirmer son choix définitif comme une vérité catégorique.
Mais rien n’est imprimé de façon immuable, pour la postérité. Le constat est qu’il est des jeunesses issues du même lit qui pousseront en liesse quand les autres ont détruit.
Les fêtes poussent toujours aux analyses mélancoliques, celles du vague à l’âme, au mal du pays. Nostalgie, nostalgie, elle nous unie par-dessus les rivages et par delà le temps qui ennui, contrariant les embrassades.
L’amour proportionnel au Silence, quel paradoxe !
N’est-il pas vrai que vous l’aimez avec certitude. L’être cher le sait, mutuelle affection.
C’est l’avant goût du geste qui s’efface à attendre demain l’occasion pertinente que le hasard nous tend.
Allons-nous provoquer les belles embrassades, les petits gestes doux qui cultivent avec justesse les passions anodines, ou allons-nous attendre un symbole connu, un remarquable fait calendaire pour justifier d’un petit reste la profondeur des sentiments ?...

Je t’aime tu sais, oui je sais ! Tout est dit… et le reste ?

Le sentiment qui nous bouleverse, après coup.

Le coup qui tue, qui tout arrête…

Le temps ne se conjugue alors qu’à l’imparfait, jusqu’à l’oubli…

Mais peut-être qu’un jour on le retrouvera, après tout…..










Aujourd’hui j’ai ressassé,
Bouleversé à propos d’un Ami
Qui n’a pas su transmettre,
Sans y être quelque peu forcé par mes messages,  
Ses simples, spontanés et amicaux vœux de L’an
Comme un parrain qui oubli d’être père
Ou un mari qui oubli d’être amant…

Et le blues m’a pris…

Demain çà ira mieux…


Le banc qui aide.  

J’ai vu l’émission sur Arte qui montrait la vue des errants sdf de la capitale…

U banchiteddu


Un petit banc de pierre qui comme les saisons
Changera ton humeur quelque soit la raison,
Il accueille ta vie, recueille tes passions
Tes amis, avec toi, y diront  l’unisson….,

Un petit banc, tout vert, qui le sert en hiver
Dont le bois le réchauffe, l’isole de parterre,
Le jour il se partage en famille, entre frères
Et la nuit il s’en charge en restant bien couvert.

Le jour il entend tout, les cancans et les juges,
Ils voudront s’y assoir, trouver des subterfuges
La nuit il l’attend pour lui donner refuge
Ou y trouver dortoir,  après quoi le déluge.

Mais est-ce-bien séant, aux yeux des bonnes gens
Qui, d’un faux naturel, s’y montreront charmants
Un coussin ou un plaid pour transformer le banc,
Pour ne pas partager l’odeur du mécréant.

Prison à ciel ouvert, ne plus croire en la chance,
Garder pour seul espoir de salut cette planche
Où dormir, souffrir, dans la froideur qui tranche,
Laissant place au soleil des enfants le dimanche.

Les bras sont repliés, quand tombe le silence,
Sur un peu de picrate pour y souffrir de transe.
Le col est retroussé sur cette déchéance,
Les yeux fermés y cherchent une reconnaissance.

Un barda délavé sous un sac plastique,
Une course effrénée au pas de gymnastique,
La pluie tombe devant l’entrée d’une boutique
Vitrines caressante de rêves érotiques.




Le banc sera lavé,  Douche providentielle,
L’odeur du dépravé par les larmes du ciel,
Le bourgeois oubliera, quand misère ruisselle,
La dignité humaine comme un péché véniel.

Cette once de respect,  c’est son chien qui lui donne,
Il veut garder Médor pour être encore un homme.
A l’aune de sa vie, c’est sa qui joie résonne,
Dans le train-train des jours, le glas est monotone.

Un petit banc, tout vert, c’est comme une amnistie,
C’est là que le hasard lui a donné un lit,
Un abri éphémère pour y passer la nuit,
Oublier de penser dans le froid qui grandit.


Je passe bien souvent devant cette litière,
J’y sens avec effroi s’écouler sa misère.
Il est dur cet esprit, saint l’a foutu parterre.
Que voit-il de nous, pourquoi est-il amer ?

Oseras-tu un jour caresser ses cheveux
T’assoir toi aussi avec le malheureux
Lui laver ses guenilles et lui parler un peu ?…
Inaccessible amour, celui des gens heureux.

Donner c’est s’enrichir, c’est offrir du répit,
Egoïste n’est point quand le geste est gratuit,
A remplir gamelle, à donner un louis,
C’est au creux de nos mains que son jardin fleuri.

Juste pour faire plaisir, sans détour et sans honte,
Sans craindre qu’un beau jour on lui rende des comptes,
C’est devant sa misère que les larmes nous montent,
Soit donc solidaire de l’homme qui l’affronte.

Merci pour lui…




VOGUE,

Quand nos voiles se gonflent d’un souffle, d’une vie
D’un courant eternel, qui s’en va sans retour,
Je voudrais ralentir, en prenant quelques ris,
Et rentrer dans un port, jeter l’ancre d’un jour.

Nous voulions, pour toujours, conserver le même âge,
Faire une volte face aux rides du printemps,
Aborder sans détour la beauté des rivages,
Un simple pied de nez aux caprices du temps.

Océan de la vie où des mailles nous tiennent,
Même les fils maudits y feront leur devoir,
Après une bordée, il faudra qu’ils reviennent,
Graver leur pierre aussi et se taire au dortoir.

Tu beuglais tes colères, au rythme du ressac,
Eclatant  la cuirasse de roches si profondes,
Où la peur a grandi pour nous donner le trac,
Du spectre de la mort, comme au reste du monde.

Tu blessais l’avenir, faisant couler son sang,
Vénérant l’inconnu qui l’a imaginé,
Corrosion, tsunami, ou caprice du temps,
En héros étrillé par un miséréré.

Le vent a bien voulu nous sécher de l’écume,
Et ouvrir nos fers, rivés au bout des chaînes,
Envolant la pitié, il souffla sur l’enclume,
Où on avait forgé les glaives de nos haines.

Sur des pieds adorés qu’il est venu baiser,
Pour prendre dans ses mains la  flamme de nos vies,
Eloignant le pourquoi et nous faire espérer,
Il nous fait naviguer sous  les cieux des bénis.

Amour, veux-tu t’asseoir et voguer en silence ?
Suspendre notre vol pour des heures propices,
N’être plus malheureux, c’est notre jour de chance,
Nous vivrons l’infini, au jardin des délices.

Temps jaloux, ils se peut que ces moments d'ivresses,
où le flot de la vie nous berce, doucement
N’aillent plus aux galères à  la même vitesse,
Loin des jours de malheur, nous serons les Amants.




Un monsieur aux crins lavés, presque âgé, traversa notre rue,
la main tendue d’un maire en quête d’opinion.


-Cher ami, je cherchais votre nom, je ne pensais qu’au vôtre.
Vous êtes l'homme qu'il me faut.

-Quel bonheur de vous voir, vous qui êtes toujours si bienveillant pour moi.

-Oui, on m'a demandé un de mes anciens disciples pour une mission superbe, devenir le garant de tout notre avenir. Vous êtes l'homme qu'il nous faut.

-Faudra-t-il pour cela partir ?

-Va, on t'attend ce soir au souper. Pas de branlebas officiel, tu feras le tour par l’arrière de la propriété ? On ne te verra pas venir, pour la notoriété et le secret dont tu auras la garde !


Ce soir-là, seul, l’homme y était !



Fiction nationale ou la noble révolution

Les rebelles de Ziegler contre l’ordre du monde étaient hélas écrits bien trop petit pour  que l’on puisse d’une traite lire l’ouvrage de bout en bout et retenir comme maxime sa simpliste définition du devoir :
« Caminante no hay camino, el camino se hace al andar ».

Il était un fois…

Une troupe de jeunes étudiants, Niçois pour l’année scolaire, qui rêvaient d’aventure et de grandes actions. Prélude orchestré d’une fugue hivernale ratée.
Un melting pot d’intrépides qui s’imaginait détenir un pouvoir divin, par la supra-intelligence d’une génération d’érudits, à peine conscients de l’imposture de leurs meneurs aux discours indévots.
L’intellect, à sa renaissance, s’était persuadé, dans son averrhoïsme, qu’il ne comptait plus qu’un, pour l’idée primitive d’une apostolique mission qui consistait à sauver l’identité biblique de la Corse où ils sont nés.  
Ils se mirent de concert, entrainés à ce faire par quelques objecteurs, à fondre, en un creuset idiomatique, les pensées les plus réfractaires, espérant tirer de cette fusion ésotérique les tables de la loi.
De gauche comme de droite, les plus forts à l’extrême, les habiles orfèvres versaient, à qui mieux mieux, leurs lots de feux sacrés, tirant de ce fourneau un crédo ultramoderne, inattendu et même truculent, aux bases réputées « populaires ».
Idéologues, certains revivaient, de la même manière, les faits des grandes guerres que leurs vaillants ainés avaient pu raconter lors de veillées funèbres.
Sambuccuciu et Paoli revenaient, demi-dieux, de leurs généreuses et terribles batailles où de chevaleresques blasons ont marqué l’avenir.
Tant d’immortels ancêtres communs, honorant la Patrie d’un poing tendu, en un salut guerrier, celui qui se dresse, aujourd’hui encore, sur les podiums des plus belles Olympies.
Fiers soldats de l’arène sauvage dont les cris de douleurs ne purent, jusqu’au dernier, subroger la ferveur du chant des immolés.
D’une prière laetarique ces enfants de la Vierge-Marie ont gravé nos mémoires de tant de listes alphabétaires au bas des urnes funéraires.

Le sang avait coulé, il fallait l’honorer.

L’origine de certains popes présents était toujours contestée par la « Magagne ».  En tels pères tels fils, on les disait « lucchesi, sardignols ou ritals » prenant référence aux traitrises fuyantes, au maquis déserté et aux « Piloni» de velours côtelés, bien vite retournés dés les premiers revers de l’austère grisaille.
Attentistes d’une meilleure issue pour leur renom, ils trouvèrent dans la trame de ce complot national une opportunité symbolique.
Ils y prendraient racines en espérant, sans doute, par un discours  marqué, délaver la chemise noire  colportée par leur nom italien.
Ceux-là même, fat dans leur idiotisme, s’installaient en tribuns obligés par une autorité corporelle bien imposée.
Ils prenaient ainsi les devants sur l’aléa de l’avenir en s’insérant parmi les juges d’un procès de supercherie qu’aurait pu leur ester un sang avéré de meilleure origine.
Ils devenaient, de fait, juges et partie et ne risquaient plus rien dans cette affaire que de redorer le blason de leurs pères sans plus craindre que l’un des tiers ne fomente à leur encontre, en coup très bas, une quelconque action en réduction. Ils auront même, l’histoire nous le dira, la finesse de se revendiquer d’exploits que d’autres auront pu faire.

On empruntera ses méthodes à l’histoire en apprenant, bons élèves, à subir le dictat d’un prétoire, sauf aux regimbeurs, à ne plus être admis au milieu de l’élite, ni même invités aux jeux, aux joutes et parties du moment.
Le sublime se conjugue alors au plus que parfait.
L’étudiant y était sectaire et croyait bien motivé de traiter le réfractaire et le critique en paria ou en damné.
Cela se traduisit au quotidien, contre ces échalas, par des bastonnades, des brimades organisées en bandes estudiantines.
Comme de nos jours dans les nuits des cités, on se moutonnait crépus en suivant les mots d’ordre des régents gouverneurs qui ordonnaient, pour ceux-là, la castagne…
La tenue vestimentaire était originale, costumes de velours sur un gilet rayé ou bleu de chine aux boutons de tissus noué selon le climat du moment.
Même les filles avaient leurs toilettes reconnaissables, elles empruntaient une veste à papa.

Une noblesse entière, Sept fils de bon sang, au physique athlétique, unis du même espoir de sauver le pays, s’avancent à contre jour.
Alertés par les bruits qui courent, le verbe à droite sans aucun doute, le sang bleu vient vite aux nouvelles :

- On se dit Corse par ici ?
- Veut-on porter atteinte à notre oligarchie ?
- L’assemblée réunie est-elle populaire ?  
- Veut-elle renverser le bel ordre établi?

Au bar des Corses, l’alcôve du fond, réservée à notre diaspora est déjà dans la brume. La pièce prend des allures de veille silencieuse attendant le Messie... D’un seul corps, le noble groupe s’avance et s’installe à la table majeure. L’Instant du cérémonial fige l’exaltation.
Dans ce jeu, pas de déconnade, c‘est très sérieux, comme un prétoire redoutable, l’hosanna au cœur du conciliabule pour fonder une alliance issu de la consciencieuse coalition.
En ce jour sacré de l’an de grâce 197. , nous daterons l’an 1 de la Révolution.
L’élite était là, on pouvait tous s’en satisfaire !

La Femme, d’intendance, devient une égérie.
Elle est là, prés du feu, le tison à la main, en Colomba, en savante harmoniste, elle donne le ton.
Légitime est son affaire, au fond, n’est-elle pas le ventre de notre avenir ?

On emboîte le pas du glorieux consistoire, on s’entasse, on se mêle, puis on se sépare pour tirer des synthèses et répartir l’aréopage en séance de travail aux missions périlleuses.

Ordre nous est donné d’établir, par un zèle réfléchi, une doctrine identitaire : les fondements sacerdotaux des états généraux.
Lors, tous bacheliers à la jeunesse folle, on s’invite érudits  au bal des gens biens.
La discussion s’installe sur le fait politique et le pouvoir du peuple sert la controverse. On conteste, on dénie, on déjoue et on sape, à tout va, les prises de positions par trop conservatrices.

Le jeu est arrêté car le débat s’anime.

Notre culture s’installe dans un halo de fumée « job-bastos ».

Nous voilà tous très excités, le ton monte très vite tant la Passion est effrénée. Chaque jeune loup hurle comme la meute par un désir ardent d’apporter son éco à l’ambition commune d’ériger la Nation.
Don Quichotte est dans l’affaire.

Au fond du bar, le cercle s’est agrandi. On pousse encore les tables, on tire toutes les chaises, les cendriers remplis de fumantes promesses se poseront à même le sol.
Le ton y frise l’engueulade parfois, la frénésie, comme un « chjam’e rispondi », un va et vient de mots indispensables, tels des dialogismes divins.
Qui d’autre que le noble ou  la Sainte Vierge Marie a pu nous réunir et nous amener au sujet d’aujourd’hui ?

« Le chantre », lui-même, sort de ses poésies.
Dans un néologisme symbolique,  attirant l’attention sur la bête de scène, d’une belle envolée,  le plus fort, le plus haut dans le verbe, il entamait soudain le « Dio » avec maestria.  
Tout le monde si colle à l’unisson, les poils au « garde à vous ».
La faction, l’armée, le Peuple  a pris forme, renaissant de ses cendres et de tous les discours enflammés qui brulaient depuis longtemps dans les esprits nouveaux.  

Les luttes révolutionnaires de l’«Internationale » ont redoublé l’ambiance et installé, en nuances, les règles du parti :
- -« On ne pourra point rompre le pacte d’aujourd’hui
- Sauf à quitter céans les colonnes armées ou bien,…
- À tout jamais, à accepter la loi des volontaires…
- Se taire et ne jamais rompre, ne jamais se quitter, …
- Même de gré à gré »…
De bonnes grâces, euphoriques et solidaires, nous laissons, à la porte, toutes les infamies.
Certains restaient silencieux, déjà conscients de l’ampleur du sujet.
C’était bien plus grave qu’une croisade chrétienne.
Nous pensions chasser le renégat de notre terre originelle.
Pas de droit à l’erreur car nous étions, dés aujourd’hui, pour la Gloire de nos Pères, devant Dieu, responsables pour les générations avenir. Un raté aurait, pour eux, des conséquences irrémédiables.
Nous risquions par aveuglement de friser le contresens et de faire, d’un bon discours, une belle coquille.

Gare aux déviations, aux hérésies, aux faussetés, aux sophismes éblouissants de grandes éloquences qui finiraient de jeter au rebus, à tout jamais, les fabuleux espoirs de Liberté de toute descendance.
Dans ce concert politique la noblesse savait garder « tête froide » pour ne pas ajourner l’ambition du moment. Il lui fallait conduire un peuple asservi à jouter la bataille et, pour un cartel de nantis, pour une riche table ronde, bourrer le coffre fort, bien en tirer parti.

Le héros le plus érudit, dans une langue Corse congénitale, tirée des entrailles de l’histoire, jura que ceux qui oublieraient leur honneur en chemin seraient pour tous les « bannis à jamais » « vergogna a tè… ».

Cette imposante confrérie nobiliaire, ce gratin avait pris le dessus en rappelant avec simplicité les quelques faits de guerre qu’ils avaient, avant tout autre, déjà réalisés…
L’assemblée populaire le savait.
Les bruits savamment orchestrés avaient courus.
Ils étaient déjà les idoles dont on aurait pu apposer la photo à coté de l’affiche du Che Guevara.

C’était parti…

La croisade primitive n’avait pas attendu la campagne universitaire.
Dés lors, pour profiter d’une glorieuse compagnie, nombre de soldats se voulaient être enrôlés au sein des chevaliers pour défendre les barricades et créer mouvement. Les uns, trop enthousiastes, interrompaient les autres dans leur démonstration.
Nous nous présentons, un à un, aux « Jo » aux « chefs » en  comité restreint.
Ils nous jaugeaient, nous estimaient vaillamment, pour adjuger une place dite communautaire au cœur d’un groupe de justiciers à l’estime populaire dont on devrait bientôt, ensemble démocrate, proposer l’objectif et le nom…
Ils abondent, ils justifient les écarts sur la liste qui se gonfle de nouvelles recrues.
Ils ne donneront, sur l’heure, aucun nom des conscrits pour l’Omerta, le « privilège de la confidence ». Ils contacteront plus tard, en aparté, ceux qui seront retenus, enrôlés.  
Les autres, sincères, pour qui les élus lutterons vaillamment, auront le droit de vivre l‘expérience du dogme en fournissant aux partisans une très naturelle  «logistique».
Nous voilà tous impatients de connaitre leurs choix.


Il fallait mériter cette estime, dire les bonnes choses pour gagner la confiance.  Etre fier, être droit, déjouer les malignes chausses trappes qu’ils nous tendaient et dont ils s’amusaient, inquisiteurs, pour tester moralités et convictions.  Les jeunes, comme moi, se sentaient évalués à chaque instant, cela à l’évidence de nos yeux brillants de tant de passion nouvelle.

Après une question anodine, « I capi » jouaient à nous fixer longtemps, comme un prof de philo dont on ne sait jamais le fond de la pensée et à qui on doit présenter la thèse et l’antithèse.
Le discours de chaque noble tribun frisait l’irréfutable, vu la valeur du sujet. Il apparaissait tout de suite qu’ils avaient, grâce à des livres rares, bien plus de connaissances que nos jeunes mémoires.
Bible ouverte sur notre belle histoire, sur le monde politique dominant et ses subtiles théologies régimentaires.

« L’archiviste », Le bibliothécaire de vieille souche, apportait de l’eau  au moulin par des détails incroyables. Comme s’il avait vécu toutes les invasions, toutes les guerres, les barbaresques, les pisans, les génois, les rois francs ou les Gris, et qu’en bon rapporteur il avait des écrits ou des notes sur tout.  
Il avait beaucoup lu, en fait, presque jusqu’à verser dans la folie livresque si sa mère, bienveillante, ne lui avait pas interdit de puiser plus avant dans les archives du château familial et de continuer, en spéléo,  ses inutiles et théorisantes recherches…
Il arrivait à lire quatre livres à la fois, tirant des uns et des autres des conclusions croisées, comparatives, contradictoires, élaborant ainsi sa propre vérité sur nos origines, sur les révolutions populaires, le caractère des peuples opprimés, sur ce que nos aïeux on fait de sacrifice pour résister tant bien que mal aux ruses et aux traitrises des années d’obédience.
Il nous débitait ses théosophismes par la rime passionnante d’une prose, sans mesure obligée, que par le poids spécieux des tournures et des mots.
Qu’il est motivant et qu’il est agréable aux tympans d’écouter un érudit.
Ethnique, ce mot là servait de base à son sermon…

Ils étaient là, sept barons confabulants qui dégoisaient bouleversants, convaincants, persuasifs  sur la nécessité de participer à la Révolution en marche en tant que citoyen de Corse et héritier de l’histoire.
Ils nous donnaient à réfléchir à la meilleure manière de s’inscrire individuellement dans la Lutte.

L’étudiant que j’étais s’en trouva fort flatté.


Le temps à passé depuis lors sur les champs de bataille, faisant l’expérience de chacun.
La réalité philosophique du noble cartel était-elle présente aux débats ?

Je crois pouvoir vous dire, aujourd’hui, quelle était leur bible nobiliaire  et quels étaient les assises fondamentales qu’ils avaient coulées à eux sept, en amont des colloques niçois et du tri, dans les rangs étudiants.
Aujourd’hui, dans la décrépitude générale, une analyse et surtout une conclusion, un constat s’impose de lui-même aux yeux du populaire …

La confession du « vade-mecum » :

Je crois pouvoir vous dire…      Cela va vous surprendre !

Le choix de la providence, qui les avait réunis lors d’une noble cérémonie familiale, s’est porté sur Sept jeunes personnages parmi les opulents.  
A l’évidence, la moralité relative héritée de leurs parrains notables  avait du être le critère voulu par le hasard.
Leur loi, éméritat, était en eux.

Je n’ai certes aucune preuve de cela, ni même du pourquoi, mais, selon la légende et quelques proverbiales, l’affaire s’est engagée ainsi :

Ils ont décidé, renouveau des grandes fortunes en accalmie, de fonder un clan tout neuf, une vraie clique, une confrérie de sept personnages, sept mercenaires pour une apocalypse insulaire, des gens de l’ombre, un groupe occulte, phénoménal,  fort, pour semper solidaire.

Un cercle très fermé qui devra travailler, ourdir, manipuler, mentir ou obliger  et,  en tout cas, tout prendre ou tout investir pour le seul intérêt de ses deniers et l’aisance de ses membres fondateurs.

Pour l’instant, grâce à cette allégeance, ils pourront, en toute impunité, être dur, exiger, juger, faire la loi pyramidale jusqu’à en abuser, user de l’injustice, se venger ou faire même pire sans autre procès que celui des « on-dit ».

Ils useront à souhait du droit à l’ostracisme.

Il leur suffit pour cela d’être fidèles en apparence et, sans soupir, faire toujours dévotion.
C’est là l’essentiel !
Un clan.


Tel était l’objectif ! Un véritable clan d’admirables affairistes!
« A Lotta Universale ».

Il leur faudra, de toutes les filières, savoir tirer profit, investir tous les bons partis, l’institution, jusqu’aux mairies, les entreprises, les nœuds bancaires, l’information par les médias.

La presse sera muselée si elle se veut contraire aux nantis.
Il leur faudra aussi prendre garde aux factions libres ou effrontées.
Qu’elles soient de la Justice ou même Paolistes, pour survivre à leur coterie les castes auront à suivre le pas des prodiges, jusqu’aux dernières sommations…

Etre l’élu parmi les sages et ne jamais sembler repu, pour l’image qu’ils devront donner.
Etre aimés, amis des plèbes et non pas les héros inouïs des anciens praticiens.

-Un gang, une maffia une clique ou un clan,
Cela dépendra de l’heure et de l’endroit…

Tiens, à ce propos, il en est un d’entre eux, distingué nobliau, qui sait dire les phrases justes et les mots clefs, définissant, en quelques mouvements de verbes acérés,  la plainte générale qui les avait moulés.

A l’instar de tous ses cousins, il défendait un Nom.

Le Peuple n’est pas son émoi.
Son fief restant de mémoire le pays des insoumis.
Le royaume des nantis et de l’insurrection.

Ils seront les sept séditieux d’un secret « vade-mecum ».
Il leur faut la gestion du terrain.
Ils feront craindre d’eux n’importe quel coup bas.
Les géants politiques vont devoir transiger avec leur nouveau lobby.
Celui qui, sans être de concert avec lui, voudra installer l’ignominie sur sa terre, devra payer pour être serein.
La vieille cabale sera moribonde d’être considérée comme l’infâme manigance, le pourfendeur de nos frères, quand eux auront la gloire des grands libérateurs.

Qui détient le pouvoir ? L’argent !
Ils auront leur nerf pour la guerre !
La Paix, ils l’exigeront…

Il leur faudra patienter quelque temps, faire leurs preuves, et glorifier leur horde par l’ardeur de ses nombreux exploits.
Ils seront le bras séculier qui défendra le sang et la terre abandonnée par leurs ainés : «  vergogna a tè chi vendi a terra ! ».
Quand le peuple affamé voudra vendre sa terre, ils fixeront au plus bas le prix de tous ses biens pour l’acheter eux-mêmes.
Ils auront l’exclusivité quasi certaine, quasi garantie, sur les marchés !
Ils vont éprouver dans sa vie et dans ses affaires le tenant des  grands parlements, le gros banquier, le sociétaire...
Ils tiendront le bon bout de la longe,
Le carrousel pourra commencer …
Mais pour cela il fallait, préambule, un accord des anciens !
Les premiers pas, vers le nœud de la gloire,
Il leur fallait en premier lieu obtenir le blanc-seing familial pour éviter le démenti des parrains et des pères.
L’affaire n’était pas simple à présenter.
Ce fut fait dans l’improvisation, tout de go, sans ambages ou circonvolutions préparées car ils savaient déjà d’eux qu’ils éventeraient sur l’heure un plan ourdi, une quelconque préparation.
Ils auraient pu y voir une décoction de principes solubles judicieusement distillés pour préparer leur fin.
Sur le champ, profitant de la présence au complet à la fête, du prétoire des anciens, les jeunes nobles ont suivi en silence le cénacle jusqu’au au grand fumoir.
Attendant le Cognac, le cigare, et le calme du protocole, tous voulaient trouver un semblant d’activité, l’air de rien, qui au billard et qui aux livres anciens.
Le tralala des convenances amena le cercle à la sérénité.

Il était temps de dire tout haut leur chimère, de faire part de leurs ambitions, d’être persuasifs pour faire accepter, des anciens, leurs jeunes théories sans flétrir leurs vieilles litanies.
Le concept étant novateur, il se devait de trouver un appui sur la base d’anciens aphorismes que distillent lentement les patriarches ascendants.
Le discours fut exsudé avec délicatesse, de façon presque enfantine, immatérielle, sciemment déraisonnable, pour se voir ramené au cadre un peu téméraire qu’ils avaient, avant coup, prédéfini.
Ils ont joué de l’idée de puissance qui génère leur ralenti.

La « Carte blanche » est accordée à  la lignée.

Dés lors que des ordres clairs leur somment de faire ce qu’en réalité ils avaient estimé et prévu et, de la sorte, leur évite l’ennui d’opérer, sans dispense, toutes opérations libertaires.

Ils  s’inclinent et font dévotion, oubliant pour quelque temps ce facile triomphe.
Il n’était pas question de démontrer leur science, alors, car ils investissaient pour l’intérêt général, dans un discours superbe et séducteur, vantant tout leur contraire et faisant fi de la sénilité.

La table ronde, quoique sa forme indiffère, était née.
Ce devait être,  vraiment, un bel anniversaire.
Voilà comment se fomente un coup d’état.

Le reste du jour mémorable se distille sur un cumul sédimentaire de contributions personnelles engageant l’équipe au jeu de l’entrelacs.

- Savoir trouver le mot juste pour éviter la conteste !
- Prouver aussi sa droiture pour éviter la perfidie !
- Toujours penser à l’armure qui peut servir à ton Ami !
- Etre équitable en tous lieux pour éviter les envieux !

Il leur fallait un maire d’importance,
Un maire respecté, au bras long, de qui ils tireront les vers d’un grand nez.

Ils savaient déjà qui députer sur place pour cette intrusion dans le rouage hiérarchique, au sein du quel ils avaient l’appétit de bonnes situations obtenues par la bienveillance du mandarin :

Le plus Boyard d’entre eux serait l’homme du clan, capable d’être à tous fronts, à toutes barricades, un héros estimé par la population.
Il en savait beaucoup sur la grande famille et pourrait sans erreur anticiper l’essor…


Il leur fallait être aux affaires d’une chambre à la grande région.  
Ils en profiteraient pour bien orienter la dépense annuelle vers leurs manufactures et leurs négociations.
Ils y pourront aussi :
- prendre des bénéfices,
- dépenser aux jeux pervers des transactions,
- pour un nouveau business mettre la bonne mise sachant, auparavant, le numéro tiré.
- Ils pourront aussi payer, tout à leur guise, des cadeaux motivants,
- des aux filles d’une nuit ou encore, pour des choses promises, tout autant de présent pour tous les politiques qui s’acoquineront en leur compagnie.
-
Ils avaient un expert, très comptable en cela.

Seigneurial, magnifique, sophistiqué.
Il présente si bien qu’il ne fait pas son âge.
Sa stature est accomplie.
Ses verbes se déclinent en belles périphrases.
Pour lui tout opposant sera un « poujadiste ».
Il semble si sérieux, si mur pour la raison que même le Bon Dieu l’absout de confession.

Sur le fait politique, ils veulent de la méfiance car un coalisé d’aujourd’hui sera un ennemi si, par un coup du sort, il oubli l’allégeance, ferré d’un autre appât ou d’un simple remord.
Il leur faudra vivement chaperonner ceux-là et prévoir, bien avant que l’allié ne se lasse, à le destituer, le contraignant savamment à laisser ses pouvoirs.

Pour ce faire le hasard saura tout définir et ils profiteront des croisées des chemins pour infiltrer les groupes à faire ou à défaire selon leurs sentiments, leurs besoins du moment.

En tout état de cause, il leur faudra conserver à l’esprit que, de cette politique, ils espèrent du profit mais qu’il ne faudra point, pour aucun d’entre ceux-là, qu’elle leur tourne l’esprit et qu’il mute en tribun.


Immixtion en terrain politique

Ils avaient attendu les vacances de Pâques pour prendre ce rendez-vous très important pour l’avenir. En terrain miné, ils mettaient dangereusement à découvert la politique de leur chouannerie.

Ils étaient en quête du saint graal, du saint des saints.

Grands-chambriers, forts du travail accompli sur la jeunesse estudiantine, tant à Nice qu’à Aix et Marseille, ils avaient pris pour cible un parti réfractaire au pouvoir et d’essence populaire.

La corsitude affirmée de ce parti allait leur donner une image compulsive, mais sans plus, une image de respect bourgeois qui tairait, d’un savant maquillage, l’ampleur de leur désobéissance civique.

Ils étaient trois condisciples au premier rendez-vous frappé d’un sceau reconnaissable, le premier rendez-vous de leur histoire en milieu politique, avec les militants d’un parti bien bandé.

A mi-chemin, du nord au sud, une tour les voyait venir…
Sur le parking, un camion militaire, une barque de pêche, quelques gros tous-terrains, pour les mettre déjà dans l’ambiance des grands jours.
Trois hommes, autant qu’eux trois,  s’avancent à leur rencontre, pour un cortège l’air de rien. Pas de question, ni aucun geste à interpréter, seuls les regards de l’équipage suffiront à se dire que la confiance est méritée.
En uniformes camouflés comme d’anciens soldats des colonisations, debout, raides, prés de la porte des vigiles sont en veille.

La junte des sages, bien protégée, s’est réunie pour entendre leur projet et pour répondre à leurs propositions.

Ils voulaient être, en toute conscience, le bras fort de tous les mouvements, le bras séculier, la  rébellion qui frappe de concert avec les syndicats autonomes.

Ils promettront de ne pas dévier, qu’il n’y aura jamais, au grand jamais, de lèse majesté.

Mais ne dit-on pas que les promesses ?…

L’aristocrate praticien sera prolixe, tant sa mémoire est bonne des choses politiques.   Il ne parle que « corse », cela impressionne un peu plus, car bon nombre des philistins présents, le coude sur la table, le menton posé sur la paume d’une main,  ne maitrisent pas vraiment notre langue.
Le discours est affirmé, convaincant.

Mais que peut-on craindre du capital quand il ne veut croire que ses « grandes illusions ».

Seule la cheminée répondait aux pauses du discours.

On les croyait jeunesse folle, sans voir en eux la force imparable de demain.

Quelle sensation extraordinaire ils ont du ressentir quand les autres agglutinés, attentifs, étaient tous fascinés par la catilinaire de leur grande ambition.  

La peur de les perdre de vue ?
Gare ! L’oiseau est certes tombé du nid, mais il vole déjà !

Craignaient-ils qu’ils fassent bande à part, dans l’essor d’une contradiction irréductible.
Craignaient-ils de ne pas être, à leur tour adoptés, désignés par la jeune mouvance pour former le conseil des sages dont ils auront besoin et auquel ils devront toujours nous référer…

En aparté le Cunsiliu bourgeois donne  l’approbation protocolaire à  la délégation.

Dés lors, comme pour leurs parrains de naguère ;

Ils  s’inclinent et font dévotion oubliant pour quelque temps ce facile triomphe. Il n’était pas question de démontrer leur science, alors, car ils investissaient pour l’intérêt général, dans un discours superbe et séducteur, vantant tout leur contraire et faisant fi de la sénilité…

Vous rendez-vous bien compte ?

Ils  obtenaient, bien sur à condition,  un pacte négocié du parti à la mode, ce qui équivalait à un certificat.
La signature morale au bas d’un parchemin.
Mais il sera toujours temps, pour la bande, de discuter de cette morale :
Pour qui la fin veut les moyens !

Ils promettent d’être là lors des journées nationales et de participer, eux aussi, hommes forts, aux actions s’il y en a.
Sur ce, ils quittent leurs nouveaux amis, fiers d’avoir réussi l’examen d’admission. Ce beau monde les accompagne jusqu’aux voitures.
C’est déjà le petit matin !

Etre ou ne pas être ?

Les réunions s’organisent.

On les réclame, on les acclame, les messes noires.
Les apartés de grands personnages ou l’apathie sera de mise pour toujours faire semblant de rien.
Ils sont forts les vieux clans, tout de même !
Ils en feront autant !
Vont-ils en rester là de leurs rêves de fous !
Ils sont logés pour l’instant au milieu du maquis, tiens c’est drôle: « le milieu du maquis » !
Ils devront faire, à pieds d’œuvre, un long chemin, vie de labeur ou de calvaire, et ne devoir qu’à leurs artères ce sang neuf, ce renouveau, cet avenir fortuné qu’ils espèrent !

Ils m’ont raconté, nostalgiques,

Les rêves en terrasse, sous le clair de lune lorsque tout un chacun disait son ministère ; Qui se voyait Préfet. Qui se disait, comptable des deniers, fin prêt pour la rigoureuse mission des finances. Qui parlait de culture. Un autre d’intérieur en donnant des détails sur l’acide pouvoir de ses méthodes pour la persuasion. La presse était déjà prise, il leur restait les Sports ou l’Armée. Pourquoi pas ? L’Armée était bien vite accaparée, détournée vers le plus vaillant d’entre eux dans le feu d’artifice.

Quel délire tout de même !

Le discours passe bien dans les rangs des contingents.

Ils sont peu à savoir la véritable passion qui anime la chancellerie, mais, comme il n’est point de vertu sans misère, il faut payer de soi pour donner l’assurance de toute conviction, en propagande.

Ils lutteront dans l’ombre des maquis !
Ils dormiront, à même cette terre,
Dans les grottes où bien peu arrivent !
La lutte est « populaire ».

Dans un respect apparent de démocratie populaire, le militant est forcément tenu de passer au vote pour choisir, par le plus grand nombre, la bonne destinée.

Le vote tombera en Cunsiliu National, formant  le vœu que pour tout dénouement on ne doit rien changer!
La résolution est votée de façon unanime !
Rester l’armée de l’ombre, la force vive prête à foncer !
Ils devront se préparer à vivre ainsi quoiqu’il arrive, pour l’objectif, pour les futurs héritiers.

Merde, s’ils restent ainsi, ils s’enterrent !

Aucun d’entre eux n’était, alors, déjà un père!

Vite, très vite, Il faut qu’ils s’organisent, pour être, comme les anciens, les éminences grises qui prêcheront les convictions des proches et des hommes de mains dont le rôle sera, très salutaire, de conserver leur hégémonie.
Ils s’appelleront « militaire » sous la tutelle du « génie ».
L’ambition est politique.
Elle devra être sergentée par leur oligarchie.

Ils ont ourdi un plan terrible.

Contrariant l’assemblée et sa pierre angulaire, est réuni en douce un quorum caricaturale de flatteurs en discession qui sous le masque de l’Amitié ennoblira leur chaste et légal complot.  

Par un dictat professoral, qui sera honoré quand viendra la Toussaint,
Jour de la première pierre du nouvel édifice, digne des grands maçons.
 
La raison seule est très peu convaincante pour le votant rationnel.
Il faudra vite un argument plus lourd, sonnant, trébuchant, persuasif, irréfutable, pour apaiser les sentiments…

Les élections nationales réclament de l’apaisement, un climat propice aux déplacements des phalanges et aux promesses électorales en terrain bienveillant, débonnaire, sans risque aucun de subir le contrecoup médiatique d’un quelconque débordement.

Jouxtant le palais bien officiel, un social bouc émissaire, promu céans liquidateur  par son généreux Maître, Roi-mage providentiel, fournira un très bon consistant.
Le chevecier  (gardien des trésors du temple) n’a plus d’accent.

Le châtelet se meuble de fauteuils d’époque et de beaux Présidents.
En costumes à l’ancienne ils siègeront, dés lors, aux premières instances.
Les jeunes loups sont entrés dans la féodale institution, régnant du haut des cathédrales sur les cartes de l’ambition.

Le roturier est noble, à part ses convictions.

Il nous dira de créer partout des permanences pour dépenser un peu, pour former des vassaux,  pour convertir les gueux.

-Faudra-t-il effacer les slogans qui condamnent le clan ?

Trêve de plaisanterie, l’amande sera honorable.
Ils ont très vite  négocié, ipso facto, pour tous leurs légionnaires, une Liberté immédiate, privat-docent en éruption.

Seul le martyre demeure à l’abandon.

L’argent pourra tout accomplir !
Comme un joueur double la mise, la martingale a du bon.

Ils ont donc ourdi un plan à très long terme, indécelable, inattaquable…

L’économie doit mal aller …
Un peuple affamé devient reconnaissant !
Il faut la ruine !
Le pauvre doit manger dans le creux d’une main…
La noblesse insulaire pourrait perdre la main mise sur ses quelques affaires…
Ils la ramasseront…


Le retour des pieds noirs à apporté du cash,
Invasion de main d’œuvre pour nos terres agraires.
Ils ont des relations, mais beaucoup de travers…
- Il faut qu’ils partent…
Il faudra haranguer la foule à Corte, lors des journées nationales, pour que des actions symboliques et très médiatisées les mettent en demeure de quitter le pays.
- C’est facile, ils trafiquent leur vin.

Voila une bien juste cause pour le monde agricole.
Le directoire pourra alors s’afférer, décider pour à qui donner la terre !


Il faudra un allié au sein des syndicats pour bloquer tous les ports.
Des Amis sur ont bien renseigné.
Le leader est finançable…
Ils lui promettront donc un parc immobilier
Une rente pour la vie, la roue de la Fortune
Une belle jeune fille ou un beau petit gars, ce qui lui plait…
Le rêve américain, Miami,  Las Vegas,  si il aime jouer.
Lors que grand bien lui fasse.


Après les ports, il faudra aussi empêcher le courrier d’arriver.
Ils ciblent, à la Poste, un bon nombre de cadres.
Une grève générale est très facile à amener,
Un bruit à faire courir et tout est enclenché.

Si la banque se gave sur cette opération,
Il faudra l’obliger à céder du terrain.
Pour  pouvoir financer les projets insulaires en bons intermédiaires.
Pour  pouvoir appliquer des taux beaucoup plus chers.
Pour  pouvoir faire peur pour la causalité.
Pour  pouvoir créer la caisse régionale.  
Pour  pouvoir, à loisirs, investir, même ailleurs,
Faire des supermarchés au milieu des déserts.
Pour  pouvoir soutenir tous les partis en lice,
Faisant croire à chacun qu’il sera leur élu.

Le pouvoir pour la Corse c’est de légiférer,
Ils veulent une région, devenir autonomes,
Refaire leur assemblée…
Les finances viendront par la voie du pouvoir.
Les budgets pour les votes ne pèsent pas très lourds…
Que quelques micro-ondes.
Ils veulent prendre ainsi la gestion du royaume,
Administrer les politiques,
Politiser les administrations,
Juguler, fomenter, mater ou mettre sous le joug.


La Cour remerciera pour ses belles étrennes.
Ils offriront aux légats, pour partir en voyage
Des costumes élégants et de très beaux bagages.
Il faudra qu’ils les représentent de très belle manière…

L’Europe qui payera des comptes bien rendus,
Le leurre de l’émissaire qu’ils auront repu.
L’office par lequel ils pourront ventiler
Des aides marginales pour qu’on se pense aidés.
Les fortunes aux lobbys qui seront leurs alliés.



La chambre doit changer. Il  faut des électeurs.
Les syndicats, unis, pourront la renverser.
Après, ils y feront la place aux amis,
Quand aux autres, ils auront les restes de la nuit.

De chaque corps d’état, de chaque syndicat
Ils vont prendre les rennes.  

Soutenir les présidences bien choisies
Pour leur faire remplir des missions imposées.

Ils feront, des hauts-commissaires, de bons assujettis.

La culture sera ce qu’ils voudront en faire,
Aux bancs d’un hémicycle, même universitaire.
Mais il faudra payer pour pouvoir être admis.

Il faudra soulever le plateau de la table
Sous laquelle ils feront passer les beaux marchés

S’ils font bien tout cela ils auront tout en main
Ils seront la Révolution !
S’ils font bien tout cela ils auront tout en main
Ou la Contre-révolution !

Les rêves en terrasse, sous le clair de lune lorsque tout un chacun disait son ministère :
- Qui se voyait Préfet.
- Qui se disait, comptable des deniers, fin prêt pour la rigoureuse mission des finances.
- Qui parlait de culture.
- Un autre d’intérieur en donnant des détails sur l’acide pouvoir de ses méthodes pour la persuasion.
- La presse était déjà prise,
- Restait les Sports ou l’Armée. Pourquoi pas ?
- L’Armée était bien vite accaparée, détournée vers le plus vaillant d’entre eux dans le feu d’artifice

Et Ils n’auront que faire de celle des pauvres gens !



Dans ce fatras d’arrangements politiques il est hélas de pauvres gens, trop généreux de leur personne, pour se méfier de leur insu et qui payeront de leur personne de croire leur honneur déchu.
Trimbalés de garde à vue en garde à vue, ou dans de mornes plaines subir la sentence établie sans autre jugement que celui des factions.
Les chaines seront alors très lourdes à ses pieds, si l’eau y est profonde.


Cabriole

Des phrases écrites mot à mot
Pour vider le fond d’un vieux sac
Où le tri n’était plus à se faire
Dans le fouillis de ta mémoire

Quatre jours à ne pas dormir,
Ta planche ne sent plus ton dos.
L’étau serré sur les poignets
Tu peux sentir battre ton cœur

Le souffle court dans la lumière
Braquée pour te faire mal aux yeux
Nu, dans le noir d’une cellule
Pour ne pas voir que t’es pouilleux

Petit répit, quelques minutes

La haine va agiter tes brutes
Elle bute sur ta Dignité.
Et faire rougir ton sarrau.
Le dernier jour de ta vie.

Une télé résonne au fond,
Pour s’éloigner de ta Misère.
Tu as dégueulé sur ta chemise
Un peu de bile à ton malheur.

Ton circuit devient monotone,
Les marches montées pas à pas.
Savoir que tes juges t’enferment
Dans le rayon de leur compas.

Pour statuer d’une poterne  
Qui jeter dans leur souricière.
Et mettre le drapeau en berne
D’abord ils t’auront mis en terre.

Peut-être fais-tu parti, bienheureux,
Des chanceux de cet écritoire…

Loin de chez toi, l’avion décolle,
L’aile de sa  persécution.
Pointant son doigt vers les geôles,
Montrera ta destination.


Contrepartie d’un bon repos.
L’iniquité en parabole,
Vice de forme ou cruauté.
La misère te sera donnée.
 
Tant de pleurs ont laissé leurs traces
Que le regard d’un maton.
Pour maculer la perfidie.
D’un angle sombre de Paris.

Dans les ténèbres du dépôt,
Dans des murs qui n’ont pas de vie
Cadre de vie de beaux salauds.
Plus dédaigneux que leurs képis.

Maculature au bout des doigts
Pour te reconnaitre à la tache.
La sentinelle est délation,
C’est le cafard qui te rattache.

Un fanatique adorateur,
De son coran se surexcite.
Le confident est innocent,
Il rêve de prendre la fuite.

Quand l’affranchi dit en tremblant
Que le plus dur va venir.
En partisan des moutons blancs,
Tu ne veux pas t’attendre au pire.

Paquet de trois, paquet de douze,
Salle d’attente des transferts.
L’expédition de Lapérouse,
Te comptera, fer après fer.

Comme un Vidocq abandonné
Au branle-bas d’une carriole.
Face à ta cage un enfermé,
Tête basse et les yeux fermés.

L’alphabétaire du convoi …
Tout tourneboule, détraqué…


Sauve-toi d’une cabriole !




Miséréré…

Cette pensée morose me donne le Vertige.
Etrange sensation d’une main qui me lâche,
M’attire vers le vide, Il faut que je m’attache.
La falaise grandit et mes jambes s’affaissent
Sous le poids de la vie, le poids de la tristesse.
J’essaye de m’assoir, de trouver un repaire,
Une base solide, où jeter mes soucis.
Qui puis-je ? Comment faire pour trouver cet appui ?
Tout est bien mou autour, où n’ais-je rien compris ?
Etait-elle si belle, ou seulement pour mes yeux ?
Etait-elle cruelle, ou en suis-je peureux ?
Me voila reparti dans mes pleurs qui me noient.
Mes yeux coulent, me mouillent et j’en tremble d’effroi.
J’en suis catastrophé, mon propre tsunami.
Mais comment faire demain ? Qui donc à regarder ?
Vivre, Grandir, Aimer ? Que faut-il espérer ?

Ah, misère de misère !
Je ne peux respirer, je crois que je m’enterre.
Ah, misère de misère !

Voila que le vent me pousse, je me tourne face à lui.
Il t’emporte, il t’arrache à mon corps. Il me vide l’esprit.
Il  m’éloigne de tes torts, sèche les larmes de ma vie.
Une caresse sur mon visage, douceur chaleur d’une bouffée,
C’a y est je ne suis plus en nage, dois-je me mettre à espérer ?
C’est un bruit sourd qui le l’a dit, le vent est là il va t’aider !
Merveilleuse, surnaturelle compassion, le regard des miens.
J’y retrouve ma place, ébahi, je me réveille.
J’hurlais comme les loups d’une  gorge profonde
A devenir fou, pourrir sous mes décombres.
Un ange se tient là, prés de moi en silence,
Elle attend patiemment, elle veut tenter sa chance !
Ses mains s’ouvrent vers moi, elles sont douces et blanches.
Dois-je y mettre ma foi, peux-t-elle comprendre ?
Ma peur sera-t-elle moins forte en échange ?
Je m’évade enfin !   L’ange a ouvert la cage !

Ah, misère de misère !
Quand la douleur me ronge à me faire tomber,
Ah, misère de misère !  
Miséréré !


Homélie…

Ambre teinture, verdure en pourpre,
Viendront les ors de septembre
Presser marsanne et marselan
Les macabeux et les mauzac…
Pour un médoc, un viognier,
Douce miellée adodulée…
Parfums des cépages dorés
D’un tibouren émerveillé…

L’âme s’enivre…

Belle mufflée qui m’encourage
Quand à crier mes sentiments
Il flotte comme un air de rage
Dans la chaleur du moment…
Je songe alors, le vent m’emporte
A tenir au creux de mes mains,
Le tasteverre, la clef de porte,
La douce grappe de ton sein…

L’âme s’empiffre…

La flamme intense qui panique,
Tes lèvres, grappes de raisins,
Voile de soie, douce dentelle,
Légère à y Blottir le froid,
Sentir l’effroi quoiqu’il transperce,
Et pour autant veines chauffer,
D’un doux baiser, vague de vie,
Venue du sud de l’Italie…

L’âm’..Énétisme…



L'alizé arrive et  nous touche,
Nous frôle d’un souffle léger.
Coteaux dorés d’une nuit blême,
Lune orangée, longues rangées,
De vieux pieds en ceps de vigne
Bien alignés, bien séparés,
Attendaient, las, en un soupir,
Que cet amour ait expiré.

L’âme y est grise…

Aux tréfonds, au cœur de l’âme,
Celle qui  sera toujours damnée,
Battrons les coups, rythmes infâmes,
De l’enfer à la damnation…
L’immonde acteur, vil immodeste,
En faisant fi des conventions,
Voudra faire croire, quoiqu’il empeste
A la pureté de ses actions….

L’âme lubrique…

Voila que tombe la censure
Et sa cellule médiévale
Régler la diète à l’aventure
Et l’inconstance mettre à mal
Passion, symbole accidentel
Puisant sa force dans l’esprit
Qui fera d’un Amour charnel
La source de mes insomnies

L’Amen… enfin













Jean-Louis COLONNA CESARI @
N° sacem 00439324648
Tel : 0618460603
Rue du 9 septembre 1943
20137- Porto-Vecchio.
Mail : Colonna–Cesari@voila.fr


Dans l’alternance du jour et de la nuit
De magnifiques résolutions que la mi-temps estompe quelque peu

Tout cela tour à tour  en mouvement pour prendre diverses formes modulables par un jeu : l’écriture

Quand J’écris, dans mon atelier, j’entame, en solo, un monologue fou… J’épluche mot à mot, sophiste ou philosophe, l’affirmation ou le discours, grands débats du soliloque qui n’attend pas la réplique.

Lisez donc cela !

Dis-moi, en retour, la critique ou l’émoi ou la contradiction  qui ne touche personne quand elle nourrit les mots.

Qu’as-tu pensé de l’écriture ?

Cette myriade de paraboles qui se croisent et dont s’imprègne, à chaque carrefour, l’humeur d’un piètre écrivain…


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