Il part vers la mer après avoir salué les passants dénudés sur la rive, les yeux lourds et chauds, des ballons volent sur le ciel, il défait d’un coup de rein l’alliance. Le vent est calme, sa profondeur descend et enchante la peau. L’étalage est complet et le désir est en chasse, les fronts se postent sur les vagues et sentent sans y toucher la forme du délice. Le prix de ce plaisir est à décompter de la marche, les envols d’oiseaux blancs forcent les rides autour des yeux, les pattes ont gratté le sol et les cailloux, les coquillages troués marquent le territoire, les os des précédents se comptent au soleil, un éclat de verre jaune au fond du sac témoigne que ce jour là la mer était bleu, perdue dans ses lointains et la pente terrible jusqu\'à l’eau. Un réveillon de mures noires étale ses épines entre des baies rouges et meurtrières, un groupe dépasse et les dévore, ils sont bruns et de peau et de crin et trop gras de manger sans y penser, ils se sont régalés de sauts dans l’eau et dans les vagues, leur désinvolture ne cède pas au passage des amoureux qui s’enchantent de l’air et de la saveur de l’océan qui bat les flancs de l’île couronnée d’une bannière. Le cimetière des oiseaux est un charnier sec recouvert de poussière, les ruines sont blanches et couvertes de ronces et d’éclats de verre et de soleil sur la pente qui monte fort et blesse les pieds nus qui ont quitté la douceur de la plage. Les passages permettent le frôlement de corps qui ne demandent rien et la respiration est un halètement presque rauque, la vie est bien trop dure sur ce rocher d’herbes vertes, de troncs qui se dessèchent, posé dans le bleu profond de l’océan. Une conversation sur l’Atlantique parle de Noël et de froid et d’amour à donner et recevoir, la fréquentation est un obstacle on ne peut se donner sous l’œil des enfants et de tous qui passent et repassent entre deux montées de pente et de mer vers le point le plus haut ou on rêve d’une chapelle éteinte et d’un soir de baptême de feu et de bain glacé dans les eaux bleues. Les arbres sont mourants et les oiseaux les hantent criant comme des enfants au berceau, le long de l’horizon se tire une bordée de petits serrés dans les bras de leurs pères qui ne lâchent rien d’eux même pas même une seconde et se perdent dans les yeux des passants qui n’en croient rien et doutent de la vérité. Le temps est en partance et les hommes si fort serrent les tout jeunes espoirs de leur race, la continuité est à ce prix, ont dresse les guerriers dans du coton et de la soie, la rudesse est reportée sur le champ de bataille, les coups seront portés dans les règles et sans ménagement mais jamais dans la solitude. Ils portent à bout de bras l’espoir de la conquête et frémissent d’orgueil dans le jour qui palpite entre deux marées qui montent et descendent et mettent au jour le sable sous les eaux et les millions de crabes, le sable est presque rose et la vie continue, et le drapeau flotte au vent, il fuit la montagne et couvre l’océan d’ombres et de victoires. Ils montent et ils remontent les chercheurs de fortune et les guerriers qui seront des combattants de cendre et de gloire dans le matin qui se cloue sur ce rocher posé dans le bleu de l’espace et des temps.
17 Août 2005.
michel à franquevaux (http://www.ecrivez.org)