Fiction nationale ou la noble révolution
Les rebelles de Ziegler contre l’ordre du monde étaient hélas écrits bien trop petit pour que l’on puisse d’une traite lire l’ouvrage de bout en bout et retenir comme maxime sa simpliste définition du devoir : « Caminante no hay camino, el camino se hace al andar »….
Il était un fois…
Une troupe de jeunes étudiants, Niçois pour l’année scolaire, qui rêvaient d’aventure et des grandes actions. Prélude orchestré d’une fugue hivernale ratée. Un melting pot d’intrépides qui s’imaginaient détenir un pouvoir divin, par la supra-intelligence d’une génération d’érudits, à peine conscients de l’imposture de leurs meneurs aux discours indévots.
L’intellect, dans sa renaissance, s’était persuadé, dans son averrhoïsme, qu’il ne comptait plus qu’un, à l’idée primitive d’une apostolique mission qui consistait à sauver l’identité biblique de la Corse où ils sont nés. Ils se mirent de concert, entrainés à ce faire par quelques objecteurs, à fondre, en un creuset idiomatique, les pensées les plus réfractaires pour tirer de cette fusion les tables de la loi.
De gauche comme de droite, les plus forts à l’extrême, les habiles orfèvres versaient, à qui mieux mieux, leur lot de feux sacrés, tirant de ce fourneau un crédo aux bases « populaires ». Idéologues, certains revivaient, de la même manière, les faits des grandes guerres que leurs vaillants ainés avaient pu raconter. Sambuccuciu et Paoli revivaient, demi-dieux, leurs généreuses et terribles batailles où de nobles blasons ont marqué l’avenir. Tant d’immortels ancêtres communs, honorant la Patrie d’un poing tendu pour un salut guerrier, celui qui se dresse aujourd’hui encore sur les podiums des plus belles Olympie.
Fiers soldats de l’arène sauvage dont les cris de douleurs ne purent, jusqu’au dernier, subroger la ferveur du chant des immolés. D’une prière laetarique des enfants de la Vierge Marie, Ils ont gravé tant de listes aux urnes funéraires. Le sang avait coulé, il fallait l’honorer.
L’origine de certains popes présents était toujours contestée par la « Magagne ».
En tels pères, tels fils, on les disait « lucchesi, sardignols ou ritals » prenant référence aux traitrises fuyantes, au maquis déserté et aux « piloni» bien vite retournées dés les premiers revers de la grisaille.
Attentistes d’une meilleure issue pour leur renom, ils trouvèrent dans la trame une opportunité symbolique où ils prendraient racines, espérant, sans doute, par un discours marqué, délaver la chemise noire colportée par leur nom italien. Ceux-là même, fat dans leur idiotisme, s’installaient en tribuns par une autorité corporelle bien imposée. Ils prenaient ainsi les devants sur l’aléa de l’avenir et s’insérant parmi les juges d’un procès de supercherie qu’aurait pu leur ester un sang avéré de meilleure origine. Ils devenaient juges et partis et ne risquaient plus rien dans cette affaire que de redorer le blason de leurs pères sans craindre que l’un des tiers ne fomente à leur encontre, en coup très bas, une quelconque action en réduction. Ils auront même, l’histoire nous le dira, la finesse de se revendiquer d’exploits que d’autres auront pu faire.
On empruntera ses méthodes à l’histoire en apprenant, bons élèves, à subir le dictat du prétoire, sauf aux regimbeurs, à ne plus être admis au milieu l’élite, ni même invités aux jeux et parties du moment. Le sublime se conjuguant alors au plus que parfait. L’étudiant y était sectaire et croyait cela bien motivé de traiter le réfractaire et le critique en paria ou en damné. Cela se traduisit au quotidien, contre ces échalas, par des bastonnades, des brimades organisées en bandes estudiantines, comme de nos jours dans les nuits des cités, on se moutonnait crépus en suivant les mots d’ordre des régents gouverneurs qui ordonnaient, pour ceux-là, la castagne…
Une noblesse entière, Sept fils de bon sang, aux physiques athlétiques, unis, semble-t-il, du même espoir de sauver le pays, s’avancent à contre jour. Alertés par les bruits qui courent, le sang bleu vient vite aux nouvelles. On se dit Corse par ici ? Veut-on porter atteinte à notre oligarchie ? L’assemblée est-elle populaire ? Veut-elle renverser le bel ordre ?
La pièce, déjà dans la brume, prend des allures de veille silencieuse attendant le Messie.
L’Instant du cérémonial fige l’exaltation. D’un seul corps le groupe s’avance et s’installe à la table majeure. Dans ce jeu, pas de déconnade, c‘est très sérieux, comme un prétoire, l’hosanna au cœur du conciliabule pour fonder une alliance issu de la coalition.
En ce jour sacré de 1974, nous daterons l’an 1 de la Révolution.
L’élite était là, on pouvait tous s’en satisfaire !
On emboîte le pas du glorieux consistoire, on s’entasse, on se mêle, puis on se sépare pour tirer des synthèses et répartir l’aréopage en séance de travail aux missions périlleuses ; Ordre nous était donné d’établir les fondements sacerdotaux des états généraux.
Lors, tous bacheliers à la jeunesse est folle, on s’invite, nous-aussi, au bal des gens biens.
La Femme, d’intendance, devient une égérie. Elles sont là, prés du feu le tison à la main, en Colomba, en savantes harmonistes, elles donnent le ton. Légitime est leur affaire, au fond, ne sont-elles pas les ventres de notre avenir ?
La discussion s’installe sur le fait politique et le pouvoir du peuple sert la controverse.
On conteste, on dénie, on déjoue et on sape, à tout va, les prises de positions par trop conservatrices. Notre révolution culturelle s’installe dans un halo de fumée. Le jeu est arrêté car le débat s’anime. Nous voilà tous très excités, le ton monte très vite tant la Passion est effrénée. Chaque jeune loup hurle comme la meute par un désir ardent d’apporter son éco à l’ambition commune d’ériger la Nation.
Don Quichotte est dans l’affaire.
Au fond du bar, le cercle s’est agrandi. On pousse encore les tables, on tire toutes les chaises, les cendriers remplis de fumantes promesses se poseront à même le sol. Le ton y frise l’engueulade parfois, la frénésie, comme un « chjam’e rispondi » indispensable, presque divin.
Qui d’autre que le noble ou la Vierge Marie a pu nous réunir et nous amener au sujet d’aujourd’hui ?
Même « le chantre » sort de ses poésies. Dans un néologisme symbolique, attirant l’attention sur la bête de scène, d’une belle envolée, le plus fort, le plus haut dans le verbe, il entamait soudain le « Dio » avec maestria.
Tout le monde si colle à l’unisson, les poils hérissés, au garde à vous. La faction, l’armée, le Peuple a pris forme, renaissant de ses cendres et de tous les discours enflammés qui brulaient depuis longtemps dans les esprits nouveaux. Les luttes révolutionnaires de l’«Internationale » ont redoublé l’ambiance et installé les règles du parti.
On ne pourra point rompre le pacte d’aujourd’hui sauf à quitter céans les colonnes armées ou bien, à tout jamais, à accepter la loi des volontaires.
Se taire et ne jamais rompre, ne jamais se quitter, même de gré à gré.
De bonne grâce, et solidaires, nous laissions à la porte toutes les infamies.
Certains restaient silencieux, déjà conscients de l’ampleur du sujet. C’était plus grave qu’une croisade chrétienne. Nous pensions chasser le renégat de la terre originelle. Pas de droit à l’erreur car nous étions, dés aujourd’hui, pour la Gloire de nos Pères, devant Dieu, responsables pour les générations avenir. Un raté aurait, pour eux, des conséquences irrémédiables. Nous risquions par aveuglement de friser le contresens et de faire, d’un bon discours, une belle coquille. Gare aux déviations, aux hérésies, aux faussetés, aux sophismes éblouissants de grandes éloquences qui finiraient de jeter au rebus, à tout jamais, les espoirs de Liberté de toute descendance.
Dans ce concert politique la noblesse savait garder « tête froide » pour ne pas ajourner l’ambition du moment. Il lui fallait conduire un peuple asservi à jouter la bataille et, pour un cartel, pour une table ronde, bien en tirer parti.
Le héros le plus érudit, dans une langue Corse tirée des entrailles de l’histoire, jura que ceux qui oublieraient leur honneur en chemin seraient bannis à jamais ; « vergogna a tè… ».
Cette imposante confrérie, ce gratin avait pris le dessus en rappelant avec simplicité les quelques faits de guerre qu’ils avaient, avant tout autre, déjà réalisés…
C’était parti…
L’assemblée populaire le savait, les bruits savamment orchestrés avaient courus, ils étaient déjà les idoles dont on aurait pu apposer la photo à coté de l’affiche du Che Guevara.
La croisade n’avait pas attendu la campagne universitaire.
Dés lors, pour profiter d’une glorieuse compagnie, nombre de soldats se voulaient être enrôlés au sein des chevaliers pour défendre les barricades et créer mouvement.
Les uns, trop enthousiastes, interrompaient les autres dans leur démonstration. Nous nous présentions, ils jaugeaient, estimaient vaillamment, pour adjuger une place dite communautaire au cœur d’un groupe de justiciers à l’estime populaire dont on devrait bientôt, ensemble démocrate, proposer l’objectif et le nom…
Ils abondent, ils justifient les écarts sur la liste qui se gonfle de nouvelles recrues. Ils ne donneront, sur l’heure, aucun nom des conscrits pour l’Omerta, le « privilège de la confidence ».
Ils contacteront plus tard, en aparté, ceux qui seront retenus, enrôlés. Les autres, sincères, pour qui nous lutterons vaillamment, auront le droit de vivre l‘expérience du dogme en fournissant aux partisans une très naturelle «logistique…».
Nous voilà tous impatients de connaitre leurs choix. Il fallait mériter cette estime, dire les bonnes choses pour gagner la confiance. Etre fier, être droit, déjouer les malignes chausses trappes qu’ils nous tendaient et dont ils s’amusaient, inquisiteurs, pour tester moralités et convictions. Les jeunes, comme moi, se sentaient évalués à chaque instant, cela à l’évidence de nos yeux brillants de tant de passion nouvelle.
Après une question anodine, ils jouaient à nous fixer longtemps, comme un prof de philo dont on ne sait jamais le fond de la pensée et à qui on doit présenter la thèse et l’antithèse.
Le discours de chaque noble tribun frisait l’irréfutable, vu la valeur du sujet. Il apparaissait tout de suite qu’ils avaient, grâce à des livres rares, bien plus de connaissance que nos jeunes mémoires, sur notre histoire, sur le monde politique dominant et ses subtiles théologies régimentaires.
Le bibliothécaire de vieille souche, apportait de l’eau au moulin par des détails incroyables, comme s’il avait vécu toutes les invasions, toutes les guerres, et qu’en bon rapporteur il avait des écrits ou des notes sur tout. Il avait beaucoup lu, en fait, presque jusqu’à verser dans la folie si sa mère, bienveillante, ne lui avait pas interdit de puiser dans les archives du château familiale et de continuer, en spéléo, ses inutiles et théorisantes recherches…
Il arrivait à lire quatre livres à la fois, tirant des uns et des autres des conclusions croisées, comparatives, contradictoires, élaborant ainsi sa propre vérité sur nos origines, sur les révolutions populaires, le caractère des peuples opprimés et sur ce que nos aïeux on fait de sacrifice pour résister tant bien que mal aux ruses et aux traitrises des années de soumission.
Il nous débitait ses théosophismes par la rime passionnante d’une prose sans mesure obligée que par le poids spécieux des tournures et des mots.
Qu’il est motivant et qu’il est agréable aux tympans d’écouter un érudit.
- Ethnique, ce mot là servait de base à son sermon.
Ils étaient là, sept barons confabulants qui dégoisaient bouleversants, convaincants, persuasifs sur la nécessité de participer à la Révolution en marche en tant que citoyen de Corse et héritier de l’histoire.
Nous donnant à réfléchir à la meilleure manière de s’inscrire individuellement dans la Lutte.
L’étudiant que j’étais s’en trouva fort flatté.
…/…
La confession du « vade-mecum ».
Je crois pouvoir vous dire, aujourd’hui, quelle était leur bible et quels étaient les fondements qu’ils avaient bâtis à eux sept, en amont des colloques niçois et du tri, dans les rangs étudiants.
Cela va vous surprendre !
Le choix de la providence, qui les avait réunis lors d’une noble cérémonie familiale, s’est porté sur Sept jeunes personnages parmi les opulents.
A l’évidence, la moralité héritée de leurs parrains notables avait du être le critère voulu par le hasard. Leur loi, éméritat, était en eux.
Je n’ai pas de preuve du pourquoi, mais, selon la légende, l’affaire s’est engagée ainsi :
Ils ont décidé, renouveau des grandes fortunes en accalmie, de fonder un clan tout neuf, une vraie confrérie de sept personnages, sept mercenaires pour une apocalypse insulaire, des gens de l’ombre, un groupe occulte, phénoménal, fort et solidaire qui devra travailler, ourdir, manipuler, mentir ou obliger, et, en tout cas, tout prendre ou tout investir pour le seul intérêt de ses membres fondateurs.
Pour l’instant, grâce à cette allégeance, ils pourront, en toute impunité, être dur, exiger, juger, faire la loi pyramidale jusqu’à en abuser, user de l’injustice, se venger ou faire même pire sans autre procès que celui des « on-dit ».
Ils useront à souhait du droit à l’ostracisme. Il leur suffit pour cela d’être fidèles en apparence et, sans soupir, faire toujours dévotion. C’est là l’essentiel ! Un clan. Tel était l’objectif ! Un véritable clan d’admirables affairistes!
Il leur faudra, de toutes les filières, savoir tirer profit, investir tous les bons partis, « A Lotta Universale », l’institution, jusqu’aux mairies, les entreprises, les nœuds bancaires, l’information par les médias, la presse sera muselée si elle se veut contraire aux nantis.
Il leur faudra aussi prendre garde aux factions libres ou effrontées. Qu’elles soient de la Justice ou même Paolistes, elles suivront le pas des prodiges, jusqu’aux dernières sommations… Etre l’élu parmi les sages et ne jamais sembler repu, pour l’image qu’ils devront donner. Etre aimés, amis des plèbes et non pas les héros inouïs des anciens praticiens.
Tiens, à ce propos, il en est un d’entre eux, distingué nobliau, qui su dire les phrases justes et les mots clefs, définissant en quelques mouvements de verbes acérés la plainte générale qui les avait unifiés.
A l’instar de tous, il défendait un Nom. Le Peuple n’est pas son émoi. Son fief restant de mémoire, le pays des nantis et de l’insoumission.
Ils seront les sept séditieux d’un secret « vade-mecum ».
Il leur faut la gestion du terrain et faire craindre d’eux n’importe quel coup bas. Les géants politiques vont devoir transiger avec le nouveau clan. Celui qui, sans être de concert, voudra installer l’ignominie sur leurs terres devra payer pour être serein.
Le vieille cabale sera moribonde d’être considérée comme l’infâme manigance, le pourfendeur de leur frères, et ils auront la gloire des grands libérateurs.
Qui détient le pouvoir ? L’argent ! Ils auront leur nerf pour la guerre ! Ils l’exigeront…
Il leur faudra patienter quelque temps, faire leur preuves, se glorifier leur horde par l’ardeur de nombreux exploits. Ils seront le bras séculier qui défendra le sang et la terre abandonnée par leurs ainées : « vergogna a tè chi vendi a terra ! ».
Quand le peuple affamé voudra vendre sa terre ils fixeront au plus bas le prix de tous ses biens pour l’acheter eux-mêmes.
Ils auront l’exclusivité quasi certaine, quasi garantie, sur les marchés !
Ils vont éprouver les tenants des parlements, les gros banquiers, les sociétaires.
Ils tiendront le bon bout de la longe, le carrousel pourra commencer …/…
Les premiers pas, vers le sein de la gloire,
Il leur fallait en premier lieu obtenir le blanc-seing familial pour éviter le démenti des parrains et des pères. L’affaire n’était pas simple à présenter.
Ce fut fait dans l’improvisation, tout de go, sans ambages ou circonvolutions préparées car ils savaient d’eux qu’ils éventeraient sur l’heure une quelconque préparation. Ils auraient pu y voir une décoction de principes solubles judicieusement distillés pour préparer leur fin.
Sur le champ, profitant de la présence au complet à la fête, du prétoire des anciens, les jeunes nobles ont suivi en silence le cénacle jusqu’au au fumoir. Attendant le Cognac, le cigare, et le calme du protocole, tous voulaient trouver un semblant d’activité, l’air de rien, qui au billard et qui aux livres anciens.
Le tralala des convenances amena le cercle à la sérénité. Il était temps de dire tout haut leur chimère, de faire part de leurs ambitions, d’être persuasifs pour faire accepter, des anciens, leurs jeunes théories sans flétrir leurs vieilles litanies. Le concept étant novateur, il se devait de trouver un appui sur la base d’anciens aphorismes que distillent lentement les patriarches ascendants.
Le discours fut amené avec délicatesse, de façon presque enfantine, immatérielle, sciemment déraisonnable pour se voir ramené au cadre un peu téméraire qu’ils avaient, avant coup, défini.
Ils ont joué de l’idée de puissance qui génère leur ralenti. Pour que des ordres clairs leur somment de faire ce qu’en réalité ils avaient estimé et prévu et, de la sorte, leur évite l’ennui d’opérer, sans leur dispense, leur opérations libertaires.
La « Carte blanche » est accordée à la lignée.
Ils s’inclinent et font dévotion oubliant pour quelque temps ce facile triomphe. Il n’était pas question de démontrer leur science, alors, car ils investissaient pour l’intérêt général, dans un discours superbe et séducteur, vantant tout leur contraire et faisant fi de la sénilité.
La table ronde, quoique sa forme indiffère, était née.
Ce devait être, vraiment, un bel anniversaire.
Voilà comment se fomente un coup d’état.
Il leur fallait un maire d’importance de qui ils tireront les vers d’un grand nez, pour cette intrusion dans le rouage hiérarchique au sein du quel ils avaient l’appétit d’une bonne situation obtenue par la bienveillance du mandarin, Ils savaient déjà qui députer dans la place :
Le Boyard d’entre eux serait l’homme du clan, capable d’être à tous fronts, à toutes barricades, un héros estimé par la population. Il en savait beaucoup sur la grande famille et pourrait sans erreur anticiper l’essor.
Il leur fallait être aux affaires d’une chambre à la grande région, ils en profiteraient pour bien orienter la dépense annuelle vers leurs manufactures et leurs négociations. Ils y pourront aussi prendre des bénéfices à dépenser aux jeux pervers des transactions. Pour un nouveau business mettre la bonne mise sachant, auparavant, le numéro tiré. Ils pourront, tout autant, payer à leur guise des cadeaux motivants aux filles d’une nuit ou, pour des choses promises, à leurs politiques qui s’acoquineront en leur compagnie. Ils avaient un expert très comptable en cela ; Seigneurial, magnifique, sophistiqué, il présente si bien qu’il ne fait pas son âge, sa stature est accomplie, ses verbes se déclinent en belles périphrases. Il semble si sérieux, si mur pour la raison que même le Bon Dieu l’absout de confession.
Sur le fait politique, ils veulent de la méfiance car un coalisé d’aujourd’hui sera un ennemi si, par un coup du sort, il oubli l’allégeance, ferré d’un autre appât ou d’un simple remord. Il leur faudra vivement chaperonner ceux-là et prévoir, bien avant que l’allié ne se lasse, à le destituer, le contraignant à laisser ses pouvoirs. Pour ce faire le hasard saura tout définir et ils profiteront des croisées des chemins pour infiltrer les groupes à faire ou à défaire selon leurs sentiments, leurs besoins du moment. En tout état de cause, il leur faudra conserver à l’esprit que, de cette politique, ils espèrent du profit mais qu’il ne faudra point, pour aucun d’entre ceux-là, qu’elle leur tourne l’esprit et qu’il mute en tribun.
…/…
Immixtion en terrain politique
Ils avaient attendu les vacances de Pâques pour prendre un rendez-vous très important pour l’avenir en terrain miné, politique de leur chouannerie.
Ils étaient en quête du saint graal, du sein du sein.
Grands-chambriers, forts du travail accompli sur la jeunesse estudiantine, tant à Nice qu’à Aix et Marseille, ils avaient pris pour cible un parti réfractaire au pouvoir et d’essence populaire. Sa corsitude affirmée allait leur donner une image compulsive, mais sans plus, une image de respect bourgeois qui tairait d’un savant maquillage l’ampleur de leur désobéissance civique.
Ils étaient trois condisciples au premier rendez-vous frappé d’un sceau reconnaissable, le premier rendez-vous en terrain politique de leur histoire, avec les militants d’un parti bien bandé.
A mi-chemin, du nord au sud, une tour les voyait venir…
Sur le parking, un camion militaire, une barque de pêche, quelques gros tous-terrains, pour les mettre déjà dans l’ambiance des grands jours. Trois hommes, autant qu’eux trois, s’avancent à leur rencontre, pour un cortège l’air de rien. Pas de question, ni aucun geste à interpréter, seuls les regards de l’équipage suffiront à se dire que la confiance est méritée.
En uniformes camouflés comme d’anciens soldats des colonisations, debout, raides, prés de la porte des vigiles sont en veille. La junte des sages, bien protégée, s’est réunie pour entendre leur projet et pour répondre à leurs propositions.
Ils voulaient être en toute conscience le bras fort de tous les mouvements, le bras séculier, la rébellion qui frappe de concert avec les syndicats autonomes.
Ils promettent de ne pas dévier, qu’il n’y aura jamais, au grand jamais, de lèse majesté.
Mais ne dit-on pas que les promesses ?…
L’aristocrate praticien sera prolixe tant sa mémoire est bonne des choses politiques, il ne parle que « corse », cela impressionne un peu plus car bon nombre de camarades ne maitrise pas vraiment notre langue. Le discours est affirmé, convaincant. Mais peut-on arrêter la jeunesse quand elle veut croire à ses illusions. Seule la cheminée répondait aux pauses de son discours. On les croyait jeunesse folle et là on devinait en eux la force imparable de demain.
Quelle sensation extraordinaire ils ont du ressentir quand les autres agglutinés, attentifs, étaient tous fascinés par la catilinaire de leur grande ambition. Ont-ils eu peur aussi de les perdre de vue ? L’oiseau est certes tombé du nid, mais il vole déjà ! Craignaient-ils qu’ils fassent, en bande à part, l’essor d’une contradiction ou de ne pas être à leur tour adoptés, désignés par la jeune mouvance pour former le conseil des sages dont ils auront besoin et auquel ils devront toujours nous référer…
En Cunsiliu, l’approbation protocolaire est accordée à la délégation.
Dés lors, comme pour leurs parrains de naguère, Ils s’inclinent et font dévotion oubliant pour quelque temps ce facile triomphe. Il n’était pas question de démontrer leur science, alors, car ils investissaient pour l’intérêt général, dans un discours superbe et séducteur, vantant tout leur contraire et faisant fi de la sénilité…
Vous rendez-vous bien compte ?
Ils obtenaient, bien sur à condition, un pacte négocié du parti à la mode, ce qui équivalait à un certificat. La signature morale au bas d’un parchemin. Mais il sera toujours temps, pour la bande, de discuter de cette morale qui pour la fin veut les moyens !
Ils promettent d’être là lors des journées nationales et de participer, eux aussi, hommes forts, aux actions s’il y en a.
Sur ce, ils quittent leurs nouveaux amis, fiers d’avoir réussi l’examen d’admission. Ce beau monde les accompagne jusqu’aux voitures. C’est déjà le petit matin !
E Avali ?
…/…
Etre ou ne pas être ?
Les réunions s’organisent, on les réclame, on les acclame, les messes noires, les apartés de grands personnages ou l’apathie sera de mise pour toujours faire semblant de rien.
Ils sont forts les vieux clans, tout de même ! Ils en feront autant !
Vont-ils en rester là de leurs rêves de fous !
Ils sont pour l’instant au milieu du maquis, tiens c’est drôle: « le milieu du maquis » !
Ils devront faire, à pieds d’œuvre, un long chemin, vie de labeur ou de calvaire, et ne devoir qu’à leurs artères ce sang neuf, ce renouveau, cet avenir fortuné qu’ils espèrent !
Ils m’ont raconté, nostalgique, les rêves en terrasse, sous le clair de lune lorsque tout un chacun disait son ministère ; Qui se voyait Préfet. Qui se disait, comptable des deniers, fin prêt pour la rigoureuse mission des finances. Qui parlait de culture. Un autre d’intérieur en donnant des détails sur l’acide pouvoir de ses méthodes pour la persuasion. La presse était déjà prise, il leur restait les Sports ou l’Armée. Pourquoi pas ? L’Armée était bien vite accaparée, détournée vers le plus vaillant d’entre nous dans le feu d’artifice.
Quel délire tout de même !
Le discours passe bien dans les rangs des contingents. Ils sont peu à savoir la véritable passion qui anime la chancellerie, mais, comme il n’est point de vertu sans misère, il faut payer de soi pour donner l’assurance de toute conviction, en propagande.
Ils lutteront dans l’ombre des maquis !
Ils dormiront, à même cette terre, dans les grottes où bien peu arrivent !
La lutte est « populaire », et dans le respect démocratique de l’union le peuple militant, forcément est tenu de passer au vote pour choisir, par le plus grand nombre, la bonne destinée.
Le vote tombera en Cunsiliu National que pour tout dénouement on ne doit rien changer!
Rester l’armée de l’ombre, la force vive prête à foncer !
La résolution est votée de façon unanime et ils devront se préparer à vivre ainsi quoiqu’il arrive, pour l’objectif, pour les futurs héritiers.
Merde, s’ils restent ainsi, ils s’enterrent ! Aucun d’entre eux n’était, alors, déjà un père!
Vite, très vite, Il faut qu’ils s’organisent, pour faire comme les anciens, être les éminences grises qui prêcheront les convictions des proches et des hommes de mains dont le rôle sera, très salutaire, de conserver leur hégémonie. Ils s’appelleront « militaire » sous la tutelle du « génie ». Si l’ambition est politique, elle devra être sergentée par une oligarchie.
Ils ont ourdi un plan terrible, contrariant l’assemblée et sa pierre angulaire, et réuni en douce un quorum caricaturale de flatteurs en discession qui sous le masque de l’Amitié ennoblira leur pouvoir. Par ce dictat professoral, ils seront honorés quand viendra la Toussaint, jour de la première pierre du nouvel édifice, digne des grands maçons.
La raison seule est très peu convaincante pour le votant rationnel, Il faudra vite un argument persuasif, irréfutable, pour apaiser les sentiments. Les élections nationales réclament de l’apaisement, un climat propice aux déplacements et aux promesses en terrain populaire, sans risque aucun de subir le contrecoup médiatique d’un quelconque débordement. Un social et bien officiel bouc émissaire fournira le bon répondant, transformé par son généreux Maître en roi-mage providentiel.
Le chevecier (gardien des trésors du temple) n’a plus d’accent.
Dés lors, notre châtelet se meuble de fauteuils et de Présidents qui siègent aux premières instances, aux féodales institutions qui règnent en haut des cathédrales sur les cartes de l’ambition.
On nous dit de créer partout des permanences pour dépenser un peu et former des vassaux pour convertir les gueux.
Le roturier est noble, à part ses convictions.
Trêve de plaisanterie, l’amande sera honorable. Ils ont très vite négocié, ipso facto, pour tous leurs légionnaires, une Liberté immédiate, privat-docent en éruption.
Seul le martyre demeure à l’abandon. L’argent pourra tout accomplir ! Comme un joueur double la mise, leur martingale a bon ton.
…/…
Ils ont donc ourdi un plan à très long terme, indécelable, inattaquable…
L’économie doit mal aller …
Il leur faut la ruiner ! Le peuple doit manger dans le creux d’une main…
Le retour des pieds noirs à apporté du cash, de la main d’œuvre aussi pour nos terres agraires. Ils ont des relations, mais la noblesse insulaire perd la main mise sur ses quelques affaires…
Il faut qu’ils partent…
Il leur faudra haranguer la foule à Corte, lors des journées, pour que des actions symboliques et très médiatisées les mettent en demeure de quitter le pays.
C’est facile, ils trafiquent leur vin.
Voila une bien juste cause pour le monde agricole.
Le directoire s’affère à décider pour qui sera la terre !
Il lui faut un allié au sein des syndicats pour bloquer tous les ports.
Des Amis ont du les bien renseigner. Le leader est finançable…
Ils lui promettent donc un parc immobilier, une rente à vie, une fille qui lui plait…
Le rêve américain, Miami, Caracas, car il aime jouer.
Après les ports, il faudra aussi empêcher le courrier d’arriver,
en ciblant, à la Poste, un bon nombre de cadres.
Une grève générale est très facile à amener.
Un bruit à faire courir et tout est enclenché.
Si la banque se gave sur cette opération, il faudra l’obliger à céder du terrain.
Pour pouvoir financer les projets insulaires en bons intermédiaires.
Pour pouvoir appliquer des taux beaucoup plus chers que les caisses nationales.
Pour pouvoir faire peur pour la causalité.
Pour pouvoir créer la caisse régionale.
Pour pouvoir, à loisirs, investir même ailleurs, faire des supermarchés au milieu des déserts.
Pour pouvoir soutenir tous les partis en lice, faisant croire à chacun qu’il sera leur élu.
Ils veulent de la Corse le droit de légiférer, devenir autonomes,
Ils veulent créer notre région, faire leur assemblée…
Les finances tenir viendront par la voie du pouvoir.
Les budgets pour les votes ne pèsent pas plus lourds que quelques micro-ondes.
Pour pouvoir prendre ainsi la gestion du royaume, administrer les politiques.
Juguler, fomenter, mater ou mettre sous le joug.
La Cour remerciera pour ses belles étrennes.
Ils offriront aux légats, pour partir en voyage des costumes céans et de très beaux bagages.
Il faudra qu’ils les représentent de très belle manière…
L’Europe qui payera le compte bien rendu, le leurre de l’émissaire qu’ils auront repu.
L’office par lequel ils pourront ventiler des aides marginales pour qu’on se pense aidé.
La chambre doit changer. Il faut donc des alliés. Les syndicats, unis, pourront la renverser. Après, ils y feront la place aux amis, quand aux autres, ils auront les restes de leurs nuits.
De chaque corps d’état, de chaque syndicat ils voudront prendre les rennes.
Pour soutenir les présidences choisies pour remplir leur mission imposée.
Ils nommeront les hauts-commissaires en bons assujettis.
La culture sera ce qu’ils en feront, au sein d’un hémicycle, même universitaire.
S’ils font bien tout cela ils auront tout en main
Ils seront la Révolution ! Ou la Contre-révolution !
Et Ils n’auront que faire de celle des pauvres gens !
@Jean-Louis Colonna Cesari. info@golfehotel.com
colonna (http://www.ecrivez.org)