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La femme dans la cave à vins



Auteur du roman policier "Une vieille s'en va", je souhaite ici vous faire connaître son héros principal, le détective privé James Arriver, grâce à cette petite nouvelle.

LA FEMME DANS LA CAVE A VINS

Cette affaire-là m'avait énormément marqué. James ne m'en parlait cependant jamais. Il la considérait comme assez mineure. Elle avait pourtant défrayé la chronique et elle était un des grands scandales judiciaires du XXè siècle.

Nous étions alors dans une belle matinée printanière. James et moi nous étions retrouvés pour discuter un petit peu de choses et d'autres. La conversation était venue à cette affaire et j'avais tenté de sonder mon ami.

"- Ainsi donc, tu n'as jamais oublié ce dossier ?

- Jamais ! Cette affaire était tellement ahurissante ! Je n'ai jamais su quelle était la solution de ce mystère, faute d'avoir eu le temps de lire la presse. Et aujourd'hui encore, je reste dans l'ombre. Je sais juste que la solution que tu as trouvée était autre que celle à laquelle tout le monde pensait.

- Et bien commence par me relater les faits.


Les faits étaient relativement simples. Un mardi soir, Claire Van De Bresk rentre chez elle. Elle habite, avec ses parents, son petit frère et un domestique, une vaste et riche maison. Le logement comprend deux étages et une cave dont l'accès s'opère par une des pièces du rez de chaussée. A la maison, elle retrouve tout le monde excepté sa mère. Elle s'étonne car elle sait que celle-ci ne comptait pas sortir. Le domestique lui dit qu'à 16h36, il a vu Madame Van Den Bresk entrer dans la pièce menant à la cave. A 16h50, cette femme appelle son mari, son domestique et son fils par un système de communication informatique. Chaque pièce de la maison est dotée d'un émetteur-récepteur permettant d'envoyer un message accessible depuis chaque pièce. La victime appelait le domestique, son mari, son fils mais aussi sa fille, ne se souvenant plus de la sortie.

Les trois personnes descendent dans la cave. Ils ne la voient pas car la cave n'est pas équipée d'un appareillage électrique et n'a aucune fenêtre. Ils l'entendent s'agiter. Puis, s'apercevant qu'elle ne leur demande rien et se souvenant de ce que l'importuner par une question ne pouvait que l'énerver, ils la laissent.

Depuis, plus de nouvelles. Soudain, la jeune Claire s'affole et descend dans la cave avec les autres. C'est alors qu'elle a l'horrible surprise de découvrir sa mère, le crâne explosé suite à un violent coup de bouteille vide. Son corps est ensanglanté et les tessons de verre brisé s'amoncellent un peu partout. La police avait été rapidement appelée. On avait conclu à un meurtre par le fils, le père et le domestique car chacun détestait cette femme et avait une bonne raison de la tuer. Seul le détective James Arriver avait osé s'insurger contre cette affirmation. Et tandis que les trois personnes partaient pour la prison, le détective avait mené une enquête.

Ayant raconté tout cela, je demandai à mon ami de m'expliquer sa démarche.


*

- Bien bien, affirma James, alors, Marc-André, rappelle-moi ce qui fait que les trois hommes sont forcément coupables, dans ton esprit.

- Mais, c'est évident, James. Le médecin légiste a situé l'heure du crime à un moment où la victime était seule avec ceux qui la haïssaient. Par conséquent, aucun de leurs témoignages n'est crédible. Ils se sont retrouvés seuls, dans la même pièce que la victime, c'est-à-dire la cave. La cave est remplie de bouteilles. En prendre une pour la tuer était bien simple.

- Aucune de ces évidences, Marc-André, n'est réaliste. En raisonnant de la sorte, tu ne te demandes pas qui a tué mais comment il pourrait être possible que quelqu'un d'autres ait tué. Car naturellement, la position de la victime, l'arme utilisée, il n'existe aucun doute contrant l'hypothèse du meurtre. Et de la même manière, il n'y a aucune raison de penser que ce soit un suicide. Mais il y a quatre éléments sur lesquels tu n'as pas été prolixe.

"Dans la nuit précédant la découverte du meurtre, M. Van Den Bresk s'est levé subitement. Ne parvenant pas à dormir, il a décidé d'aller se promener dans son domaine, c'est-à-dire dans la maison. Il a parcouru les différents étages. Et parvenant au rez de chaussée, il a vu sa fille qui s'apprêtait à remonter les étages pour aller dans sa chambre qui est situé au deuxième. Il lui a demandé ce qu'elle faisait et elle a répondu qu'elle était en train de réviser ses cours. Mais fatiguée, elle avait également eu une petite envie de se promener, pour se délasser. Les témoignages du père et de la fille se corroborent en tous points. Et à vrai dire, la demoiselle a l'habitude de travailler jusque tard dans la nuit pour ses études. Tout ceci était parfaitement plausible."

"Là où le témoignage cesse de se corroborer concerne la porte même de la pièce menant à la cave. Elle est parfaitement visible depuis les escaliers. Et quand j'ai demandé à Monsieur si elle était ouverte ou fermée, il s'est souvenu qu'elle était entrouverte. Il s'en est rappelé avec difficulté, semble-t-il. Mais cela lui est revenu. Et tandis que sa fille remontait les escaliers, il s'est dirigé vers cette porte et, la clé étant restée dessus, il l'a fermée. Et effectivement, c'était d'autant plus anormal que chaque soir, la porte était fermée à clé, pour éviter que l'air froid de la cave ne parvienne jusqu'à la maison."

- Monsieur, coupai-je, a donc pu en profiter. Comme sa fille remontait, elle ne l'a pas vu fermer la porte de la cave. Il a très bien pu en profiter pour préparer le terrain. Passons au deuxième fait ?

- La sortie de la demoiselle. Elle a affirmé être sortie à 8h31. Et elle n'est rentrée que le soir, pour découvrir le décès de sa mère. Or, le domestique n'a pas pu confirmer puisqu'il ne s'est réveillé qu'à 11h du matin. Le domestique réside dans une chambre de bonne située dans le grenier de la maison. Quant au père et au frère, ils dormaient quand elle est partie. Il n'y a aucune trace de sa sortie du bâtiment depuis l'extérieur de la maison. Le seul indice que l'on a vient du fait que le verrou de la porte d'entrée est fermé chaque soir. Or, ce matin-là, il était ouvert. Et les dernières traces digitales retrouvées ont l'air d'appartenir à ses mains. A priori, cela confirmait bien qu'elle était sortie.

- Cela ne fait aucun doute, James. Et le troisième fait ?

- Quand M. Van Den Bresk revint se coucher, il trouva sa femme dans son lit, elle était endormie. Mais le lendemain, quand il se leva, elle avait quitté son lit. Il ne s'inquiéta pas et pensa qu'elle s'était levée plus tôt que lui. Et effectivement, il aperçut une silhouette, portant un par-dessus, entrer dans le bureau de travail de sa femme qui était situé au deuxième étage. Il savait ainsi que sa femme s'était levée plus tôt pour s'enfermer dans ses activités. Et il n'alla pas lui parler.

- Enfin, le quatrième fait ?

- M. Van Den Bresk a, la veille du meurtre, appelé son équipe de sous-main. Ce sont des hommes qu'il paye pour réaliser de petites tâches professionnelles de seconde zone. Là, il les appela pour venir chercher une caisse située dans le débarras de la maison. Ce débarras est au rez de chaussée. Il possède une porte conduisant à l'extérieur du logis. C'est par cette personne que les hommes sont venus, à 11h30. M. Van Den Bresk leur a affirmé qu'il y avait une caisse à déménager dans la cave à vins. Les deux hommes de main ont exécuté l'ordre. Ils sont venus récupérer un carton mais ce jour-là, dans le débarras, il n'y avait pas un mais deux cartons.

"L'un était installé contre un mur et l'autre était au centre de la pièce, comme s'il attendait d'être déplacé. C'est celui-là que les deux hommes ont pris. Ils sont entrés puis sortis par la même porte pour récupérer le carton, ils ont contourné la maison, sont passés par un portillon qui ouvrait l'accès à un escalier conduisant à la cave depuis l'extérieur de la maison. Là, ils ont posé le paquet et sont partis. Il était midi quand ils sont partis. Et de midi jusqu'à 17h50, heure approximative de retour à la maison de la demoiselle, les trois hommes sont restés seuls."

"Le soir, en allant dans la cave, Monsieur a immédiatement remarqué que la caisse transportée n'était pas la bonne. Furieux, pendant que la maison alertait les autorités, il a appelé ses deux compagnons en leur demandant des explications. Ceux-ci ont pensé, de bonne foi, que c'était cette caisse-là qu'il fallait déplacer. La demoiselle a expliqué qu'elle avait mis cette caisse dans le débarras pour faire de la place dans sa chambre. Elle avait demandé à Jean de lui apporter un carton de la cave. Elle s'en était occupée au matin, avant de partir. Elle avait oublié de prévenir son père. La caisse, affirmait-elle, contenait des livres. Et quand on a ouvert cette caisse, on s'est aperçu qu'elle contenait réellement des livres. Les livres avaient été disposés par rangées. Seule la première rangée, celle du dessus par conséquent, n'était pas pleine. Et quand j'ai demandé aux déménageurs improvisés comment ils avaient déplacé cette caisse, ils m'ont confessé l'avoir retourné puis déplacé.

- De tout ceci, James, nous ne pourrons pas tirer grand chose.

- Nous avons pourtant là un indice précieux. Car quand j'ai demandé si cette caisse avait fais du bruit lorsqu'ils l'ont déplacée, ils m'ont répondu que non.


James marqua un temps de pause. Et en réalité, il clôtura ainsi son discours. Il ne devait plus reparler de cette affaire étrange que quelques années après. Pendant tout ce temps, malgré mes supplications, il ne céda pas et refusa d'en parler. Mais un beau jour, tandis que nous discutions de choses et d'autres, j'obtins une nouvelle progression.


*

"- Poursuivons donc cette discussion abandonnée, puisque tu le veux. Et intéressons-nous aux divers protagonistes. Jean Vannetier est le domestique de la famille. Il la sert depuis plusieurs années mais il fait l'objet d'un mépris absolu pour cette femme qui l'a toujours traité comme étant en dessous de sa condition réelle. Elle lui a refusé toute augmentation et a toujours maintenu une forte pression sur son mari pour qu'aucune responsabilité ne lui soit jamais confiée. Et c'est ainsi que Madame réussit à convaincre son mari d'engager deux hommes de main pour leur confier des tâches subalternes. Ainsi, Jean ne devenait pas le secrétaire de son mari.

- Une excellente raison pour la tuer, affirmai-je.


James mima celui qui n'avait rien entendu.

- Cependant, le domestique bénéficiait de l'appui solide de l'époux qui lui réitérait sans cesse sa confiance. Une relation d'amitié s'était instaurée entre les deux individus et pour cette raison, Jean semblait vouloir rester. Passons à l'époux. Julien Van Den Bresk est le mari de Madame. C'est un homme déçu par son mariage. Sa femme n'a pas été l'épouse douce et disponible dont il rêvait. Il ne retient d'elle qu'un caractère d'acariâtre, d'autoritaire, d'esprit altier.

- Il est aussi le propriétaire de tous les biens du mariage qui sont et demeurent des biens propres. De sorte que la mort de sa femme n'a pas pu le faire souffrir.

- Certes, certes. Quant au fils de Julien, Jérôme, il était l'objet d'un mépris total par Madame qui préférait, et de loin, sa fille. Les deux hommes de main de Monsieur ont été engagés, je l'ai dis, sur les fortes pressions de Madame. Malgré son caractère impossible, ils ne trouvaient rien à redire puisqu'ils étaient assez bien payés. Quant à Claire, elle était la seule à aimer réellement sa mère. Et elle affirmait avoir été absente du domicile pendant les faits. Mais s'en tenir là serait très réducteur. Il faut d'abord observer que la victime n'avait pas l'air effrayée le moins du monde. Dans sa position ultime, précédant la mort et le coup fatal, elle n'était pas apeurée. Mieux, elle semblait presque satisfaite du meurtre dont elle allait faire l'objet. Ceci tend à montrer que cette femme s'attendait à son meurtre et j'irais même jusqu'à dire qu'elle connaissait son assassin. Voire même, qu'elle l'avait en face d'elle. Pourquoi ? Parce que les traces du coup reçus sur le crâne tendent à montrer que c'est l'avant - et non l'arrière - de la voûte crânienne qui a été frappé. Ensuite, et bien il faut analyser davantage la personnalité de la victime.

- Tu as dis toi-même qu'elle fut une femme impossible et qu'elle mena la vie dure à tous ses proches, enfin pas à sa fille.

- Précisément, Madame Van Den Bresk menait une vie impossible à son entourage. C'était dû à ses convictions personnelles. Elle voulait le meilleur pour sa famille. L'idée que son mari puisse se lier d'amitié avec un domestique devait la faire rugir. Simplement parce que ce dernier pouvait parfaitement devenir le confident de son mari, c'est-à-dire son égal. En introduisant l'idée d'hommes de main, elle réalisait un camouflet à l'encontre du domestique en lui rappelant sa condition subalterne. Quant aux hommes de main, moyennant finance, ils acceptaient de devenir tout et n'importe quoi. Son mari la haïssait parce qu'il se sentait emprisonné par une insupportable mégère qui perdait ses charmes au fur et à mesure que son caractère s'aggravait. Elle voulait le bien de son mari et n'obtint rien d'autres que sa haine. Avec ce domestique, il laissait s'exprimer un désir profond de souffler, d'avoir un ami, un confident avec lequel il s'entendait parfaitement et qui était intègre.

"De la même manière, le fils était bridé dans toutes ses volontés simplement parce que la réussite de sa sœur l'obligeait à faire de même. Mais devant le constat d'échecs, il ne pouvait que détester celle qui lui imposait un tel défi : sa mère."

- Tout ceci ne fait que conforter la thèse officielle, James.

- Oui. Mais quelles sont les personnes qui ont pu m'aider à réaliser ce tableau, cette description de la victime ?

- Mais… les trois meurtriers, naturellement ! Se sentant coincés, ils cherchent des circonstances atténuantes.

- C'est pourquoi il faut également s'intéresser à ceux qui sont étrangers à ces haines. Pas les deux livreurs parce qu'ils la connaissaient mal. Ils la dépeignent simplement comme une femme rude et indomptée, un taureau lâché dans une arène comme ils disent. Mais Claire, elle, avait un autre discours. Elle raconta que sa mère s'isolait souvent pour pleurer. Qu'elle ne se consolait pas de tous ces échecs dans sa vie familiale et qu'elle se reprochait son incapacité à rendre son monde heureux. Elle voyait parfaitement tout le monde s'éloignait d'elle. Son fils ne l'écoutait plus, son domestique s'enfermait dans une relation professionnelle stricte, son mari dans ses occupations.

"Celle avec qui elle s'entendait le mieux, c'était sa fille. Seule sa fille avait su comprendre pourquoi la mère se comportait ainsi. Et elle écouta les discours de sa mère qui lui parlait de nécessité de travailler énormément pour arriver à un grand résultat. Elle voyait sa fille réceptive à ses paroles, elle lui parlait régulièrement et allait se faire consoler par elle. Sauf que Claire finit par avouer que sa mère devenait de plus en plus dépressive, qu'elle s'enfermait dans des silences mutins. Et en parallèle, elle, Claire, réussissait de mieux en mieux. Et au fil du temps, elle gagnait de l'autorité sur tout ce monde : le domestique, le fils, le père. Elle se voyait parfaitement aux commandes de ce monde familial qui n'obéissait qu'à des considérations très mièvres. Ou mieux, elle se voyait bien se débarrasser d'eux."

Stupéfait. J'étais stupéfait. Et c'était à ces conclusions que James en était arrivé dans son enquête ? Oui. Après cela, il comprit qu'il était nécessaire de combattre la doctrine officielle pour trouver ce qui avait pu se passer. James demeura silencieux sur ce sujet pendant le reste de la conversation. Cela dura quelques mois seulement. Quelques mois pendant lesquels cette incroyable affaire hanta mes nuits.

Au bout de quelques mois, nous nous revîmes et James accepta de me livrer la suite de son raisonnement.


*

- Dis-moi, James, que s'est-il passé le jour du crime ?

- Quelques jours auparavant, Claire projeta le meurtre de sa mère. Elle était résolue mais elle cherchait le moyen de se débarrasser des autres aussi. Elle n'en dit mot à personne mais elle y réfléchit. Elle annonça à sa famille que le jour J, celui du meurtre, elle sortirait assez tôt. Il ne fallait donc pas s'étonner de son absence. La veille du meurtre, tout le monde était endormi, elle alla chercher un carton dans la cave et elle l'emmena dans sa chambre. Claire est une lectrice éperdue. Elle cherche à s'évader par des fictions diverses. Elle avait décidé de mettre quelques livres dans le débarras, pour faire de la place dans sa chambre.

"Mais elle changea d'avis et voulut profiter de l'occasion. Après avoir ramené un carton dans sa chambre, elle prit les livres et les installa dans le carton. Elle emmena le carton dans la cave et partit installer les livres là-bas, dans un coin où ils ne seraient pas visibles. C'est pourquoi, quand j'ai demandé aux déménageurs improvisés s'ils avaient vu des livres dans la cave, ils m'ont répondu par la négative. Mais celle-ci est si large et si obscure qu'il n'y avait aucun mal à cacher des livres."

"Elle laissa ce carton-là dans la cave car elle n'en avait plus besoin. Mais au moment de remonter, elle entendit les pas de son père. Il était minuit et celui-ci ne trouvait pas le sommeil. Il décida de visiter un peu son domaine. Sa femme était dans le lit, il ne s'inquiéta pas. Et quand il trouva sa fille au rez de chaussée, elle lui expliqua qu'elle révisait et voulait se détendre un peu en marchant. Il la laissa remonter mais observa que la porte de la cave était restée ouverte. Il pensa sans doute que c'était Jean qui avait oublié de la fermer, ne voyant pas ce que Claire pouvait faire à la cave. Il faut se souvenir que plus tard, elle indiquerait que c'est Jean qui est allé à la cave pour elle, ce que lui-même a confirmé"

"Ainsi, deux hommes étaient allés dans cet endroit sans qu'elle, officiellement, n'y fût entrée. Julien et Claire se recouchèrent. Le lendemain, Claire se leva tôt et personne ne s'en rendit compte. Seulement, Mme Van Den Bresk se leva et entra dans la chambre de sa fille. As-tu prêté attention au fait que la bouteille, l'arme du crime, était vide alors qu'il n'y avait aucune bouteille vide dans la cave ? Non, hein ? C'est bien ce que je pensai. J'ai aussitôt demandé aux différents personnages de la famille si cette femme était déjà descendue seule dans la cave et l'on m'indiqua que oui. As-tu observé une symbolique liée à la bouteille ? Non ?"

"Cette bouteille contenait un excellent vin, cher et particulièrement bon. Or, M. Van Den Bresk est amateur de vin tandis que Jean a également des connaissances dans le domaine. Il est incontestable que cette bouteille a été prise au hasard par quelqu'un qui ne s'y connaissait pas en bon vin, qui a vidé la bouteille dans l'évier. Et cette personne ne pouvait pas être la fille, Claire, qui aurait pu être suspectée. Cela ne pouvait être que la mère elle-même. Claire me raconta la suite. Sa mère entra dans sa chambre tôt le matin, la bouteille vide à la main. Elle la donna à sa fille qui la prit. Claire mourait d'envie de s'émanciper de sa mère, se débarrasser des autres pour asseoir sa domination sur les biens. Personne ne pouvait penser à Claire car la vérité était trop évidente. Et Mme Van Den Bresk était heureuse de voir qu'enfin elle allait réussir quelque chose, que sa fille pouvait devenir quelqu'un d'important. Et à côté de cela, il y avait tous les autres échecs. Elle ferma la porte de la chambre afin d'insonoriser le couloir puis vint s'agenouiller devant sa fille."

"Claire leva la bouteille et l'écrasa contre le crâne de sa mère, c'est pourquoi la victime était si heureuse et paraissait tellement dans l'attente de cette mort libératrice. Claire prit le dernier carton qu'elle avait mis dans sa chambre, celui que Jean était aller chercher pour elle dans la cave. Et là, elle plia le corps de sa mère. Elle enveloppa le cadavre dans des plastiques pour cacher l'odeur autant que faire se peut. Elle ferma convenablement le paquet et le rembourra, de sorte qu'il ne ferait pas de bruit en étant déplacé. Elle retira le pardessus du corps de sa mère et le garda avec elle. Elle descendit le colis par les escaliers uniques qui ouvrent accès à tous les étages et au rez de chaussée. Et enfin, elle déposa le paquet dans le débarras. Elle poussa l'autre vers un coin et mit celui-ci au milieu de la pièce, n'en avertissant personne. Elle se doutait que personne ne viendrait dans le débarras et ce fut le cas."

"A partir de là, j'étais capable de reproduire la vérité. Elle alla ouvrir le verrou de la porte d'entrée, ce qui confirmerait sa soi-disant sortie tôt le matin. Avec le pardessus, elle partit se cacher. Pendant la journée, dans l'immensité de cette maison, elle jouait à cache-cache pour ne pas être vue. Elle savait que Julien ne s'inquiéterait pas pour sa femme et se souvenait de ce qu'ils ne se parlaient plus trop. Dans le courant de la matinée, elle joua cette scène fantôme où le mari crut voir sa femme, en pardessus, entrer dans son bureau de travail. Claire a la même taille et la même physionomie que sa mère, c'était crédible. Pendant ce temps, les déménageurs venaient récupérer le paquet et l'ont emmené dans la cave. Tout s'est très bien passé. Sauf que le paquet a été ballotté et n'a pas fait de bruit ! Il était 11h30."

"A 16h36, Jean voit Madame entrer dans la pièce menant à la cave. Même scène que pour le mari, il la voit de dos et croit reconnaître Madame à sa silhouette. Personne ne lui parle, tout le monde vaque à ses occupations. Claire a dû avoir couru dans les escaliers, se cacher et attendre la venue de quelqu'un. A ce moment, Claire n'est plus là mais l'on se souvient de sa sortie. Personne n'a tenté de la joindre. Personne ne s'est inquiété. Claire, à l'intérieur de la cave, en profite. Elle ouvre le carton, installe le corps et les tessons brisés. Elle abandonne le pardessus qu'elle met sur le corps du cadavre. Puis, elle récupère les livres et les installe dans le carton qu'elle referme. Claire a mal calculé puisque les livres ne remplissent pas le carton. Or puisque celui-ci a été ballotté, il était clair que le carton ne contenait pas des livres lorsque les déménageurs l'avaient transporté."

"A 16h50, elle utilise cet appareil de communication génial qui permet d'envoyer des messages dans chaque pièce de la maison, joindre tout le monde sans opérer un message vocal. Il était donc impossible de dire avec exactitude que celle qui a fait ce message était la victime elle-même. Cependant, nouvelle fausse piste, le message intègre le nom de Claire. Comme si la victime avait oublié que Claire était sortie. Ainsi, il était totalement certain pour les protagonistes que celle qui était dans la cave n'était autre que la future victime. Mais Claire avait laissé ses traces digitales sur cet appareil et celles-ci étaient les dernières à avoir été apposées. Cela prouvait donc bien que la femme dans la cave n'était pas la victime qui était déjà morte."

"Tous se rendent sur les lieux. Et là, il fait sombre. Personne ne voit Madame mais on entend des bruits. Claire a fait un peu de bruit avant de s'enfuir silencieusement par la porte que les déménageurs utilisaient. Et comme cette porte est une trappe de petite taille, la lumière solaire n'a pas pu passer et c'est ainsi qu'elle s'est enfuie calmement. A l'intérieur, aucun des trois hommes ne dit mot. Personne ne vient interpeller Madame. Ils sortent de la pièce et retournent à leurs occupations, la méprisant un peu plus. Mais le soir, quand Claire a fait semblant de rentrer de sa sortie, elle a découvert le cadavre… et accusé le père, le fils et le domestique du meurtre de la mère. Voilà, tu t'en rends compte, ce n'était pas si compliqué."


Et voilà comment l'erreur judiciaire avait pu être levée. Moi, il me fallut longtemps pour connaître le fin mot de cette histoire mais convenez-en, cela méritait bien quelques années et quelques mois d'attente !

jelmys (http://site.voila.fr/maximejelmys/)


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