Valid XHTML 1.1!
Valid CSS!
Get Firefox!

Ceci est mon PageRank™ - Powered by 1-Rank.com
Lookdir.net

Texte précedent Texte précedent dans la rubrique Texte suivant dans la rubrique Texte suivant

Une visite(Un des "Récits d ela famille Ergans"



http://www.over-blog.com/
http://ergans.blog4ever.com (

Ce récit appartient aux "Récits de la famille Ergans" (textes libres et gratuits), qui reconstituent l'histoire "éclatée" d'une famille habitant une presqu'île dans l'état du Skeerwan, membre de la Confédération d'Ostrand. La famille Ergans se compose de Jens (le père, architecte naval), Wenka (la mère), et leurs deux jeunes garçons (Wems et Serg). D'autres personnages (la plupart du temps secondaires) peuvent apparaître dans certains des récits. Chaque récit correspond à un moment "instantané " de la vie des personnages.

La diffusion gratuite et intégrale de ces récits est destinée à permettre leur conservation par ceux à quiles auront aimés et à qui ils auront apporté quelque chose



" Une visite "







   Juste avant d’aborder le dernier col, ils dépassent un interminable convoi militaire qui se traîne vers l’est. C’est le troisième qu’ils rencontrent, et le plus long de tous. Jens regarde défiler les camions derrière la vitre embuée. A l’exception des deux premiers et du dernier, tous remorquent  un mortier Howitzer de 105 mm. Leurs carlingues, leurs bâches, leurs roues, et jusqu’aux vitres des habitacles sont recouverts de cette étrange poussière grise qui semble coller à tout depuis Harwd.
  La Kerweegan passe le  col alors que le jour âpre et glacé des mont Waldens meurt, et lentement devient bleu, humble. Il y a encore de la neige à certains endroits, de grandes plaques fantômes. Le vent qui s’est levé fait par moments trembler la capote souple.
  Après le col, ils sont en vue de Wedminck. La route est plus large à présent, l’air se fait doux ; on sent l’odeur de la mer toute proche.  Cette sensation légère et si particulière, agréable après la froidure des monts Walden.
  La route descend sans hâte, par d’interminables lacets vers la longue plaine de la Waspee, empruntant des vallées qui s’élargissent peu à peu. Vers l’est, dans le lointain, les plateaux émergent de la brume et les innombrables petits lacs qui les couvrent scintillent au pied des monts Weenders.
  Lorsqu’ils traversent le pont militaire que le Génie a jeté en travers de la Waspee, les lattes de métal résonnent sourdement sous la voiture. Les sentinelles du poste de garde ont probablement reconnu les insignes de la Kergweegan car on leur fait signe de passer sans les arrêter pour le contrôle. La dernière fois que tu es passé ici, la Ost-Heer reculait sur tous les fronts et la guerre semblait perdue songe Jens en observant le fleuve qui coule lentement, étincelant dans la lumière déclinante. Mais vois comme il faut toujours garder espoir, vois comme les choses peuvent tourner en si peu de temps. A présent, ce sont eux qui reculent, ils seront bientôt écrasés et la vie heureuse d’autrefois pourra enfin reprendre.
  Une fois dans la ville, ils longent de longues avenues droites et solennelles. Wedminck est une de ces villes fières qui montrent d’abord leurs beaux quartiers à qui les conquiert. Mais cette fois, ils ont souffert. Les combats de la semaine précédente pour reprendre la ville aux nationalistes ont dû être très durs, à en juger par l’état de certaines façades. Un grand nombre d’entre elles sont noircies et criblées d’impacts, et certains immeubles se sont partiellement effondrés. Par endroits, des gravats encombrent la chaussée ; ils sont si nombreux que le chauffeur doit sans cesse faire des zig-zags pour les contourner. La plupart des arbres portent d’affreuses blessures. Sur les troncs déchiquetés, on voit l’âme plus claire, mise à nue, du bois martyrisé. Beaucoup ont été abattus et gisent le long des avenues, leur feuillage épandu et déjà desséché. Un peu avant un carrefour, la Kergweegan dépasse la carcasse  calcinée d’un tramway dont toutes les vitres ont été brisées, sa carlingue labourée par des rafales d’armes automatiques.
   L’épave abandonnée d’un de ces chars léger Sterz IV occupe le centre du carrefour ; elle porte deux impacts d’armes antichars au flanc droit. Probablement est-ce là le travail d’un chasseur de chars embusqué. Les chenilles du blindé, expulsées de leurs roulements, se sont dévidées et gisent sur le sol, semblables aux entrailles déchirées d’un animal blessé à mort. Tout autour, la chaussée noircie est couverte de flaques d’huile. Dans l’air flotte une tenace odeur de gas-oil, de caoutchouc et de métal brûlés. Et une autre odeur aussi, que Jens n’a aucune envie de définir. Pauvres types, c’est là une fin peu enviable.
  La ville semble avoir été désertée par ses habitants et l’on ne voit que de rares passants. Le pas hâtif, le regard vide, ils semblent indifférents à tout. Parfois, la Kergweegan croise une de ces motos de liaison avec side-car ou des fourgonnettes 4 x 4 Wätz de la police militaire qui foncent à tombeau ouvert sur presque toute la largeur de la chaussée et dont la capote noire arrondie leur donne des allure de scarabées pressés et bourdonnants. Quelques ambulances aussi,  des camions de ravitaillement, d’autres kergweegan ou d’immenses et antiques pauwssner d’état-major qui semblent sortir d’une autre guerre.
  Un moment plus tard, ils quittent les beaux quartiers. Les rues qu’ils empruntent  à présent sont étroites et sombres, elles n’ont plus rien de commun avec les avenues si droites et si larges, dominées par ces façades encore élégantes malgré les destructions. Le chauffeur hésite et tourne, il s’aide du plan que lui a trouvé Jens mais parfois il s’égare et doit s’arrêter aux coins des rues pour essayer de lire son chemin sur les plaques quand celles-ci n’ont pas été arrachées. Jens le laisse se débrouiller, il n’est pas pressé.
  Lorsque le chauffeur trouve enfin la rue qu’ils cherchent, il arrête la Kergweegan juste à l’entrée, comme Jens le lui a ordonné.  
   – Je serais de retour dans moins d’une heure, dit Jens. Vous pouvez mettre la radio en m’attendant mais pas trop fort.
  Le chauffeur  a sorti un illustré de dessous le siège. Il est très jeune, plus jeune encore que Jens. C’est  presque un de ces gosses.
  – Merci, monsieur le lieutenant.
Jens  s’avance dans la rue. On sent peser sur elle cette sorte de pauvreté digne, mais sans rémission. Elle est encore plus étroite et sombre que toutes les autres, légèrement incurvée. Elle est  déserte à l’exception d’un groupe d’enfants qui jouent, accroupis  devant un porche, sur le gravier noir qui a remplacé le bitume recouvrant les trottoirs des beaux quartiers. Le sol est recouvert   d’une fine couche de cendre, et d’infimes fragments de bois brûlés  craquent sous les bottes de Jens ; l’air porte encore la trace d’un incendie.
  La plupart des habitations sont délabrées, certaines misérables. Jens marche lentement. Il cherche la maison portant le numéro qu’il a trouvé dans la fiche de Owster au PC du régiment mais certains des numéros manquent, d’autres sont illisibles sur les plaques salies, usées ou rouillées ; il ne parvient pas à les lire dans la lumière affaiblie du jour.  
  Il se dirige vers les enfants, qui se dressent à son approche. Deux d’entre eux paraissent une dizaine d’année, les autres sont plus jeunes. Jens leur sourit pour ne pas les effrayer mais ils ne semblent nullement intimidés ; tous observent son uniforme avec curiosité.  
 – Je cherche le numéro vingt-huit, dit Jens. Vous pouvez m’aider ?
  Tout en prononçant ces paroles, il a tiré de la poche de sa vareuse deux de ces petites tablettes de chocolat qu’on trouve dans les rations de campagne. Les enfants fixent les tablettes avec intérêt.
  – On connaît pas les numéros, dit l’un des plus grands.
 Il est mince, avec un visage aigu. Ses cheveux bruns ont été coupés très courts, d’une manière approximative.
  – Qui vous cherchez ? Si vous nous donnez le nom, on pourra sûrement vous le dire.
 Son copain secoue énergiquement la tête pour confirmer, et les petits l’imitent avec un temps de retard.
  – Madame Swerten, dit Jens. Madame Enna Swerten.
  Le visage de l’enfant s’éclaire aussitôt.
  – On la connait, dit-il en tendant le bras, elle habite là-bas.
  Il montre une petite maison étroite et basse, aux volets gris.
  – Elle est vieille, précise-t-il.
  – Merci, dit Jens,  et il leur lance les tablettes qu’ils se partagent aussitôt.
 Il traverse la rue, suivi à distance par les gosses curieux qui dévorent leur chocolat. La façade de la maison est défraîchie, son revêtement s’effrite et tombe par endroits. Cette sorte de lèpre. Il semble à Jens  qu’un des rideaux gris bouge très légèrement tandis qu’il s’approche mais il ne discerne aucune silhouette. Il  frappe deux fois contre  la porte –pas trop sèchement, puis se recule pour être bien visible de l’intérieur.  
 Un moment plus tard, il se sent observé ;  des pas furtifs s’approchent, on déverrouille la porte qui s’ouvre lentement. Dans l’entrebâillement, Jens voit paraître le visage d’une vieille femme aux cheveux blancs ; ils sont tirés en arrière avec soin. La peau de sa main posée sur le battant a l’aspect du vieux parchemin mais ses traits sont fins et ses yeux d’un bleu très pâle conservent la trace d’une jeunesse captive ; on sent qu’elle a dû être très belle autrefois.
  Les yeux levés vers Jens, elle le considère avec attention.      Il ôte sa casquette, s’incline légèrement.  
  –  Madame Swerten, Anna Swerten ?  
  – Oui, monsieur l’officier, dit la vieille femme en ouvrant plus largement le battant.
  – Je suis le lieutenant Jens Ergans, madame Swerten. Je suis venu pour vous parler.
  Elle est toute entière vêtue de noir, un châle posé sur ses épaules. Elle ne semble pas effrayée, ni même surprise, et la prudence de ses gestes paraît n’être que machinale. Elle esquisse un sourire en découvrant, derrière Jens, les enfants qui les observent tous deux avec curiosité.
 – Ces petits ont fait des bêtises, monsieur l’officier ?
  – Non, dit Jens, et il lit dans son regard qu’elle n’a posé la question que par ironie. Je dois vous parler, Madame Swerten,  dit-il encore.
  Il marque un léger temps.
  –  Si vous voulez bien, je pense que nous serons mieux à l’intérieur.  
  Elle regarde les enfants, leur sourit puis s’efface devant Jens pour le laisser entrer. Elle referme la porte derrière lui sans la verrouiller.
  Le logement de la vieille femme se compose d’une unique pièce et d’un réduit au fond, qui doit probablement contenir un lit. L’entrée en est à demi dissimulée par une couverture militaire tendue sur un fil. Un évier de pierre grise se trouve scellé dans le mur, près de l’unique fenêtre, à coté d’un établi de bois brut où des ustensiles de vaisselle en fer blanc s’alignent, soigneusement rangés. Le centre de la pièce est occupé par une large table ovale couverte d’une toile cirée et flanquée de trois chaises dépareillées. Derrière, un buffet décati. Sur la droite,  un placard aux vastes battants dont l’un est à demi ouvert ; dans un angle, le poêle. Le conduit doit mal tirer car, à l’endroit où il est scellé au mur, un très mince filet s’en échappe par intermittence.
  La pièce sent la fumée et le légume rance. L’ensemble dégage une impression de grande pauvreté mais les murs sont propres et le sol a été lessivé récemment. Sur la table, Jens voit un journal étalé, avec un tas d’épluchures dessus. La vieille femme devait être occupée à les trier avant son arrivée. Elle vit probablement seule ici, se dit-il, et il éprouve un sentiment de pitié.
  Elle a suivi son regard tandis qu’il se posait sur la couverture.
  – Elle n’est pas volée, monsieur l’officier, je vous assure. C’est un soldat qui me l’a donnée.  
  Jens lui sourit pour la rassurer.
 – Cela n’a aucune importance, madame Swerten, dit-il. Une armée en campagne possède toujours trop de matériel. Nous avons des milliers de ces couvertures et on nous a même  donné pour consigne d’en distribuer à la population pour cet hiver, en cas de besoin…  
  Elle pousse vers lui une des chaises et Jens s’y assied tandis qu’elle fait le tour de la table, à petits pas prudents, pour aller s’installer de l’autre coté. Il voit que la toile cirée est usée devant elle à cet endroit. Ce doit être là sa place habituelle.
 Jens hésite. Il ne sait pas comment commencer ; c’est toujours tellement difficile. Les yeux plissés, elle l’observe sans mot dire. Elle le fait songer à l’un de ces écureuils qui viennent parfois vous examiner à bonne distance lorsque vous restez longtemps immobile dans la forêt, à l’affût.
  – Vous venez pour  Steeg, n’est ce pas ? dit-elle doucement après un moment.
  Bon, se dit Jens, elle sait déjà et ce sera moins dur. Il est soulagé.
  – Oui, madame Swerten. Je viens pour Steeg.  
  Elle hoche la tête.
  – Les gens de la police du district sont venus me voir il y a quinze jours, dit-elle. Ils m’ont donné ce papier.  
  Elle s’écarte légèrement de la table, soulève la toile cirée pour ouvrir un tiroir et en tire une enveloppe brune, déchirée sur le coté. Elle ne l’ouvre pas, elle se contente de la poser devant elle. Jord a la même dans sa poche. Ils font très efficacement les choses dans ces bureaux, songe-t-il, c’est une mécanique bien organisée.
  – Je crois que je sais ce qu’elle contient, madame Swerten, dit-il. Je suis désolé. Steeg comptait parmi ceux de mes hommes que j’appréciais le plus. C’était un garçon…  
  Il se tait. Et  voilà qu’il te faut  recommencer, songe-t-il, voilà que tu vas encore devoir prononcer ces mots absurdes, ces mots que tu as si souvent prononcés ou écrits depuis le début de cette guerre. Ces mots si souvent utilisés qu’ils n’ont plus pour toi aucun sens à supposer qu’ils en aient jamais eu aucun. Bien sûr que tu appréciais Steeg, bien sûr que tu l’appréciais tout comme  tu appréciais Hank, Lens et Tann, et bien d’autres encore que tu as probablement déjà commencé à oublier. Bien sûr que tu les appréciais, parce qu’ils étaient ces garçons courageux et loyaux,  des garçons qui vivaient et qui à présent n’existent plus, de glorieux commandos qui accomplissaient très bien ce que tu leur demandais, de bons soldats à peine plus jeunes que toi et qui remplissaient si parfaitement leur devoir sacré de combattants en exécutant tes ordres qu’ils ont fini par en mourir. Que dis-tu de cela, et que dirait Saartz à ta place ? Tomber au lieu de mourir, ne crois-tu pas ? Oui, il emploierait ce genre de mot : tomber. Une question de précision, sans doute. Ce sont les civils qui meurent, les soldats se contentent de tomber, aussi honorablement qu’ils le peuvent.  Et pour chacun des  tiens qui est tombé avec honneur, c'est-à-dire tous – tous sans aucune exception, tu as  fait la même visite lorsque cela t’était possible, tu as prononcé les mêmes paroles avec la même enveloppe brune dans ta poche, cette sale enveloppe qu’il a fallu sortir et tendre avec ces mêmes paroles inutiles qui provoquaient chaque fois la souffrance, et contre cette souffrance tu ne pouvais rien parce que tu participais d’elle, toi aussi.
  – C’était très dur, n’est ce pas, monsieur l’officier ? Je ne savais pas dans quelle unité il se trouvait, pendant tous ces mois. Ici, nous ne pouvions recevoir aucune nouvelle à cause des nationalistes.
  – Je comprends, dit Jens. Steeg a fait  presque toute la guerre dans ma compagnie, nous avions fini par bien nous connaître. Je l’avais proposé pour le grade de caporal. Il le méritait…
 Elle fixe ses mains. Son visage lisse ne trahit rien de ce qu’elle peut ressentir en cet instant.
  – Il avait dix neuf ans, dit-elle très bas. Est-ce qu’il a beaucoup souffert quand c’est arrivé, monsieur ?
  – Non, dit Jens. Je crois que tout a été très vite en ce qui le concerne et qu’il ne s’est rendu compte de rien. Je ne me trouvais pas près de lui à ce moment mais ses camarades de section m’ont raconté comment les choses se sont passées pour lui. C’était un tir de mortier sur la plage, juste après que nous venions de débarquer. Les nationalistes s’étaient retranchés sur des hauteurs proches et nous devions traverser une longue étendue découverte pour avancer jusqu’au pied des falaises. Ils ont tiré plusieurs salves de mortiers depuis leurs positions et…
  Jens regarde ses gants. Il voudrait  ne pas avoir à employer ces mots. De tout son cœur et de toute son âme, il voudrait ne pas avoir à les employer.  
  – Ce genre d’explosion vous souffle en un instant, madame Swerten, poursuit-il en se penchant légèrement vers la table. On perd connaissance immédiatement, on n’a pas le temps de sentir quoi que ce soit, je vous l’assure, on ne peut pas souffrir quand cela vient aussi directement sur vous. Tout va très vite…
  Elle hoche faiblement la tête.
  – Est-ce que ses camarades ont été blessés ?
  – Il y a eu beaucoup de tués et de blessés ce jour là, madame Swerten. C’est toujours le cas dans ce genre d’opération…
  – Pauvres garçons, murmure-t-elle. Vous pensez que la guerre va bientôt finir, monsieur l’officier ?
  – Elle sera terminée avant l’automne, je pense, madame Swerten. Nous sommes presque devant Wrecklau, à présent, c’est la fin pour eux.
 Le regard de la vieille femme est posé sur la fenêtre, derrière laquelle la lumière du jour devient lentement bleue. Dehors, une voix de femme appelle des enfants. Des ombres passent devant la fenêtre. Puis le silence revient.
 – Madame Swerten, Steeg allait toujours au combat avec joie, reprend Jens, et il a  à cet instant la sensation de dire n’importe quoi. Il est mort en sachant pourquoi il luttait, il était heureux de le faire et c’est le souvenir que nous garderons tous de lui.
  – Je sais, monsieur l’officier, dit-elle très bas. Quand la guerre a commencé, il a cherché tout de suite à s’engager. Ici, l’armée recrutait pour les nationalistes et il a été obligé de s’enfuir au Tenaask.
  – Il s’est engagé à Wolstern et il a été l’un des premiers volontaires lorsque l’unité  s’est formée, dit Jens. Steeg était un admirable commando, madame Swerten, un  garçon qui entraînait tous ses camarades…  
 Il songe au visage de Owster tel qu’il l’a vu au moment où il a observé les hommes qui l’entouraient, alors que la porte du chaland allait basculer et s’abattre dans l’eau. Ce moment où il a commencé à crier les ordres, peinant à couvrir le bruit des deux moteurs brutalement inversés au maximum de leur puissance, hurlant à se déchirer la gorge pour prononcer ces paroles dérisoires et théâtrales, ces paroles pourtant si nécessaires que les hommes doivent toujours entendre pour affronter plus facilement la peur, la souffrance et la mort. Tu criais pour les pousser à descendre et à avancer sur cette plage, mais as tu vraiment noté beaucoup de joie sur ce visage et sur tous les autres qui l’entouraient à cet instant, as tu réellement lu sur ces visages la joie et le désir de combattre et de mourir pour la   confédération ? Et toi, toi l’officier brandissant ton révolver et hurlant, est-ce que tu te sentais alors si joyeux et si heureux de mourir pour la grande confédération, de mourir pour l’unité d’Ostrand ? Est-ce que tu éprouvais avec autant d’intensité ce curieux et si étrange et si héroïque et si incroyable désir de combattre quand le battant s’est abaissé et que les balles de leurs mitrailleuses qui claquaient sur le métal ont commencé à faucher  autour de toi ? Non, certainement pas. Certainement pas. Tu avais plutôt une terrible envie d’être ailleurs, pas vrai ? N’importe où mais ailleurs, ailleurs qu’à cet endroit, le plus loin possible en tous cas de cette foutue plage et de ces mitrailleuses et de toute cette panique et de tout cet enfer et de tout ce sang, avec une terrible envie de sauver ta propre peau. Ne te raconte pas d’histoire à présent,  tu avais peur et c’est pour aussi pour cela que tu hurlais, pas seulement pour qu’ils avancent. Tu avais peur et ton visage devait être aussi gris que ceux qui t’entouraient parce que la peur ne distingue pas entre les officiers et les hommes, elle est indifférente à ce genre de choses. Mais à présent que par chance tu as été épargné, à présent que tu es devenu ce héros qui devait survivre, il faut que tu oublies tout cela, pas vrai ?
   Et ne te cache rien, se dit-il encore, parce qu’il faut également que tu oublies le reste, qui te gêne probablement encore bien davantage. Que tu effaces soigneusement de ta mémoire ce que vous avez fait ensuite. Ce que vous avez fait avec un héroïsme parfait et en valeureux commandos ostränder au moment où toute cette peur s’est transformée en haine et en rage et en désir de tuer. Tu te souviens sans honte des combats parce que tu as fait alors ce qui devait être fait, décidant et agissant de la manière dont il fallait décider et agir, et là-dessus nul au monde n’aurait le droit de t’adresser le moindre reproche car tu pouvais toi aussi à chaque instant être tué. Mais tu aimerais ne pas te rappeler ce qui s’est passé dans les instants qui ont suivi. Tu préférerais l’oublier, bien sûr. Et comme je te comprends. Tu désirerais très profondément oublier ceux que tu as laissé tuer alors qu’ils levaient les bras pour se rendre au fond de leurs trous, dans la terre jaune, ces jeunes types  qui ne voulaient plus ni combattre ni mourir pour le Breenwerg et qui en avaient simplement assez de combattre et de souffrir. Oublier comment tu as  laissé avec un admirable et parfait sang-froid d’officier ostränder les tiens massacrer ces garçons dans les dunes parce qu’il fallait que la rage née de toute cette peur sur la plage sorte d’eux d’une manière ou d’une autre, parce que les hommes ne peuvent être retenus sans nuire à leur efficacité au combat et que tu avais encore besoin de cette sauvagerie en eux pour les faire avancer, parce que tes ordres étaient de ne faire aucun prisonnier sur la première  ligne de combat et parce que tu obéis toujours aux ordre puisque tu es un de ces glorieux officiers ostränder. Rappelle-toi bien de cela, officier  très pur et très courageux, héros sans reproche de la grande Ost-Heer fédérale, toi qui t’es battu pour la cause sacré de l’unité du pays. Rappelle toi les visages de ces garçons de  vingt ans qui avaient jeté leurs armes et levaient les bras et qui pleuraient et demandaient à se rendre, ces garçons qui imploraient grâce. Qui imploraient ta grâce. Rappelle-toi bien d’eux, lieutenant Ergans. De chacun d’eux. Tu as regretté ensuite, tu as beaucoup regretté, et sincèrement je te l’accorde,  mais ne crois-tu pas qu’eux aussi aient beaucoup regretté ? Pense aux mères et aux pères, et pense aux femmes et pense aux enfants, pense aux frères, pense à ces filles qu’ils aimaient et qui les aimaient,  pense encore à eux tous qui ont probablement aussi énormément regretté, pense à toutes ces enveloppes brunes qui ont été reçues et je t’en prie, pense à elles avec beaucoup de précision, pense y avec autant de précision que tu as apporté d’héroïsme et d’efficacité dans l’exécution de tes ordres. Pense à tout cela, officier irréprochable de la Ost-Heer, pense au merveilleux travail que tu as fais accomplir par tes hommes sur cette plage et au delà de cette plage dans les dunes, pense bien aux cris des blessés que tu as fait achever au couteau pour épargner les munitions, pense bien aux cris et aux visages et n’oublie pas le sang ni la souffrance, et de cela tu te souviendras toujours, car sur cette plage tu as été un de ces fauves contre lesquels tu combattais, avec la même haine, la même rage et la même peur, et de cela tu n’as aucune raison d’être fier.
  – J’aimais Steeg comme s’il a été mon fils, monsieur l’officier, dit la vieille femme. Je l’aimais comme une mère aime son enfant…
  Elle a prononcé ces paroles d’une voix très basse, les yeux posés sur l’enveloppe.  
  – Je suis désolé, madame Swerten, dit Jens.  
  Elle appuie ses mains l’une sur l’autre et lève la tête. Jens sent dans son dos la chaleur du poêle qui vient par instants l’effleurer ; c’est fragile et furtif.
  –Voulez-vous que je vous serve quelque chose, Monsieur l’officier ?
 – Merci, Madame Swerten, ce ne sera pas nécessaire.
  La vieille femme hésite.
  – Voulez-vous que je vous parle un peu de lui ?
  – Volontiers madame Swerten, dit Jens, et il pense : rappelle-toi des visages, rappelle-toi bien de tous.
  – Steeg vivait avec nous depuis qu’il a trois ans... Quand je dis nous, je veux parler de mon mari, monsieur. Il a été tué au début de la guerre, en allant aider aux déblaiements après un bombardement. Un immeuble s’est effondré sur lui et une dizaine d’autres…
  – Je suis désolé, madame Swerten.  Steeg était orphelin ?
 – Non, monsieur. Son père et sa mère occupaient une maison juste à coté de la nôtre, un peu plus haut dans la rue. Je suis venue habiter ici quand mon mari est mort… Elle est vide maintenant, et on va peut-être la démolir. Ils avaient aussi un autre enfant, Steeg n’était que le cadet.  
  La vieille femme essuie un peu de salive qui a coulé au coin de ses lèvres.
  – L’homme travaillait sur des chantiers comme manœuvre et il ne gagnait pas lourd, monsieur. Tout le monde dans la rue était pauvre, mais eux plus encore que nous tous. Quant à la mère, c’était une belle femme mais…  
 La vieille hésite.
  – Elle était un peu folle, monsieur, si l’on peut dire les choses ainsi. Elle avait des sortes de crises d’absence… Quand son mal la prenait, elle devenait bizarre, elle errait dans la rue et elle venait dévisager les gens sous le nez sans parler comme si c’est la première fois qu’elle les rencontrait. Quand elle vous regardait de cette façon, on avait l’impression qu’elle ne vous voyait pas, vous comprenez ? Ces yeux vides qui vous fixaient de cette façon, monsieur, c’était effrayant… Alors on la prenait par le bras en lui parlant doucement pour ne pas surtout pas l’énerver, on la ramenait chez elle, on lui mettait de l’eau froide sur les tempes et puis la crise passait, au bout d’un moment elle reprenait une apparence normale. Entre deux crises, les choses allaient à peu près. Mais d’autres fois, elle devenait enragée, et alors elle s’en prenait au petit, à mon Steeg… Si vous saviez, monsieur comme ça me faisait mal au cœur d’entendre les cris certains soirs.
  –  Le père n’intervenait pas ?
  – Lui n’était pas brutal avec le petit, juste indifférent.  Mais il n’était pas en état, monsieur.  
 – Pas en état ?
  – Il buvait, monsieur… Il s’enivrait presque tous les soirs quand il était là.
  – Je vois, dit Jens.
  – De toute façon, il ne revenait pas souvent, à peine une fois tous les deux ou trois mois. Autant dire presque jamais en fait. Une année, il est parti en déplacement sur des chantiers et on ne l’a pas revu pendant plusieurs mois, le bruit a même couru qu’il était mort.
  – Et l’autre enfant ?
  – Elle ne s’en prenait jamais à lui, monsieur.
  – Pourquoi seulement Steeg ?
  – Je n’ai jamais su. Elle criait souvent que tout était de sa faute.
  – Qu’est ce qui était de sa faute ?
  La vieille femme a un geste lent de la main.
  – Ca non plus, monsieur, je n’ai jamais su. C’était pourtant un beau petit gars, je vous assure, et pas différent des autres enfants. Seulement, elle semblait ne rien éprouver pour lui. Il était toujours habillé avec des pièces, et sale comme tout ; on aurait dit un petit mendiant. Mais ça semblait lui être indifférent, elle ne s’en occupait quasiment pas. On aurait dit que le petit ne comptait pas pour elle. Pour l’autre, c’était tout différent. Celui-là, elle l’adorait, ça se voyait assez… Certains soirs d’été, elle s’installait sur une chaise devant sa porte,  elle le prenait sur ses genoux, elle le serrait entre ses bras et elle l’embrassait en se balançant, les yeux fermés. Elle semblait tellement heureuse dans ces moments là, monsieur ! Son visage était tout changé, il y avait cette sorte de paix sur ses traits…  Mais  le petit, mon Steeg, jamais elle ne faisait ça avec lui. Jamais.  Alors, il restait là, assis par terre, à les regarder. Il restait là, avec ses grands yeux tristes et on aurait dit qu’il les buvait du regard tous les deux. Moi, je vous le jure, j’en avais les larmes aux yeux mais je me retenais, je ne disais rien parce que j’avais toujours peur de déclencher une crise. Je m’arrangeais seulement pour le câliner un peu dès que je pouvais.  
 Elle hoche la tête en soupirant.
  – Il m’aimait déjà beaucoup, vous savez.  Quand je le prenais contre moi, il ne voulait plus me quitter.
  – Il y avait une grande différence d’âge entre les deux enfants ?
  – Un peu moins de deux ans, monsieur.
  Elle hausse faiblement les épaules.
  – Mon mari et moi, nous ne pouvions pas en avoir, alors vous pensez si j’avais mal au cœur : ça me faisait pitié... Un soir, ça criait tellement fort  chez eux que j’ai fini par demander à mon mari d’aller voir.  
 La vieille femme a baissé la voix.
  – Il m’a dit qu’elle était en train d’essayer de l’étrangler quand il est arrivé, monsieur. Je vous jure que je ne mens pas… Du coup, on l’a pris chez nous pour la nuit, on ne pouvait pas le lui laisser dans cet état. Le lendemain, ça allait mieux, la crise était passée. Alors on le lui a rendu.  
  La vieille femme se tait. Elle bouge un peu sur sa chaise qui grince. Le poêle craque faiblement. Ne t’attarde pas trop longtemps, se dit Jens. Ecoute-la un moment parce que cela lui fait du bien de parler ainsi, mais ne t’attarde pas trop. Tu as encore toute cette route à faire.
   – Mais ensuite je m’inquiétais, j’avais toujours peur qu’il arrive un malheur, vous comprenez ?
  – Je comprends, dit Jens. Vous n’avez prévenu personne ?
  La vieille esquisse un sourire las.
 – Et qui donc, monsieur ?  Vous savez, ici, tout le monde craint plus ou moins la police : quand ils viennent c’est toute une affaire. Et puis, ils auraient mis les enfants dans un de ces orphelinats. Qu’est-ce qu’on aurait gagné ?
  – Le père ne s’occupait pas du tout de Steeg ?
  – Non, monsieur. Quand il était là, il l’ignorait complètement. Je ne l’ai jamais vu une seule fois le prendre dans ses bras ou l’embrasser. Lui aussi se comportait comme si ce n’était pas son enfant. Mais au moins, il ne le battait pas.
  – Je vois, dit Jens.
  Il a devant les yeux le visage de Steeg dans le bateau, ce visage tout à la fois grave et juvénile sous le casque d’assaut au moment d’affronter le danger. Il le voit aussi  quelques semaines avant la reconquête du Skeerwan, dans le cantonnement, pendant les rares moments de repos et de détente. Tu as eu ce visage devant toi pendant tout ce temps, pendant presque toute la durée de cette guerre, et jamais tu n’as soupçonné cette détresse. Tu as parlé avec Steeg, tu l’as écouté et tu n’as pourtant jamais rien décelé de cette souffrance cachée, songe-t-il, tu n’as jamais rien deviné, jamais rien senti. Mais le passé est une eau profonde, qui peut sentir ce genre de choses ? Il se souvient encore du visage fermé d’Owster le jour où ils ont découvert dans une grange le cadavre  d’une femme, d’un homme et de deux garçons, leurs enfants probablement. Tous les quatre pendus par les pieds à la même poutre, dans l’obscurité, et l’odeur de putréfaction insoutenable. Quand ses hommes ont ouvert en grand les portes de la grange, découvrant dans la lumière froide du matin les corps massacrés par les rafales, Jens a senti monter en lui, dominant la nausée, toute cette haine contre eux. Probablement était-ce là l’oeuvre d’une de leurs unités de sûreté en retraite. Ce jour-là, quand tu l’as vu pâlir,  se détourner et s’écarter, tu as eu une chance de saisir et de comprendre qui était Steeg Owster, se dit-il, mais tu ne  savais pas puisque personne ne sait jamais. Et cependant, tu aurais dû deviner parce que tu étais son officier, se dit-il, tu aurais dû deviner et être meilleur avec lui. Tu l’aurais dû parce qu’il servait bien et qu’il méritait qu’on sache cela de lui. Combien de Steeg as-tu eu sous tes ordres, combien au juste ? T’es-tu intéressé à eux, à ce qu’ils étaient réellement sous leurs uniformes de commandos héroïques. Et combien de Steeg as-tu laissé tuer sur cette plage, dans les dunes, combien de Steeg n’as-tu pas reconnus ?  
 – Un jour, l’homme est parti, reprend la vieille femme, et il n’est plus jamais revenu. Elle est restée seule avec les deux enfants.
  – De quoi vivaient-ils ?
  – Elle se louait à droite et à gauche comme femme de peine, monsieur. Le peu qu’elle gagnait suffisait à peine à les nourrir et ils ont failli être expulsés. Une ou deux fois, nous avons même dû leur prêter un peu, mon mari et moi. A cause des enfants, vous comprenez…  
  Elle a l’air de s’excuser.
  – Ensuite, les choses sont allées un peu mieux,  elle a fini par trouver une place convenable à la journée chez des gens des beaux quartiers. Elle n’avait plus ces crises aussi violentes et elle se montrait presque gentille avec le petit. En tous cas, elle ne le battait plus…
  – Qui s’occupait des enfants pendant son absence ?
  – Moi, monsieur. Ca ne me faisait pas charge, vous savez. Les choses ont duré ainsi un moment : elle partait tôt le matin, elle me les laissait et elle passait les reprendre le soir. On s’arrangeait pour la nourriture, j’avais fait des vêtements pour le petit. Et puis…
 La vieille femme soupire.
  –  Et puis, il y a eu l’accident, monsieur. Un jour, pour l’Ost-Taagen, elle a emmené le plus grand voir le défilé militaire pendant que je gardais Steeg. L’enfant lui a échappé, il a couru vers un camion à chenilles et il a été écrasé.  
  Son regard a pris une étrange fixité. Elle semble voir ce dont elle parle. Jens se sent mal à l’aise.
  – Ca a été terrible, monsieur. Elle a refait une crise le soir, elle voulait tuer Steeg avec un couteau de cuisine. On y est allé à plusieurs, mon mari, moi et des voisins, pour la désarmer. Le petit s’était réfugié sous la table, et si vous aviez vu son regard quand on l’a sorti de là-dessous… Mon mari et moi, nous l’avons repris chez nous, on ne pouvait plus le laisser avec elle après ce qui s’est passé. Il n’a pas parlé pendant deux jours de suite, monsieur. Deux jours complets, je vous assure.
  – Et la mère ?
 – Elle s’est pendue cette même nuit, dit la vieille femme.  
  Sa voix n’est plus qu’un souffle.  
  –  Dans la maison ?
  – Non, elle a fait ça dans la rue. Il y a un crochet scellé assez haut, dans le mur d’en face. Vous avez dû passer devant en venant, monsieur. C’est mon mari qui l’a trouvée au matin, en partant travailler sur les docks. Il m’a appelée…  
  Elle ramène son châle sur ses épaules.
  –  Si vous aviez vu son visage, monsieur, c’était horrible. On aurait dit une démente…  
  –  Qu’ a-t-on fait pour Steeg ?
  – La police me l’a laissé quelques jours, et puis ils sont venus pour l’emmener, monsieur. Ils  voulaient le placer dans un orphelinat fédéral, à Worms, mais le petit ne voulait plus me quitter et il hurlait en s’accrochant à moi. Alors j’ai parlé avec l’officier et il a accepté d’attendre un peu.
  –  Et ensuite ?
  – Mon mari était un simple docker, monsieur, mais il connaissait le responsable du syndicat parce qu’ils avaient travaillé longtemps ensemble et ils étaient restés amis. Il est allé le voir pour lui parler et  le syndicat est intervenu pour faire ce qu’il fallait, de sorte qu’on a pu garder le petit.  
  Elle hoche lentement la tête.
  – Il a fallu en faire vous savez, des papiers et encore des papiers… Enfin, on a pu le garder quand même. Ce n’était pas une adoption, bien sûr, et on a seulement obtenu le droit de le garder jusqu’à sa majorité. Mais c’était le plus important pour lui et pour nous.  
  Son visage s’éclaire. Cette lumière.
 – Mon petit Steeg a été heureux ensuite, vous savez, monsieur. Il a été heureux, comme tous les autres gosses, ça je vous le jure… Il a eu la vie de tous les enfants, avec tout l’amour qu’il fallait. Mon mari et moi, nous n’étions pas riches mais il gagnait assez pour trois et on a rattrapé tout le temps perdu, pour lui comme pour nous. Il n’a jamais manqué de rien, ni de caresses ni de tendresse ni d’amour, il n’a manqué de rien mon petit Steeg, je vous jure qu’il n’a manqué de rien…
  – Je vous crois, madame Sweten, dit Jens.
 Il est temps de partir à présent, se dit-il. Il voit les larmes qui brillent dans les yeux de la vieille femme, et  il sent ce nœud dans sa propre gorge et ne dit rien ; il est encore très jeune. Un moment plus tard, il s’en va, après lui avoir laissé  les deux diamants qu’il avait apportés. Les prises de guerre servent au moins à ça.
  En revenant vers la Kergweegan, il pense à Winka. Oui, pense à elle, se dit-il, pense très fort à elle, pense que tu l’aimes et fais qu’elle soit là à tes cotés. Elle est tout ce qu’il te faut en ce moment, tout ce qu’il te faut contre cette guerre.





ergans (http://ergans.blog4ever.com)


Texte précedent Texte précedent dans la rubrique Texte suivant dans la rubrique Texte suivant



Ce texte n'a pas encore été noté.

Pour pouvoir noter ce texte il faut être inscrit et identifié.


Commentez ce texte :


Pseudo : E-mail: Site :

Commentaire :





Ce texte n'a pas été commenté.