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Jouer au chat et à la souris



Rêveuse était une jeune souris entrée depuis peu dans la terrible période qu'est celle de l'adolescence. Contrairement aux souris de son âge, elle était toujours heureuse et respirait la joie de vivre. Elle était aimée de ses parents, adulée de ses amis et respectée de ses ennemis. Elle ne laissait jamais les soucis miner son moral. Son visage était doux, il était adulte mais gardait de délicates expressions d'enfant, on pouvait lire sur ses traits que le bonheur inondait ses jours. Elle aimait la vie et en profitait comme personne. Elle remerciait ses parents chaque jour de lui avoir donné la chance de naître. Ils ne comprenaient pas son engouement pour la vie et de toutes façons, ils ne voulaient plus rien comprendre. Même l'amour ne les intéressait plus et s'était évaporé de leur quotidien. La mère de Rêveuse répétait toujours :
    -Tu sais, l'amour n'existe pas, cette histoire n'est que pure invention, une véritable arnaque. Ma chérie, promets-moi de ne jamais tomber amoureuse.
    -Oui maman, jamais, c'est promis.
Elle le promettait sans y croire car elle aimait à en mourir un être nommé Bourreau. Il était grand, fort, Rêveuse restait toujours ébahie face à sa beauté et sa carrure mais malheureusement, il était aussi félin. Et oui, Bourreau était un chat. Un chat au magnifique pelage tigré, toujours accompagné de sa maîtresse humaine nommée Marina. Bourreau ne voyait qu'elle et vivait au rythme de ses caresses, rendant Rêveuse de plus en plus jalouse au fil du temps. Elle aurait bien aimé être à l'origine de ses bruyants ronronnements mais la nature en avait décidé autrement.


Un jour, Rêveuse alla se cacher sous le bureau de la chambre de Marina pour réfléchir à l'amour excessif qu'elle ressentait pour le tortionnaire de son coeur. Elle pensait qu'elle y serait seule et au calme mais Bourreau et Marina se trouvaient à quelques mètres d'elle, sur le lit, à se chérir tendrement. Rêveuse ne se lassait pas d'admirer Bourreau. Elle restait les yeux rivés sur lui, concentrée, rêvant de se trouver un jour à la place de Marina.
Alors qu'elle fixait le doux visage de son Bourreau, Rêveuse aperçut Marina déposer du bout de ses lèvres un bienveillant baiser sur la somptueuse tête de Bourreau. L'image de ce baiser resta bloquée dans l'esprit de Rêveuse. Elle ferma les yeux car elle sentait qu'ils s'embuaient de larmes, puis elle commença à sangloter. Elle rouvrit les yeux et tomba cette fois-ci sur l'image de Bourreau ronronnant sous les nombreuses caresses et les multiples baisers que Marina lui offrait inlassablement. Elle ne voulait plus les voir, son esprit lui disait de tourner la tête mais son coeur la paralysait et la forçait à admirer la scène.
Sur le point de mourir de jalousie, elle décida de retourner dans son trou, dans sa chambre et dans son lit pour se cacher au fond de ses draps. Elle sortit précipitamment de sa planque pour rejoindre son trou situé à l'autre bout de la pièce. Elle avait besoin d'être dans un endroit tranquille, de réfléchir, peut-être même de pleurer à s'en noyer.


Alors qu'elle traversait la chambre aussi rapidement et discrètement que possible, Marina aperçut Rêveuse et poussa un déchirant cri de frayeur, ce qui fît bondir Bourreau des bras de sa maîtresse. Se prenant pour un héros sur le point de sauver une demoiselle en détresse, il poursuivit Rêveuse durant de longues minutes et finit par la bloquer avec ses pattes. Rêveuse se mit aussitôt à pleurer en guise de supplications, elle n'avait jamais eu aussi peur de sa vie. Bourreau se délectait des cris engendrés par les souffrances qu'il faisait endurer à la pauvre souris. Il commença à enfoncer ses griffes assassines dans son petit corps, elle hurlait de douleur et il aimait ça. Plus Rêveuse le suppliait de la lâcher, plus il serrait, il prenait un grand plaisir à se montrer sadique avec elle. Rêveuse ne savait plus quoi faire, elle voyait sa dernière heure arriver, peut-être même sa dernière minute. Se disant qu'elle n'avait plus rien à perdre, elle décida de lui avouer son amour :
    -Bourreau, arrête, ne me tue pas ! Je t'aime, tu es celui dont j'ai toujours rêvé, tu es mon idéal. Même si je ne devrais pas t'aimer, mon coeur ne m'a pas laissé le choix.
    -Tu m'aimes ? Vraiment ? Moi ?
    -Oui, je te trouve parfait, je t'aime plus que tout au monde.
Le matou sembla touché, il inclina sa tête sur le côté et regarda tendrement Rêveuse. Elle devina en observant le fond de ses yeux brillants qu'il était ému et elle en fût convaincue lorsqu'elle sentit qu'il relâchait petit-à-petit son étreinte fatale.
Bourreau la lâcha totalement mais Rêveuse, au lieu de courir vers son trou se cacher et ainsi sauver sa peau, resta près de Bourreau et le contempla. Elle avait rarement été aussi près de lui. Elle le pouvait mais ne voulait pas bouger car elle aimait la vie mais pas autant que Bourreau. Elle avait confiance en lui et elle était sûre d'avoir raison parce qu'elle l'aimait et qu'il avait eu la bonté de ne pas la tuer, elle était persuadée qu'un coeur sensible se cachait sous son magnifique pelage tigré. Rêveuse sembla toucher Bourreau en n'aillant pas peur de lui car un sourire faisait lever ses moustaches vers le ciel. Il inclina lentement sa tête de l'autre côté et l'approcha du petit corps heureux de Rêveuse sans le moindre geste brusque. Elle trouva adorable la posture qu'il venait de prendre. Il continua d'agrandir son beau sourire avant d'achever violemment Rêveuse d'un grand coup de crocs.


Pourquoi l'amour nous met-il en confiance avant de nous achever ?
L'amour n'est qu'un bourreau qui certes nous fait rêver mais qui prend un malin plaisir à nous mettre en confiance pour mieux nous voir souffrir. On a beau chercher à éviter l'amour pour qu'il ne nous porte pas le coup de grâce, il nous massacre toujours et se délecte de nos supplications.  


Lovdevil95 (http://www.littlten.skyblog.com)


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