C ’était à l’époque où vit le soleil, le moment où chaque fleur, chaque brin d’herbe dévoile son secret et les oiseaux, heureux d’un printemps renouvelé chantent en cœur mille mélodies enchanteresses. Toute la nature s’animait, les feuilles dansaient au rythme de la brise légère et parfumée. Les mûres avaient le goût de la rose et leur jus se répandait sur les lèvres comme s’écoule le sirop de fraise. L’harmonie du linge séchant au vent donnait à ce temps la douceur champêtre d’un matin renaissant. Il y avait sur les petits lacs environnants de petites vagues dans lesquelles se reflétaient les couleurs du ciel magique et l’on entendait le ruissellement duveteux d’une cascade. Elle humait ce parfum champêtre, s’avançant dans les joncs caressant tendrement de sa main la mousse nouvelle au pied des arbres quand elle s’allongeait parmi les sols. Elle s’imprégnait de ces couleurs, de cette extase même pour qu’à chaque instant en son cœur s’éveille le bonheur du rêve.
Il était déjà tard et son cœur devait être bien loin à présent. Les bonheurs souhaités ne sont que rêves se disait – elle lorsque l’on ouvrit les rideaux. Elle ne faisait d’ailleurs qu’y penser, à ce rêve lorsqu’on l’habillât.
- « Bonjour, mademoiselle, votre nuit s’est – elle bien passé ?
- Oui, merci.
- Mettrez – vous votre nouvelle robe aujourd’hui ?
- Je n’en ai pas envie.
- Mais monsieur votre père m’a prier de vous dire que cela lui ferai très plaisir, mademoiselle.
- Eh bien, faites Charlotte ! »
Les rêves sont toujours trop lointains pour qu’un jour ils se réalisent ! On lui mit donc cette nouvelle robe bleue, bleue comme l’amour lui avait dit sa couturière. Elle avait soupiré. Marie, âgée de dix-sept ans, dont la naissance avait fait d’elle la future comtesse du comté de
Etait forcée de subir ces dentelles, ces tissus légers mais devenus lourds chaque heure, chaque minute, chaque seconde de son existence.
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Elle était belle, Marie…Mais belle pour les autres, jamais pour elle. Cette jeune fille, malgré ses dix – sept ans, se devait de mieux se tenir que quiconque autour d’elle et de ne jamais dire de choses « scandaleuses ». Lorsqu’elle rêvait de mille couleurs chatoyantes, de grandes enjambées dans les forêts, de lacs merveilleux baignés de lumière ; c’était comme si son rêve avait aspiré toutes les couleurs – s’il y en avait eu – de tout ce qui se trouvait autour d’elle car la réalité était autrement plus affreuse que ce qu’elle pensait retrouver lorsqu’un pauvre gamin la tirai de ses vaporeuses idées. Tout ici était emprunt de tristesse. Quand elle pensait non, elle ne pouvait dire que oui sous la surveillance rapprochée de son père. Lorsqu’elle sentait son cœur palpiter au rythme d’une musique et qu’il ne demandait qu’à se laissez porter sur les flots inébranlables d’une portée jouée par l’un des plus grands musicien du royaume… Combien de fois regretta – elle la musique qui s’éteignait tout doucement ! « O, damnation ! » pensait – elle en ces affreux après – instants. Combien avait – elle aspiré de toutes ses forces à trouver derrière sa porte, un jour un amour qui vienne la cueillir dans un voile de soie ! Il lui semblait bien étrange que tout ce petit monde se s'aperçoive dans quelle misère il vivait. On ne parlait donc jamais de joie ici ? Le bonheur, Marie le trouvait dans ses écrits ou dans ces journées entières qu’elle passait à la bibliothèque. Elle chantait aussi. Chacun savait que sa voix était une bénédiction. Son père s’était toujours obstinément opposé à ce qu’elle chante en publique. « Tu as des idées scandaleuses, pauvre sotte ! » lui répétait – il sans cesse à chaque fois qu’il pouvait en avoir l’occasion. En désespoir de cause, elle chantait pour les domestiques aux cuisines quand il faisait froid et dans le petit bois à côté quand les beaux jours revenaient. Tous se gardaient bien de faire parvenir ce secret aux oreilles de son borné de père, heureux qu’une présence s’ajoute à la douceur de leurs journées. Pendant la période chaude de l’année, depuis ses onze ans, depuis que son père lui avait interdit la musique, elle s’enivrait du chant des oiseaux du calme et de la fraîcheur du bois. Puis , réveillait tout doucement les plantes et les éléments de sa jolie voix claire. On aurait dit que les herbes et les mousses tapissant le sol pleuraient, quand, balayés par la brise du matin faisait glisser la rosée en un tintement magique. Par la plénitude des hivers, elle s’habillait chaudement et descendait aux cuisines. On disait que ses chants aidaient le printemps à se réveiller, oui, l’hiver semblait passer plus vite et on voyait revenir les oiseaux.
Pas un des gens de sa demeure ne maquait la lecture qu’elle faisait de ses textes. Elle s’assaillait au coin du feu et , à la lueur de l’âtre, ses yeux transparents dansaient devant la feuille tandis que ses boucles sombres s’étalaient tout autour de son ravissant visage. Ses histoires racontaient toutes les périples d’amours impossibles, l’extase et la fraîcheur d’une jeune fille rêvant à mille choses dans la fleur de l’âge. Ce n’était pas toutes ces grandes fêtes, ces grands discours hypocrites et ces malheureux sourires qui rythmaient la vie de Marie. Elle redoutait de tomber comme d’autre plus jeunes qu’elle dans la vie éteint d’une dame de Cour ne sachant que faire e ses journées au lieu de courir bras ouverts vers le nouveau monde dans les champs et les prés. Elle avait besoin de révolution. Son être tout entier se heurtait chaque jours à la monotonie et aux contraintes qui avaient fait de ce monde une mare d’injustices. Chaque soir, elle consacrait quelques heures à ses épopées fantastiques après que Charlotte, sa femme de chambre, ai tiré les rideaux de la fenêtre et allumé un grand bougeoir à sa table de chevet. Le matin, on envoyai Charlotte la réveiller à sept heures. Puis on l’habillait, on la serrait dans des robes aux couleurs ternes parsemées de rubans et de dentelles. Il lui fallait deux heures pour s’habiller, deux heures de torture et de soumission. Elle se disait que c’était là sa punition et qu’elle la préparait à une autre journée de souffrances.
mimmypom (http://www.ecrivez.org)