Le 1 février 2006, Samy se leva à l’aube. Il ne pouvait dormir... une activité qu’il répugnait d’ailleurs. Il contempla le mur pendant un moment puis se décida. Il alla se laver la figure, prit un sandwich préparé la veille et partit.
Le soleil se levait déjà. Il marcha un peu, regardant tout l’ordinaire de la vie. Une chose qu’il ne pouvait compendre était l’attachment excessif qu’Ils manifestaient pour elle. Il prétendait comprendre les motifs d’un suicide, mais les tentatives d’immortalité, cela lui présentait un mystère.
Néanmoins, il continua son chemin. On le salua, il répondit d’un hochement de tête. Il mêprisait secrètement les hommes. Ou peut être que non... il était confus sur ce point. Or, il trouvait les animaux plus tranquilles, étant les seules créatures sans masques.
Le ciel était couvert, l’horizon brumeux. Bien qu’il ait déjà comprit qu’il aimait sa mélancolie, il parut déçu de ne pouvoir sentir le soleil. Aussi créa -t- il son échappatoire journalier : il rêva. Le ciel devenait bleu, le soleil éclatant, et il marchait sur la mousse en haillons de sauvage. Les voitures déguelasses se transformaient en de majestueux éléphants, et sa valise s’évaporait, formant rapidement un parchemin secret dont il était chargé de livrer au chef de la tribu.
Il continua ainsi son chemin, forçant le pas pour arriver à l’heure. Le destin de tous les singes reposait sur sa quête, aussi se sentait il fier de se voir utile. Il arriva enfin au lac et courrut pour se fourrer une place dans la baleine avant qu’elle ne ferme sa bouche.
Les masqués puaient comme d’habitude sans s’en appercevoir, mais en guerrier de la tribu Homajo, il ne montra nulle répugnance et espéra que le trajet sera court. A son malheur, un jeune homme élégant dut enlever son masque pour planter deux doigts dans son nez. Il resta ainsi pendant un moment, tentant vainement d’en tirer les crottes, sa figure devenant rouge. Samy comprit qu’il avait un examen quelconque.
La baleine ouvra enfin sa gueule et il respira l’air frais. Il regarda son bras. Les inscriptions du grand sorcier lui indiquèrent qu’il avait encore du temps. Il força toutefois le pas, ne sachant vraiment pourquoi. Sans doute pour sauver les singes.
Il traversa la rivière et arriva enfin à la tente, après tant de saluts hypocrites. « Samy ! » entendit il, alternativement joyeux et anxieux. C’était la princesse. Il ne savait s’il l’aimait réelement. Toutes ses pensées envers elle ressemblaient aux pensées précédentes envers la première. Aussi croyait il parfois qu’il s’imaginait de l’aimer, juste pour agrementer son rêve.
Haïssant toutefois l’hypocrisie, il ne lui montra jamais aucune émotion. Il lui arrivait néanmoins de faire de l’esprit, ne pouvant résister au plaisir de la voir impressionée. Or, plus il l’aimait, plus il l’éloignait de lui. Il ne faisait d’ailleurs que répéter les événements, les émotions ressenties envers la première. Aussi un ennui terrible peignait parfois son visage au milieu d’une conversation.
Pourquoi l’éloignait it ? C’était, disait il, malgré lui. Mais ayant toujours aimé la philosophie, il essaya d’analyser la cause. Il finit par trouver deux solutions. Ou bien il l’aimait, mais le plaisir de se torturer le coeur dépassait cet amour, ou bien il l’aimait sincèrement et, ayant pitié de la voir faner auprès de lui, il l’éloignait, souhaitant son bonheur.
Elle parlait. Elle parlait beaucoup et ça l’agaçait car elle chassait ses rêves. Elle s’obstinait à le ramener au réel, le voyant excellent, une chose d’ailleurs pas si étrange. Ne lui disait on pas souvent qu’il était sage et mur car il ne parlait pas, alors qu’en vérité, il n’avait rien de quoi parler ?
Il demeura sombre. Il se sentait étouffé. Et tout ce bavardage ! Il n’en pouvait plus. Il s’excusa, disant qu’il devait livrer le parchemin au chef. Elle rit à sa joie et son étonnement.
Il l’aimait assez son chef. La chose qu’il appréciait sans doute le plus chez cet éléphant, c’est qu’il ne portait jamais de masques. Les chefs de tribu d’ailleurs ont le privilège de ne jamais porter de masques devant leurs guerriers (ceci ne leur étant plus nécessaire), c’est pourquoi il les respectait.
Le chef prit le parchemin et l’enivra en lui louangant sa performance et en lui montrant combien de singes il a sauvé. Il sortit souriant et parla un peu avec la princesse, tout en sentant qu’il perdait son temps.
Il retourna enfin chez lui. Il avait faim, alors il entra dans la cuisine et prépara des pattes. Puis, comme tous les jours, en attendant qu’elles soient prêtes, il prit une bouteille d’huile et s’arrosa de la tête aux pieds. Il trouvait cela stupide, mais il ne pouvait y résister. Il se sentit sale et collant, aussi prit il une douche en vitesse.
Il mangea ensuite. Son plat n’avait pas de gout sans sel, mail il s’empêcha d’en ajouter pour une raison qu’il jugeait philosophique. Il travailla ensuite pour ne pas réfléchir, et ceci jusqu’à la nuit.
Enfin, avant de se coucher, il se rapella sa conversation avec sa collègue et, tout en souriant, il se jugea trois fois ridicule. C’est que, voulant s’échapper de lui même, il visait toujours la perfection, même en conversation.
Il se mit au lit mais ne put dormir. Il songea alors pendant quelque temps puis ouvrit la lumière. Il prit un cahier et un crayon et il écrivit une anectode. Il raconta l’histoire d’un jeune homme qu’on enferma à double tour dans une chambre. Cette chambre avait une fenêtre qui donnait sur le rez de chaussé, mais le jeune homme, au lieu de fuir, se mit a décorer la chambre. Il usa et ses forces et son esprit en sculptant le mur à l’aide d’un couteau, dessinant des formes ambigues.
Samy acheva ainsi son histoire et il sentit la tristesse l’envahir. Il voulut pleurer mais ne put pas. Alors il se força de dormir, avec un vague espoir d’un lendemain original et d’une volonté de fer.
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Le 2 février 2006, Samy se réveilla à l’aube. Son chagrin de la veille lui avait laissé des traces, mais comme la mélancolie lui était un visiteur intolérable en ce moment, il se concentra et travailla toute la matinée. Enfin, vers 16 heures il partit.
Il n’avait pas de boulot ce jour là. Il voulait simplement mettre en action une idée qui germait dans son esprit depuis quelques mois. « mmm... mon sang coulera peut-être dans un corps plus noble. » Telle était sa pensée en franchissant la portière d’un hospice.
Il était arrivé trop top semblait-il. Il devait attendre que les appareils soient prêts... attendre... quel supplice ! Il ne put s’empêcher de rêver encore. Il se voyait devant un médecin sérieux. « Je suis navré monsieur, mais vous ne pouvez transfuser votre sang. Les résultats indiquent que vous l’avez sali... sans doute sous l’effet d’un auto-empoisonnement. Nous rencontrons beaucoup comme vous monsieur. Oh ! vous n’êtes guère spécial. Vous n’êtes rien du tout ! »
Au bout d’un quart d’heure, Samy fut arraché de ses songes par une infirmière. La pression sanguine était bonne, le taux d’hémoglobine de même ; alors elle l’invita elle à se reposer sur une chaise longue pour commencer.
Il ne sentit rien du tout. Il était déjà loin, perdu dans ses rêves. L’infirmière l’aurait oubliée et il serait mort, vidé de tout son sang, un sourire ironique traversant ses levres morbides.
« C’est fini. Si vous avez, Dieu vous en préserve, le Sida, l’hépatite ou le syphillis... » Il ne put s’empêcher de rire. Elle rit de même et ajouta « J’ai dit que Dieu vous en préserve... bref, les résultats seront là dans un mois si vous voulez jeter un coup d’oeil. » « Et... la prochaine transfusion ? » « Pas avant trois mois. » Elle lui donna du jus et il sortit, l’air dégagé.
Il retourna en bus en vitesse. Il travailla jusqu’à 20 heures puis descendit flaner un peu dans la rue. Il avait beau être libre, il se traitait toujours d’un bon à rien, capable seulement de perdre son temps.
Enfin, alors qu’il admirait la beauté du ciel, il entendit de loin une petite fille qui pleurait. Il regarda vaguement d’où les gémissements venaient, plus ennuyé que consterné. Il y en avait tant ! C’était intolérable. Il avait l’opinion inébranlable que tout homme crée son destin. Que le mileu ne pouvait rendre une personne utile ou nuisible. Certes, il y avait un effet, mais minime. Aussi s’ennuyait il à la vue des mendiants. « Bah ! Ils ne veulent pas travailler, c’est tout ». Toutefois, il s’approcha de l’enfant en fouillant sa poche.
C’était une petite rousse, la tête courbée, les cheuveux naturellement en désordre, portant un petit haillon sale qui la couvrait à peine. Chose étrange, il fut soudain saisi d’une pitié réelle. « Un petit ange qui pleure... » Il réfléchit un instant puis entra dans une boulangerie toute proche. Il acheta deux gâteaux au chocolat puis revint auprès de l’enfant ayant toujours les yeux fixés au sol.
« Ben... voilà » C’est tout ce qu’il put dire en lui présentant un gâteau. Elle le regarda d’un air interrogateur, et il put voir qu’elle était d’une beauté angélique, contrairement à tous ces vulgaires petits voyous qu’il croisait tous les jours. Aussi eut-il un faible sourire et, toujours tendant la main, lui dit « Tiens. »
La petite hésita un moment puis, assez sauvagement, prit le gâteau et le dévora. Il ne put s’empêcher de rire en voyant la petite barbe de chocolat qui lui couvrit le visage. Elle rit aussi, puis le regarda, radieuse.
« Eh ben, je t’apporte un p’tit truc chaque jour, qu’en dis-tu ? » L’enfant resta incertaine. Il s’imagina qu’elle lui sauterait au cou comme il lisait dans les romans, mais elle resta plutot silencieuse. « Bon, à demain » fit-il en s’éloigant avec un petit sourire.
Samy marcha quelque temps l’air rêveur. Il avait toujours cherché et la joie et l’intelligence. Mais il avait cependant trop réfléchit pour trouver une joie réelle sur Terre. Aussi avait il toujours été maussade, tentant un suicide mais ne pouvant l’accomplir.
Cette petite histoire bascula Samy de ses rêves. En désespéré, de l’infinitude comme disait Kierkegaard, Samy trouva enfin un remêde sur. En retournant chez lui, il vit un mariage. Il se sentit heureux, ne sachant pourquoi. Il commençait enfin à aimer les gens.
Arrivé chez lui, il prit la bouteille d’huile et, calmement, la jetta dans la poubelle. Il était fatigué, sans doute sous l’effet de la transfusion. Pourtant, il ne put dormir avant d’écrire une petite anectode.
Il raconta l’histoire d’un chevalier fatigué, égaré entre trois villages. Arrivé au plus poche, il vit un spéctacle étonnant. Le village était habité de golems qui vivaient dans la boue. Faute de buts sans doute, ces golems se créerent des objectifs bizarres. L’un voulait manger le plus de boue possible. L’autre voulait être le plus riche marchand de boue. Quant à la plupart, il prenaient des bains de boue sans vouloir en sortir.
Le chevalier eut un haut-le-coeur et quitta le village sur le champ. Arrivé au second, il vit les habitants du village groupés autour d’une table pour diner. L’étonnant cependant est que tous se servaient des légumes pourries et laissaient un dindon succulent intacte. Ils l’invitèrent à manger avec eux mais il les remercia et, pensif, il quitta le village.
« Le monde serait il complètement absurde, cher cheval ? » Il regarda à l’horizon et se rapella du dernier village. Il hésitait toutefois car il devait franchir une rivière pour y arriver. Néanmoins, il se décida et, tirant les rênes, il cria « Au galop, cheval ! ».
L’eau de la rivière était admirablement douce et, dans son galop, le chevalier en fut complètement baigné. Arrivé enfin au dernier village, il vit des hommes heureux. A peine entré, un villageois le prit dans ses bras et lui dit « Nous t’attendions ! elle nétait pas si froide la rivière, hein ? » Le chevalier connut les habitants et décida de demeurer là bas, voyant enfin des hommes logiques.
Samy ferma son cahier et se regarda dans le miroir. Il se trouva beau puis il rit de sa puérilité. Ensuite, se mettant au lit, il se souvint de la princesse. Il l’aimait après tout... peut-être lui dira –t- il quelquechose un jour. Il éteignit la lumière et dormit en paix.
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