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Pamplemonh



Personne ne sait vraiment qui est Pamplemonh. Il ne parle jamais de lui et personne ne s’est jamais vraiment intéressé à lui. Physiquement standard, il ne possède aucun signe distinctif si ce n’est sa capacité à se faire oublier. Peut-être adolescent aux traits marqués trahissant un lourd passé ou jeune adulte au visage fin et juvénile, difficile de lui donner un âge, incertitude renforcée par sa petite taille. Ses yeux sombres et son teint blafard animent un regard grave quoique innocent, à l’image d’une frontière séparant la simplicité d’un enfant et la sagesse d’un ancien.
Pamplemonh ne vit pratiquement plus que dans sa tête. Son imagination régie Son monde, où les actes de sa vie se succèdent sans transitions, laissant toute la place à Ses personnages.


Acte I : Elcasa del

Pamplemonh traînait en ville, suivant le trottoir de la route principale qui traversait la ville, où les pots d’échappements et les moteurs s’exprimaient à cœur joie dans le vacarme urbain. Au moment importun, une vieille grange sur le trottoir d’en face attira son attention. Elle trônait là, tranquillement, au milieu des blocs de bétons qui s’élevaient majestueusement vers le ciel. Personne ne semblait s’étonner du paradoxe, elle était comme invisible aux yeux des autres, qui passaient à côté sans même la remarquer. Pamplemonh entra, le temps se figea.
Le plafond était très haut, plus haut qu’il n’y paraissait de dehors. Il était décoré d’une unique ampoule qui scintillait, semblant mettre toute son énergie à illuminer la grande salle qui restait désespérément ténébreuse. Cependant on y voyait assez pour s’apercevoir que le sol était jonché de pétales de fleurs fanés. L’atmosphère était froide mais paisible et Pamplemonh commença à discerner ce qui se passait autour de lui. Il y avait là un certain nombre de personnes et tous portaient des perruques de l’aire de la renaissance, à la Louis XVI. Une mélodie baroque attira son regard vers le fond, c’était Jim Carrey qui jouait sur un clavecin à queue, en slip. Il n’y avait plus d’échelle de temps. A ce moment là, si on avait dit à Pamplemonh que les vieillards qui discutaient autour du feu, en haut d’une table exagérément haute (au moins huit mètres) étaient là depuis cent quatre-vingt douze ans, cela ne l’aurait pas étonné. Les autres étaient rassemblés par groupe de neuf et portaient également des perruques. Ils parlaient de choses et d’autres en haussant leurs sourcils le plus haut possible. Un dernier élément attira l’attention de Pamplemonh : la salle était parfaitement carrée et pourtant, il y avait cinq coins.
Personne ne semblait avoir remarqué son intrusion, enfin, c’est ce qu’il croyait avant de voir venir vers lui le maître de cérémonie. Ce dernier était vieux, très petit et portait une robe transparente en ailes de mouches qui laissait apercevoir ses longs pieds fluos. Il avait l’air anxieux, très anxieux.

Pamplemonh : (anticipant la réprimande du vieux nain aux pieds fluos) « Je... »
Papi Mouche : (le coupant d’un ton sec) « Il suffit, quel est votre nom ? »
Pamplemonh : « monsieur Pamplemonh. »
Papi Mouche : (son visage s’illumina) « Comme le pamplemousse ou le melon ? »
Pamplemonh : (prenant un air grave) « Mes parents m’ont donné ce nom en référence au quatrième pharaon de l’Égypte antique, qui a fait installé le plus grand système d’irrigation de son millénaire, permettant à des dizaines de milliers de familles de survivre à la grande famine. On l’appelait alors : Pamplemonh 1er, le bon. »
C’était bien sûr un mensonge inventé de toutes pièces par Pamplemonh pour fermer le clapet à des petits malins comme cet immonde troll. Cela avait fonctionné puisque l’ignoble gnome avait visiblement l’air gêné.

Papi Mouche : (reprenant, l’air anxieux) « Je... »
Pamplemonh : (le coupant) « J’aimerais voir le registre. »
Papi Mouche : (ses pieds s’illuminèrent) « Je... Je suis le maître de cérémonie, vous... vous ne pouvez pas... » (Il marqua un temps d’arrêt)

Jim avait arrêté de jouer et tous les groupes de neufs avaient baissés leurs sourcils. Tous les regards étaient maintenant tournés vers le milieu, où se déroulait la scène. Seuls les vieillards perchés restaient imperturbables. L’air était tendu, prêt à exploser, c’était presque palpable, on entendait même la grosse horloge en chaîne compter le temps de sa lourde mécanique, le temps était revenu.

Papi Mouche : « très bien... »

Le sal nain disparut et revint avec en main une girafe jaune à tâches noires en plastique. Ses yeux étaient rouges et humides, il avait pleuré. Jimmy avait recommencé à jouer mais quelque chose de très étrange s’était passé, un des vieillards perchés avait tapé sur la table avec un petit marteau, sans rien dire, en laissant le coup résonner dans l’immense salle, alors la puissance de l’ampoule s’intensifia et on y voyait désormais un peu plus clair. Alors les groupes de neuf s’étaient séparés en groupes de cinq et bien sûr ils haussaient les sourcils à nouveau, plus haut encore si cela était possible. La pénombre ayant disparu pour laisser place à une lumière tamisée, Pamplemonh pu s’apercevoir que la salle était bien plus grande que ce qu’il croyait. Dans le cinquième coin de la salle, il pu voir qu’un tableau à craie semblable à ceux que l’on trouve dans les écoles était confortablement installé. Quelque chose y était même écrit. Les groupes de cinq avaient repris leurs discutions comme si rien ne s’était passé et l’atmosphère repris son caractère intemporelle. Pamplemonh compris alors qu’il verrait le registre dès qu’il le souhaiterait.

Papi Mouche : reprenant la parole, « non, désolé cela n’est pas possible. »
Pamplemonh : « je comprend. »

Le maître de cérémonie parti donc, sa girafe à la main. Il faut savoir que le registre contenait le script mais Pamplemonh ne voulait pas en être prisonnier. La clé se trouvait sans doute au niveau des vieux perchés mais comment monter ? C’était là toute la pensée de Pamplemonh, ainsi, et presque logiquement, il se dirigea vers Jim Carrey. Ce dernier semblait absorbé par sa partition et était concentré au plus haut point sur l’échelle de la concentration. Ses doigts courraient avec fluidité sur le clavier du clavecin.

Pamplemonh : (d’un air détaché) « t’as pas froid aux boules, comme ça, en slip ? »
Jim : (toujours aussi concentré) « j’ai plus de boules depuis le dernier tournage de Ace Ventura, celui avec les requins... »
Pamplemonh : « ha... J’aime beaucoup ce que tu fais. »
Jim : « ouais ça va, mais le baroque n’est pas mon style de prédilection » (il se met à imiter la loutre)
Pamplemonh : « dis moi comment monter là-haut. »
Jim : (toujours en imitant la loutre) « le tableau ! »

Pamplemonh savait pour le tableau mais le prétexte était bon. Il se rendit donc au cinquième coin qui était totalement à l’opposé de la salle. Plus il avançait et moins on voyait le sol à cause des pétales de fleurs fanées qui jonchaient le sol dont le nombre ne cessaient d’augmenter au fur et à mesure qu’il s’approchait du tableau qui était à l’autre bout de la salle, dans le cinquième coin. Arrivé là-bas, Pamplemonh pu y lire les mots suivant, écrit en jus de mouche (sans doute un coup du maître de cérémonie) : « les multiples de quarante-cinq. » C’était évident, les groupes de cinq puis neuf n’étaient pas à voir comme des êtres mais comme un escalier. Aussitôt les groupes de cinq commencèrent une pyramide humaine, sans broncher. Pamplemonh sortit donc du cinquième coin et se dirigea vers l’escalier qu’il commença a escalader. Les ex-êtres n’avaient plus leurs sourcils, ce qui semblait être leur ex-fierté et peut–être est-ce par désespoir, mais ils moussaient avec leur bave en faisant des bulles avec leur bouche. L’escalier était juste assez haut pour monter sur la table mais arrivé à la moitié Pamplemonh s’arrêta un instant, le doute l’envahit, « et si c’était un piège ? » Soudain, il repensa au maître de cérémonie « c’est vrai qu’il était bien immonde. » Cependant, et dans un élan de folie, il poursuivit son ascension... Nous sommes maintenant à six mètres d’altitude.
Une fois arrivé en haut de la table, Pamplemonh vit les vieillards assis en rond autour du feu en train de faire griller des chamallows. Ils chantaient kumbaya à voie basse... Mais quelque chose n’allait pas, ils venaient de stopper leur discussion animée pour entamer le chant autour de leur faux feu (ce qui expliquait le fait que la table ne se consumait pas). Une chose était sûre, ils ne mangeaient pas de pain.

Un des vieux : (d’un air malicieux) « Alors tu t’amuses bien ? » (Pamplemonh sourit) « Tiens, prend ces chamallows et chante avec nous » (les chamallows étaient également des faux)
Pamplemonh : (s’exécutant) « Pourquoi doit-on sacrifier son enfance à travailler au lieu de s’amuser ? »
Le 3ème vieux en partant de la droite de Pamplemonh qui avait maintenant rejoint le cercle : (il prend son air de vieux qui sais tout de la vie) « Pour avoir un joli métier qui te plais plus tard, pardi ! »
Pamplemonh : « C’est ce que j’ai fait et oui j’ai un métier qui me plait assez mais je préfère m’amuser. »
Le 2ème vieux en partant de la gauche de Pamplemonh : (un peu agacé) « Et sans ce métier tu n’aurais pas d’argent, comment tu ferais ? »
Pamplemonh : « Pourquoi faire de l’argent ? On désire toujours des choses qui ne sont pas à la porté de notre bourse, tout le monde sait bien que c’est le fait de désirer et non de posséder qui nous motive pour avancer. Même ceux qui possèdent tout trouvent des choses qu’ils ne peuvent posséder... »
N’importe quel vieux dans le cercle : (visiblement énervé) « Et comment tu fondera une famille sans argent ? Tu es obligé, c’est le cycle normal de la vie ! »
Pamplemonh : « Des tas de gens de par le monde ont fondés des familles en ayant rien glandé de toute leur vie ou au moins de leur enfance. Il y a des foyers modeste heureux et d’autres qui ne ressemblent à rien, il y a aussi des foyers aisés heureux et d’autres qui ne ressemblent à rien, apparemment ce n’est pas une histoire d’argent... On peut toujours se débrouiller pour avoir le minimum pour vivre, à moins d’être vraiment malchanceux, mais il y a aussi des riches malchanceux... Si j’ai déjà le bonheur comme ça, sans argent, pourquoi sacrifier mon enfance ? »
Encore un autre vieux, au pif : (qui hurle tellement fort que l’escalier mousseux à dégringolé) « TU NE COMPREND PAS, TU ES TROP JEUNE ! »

Pamplemonh, content de lui, repartit. En sortant de la grange, il eu une pensée pour le maître de cérémonie, « comment peut-on être aussi affreux ? »

SpongeRaf (http://www.ecrivez.org)


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