Pyréna, la reine des Pyrénées, fut réveillée par un éclatant soleil qui la fit se réfugier dans la forêt. Là, sous l’ombre des arbres, on dominait la chaîne de montagnes s’élevant dans les nuages. Un fleuve sauvage conduisait à la plus grande montagne, dont les escarpements et la hauteur contrastaient avec les montagnes voisines toutes beaucoup plus petites. De magnifiques lacs bleus, d’où montait l’odeur des poissons, rendaient la vue dans l’eau, et cela bouleversait un lièvre, les yeux tournés vers son image reflétée.
Pyréna avait toujours aimé le paysage. Les yeux mi-clos et la bouche entrouverte sur de petites dents blanches, elle le contemplait en sentant monter en elle un voluptueux bonheur. Non, personne mieux qu’elle ne pouvait chérir et comprendre ce pays.
Pyréna avait les cheveux noirs et le visage mangé par d’immense yeux brillants comme des flammes. Elle portait une robe de soie rouge. Tout chez elle, non seulement sa robe et sa couronne, mais l’éclat de son regard et la courbe de ses lèvres, disait que c’était une grande reine.
Elle s’endormit jusqu’au soir où un bruit insolite la réveilla. Son chien aboyait. Rien d’inhabituel en soi, sauf sa façon d’aboyer. Il grondait, comme si le danger était très proche, plus menaçant qu’un simple aigle ou un ours. C’était un bel homme. Pyréna le regardait longuement. Avec ses yeux bleu pâle, presque transparents, son teint clair et ses cheveux blonds, il lui apparaît comme un angle.
- Vous y faites quoi ? Exclama-t-elle en se levant. Le visage tourné vers la reine, l’homme tomba amoureux à elle. « Je n’ai jamais vu de créature aussi belle » pensa-t-il sans repondre sa question.
- Repondez-moi ! Qu’est-ce que vous y faites ?
- Pardonnez-moi ... Je suis un ascensionniste.
- Partez, je n’aime pas les ascensionnistes !
- Mais pourquoi ? Je fais quoi de mal ?
- Mais arrêtez de me parler comme ça ! Je suis la reine des Pyrénées !
Surpris, il l’avait regardée longuement. Puis, les yeux mi-clos, il avait mit sa main dans celle de la reine. En fait, il la plaisait, mais elle essayait de cacher son desir.
- Je vous en prie, allez ! s’exclama la reine
- Mais puisque vous m’aimez ... dit-il en soupirant de bien-être.
- Non, je ne vous aime pas du tout ! Lâchez-moi, je vous déteste ! Dit-elle d’une voix mechante.
Une larme coula sur la joue du jeune homme. Puis, en courant, il sorti la forêt. Pyréna senti monter en elle un chagrin. Pourquoi elle ne pouvait aimer cet homme ? Parce qu’elle était aussi inébranlable que les montanges.
Mais quelques jours plus tard, elle se laissait aller au bonheur d’embrasser l’ascensionniste. Même une grande montagne, si hautaine et brutale, a besoin d’amour. Même une grande montagne a du cæur.
Sur le pic d’une des plus grandes montagnes au monde, l’ascensionniste l’avait prise dans ses bras.
- C’est toi que j’aime ... dit-elle en tournant la bouche abandonnée vers la sienne.
- Je le savais, ma sauvage, et ...
Il ne put achever, Pyréna, folle de bonheur, écrasait ses lèvres au goût de fraise et vanille sur les siennes. Le chien aboyait joyeusement. L’ascensionniste avait escaladé la montagne.