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J'AVAIS ENVIE DE TE DIRE




J’AVAIS ENVIE DE TE DIRE…




M’as-tu aimé ? Depuis ta mort, chaque nuit, cette question tente de trouver sa réponse au fond de mes rêves. Je n’arrive à oublier cette image. Je n’arrive à comprendre pourquoi la veille de ta mort, sur ton lit d’hôpital, tu m’as repoussé au moment où je voulais t’embrasser ! Je ne voulais que poser un baiser sur ton front, sans savoir qu’il aurait été le dernier. Mais de ta main, tu m’as repoussé. Je me suis alors dis que vu ton état ce n’était pas grave. Mais quand tu as embrassé maman, j’ai voulu pleurer !
Ce simple geste de ta part a suffit à me détruire moralement et par la suite physiquement. Je venais pourtant de passer la journée à tes côtés. A te tenir la main afin que tu n’arraches pas tous ces fils qui te gênaient. J’avais demandé la permission à maman de sécher les cours pour la journée, sans savoir que par la suite, cela deviendrait une drôle d’habitude.
Le jour de ta mort, avec maman, nous nous apprêtions à te rejoindre à l’hôpital, mais le téléphone se mit à sonner. Maman décrocha et au bout de quelques instants, elle se mit à pleurer. Je compris alors très vite.
Je compris que plus jamais ma vie ne serait la même.
Sans un mot, sans une larme, je partis me réfugier dans la chambre. Dans cette pièce, je voulais m’enfermer. Je ne pouvais pas affronter les pleurs de maman ;  et mes yeux se posèrent sur un cadre de la vierge Marie ; et sans un mot, sans une larme, j’envoyais mon poing contre cette image. J’étais si énervé, si déçu. Moi, qui avait pourtant récité ma prière chaque soir, en lui demandant de n’apporter que du bonheur dans ma famille.
Elle m’avait déçu et je la reniais.
Puis, avec maman, nous nous rendîmes à l’hôpital. Je restais dans la salle d’attente, alors que maman, seule, était près de toi. Puis tout alla très vite. Il fallut rentrer à la maison, et préparer le salon afin de t’accueillir une dernière fois pour la veillée. Ce salon où pendant les années qui suivirent, je n’eus que des frissons. Une croix fut placée sur la porte d’entrée comme pour dire aux passants que tu étais bien parti. Cette saloperie t’avait bien eu.
Et pourtant, je ne m’en suis rendu compte que vers la fin de ton calvaire, tout en gardant espoir. Bien sûr, tu avais perdu tant de kilos. Bien sûr, tu n’étais plus le père aussi fort, qui tentait de m’entraîner dans ses séances de musculation intensives.
As-tu déjà été fier de moi ?
Tu voulais tant que je sois un homme. Mais malheureusement, avec cet asthme qui me gâcha l’enfance, ce fut difficile de te rendre fier de mes exploits sportifs. Ce n’était pas de ma faute. Je voulais me donner à fond, mais je ne pouvais pas.
Aujourd’hui encore, j’ai des séquelles de cette terrible maladie qui me forçait à me rendre chaque mois chez un spécialiste afin de contrôler cette respiration qui semblait s’essouffler un peu plus chaque jour.
Je me souviens surtout de ce traitement qui te fit peur quand en rentrant de ton travail, tu me retrouvais branché à un appareil respiratoire. Mais d’un sourire, je tentais de te rassurer de mon état.
Cette maladie ne fut pas des plus faciles à supporter. J’ai dû vivre mon enfance, avec toutes ces nuits, où je ne pouvais trouver le sommeil, et où je devais m’allonger sur le carrelage afin de ressentir un minimum de souffle frais.
Puis, quand tu es parti, mes allergies ont empiré. Pendant longtemps, je me forçais à ne plus dormir. J’étais hanté par ces réveils qui m’envoyaient vers cet incessant cauchemar si réel.
Puis, quelques mois après ton départ, une chute dans les escaliers me valut une tonne de rendez-vous chez un psychiatre. Je n’allais pas bien. Je ressentais des étourdissements et me retrouvais assez souvent dans le flou le plus total.
Chez ces personnes compétentes, je me retrouvais avec des pastilles sur le crâne, et une lumière venait m’aveugler. Alors ensuite, le psychiatre faisait son compte-rendu sur la visite, et à chaque fois, il finissait ses phrases en m’affirmant que j’étais en bonne voie. Je n’ai jamais compris le but de ces consultations, mais bon, je me laissais guider par le médecin de famille, qui savait certainement ce qui était bon pour moi.
Tu me disais toujours que je ne devais jamais pleurer car je suis un homme. Mais, sais-tu que mes larmes auraient certainement effacer cette douleur qui me poignarde ?
Non, je n’ai jamais pleuré. Je ne sais pas ce que c’est que de baigner de ses larmes. Et pourtant, le jour de ton enterrement, l’envie me vint plus d’une fois, mais à chaque fois, ta voix m’ordonnait de rester digne.
D’ailleurs, le jour de ton enterrement, je faillis ne pas venir. Je ne voulais pas. Depuis le jour de ta mort, je m’étais terré dans le silence. Je m’étais sans doute créé un nouveau monde. Tentant d’oublier cette horreur qui n’était qu’un mauvais rêve. Je voyais défiler à la maison des gens que je ne connaissais même pas. Et pourtant, certaines de ces personnes faisaient parties de la famille, mais jamais auparavant, je ne les avais rencontrées.
C’est quand on est mort que l’on devient important aux yeux de beaucoup de personnes.
J’éprouvais une certaine haine face à ces personnes, car quand nous étions dans le besoin, jamais ils ne s’étaient montrés, mais ce jour-là, ils étaient présents. Beaucoup d’entres eux, nous promirent une épaule solide en cas de besoin, mais jamais on ne les vit refaire surface. J’aurais voulu leur dire le fond de ma pensée. Mais je crois que je n’en avais la force, et me terrais dans un monde imaginaire où je n’existais plus.
Et maman, ne m’aida pas non plus à réagir, puisqu’à chaque fois, elle me répétait que tu reviendrais près de nous, et que tout recommencerait comme avant.
Pourquoi maman me disait-elle cela ? Fallait-il y croire ? Je sus qu’avec le temps, rien ne s’efface. Toi, tu es parti, mais moi, je suis resté. Resté à te chercher dans mes nuits. Je te parlais. Je te voulais près de moi. Je ne comprenais pas. J’avais cette impression étrange d’assister à un film auquel je ne comprenais strictement rien. D’ailleurs, quand nous t’avons emmené à l’église, je me sentais acteur de cette mascarade. Ton cercueil était au premier rang, derrière toi, il y avait maman et moi, suivi de la famille et des amis. Et les gens qui nous regardaient passer devant leurs yeux, tentaient de nous faire part de leur compréhension.
Mais qu’ont-ils compris ? Que tu étais mort comme beaucoup d’autres ? Ou que tout simplement, c’était la fin de toute une vie. De la tienne. De la notre. De la mienne.
Certaines images me hantent depuis ton départ. Je me souviens surtout de ce soir, où rentrant du lycée, je vis une ambulance devant la maison. Je me mis à courir, mais mes jambes semblaient ne plus m’appartenir. Arrivé au coin de la rue, je te vis sortir de la maison, sur un brancard porté par des hommes en blanc. Je ne pouvais continuer ma course, et restais inerte face à cette scène de douleur. Mais, quand tu me vis, d’un geste difficile, tu me fis signe. Puis, les portes se refermèrent, et plus jamais, tu ne revis la maison.
A ce moment là, au fond de moi, je compris que tout était fini. Et le soir même, allongé sur mon lit, je me remémorais ces journées à la pêche où tu prenais patience à m’apprendre à  devenir un grand pêcheur. Ensemble, nous partions tôt le matin, et installés au bord du lac, nous surveillions nos lignes. Pendant ce temps là, maman se trouvait près de nous, à lire une de ses revues qu’elle aimait tant. C’était le bon temps. Nous étions ensemble, et si heureux. Ce fut nos meilleurs moments, et depuis, je n’y suis plus jamais retourné.
Cette page était tournée, mais restait cornée.
Et pourtant, cela ne faisait que peu de temps, qu’à la maison, nous étions heureux. Avant, l’argent était une barrière à notre bonheur. Cela ne faisait que peu d’années que tu avais enfin trouvé du travail. Je ne pense pas que mon enfance fut des plus ordinaire, car je me souviens du temps où nos trajets étaient effectués en mobylette. Tu m’emmenais sur ton « deux roues », et accroché avec un cache-nez au siège arrière, je te suivais dans tous tes déplacements. Mais même si je n’ai pas toujours eu ce que pouvait désirer un enfant, j’étais heureux. J’avais un père et une mère qui m’aimaient. Mais malheureusement, tu devais me quitter et me donner du jour au lendemain, la lourde tâche de te remplacer auprès de maman.
Les semaines et les mois qui suivirent ta mort, ne furent pas des plus faciles. Maman tomba en dépression, mais sans pour autant vouloir se l’avouer. Elle aurait voulu être forte, mais elle venait de perdre la personne qui comptait le plus dans son cœur.
Alors, ma première année au lycée fut des plus difficiles. Chaque soir, je retrouvais maman, assise sur le canapé, qui pleurait ton retour. Elle n’arrêtait pas de me répéter que tu reviendrais. Etait-elle devenue folle ? Non, je pense qu’elle se sentait complètement déboussolée. Il n’y avait pas d’argent qui rentrait chaque mois, et maman était incapable de travailler dans son état. Je me sentais si impuissant. Je tentais de trouver des solutions à nos problèmes.
Mais après avoir mendié quelques denrées à toutes sortes d’association d’aide sociale, je m’aperçu que c’en était assez. Il me fallait trouver de l’argent le plus rapidement possible…  
Dans ma deuxième année de lycée, je n’assistais que très peu en cours. J’avais sombré dans une sorte de gouffre très profond. Je passais mes journées à la plage, à siroter de l’alcool, en fumant des clopes. Et pourtant, avant ta mort, jamais je n’avais touché à ces vices. Je me sentais si fort. Je me l’étais interdit, et pourtant, plus rien ne m’intéressait. Je voulais changer de vie. Je voulais être fort, mais c’était impossible.
Pendant mes années lycée, je ne fis que des conneries. Je devais créer à maman plus de soucis que de biens. Je t’avais pourtant juré que jamais je ne l’abandonnerais…
Mais je ne devais jamais honorer  cette promesse.
Avant, la fumée que dégageaient tes cigarettes m’était si désagréable, qu’à chaque fois, je t’ennuyais pour que tu cesses. Je savais qu’elles n’étaient pas bonnes pour ta santé, et je ne me suis pas trompé. Mais malheureusement, très vite après ton départ, je me suis mis à en consommer comme toi. La fumée n’était plus un problème et grâce à elle, je sentais quelque part, ton odeur autour de moi. Je me sentais protégé.
Après ton départ, mon cœur se ferma à tout sentiment, et pourtant, j’eus tout de même l’occasion de connaître l’amour. Mais celui-ci, ne me fit jamais de cadeaux. Je voulais y croire, mais la fatalité restait là…
Mon premier amour prit naissance cet été qui suivit ta mort. C’était à l’époque, où je traînais les rues, un ballon de basket à la main, vêtu de noir. Je passais mes journées à jouer seul sur un panier de basket. Mais un jour, alors que les vacances scolaires touchaient à sa fin, je fis la connaissance de Benoît.
Benoît était un peu plus jeune que moi. Bien qu’habitant dans le même village, je le connaissais à peine. Il était venu s’installer avec sa famille, que quelques mois auparavant. On fit quelques passes, et très vite, une amitié prit naissance. Il me parla vaguement de sa famille.
A ce moment précis, je savais juste qu’il avait une sœur un peu plus jeune que moi, mais je n’y avais pas vraiment prêté attention. Alors, l’après-midi se déroula sous le soleil du Nord, autour d’un panier de basket. Puis le soir, nous fîmes un bout de chemin ensemble. J’avais décidé de le raccompagner chez lui. D’ailleurs, je n’avais que ça à faire.
Mais quand je me retrouvais devant sa maison, je restais surpris de voir à quel point, elle était immense. Puis, la porte d’entrée s’ouvrit, et quand je la vis, mon cœur s’enflamma et la Terre cessa de tourner.
Elle n’était pas très grande. Les cheveux dorés et un merveilleux sourire. Elle s’approcha de moi. Je crois que Benoît s’occupa des présentations, mais très vite, il s’aperçut qu’il n’existait plus. Je n’avais jamais vu pareille beauté. Elle était si belle, si différente mais un peu jeune pour moi. Elle n’avait que 15 ans, alors que moi, je basculais sur mes 17. Mais à ce moment précis, je ne savais plus penser. Pendant un instant, qui parut une éternité, le silence assassina le temps. C’est alors, qu’elle ouvrit la bouche, et un son magnifique en sortit. Elle avait une voix si douce.
Elle s’aperçut de suite, que malgré son jeune âge, elle m’intimidait. Alors quand elle me proposa une ballade sur les bords du lac, je ne sus que répondre d’un signe de la tête. J’étais complètement ensorcelé…
C’était la première fois, que mon cœur me faisait autant mal. Je n’avais encore jamais connu les symptômes de l’amour, mais j’avais mal. Très rapidement son frère nous laissa ensemble. Je pense qu’il avait comprit.
Nous étions ensemble, marchant l’un à côté de l’autre. Si différents. Tout en marchant, je me demandais ce que j’étais en train de faire. Cette fille n’était pas pour moi. Elle était beaucoup trop jeune, et surtout, nous n’étions pas du même milieu social.
Que devais-je faire ?
La promenade fut des plus enrichissantes. Elle était une vraie pipelette. Tout au long de la promenade, elle ne s’arrêtait plus de parler. Petit à petit, je me sentais de mieux en mieux. Je la faisais rire, et j’adorais ça.
Quand elle souriait, son petit nez se trémoussait. C’était charmant.
Au moment de se quitter, devant sa belle et grande demeure, je m’approchais d’elle pour lui faire une bise sur la joue, mais avant que ma bouche n’atteigne son but, son parfum m’enivra, et il fallut lutter pour ne pas lui déposer un baiser sur ses lèvres. Alors, d’une bise sur la joue, on se quittait en se donnant rendez-vous pour le lendemain, à la même heure, devant chez elle.
Cette nuit là, je ne devais pas dormir. Son image me hantait. Elle était si belle. Elle n’était pas pour moi. Je ne pouvais croire à ce bonheur. Je ne devais me laisser prendre au piège de l’amour. Et pourtant, il fallut que je succombe.
Et la chute ne fut que trop fatale…
Cet été là, je l’avais passé éloigné de mes « faux-amis ». Pourquoi les appeler ainsi ? Tout simplement, car pour moi l’amitié ne se résume pas à faire n’importe quoi. Avec ces gens-là, j’ai appris à consommer quotidiennement de la drogue et de l’alcool. Bien sûr, je ne les accuse pas de ces faits. J’étais certainement assez grand pour savoir ce à quoi se résumait ma vie, mais sans doute, un peu trop influençable.
Mais cet été là, j’avais décidé de me reprendre en main. J’avais presque arrêté toute consommation de drogue, et je ne buvais que très peu. Mais malgré cela, je gardais toujours au fond de moi, cette haine qui me forçait à défier cette vie.
Après l’apparition de cet ange, je n’avais qu’une idée en tête : décrocher un baiser de ses lèvres.
La nuit qui suivit notre rencontre, je me fis des tonnes de scénarios, mais jamais je ne me serais attendu à ce que ce soit si merveilleux et à la fois si douloureux.
Pour ce rendez vous, j’aurai voulu me vêtir de vêtements de marques, mais malheureusement, je ne mis que mes vêtements habituels par manque de moyens. Et quand je la vis sortir de chez elle, je la trouvais encore plus belle que la veille. Elle portait un pantalon blanc, très serrant qui laissait apparaître de jolies formes, accompagné d’un maillot de football. Je crois qu’il s’agissait de l’équipe du PSG, et d’ailleurs, je dois avouer, que longtemps après notre rupture, je ressentais un certain malaise face à ce genre de maillot.
Elle s’approcha de moi, me fit une bise sur la joue, et d’une voix des plus douces, me demanda si tout allait bien. C’est vrai qu’à ce moment précis, je me sentis bête puisque j’étais resté malgré moi, à la scruter telle une œuvre d’art, la bouche ouverte. Mais très vite, je repris le dessus, et ensemble, nous partîmes en direction du lac d’Ardres.
Sur le chemin, parfois nos mains se frôlaient, et à chaque fois, je ressentais comme une décharge au plus profond de mon cœur.
Puis, tout en marchant, je pensais à ce que je devais faire. Il fallait que je me lance. Je ne pouvais pas manquer cette chance qui venait enfin éclaircir cette fatalité qui me berçait depuis un bon moment. Nous étions déjà si proches. J’avais cette impression étrange de la connaître depuis toujours. Alors bêtement, je lui demandais si elle trouvait gênant qu’un ami lui déclare son amour. Et tout simplement, elle me répondit que même si sa réponse était négative, elle n’y prêterait pas attention dans la suite de cette amitié. Alors timidement, je lui annonçais que cette demande était pour moi, même si je pense qu’elle l’avait bien compris. Mais, elle me laissa sur la touche en me répondant qu’elle ne savait pas. C’était ni oui, ni non. Alors bizarrement, des ailes me poussèrent à insister férocement.
Le long de la promenade, dans un jardin privé, je vis de belles roses rouges. Alors, d’un élan, j’enjambais la barrière et en cueillis une. Mais ma faute, fut de lui offrir cette fleur, avant de renouveler ma demande. Et en bonne joueuse, elle me déclara calmement qu’il était trop tard, puisque la rose était déjà en sa possession et que de ce fait, il fallait trouver encore mieux pour lui prouver mon amour. Alors, je réfléchis l’espace d’un instant, puis d’un geste assuré, je lui pris la main, et me mis à ses genoux. Je pris une de ces bagues en toque, que je portais au doigt, et en lui enlaçant le sien, je lui demandais de m’épouser. Elle se mit alors à rire. D’un rire qui lui fit trémousser son petit nez. Puis, troublée, elle me demanda de cesser et m’aida à me relever, puis posa un baiser sur mes lèvres.
Ce fut un baiser si doux, que longtemps après notre séparation, il ne me laissa que de terribles traces de douleur. Elle m’avait de par ce baiser, scellé, à lui rester fidèle, malgré cette séparation qui suivit, et qui fut si douloureuse.
Cette première histoire d’amour ne dura pas. Et pourtant, nous étions si bien ensemble. Pendant cette courte période, je me sentais si heureux. Je commençais enfin à croire au bonheur, malgré ta disparition.
Notre rupture ne fut pas par manque d’amour. Aujourd’hui, je peux affirmer avec certitude que son amour était sincère. Mais c’était sans compter l’acharnement que mis en œuvre ses parents afin de mettre fin à notre relation. Nous étions si différents. J’aurais dû me douter que notre couple ne laisserait pas indifférent. Et pourtant, il est vraiment triste de voir aujourd’hui encore, des gens qui ne basent leur vie que sur la réputation. Pour les parents de cet amour, il était réellement impensable de voir leur petite fille avec un individu de mon espèce. Et pourtant, avec elle, je changeais. Je voulais devenir quelqu’un de bien. Mais je crois qu’au fond, mon problème avec ses parents ne venait pas de mon comportement, mais tout simplement de ma condition sociale. Je faisais partie de la basse classe comme on dit. Infréquentable. Je ne pouvais faire partie de leur famille. J’étais une honte. Un virus à éliminer le plus rapidement possible.
Et bien sûr, leur acharnement toucha à sa fin. Ils avaient réussi à briser ce paradis dans lequel j’avais pris demeure.
Cette malheureuse histoire allait être le point de départ d’une vie tracée sans limite. Plus rien ne me faisait peur, et tout doucement, je me mis à sombrer dans un gouffre si profond que l’étincelle d’un amour avait contribué à construire.  
Cette rupture arriva quelques jours avant la rentrée des classes. J’entrais en seconde année. Ce devait être une année comme les autres, et pourtant…
Je ne savais plus où aller. Je ne faisais que des erreurs. Passant le plus clair de mon temps à me défoncer le crâne. Je n’allais quasiment pas en cours, préférant passer mes journées au bord de la plage, avec un pack de bière et un joint au coin des lèvres. Ma vie ne m’importait guère. J’étais passé en mode d’autodestruction. J’aurai voulu en finir avec cette vie, mais au fond de moi, je n’en ai jamais eu le courage.
A plusieurs reprises, je me retrouvais devant le miroir de la salle de bain, une lame de rasoir à portée de main. Ou quelque fois, je restais à observer longuement les antidépresseurs de maman, en me demandant s’ils étaient assez forts pour m’aider à fuir cette vie. Mais jamais, je ne franchis le cap.
Etais-ce une forme de courage ou de lâcheté ?
La mort ne me faisait pas peur, mais je ne pouvais me la donner. Alors, je la défiais, et jouais avec elle, telle une roulette russe. Je n’avais strictement rien à perdre.
Bien sûr, il y avait maman. Bien sûr, je l’aimais. Mais j’avais honte de moi, de mon comportement. Et pourtant, je n’avais la force de me remettre moi-même dans le droit chemin.
A chaque tournant de cette pauvre vie, un élément destructeur était là pour me rattraper.
J’aurais voulu être fort pour maman. J’aurais voulu honorer ma promesse de toujours veiller sur elle.  Mais la rue et ses vices eurent raison de moi.
Une grande histoire d’amour si dévastatrice prit naissance entre la drogue et moi.
Quand tu es parti, j’avais déjà presque 15 ans. J’étais en pleine crise d’adolescence, et pourtant, je n’aurais jamais imaginé toucher à de la drogue. Cela ne me venait pas à l’esprit.
Bien sûr, en ce temps là, nous passions notre temps libre au bord de la mer. Tu arrivais à t’occuper de moi, et jamais je n’aurai osé amener de la drogue à la maison. Je ne voulais pas te décevoir, mais le jour où tu es parti, j’ai complètement oublié tous ces principes que je m’étais imposé. Je sentais que je n’avais plus rien à perdre. Je n’avais plus peur de rien…
Je me souviens encore de ce premier joint que j’ai allumé entres mes lèvres.
A cette époque, je me trouvais en classe de seconde. D’ailleurs, dans cette classe, nous étions trois garçons pour dix-neuf filles. C’est cette année là, que je fis connaissance de Julien qui allait devenir mon meilleur ami. Et pourtant, nous étions tellement différents. Julien était issu d’une famille assez aisée. De plus, ce garçon était à fond dans le sport, et jamais, il n’avait déçu ses parents. Mais c’est ensemble, que nous allions fumer notre premier joint. A cette époque, je m’étais fais un piercing au nez, et j’en avais trois de plantés dans les oreilles. Je m’étais caché sous une apparence de marginal. Je racontais un peu n’importe quoi à tout le monde, et grâce à ces mensonges, je m’étais forgé une réputation de fer. Mais pour honorer cette réputation, il me fallait assurer dans mes actes. Et donc, un soir, Julien me proposa de venir avec lui en discothèque. Je n’avais jamais mis les pieds dans ce genre d’endroit, mais bien sûr, je lui avais raconté le contraire. Alors ce soir-là, il me fallut mentir à ma mère aussi. Et pour apporter une petite touche à cette fameuse soirée, je proposais à Julien d’amener un joint. Alors, je m’en procurais puisque Julien était tenté par cette idée. Tout ceci ne lui faisait pas peur, puisque je lui avais assuré qu’il n’y avait aucun risque, et que cela faisait longtemps, que je m’en faisais de temps en temps. Mais en réalité, je n’y avais jamais goûté. Alors, le soir-même, nous étions dans sa chambre, prêt à nous rendre en boite. Je n’avais jamais encore roulé de cônes, mais je m’étais discrètement renseigné sur la fabrication de cet artifice. Le joint fut roulé difficilement, et malgré y avoir mis une sacrée dose, il n’y eut aucun effet.
Mais par la suite, je devais apprendre que c’était légitime puisque l’organisme n’était pas encore habitué à ces produits stupéfiants. Mais pour ne pas feindre à ma réputation, je faisais comme ci, j’étais complètement défoncé. Alors, dans cet état, nous partîmes en direction de la discothèque. Et je peux dire, que ma première sortie en boîte ne fut pas des plus mémorables, car cet endroit ressemblait plus à un quartier général de camé.
Dans les toilettes, il y avait des jeunes qui proposaient tous types de drogues. Ça partait du simple joint à l’héroïne en passant par la cocaïne. Tout ceci m’impressionnait, et donc, je rachetais de la drogue afin de pouvoir encore se faire quelques joints.
L’argent que je dépensais dans cette soirée, m’avait été procuré par un type à qui j’avais rendu service quelques temps auparavant, en lui donnant un coup de main dans son garage improvisé. Ce type me payait assez bien, mais plus tard, il partit en prison pour trafic de voitures.
Quand la fermeture de la boîte arriva, avec Julien nous repartîmes en direction de l’appartement de ses parents. Mais sur le chemin, je roulais encore un dernier petit joint, et celui-ci, nous mit chaos. Nous étions si bien, alors au lieu de rentrer, nous nous sommes dirigés sur la plage. Arrivés là-bas, nous y avons rencontré des amis du lycée. Eux, avaient passé la soirée à fumer et à boire de l’alcool autour d’un feu. Ils étaient bien défoncés. Alors, nous nous sommes installés avec eux. La drogue et l’alcool tournèrent jusqu’au petit matin.
Et sur le chemin du retour, avec toute la bande, nous avons défoncé tous les rétroviseurs d’un quartier assez huppé de la ville. Le lendemain, j’étais assez fier de moi. J’avais pourtant, défié toutes les morales, mais je me sentais bien. C’était la première fois, où je me sentais réellement en vie, et c’était face à la drogue…
A partir de ce soir là, je me mis à consommer de la drogue de plus en plus souvent. Au début, c’était juste un délire de samedi soir, mais très vite, la drogue prit une place importante dans ma vie, et je devais finir par en consommer de plus en plus souvent au travers d’une journée. Maman s’apercevait certainement que je n’avais plus trop les pieds sur terre, et pourtant, jamais elle ne m’en parla. Sans doute préférait-elle fermer les yeux ? Et encore croire à cet enfant qui restait sérieux…
Mais très vite, l’argent devint un problème. Il me fallait trouver une solution. Et quand on n’a rien, on n’a rien à perdre. Alors, je devins dealer. Pour commencer dans ce métier, il faut tomber sur une personne bien gentille qui vous fait confiance et décide de vous prêter la première fois, une quantité de drogue, mais bien sûr, toute la mise de départ lui revient et il ne reste qu’un peu de bénéfice pour votre consommation personnelle.
Alors très vite, on fonctionne comme une entreprise. On détient un annuaire téléphonique avec les numéros de nos clients, mais avec eux, il faut mettre en place un code de dialecte afin de ne pas se faire piéger par les flics qui mettent de temps en temps votre téléphone sur écoute.
La drogue est un marché très enrichissant. Pendant toute cette période où je revendais, je vivais plutôt bien. Mais maman n’était au courant de rien, et quelques fois, elle tombait sur des billets de banque qui se trouvait dans ma chambre, mais jamais elle ne m’a posé de questions. Et pourtant, elle devait bien se douter qu’il y avait beaucoup trop d’argent qui rentrait à la maison, puisque j’en gardais une partie pour ma consommation personnelle, et l’autre, revenait à maman. Grâce à cet argent, je pouvais acheter de la nourriture sans être obligé de me rendre dans les associations qui ne sont là que pour vous ridiculiser, et bien vous montrer votre place au sein de cette société.
Mais un jour, un ami à moi se fit attraper par les flics. Et ce con, balança plusieurs noms. Et heureusement, je ne fus pas sur sa liste. M’avait-il oublié ? Non, je pense que cet ami savait que l’argent ne servait pas qu’à me droguer. Il connaissait maman et notre situation. Pour ça, jamais je ne l’oublierais. Car il faut savoir une chose, les revendeurs de drogue sont plus des fils à papa que des gens de la rue. D’ailleurs, c’est grâce à eux, que j’avais réussi à gagner autant d’argent.
Mais le milieu de la drogue reste assez dangereux. Une fois par moi, je me retrouvais chez un homme d’une trentaine d’année à qui j’achetais en quantité. Cet homme était toujours vêtu d’un costume deux pièces. Il détenait un très bon poste dans une grande entreprise très connue dans cette région. C’était un monsieur. Et pourtant, jamais personne ne se serait douté de son importance dans le trafic de drogue de cette région. Cet homme s’occupait de nous donner de la drogue. Mais il m’est aussi arrivé de lui rendre quelques petits services dans certaines de ses combines…
En fait, à cette époque, c’était la guerre au Kosovo, et dans notre ville, il n’y avait que de pauvres clandestins qui ne cherchaient qu’à passer en Angleterre. Ces clandestins détenaient avec eux de grandes sommes d’argent. C’est tout ce qui leur restait. Mais cet argent allait servir pour d’autres trafics.
Cet homme qui me revendait la drogue, se faisait connaître comme passeur auprès de ces clandestins. Il leur promettait l’Angleterre contre de grosses sommes d’argent. Et c’était à ce moment-là, que j’intervenais.
Pour ne pas prendre de risque, cet homme nous prêtais un véhicule qui avait certainement été volé, et avec deux autres gars, nous devions intercepter un clandestin à un endroit très précis. Quand il nous voyait arriver, le clandestin était fou de joie. Pour lui, ce serait bientôt un rêve qui se réaliserait. Mais malheureusement, nous avions d’autres consignes à son égard.
Nous devions récupérer l’argent, placer le clandestin dans le coffre de la voiture en le rassurant que c’était ainsi, qu’il passerait de l’autre côté de la Manche, puis faire plusieurs centaines de kilomètres dans n’importe quelle direction, et laisser la voiture sur un bas côté, avec le clandestin à l’intérieur du coffre. Et ensuite, rentrer sur Calais en train.
Je n’étais pas très fier de moi, mais ces opérations me rapportaient beaucoup d’argent. Et à chaque fois, que je voyais ces pauvres clandestins, j’avais honte. Ils pensaient gagner la liberté, mais au lieu de ça, ils se retrouvaient sans argent, dans un pays qui ne voulait pas d’eux…
Pendant ces années là, je ne m’intéressais que très peu aux cours. Je me sentais comme acteur d’une vie peu banale. Je me sentais intouchable et je n’avais peur de rien. Mais un jour, je me fis arrêter dans les rues par la brigade anti-criminalité, et heureusement pour moi, je n’avais que très peu de drogue sur moi. Mais je devais tout de même me retrouver au poste de police, et je fis une déposition qui resta heureusement sans suite pénale. Je m’en foutais totalement, mais maman fut au courant. Et ce soir-là, quand je rentrais à la maison, je vis toute la peine du monde dans ses yeux.
Elle n’avait jamais rien fait pour me freiner, mais c’est à ce moment précis que je décidais qu’il était temps de partir et de renier cette promesse si importante.
Et pourtant, j’ai bien essayé de m’accrocher à l’école, mais j’étais grillé et les profs ne faisaient aucun effort pour m’aider à me remettre dans le droit chemin. A chaque fois, ils me rabâchaient que je n’étais qu’une petite racaille et qu’ils préféraient ne pas me voir à leurs cours.
Alors je partis loin de tout…
Ce matin-là, j’embarque dans un train en direction de Paris. Et je crois que la chance me sourit puisque dans un de ces wagons, je me retrouve en face d’une fille très mignonne. Et au bout de quelques minutes, nous en sommes aux présentations. Elle a 26 ans et travaille pour le compte d’une radio dont je tairais le nom, basée sur Paris. Et moi, je sens qu’elle est peut-être la seule chance de ne pas me retrouver complètement à la rue. Alors, je lui avoue que je n’ai que 17 ans et que je viens de m’enfuir de chez moi. Mais pour romaniser mon histoire, je lui parle d’un père qui me frappe en permanence et d’une mère alcoolique tout en essayant de garder une certaine pudeur. Très vite, je la sens attendris face à mon histoire. Puis le train arrive en gare de Paris, et au moment où nous devions nous quitter, elle me demande où je vais dormir ce soir. Alors, timidement, je lui réponds que j’essaierais de trouver un endroit où squatter pour une nuit. Et c’est à ce moment que mes espérances prennent formes, puisqu’elle me propose de venir chez elle. Tout d’abord, je refuse. Ainsi, je lui montre un air gêné. Mais elle me force à la suivre, et ensemble, nous prenons la direction de son appartement. Mais sur le chemin, elle achète quelques provisions pour le repas, et une quantité incroyable d’alcool.
Nous voici, arrivés chez elle. Elle détient un grand et bel appartement en plein centre de Paris.  Elle part dans la salle de bain et en profite pour me demander de me mettre à l’aise. Alors j’ôte mon blouson, et la voilà qui revient vers moi, resplendissante de toute sa nudité. Je ne sais quoi faire et je reste comme un con à la scruter. Alors elle s’approche de moi, m’embrasse et me déshabille.
Entre nous, il n’y a jamais eu d’amour. C’était juste quelques parties de jambes en l’air entres amis. Mais c’est elle qui m’a fait découvrir Paris, son ambiance et surtout ses nuits chaudes. Grâce à elle, j’entrais dans des soirées des plus privées, dans lesquelles le champagne coulait à flot. Grâce à elle, je connus les effets de la cocaïne.
Je ne travaillais pas. Elle m’hébergeait à titre gratuit. Grâce à elle, je réussis à devenir quelqu’un. Elle s’occupait de moi, et me procurait tout l’argent dont j’avais besoin pour me vêtir ou me droguer.
Quelque part, cette vie me plaisait, mais je sentais en moi, un besoin de changement. Mais ce changement arriva plus vite que prévu puisque deux mois après mon arrivée à Paris, elle me surprit dans les bras d’une autre fille.
Je n’aurai jamais pensé qu’elle tenait autant à moi. Dans ses yeux, j’y ai vu de la peine comme celle que je trouvais chez maman, et elle m’a demandé de quitter les lieux le plus rapidement possible.
Je venais de tourner une nouvelle page. Je venais encore une fois de tout perdre. Mis à part, mon goût pour la drogue.
Alors, ce soir-là, je me retrouve à la rue. Cette nuit-là, allongé dans l’étroit couloir du métro, je pense à maman. Je ne lui ai pas donné de nouvelles depuis longtemps. Mais je ne veux pas qu’elle me voit dans cet état. Alors je ferme les yeux et m’endors.
Je n’oublierais jamais cette jeune parisienne qui m’a offert l’hospitalité et je lui dois de m’avoir donné une chance même si je n’ai pas su l’apprécier.
Très vite, la rue m’offre l’occasion de rencontrer d’autres jeunes camés. Et c’est ainsi, que je perds la virginité de mes veines. Le fluide entre en moi et m’offre une pure explosion d’extase intense. Mais pour avoir le droit à une simple dose, il me faut trouver de l’argent. Et beaucoup.
Alors je fais comme beaucoup de jeunes paumés dans mon état, je vends mon corps au diable. Je suis devenu une pute qui ne s’offre que pour une putain de dose. J’ai si honte de moi, mais je ne veux pas admettre que c’est moi. Je ne vis pas ma vie. Je suis un autre. Pauvre acteur. Ce n’est pas moi. Quand ces mains me touchent, je veux mourir. Mais ensuite, je me fais un petit shoot, et tout va mieux.
Même pendant cette période si douloureuse, je pense à maman et à toi. Je suis une honte. Que suis-je devenu ? Moi, qui voulait être libre.
Je me retrouve seul. Sans but. Je veux juste mourir…
Et en attendant la mort, je rêve d’une autre vie. Je rêve d’un ailleurs où je serais libre d’être. Je rêve de devenir pur. Je rêve de retrouver maman et qu’elle me prenne dans ses bras.
Je rêve tout simplement de vivre une autre vie…



- FIN -

STEEVEN M. (http://www.ecrivez.org)


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