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Lendemain de cuite








Ce lendemain de réveillon de Noël en solitaire avait mal commencé, avec deux immondes éclairs de conscience assez puissants pour me coller la nausée, plus encore que les deux litres de vodka à 6 euros la bouteille de la veille mélangés au lait périmé gobé en plein milieu de la nuit après avoir rampé vers le frigo, deux vraies crises de paniques, angoisse sueurs froides mains tremblantes, deux accès de conscience, je hais ce mot, lucide, qui sans ma légendaire force morale auraient bien pu me tirer du matelas où je comatais la bouche ouverte pour me traîner tant bien que mal vers le Pizza Hut où mon patron m’attendait en vain depuis trois, non, quatre jours mais heureusement j’étais astucieusement parvenu à me débarrasser de cette foutue lucidité en sifflant goulûment, en guise de p’tit dèj, une bouteille de piquette de la veille que j’avais lâchement abandonnée au pied du matelas avant de sombrer, et tous ces détails insignifiants se sont soudainement évaporés, me plongeant dans un abrutissement salutaire que j’ai probablement assez entretenu dans la journée pour sauter gaiement dans mon tout premier Trou Noir d’alcoolo chronique,

et à l’heure où je vous parle – ma montre au bracelet imbibé de vinasse indique une heure du matin – après une discrète vérification je viens d’en arriver à la conclusion que décidément je ne connais pas ce mec bourré avec qui je titube en remontant l’avenue Charles de Gaulle, probablement rencontré dans la journée qui vient de s’écouler, et impossible de me rappeler quelle est cette fête dont il parle en riant fort et gras, en tout cas si je tiens encore debout c’est qu’elle n’a pas encore eu lieu, va falloir résister à l’appel du plancher encore quelques heures. « Qui d’jà, soirée ? », je ne parviens même pas à comprendre mes propres paroles tellement je bafouille. Mais qu’est-ce que je fous là ?

Rire gras.

« Ben alors Jean-Robert, t’es pas mort finalement ? Ca faisait bien une demi-heure que j’t’avais plus entendu, t’émerges au bon moment mon pote, va falloir briller en société ce soir !!! » beugle le type.

Jean-Robert ? Dans quel gouffre insondable étais-je encore tombé pour raconter une connerie pareille ? Je ne suis pas spécialement dingue de mon prénom, mais quel besoin j’ai eu de chercher le plus ridicule possible… C’est pas malin, va falloir porter ce fardeau toute la nuit, ce qui ne va pas arranger le cruel sentiment d’insécurité qui m’assaille à la sortie de ce terrifiant trou noir aggravé par mon état déjà bien avancé, surtout que ça ne risque pas de s’arranger au milieu de tous ces visages inconnus… Et puis qu’est-ce que je vais foutre dans une fête à Neuilly, sérieusement ? J’ai la vague impression de tenir à grand-peine en équilibre à poil sur une planche de bois, au beau milieu d’une mer déchaînée.

Rapide vérification de mes vêtements. Mais d’où je sors des fringues aussi classes ? Hors de question de demander ça à ce type, à moins de vouloir à tout prix passer pour un taré ; je déchiffre l’étiquette de ma chemise en tordant le cou : Calvin Klein, carrément. Quel psycho je fais, foncer tête baissée dans n’importe quelle soirée, n’importe où, et en plus il fallait que j’investisse dans des putains de fringues de chalouf. Et puis d’où il sort ce gars avec ses sapes de bobo – petite veste, pantalon blanc, mocassins – et son sac de randonnée ? Non, décidément, ça sent le plan foireux, mais je suis quand même bien bourré et nager contre le courant serait largement au-dessus de mes forces ; un bon canapé serait le bienvenu. Et puis j’ai soif.

Apparemment nous y voilà. Le gars bourrine l’interphone en s’appuyant d’une main à la porte pour ne pas s’écrouler.

«  Ouaiiiiiis, Maryyyyyse, c’est Julien, tu m’ouvres s’te plaît ? »

La fille, voix innocente, même pas torchée malgré l’heure avancée – mauvais présage pour l’ambiance de cette soirée – a l’air bien emmerdé :

« Euh, Julien, tu sais, je veux pas te vexer –, quelle petite oie blanche – mais tu es sûr d’être invité ? Tu sais bien que Marie – Agnès… Tu sais bien, quoi… »

« Meuuuuh nan, laisse-moi au moins voir ça directement avec elle, tu peux me faire confiance quand même… »

« Sans commentaire, Julien. »

Et elle nous ouvre. Pas trop tôt, fait soif. Julien me fait un clin d’œil et me balance : « T’es la surprise, mon pote ». OK, plan incruste, ça me pose pas de problème : rien à foutre des conséquences de tes actes et de tes paroles, et tu peux même te permettre le luxe insensé de lâcher une majestueuse galette depuis le balcon sans en entendre parler le lendemain. Maryse nous attend à la porte et fait sacrément la gueule en me voyant, ça fait toujours plaisir mais c’est le prix à payer pour tout squatteur qui se respecte.

« Marie-Agnès est dans sa chambre avec son copain, vous vous arrangerez avec elle quand elle en sortira. De toute façon attendez-vous à vous faire jeter, et c’est pas moi qui l’en dissuaderai. »

Et elle nous tourne brusquement le dos, battant nonchalamment en retraite vers le fond du salon, apparemment pour signifier à tout le monde qu’elle n’est pas responsable de notre présence. En tout cas c’est mignon ici. 300 bons mètres carrés, 5 mètres de plafond, des lustres improbables, des frises dorées sur tous les murs ; apparemment le sapin a déjà été enlevé, ça fait bizarre pour une soirée de 25 décembre. Dans cette cage dorée, l’élite de la jeunesse neuillienne s’emmerde élégamment : robes insensées, vestes en daim, chemises blanches au col relevé, pantalons de soie, chaussures-bateaux, petites casquettes trendy plus-bobo-tu-meurs… Bienvenue en enfer. En tout cas force est de constater que tout le monde nous mate d’un air franchement hostile. Les messes-basses vont bon train entre tous ces connards, trop heureux de trouver enfin un sujet de conversation.

C’est le moment que ce Julien choisit pour me faire un clin d’œil et m’annoncer : « Je vais pisser mec, amuse-toi bien »,  me laissant tout seul au milieu du salon. Le sentiment d’oppression et d’insécurité se fait suffisamment pressant pour que j’en éprouve le besoin irrépressible de foncer sur le bar pour achever de me défoncer l’entendement. Un couple est en train de siroter une coupe de champagne en gardant le magnum à portée de la main ; ils s’arrêtent net dans leur conversation et écarquillent les yeux en me voyant remplir un énorme verre de cognac – j’en renverse pas mal d’ailleurs – et m’en siffler la moitié d’un seul trait. Il est temps de faire diversion sur ma conso en engageant la conversation de manière élégante, mais néanmoins décontractée.

« Bien le b’jour, ‘sieur dame, m’fin, le b‘soir… ‘naissez, monde, ici ? ‘Tout cas ça claque ici, m’fin c’est ‘ach’ment beau, j’veux dire. En fait on… on est chez qui, en fait ? »

Le bide. Leur air outré m’indique que j’ai peut-être égaré une partie de mon élocution au fond des bouteilles de la journée. Il est temps de battre en retraite l’air de rien en direction du couloir où a disparu Julien, car il devient évident que même avec ce parfait inconnu je me sentirai plus à l’aise que dans ce salon, exposé à tous ces regards qui persistent à ne pas me lâcher une seule seconde. Je siffle la deuxième moitié de mon verre avec distinction – violent, ce cognac – et repose le verre sur la table. Ah ben non en fait, j’ai dû manquer légèrement de précision car un bruit de verre brisé retentit tout à coup à mes pieds. Oups. Impossible de dire combien de temps je reste là à fixer le sol, les bras ballants, en tout cas le temps que Maryse-l’Oie-Blanche rapplique avec une pelle, une balayette et une éponge et fasse le boulot à ma place. Je suis inéluctablement et totalement bourré, et tous les gens de la soirée ont rappliqué pour voir quels étaient les dégâts, ce qui me place seul face à tous ces regards plus hostiles que jamais. Décidément, quelle bande de cons. Il n’y a bien que Julien que ça fasse rire, lorsqu’il apparaît soudainement dans l’encadrement de la porte du salon, avec deux bonnes minutes de retard sur le début du spectacle. Il s’approche de moi et me lâche un clin d’œil : « Toi mon fils, t’es un champioooon », il me lance avec une caricature d’accent du Sentier, suffisamment bas pour que ça reste entre nous. « Bon allez mec, tu viens ? Faut que je te présente le confiseur » Enième clin d’œil.

Julien passe un bras autour de mes épaules et m’entraîne vers la cuisine, laquelle tape allègrement ses 25 mètres carrés, mais la couleur des murs – blanc tendance chiottes d’aéroport – et l’absence relative de déco, contrastant cruellement avec le reste de l’appart, laisse deviner qu’en temps normal la bonne est la seule à y mettre les pieds. Pour l’heure la pièce est occupée par un petit mec de 20, 21 ans tout au plus, qui trône sur un fauteuil rembourré devant un énorme tas de coke, facilement 30 grammes. Le gars a l’air juste un petit peu bourré – signe de sérieux, reste à voir la qualité. Il me met tout de suite à l’aise : « Tu veux tester avant d’acheter ? » et sans plus attendre me prépare un énorme raï sur la Pléiade de Baudelaire – le tome II. J’inspire avec délectation ; toujours aussi attentionné, Julien me tend une bouteille de bourbon pour mélanger joyeusement les effets. Grosse, très grosse rasade.

Assis dos à la porte, je ne peux que voir Julien esquisser tout à coup un sourire faussement gêné alors que retentit une voix froide comme la mort, Marie-Agnès je présume. Le genre d’intonation qui laisse entendre qu’elle étranglerait Julien sans le moindre remords.

« Julien… Je t’avais dit de ne plus jamais remettre les pieds ici, pauvre maniaque… Quant à toi, Jean-Robert, ça se passe de commentaires, tu n’es plus le bienvenu ici – tout ça pour un verre, mais j’hallucine, quelle connasse !!! – Je vais être très claire, les deux loosers, vous savez très bien que je veux pas d’histoires ce soir, alors je vous laisse exactement cinq minutes avant de dégager vos têtes de con de chez moi, passé ce délai j’appelle la sécurité de l’immeuble pour qu’ils vous virent devant tout le monde. Cinq minutes, et pas une putain de seconde de plus. »

Elle claque la porte de toutes ses forces, et voilà que le gamin se lève d’un bond et se met à gueuler contre tous ces enfoirés qui font des courants d’air en claquant cette putain de porte de merde et qu’à chaque fois y en a qui tombe, bordel, y en a qui tombe, et que chaque putain de milligramme de cette coke c’est de la thune qu’il a avancé lui-même, sans blague, merde, et qu’après il s’étonne de pas faire de si grosses marges que ça mais c’est normal aussi, avec ces connards qui claquent la porte à chaque fois, putain, fait chier, quoi. Après quoi il se rassied, soudain très calme ; réflexion faite le gamin a quand même dû toucher un peu à la marchandise. Je me tourne vers Julien : « Mais comment elle connaît mon prénom cette meuf ? »

Il explose de rire – un rire qui commence un peu à me gaver, soit dit en passant – comme si j’avais sorti la meilleure de l’année. « Arrêter de déconner mec, world famous que t’es, toi, world famous ! Tiens, François, mets-nous deux G s’te plaît. C’est moi qui offre, c’est jour de fête. »

Apparemment mon super - pseudo à la con a rapidement fait le tour de la fête, après l’incident du verre. Mmmmmmh. Aucun rapport mais pas dégeu, cette coke, faut dire que le raï était vraiment très gros, en tout cas elle me fait émerger du brouillard et je parviens enfin à penser clairement, à vitesse supersonique, et je décide soudainement que nul échange humain ne peut prétendre à l’authenticité s’il n’est pas empreint de la plus parfaite, de la plus pure sincérité, la connexion quasiment mystique soul-to-soul l’harmonie des pensées à la base de toute chose, l’Equilibre par la Vérité. Si ça ne sort pas là, tout de suite, ma tête va exploser sous le poids insupportable des contradictions et des faux-semblants et de l’hypocrisie alors je prends une grande inspiration et

« Tu sais quoi mec, faut que je t’avoue un truc, mec »

Julien explose de rire en s’envoyant une grosse rasade de bourbon, directement au goulot.

« Aujourd’hui en fait j’étais dans un gros trou noir, tu sais, un truc d’alcoolo authentique, tu vois, et depuis ce matin je sais que dalle de ce que j’ai fait, putain, je veux dire vraiment pas, et c’qui faut que je t’avoue c’est que, tu vois, t’es vachement sympa comme gars, c’est pas le problème, non franchement, t’es tranquille, j’apprécie et tout mais euh, comment dire, comment dire je sais pas à quel moment on a bien pu faire connaissance aujourd’hui, je me rappelle vraiment que dalle, franchement, et ça me fout un peu les boules de pas pouvoir situer le truc et puis, et puis, je me sens pas honnête du coup, tu, tu vois le truc en fait ? »

Julien me fixe pendant dix bonnes secondes sans dire un mot, les yeux écarquillés et la bouche grande ouverte, puis il renverse la tête en arrière et explose d’un rire de bourré proprement insupportable pendant dix, vingt, trente bonnes secondes, alors pour passer le temps j’inspecte chaque détail du mur de la cuisine, complètement speedé, donne une note de kitsch de 17,5/ 20 à la photo du chaton qui dort dans une corbeille, mes yeux glissent sur l’éphéméride accroché sous la photo et là, GROS bug.



                               JANVIER
                                  6



Je me tourne brusquement vers François et la coke m’ôtant toute modération je lui hurle « Putain, mais on est quel jour ? Je me lève c’est Noël et là, BAM – j’abats le poing sur la table, envoyant valser un bon paquet de coke – d’un coup, 6 janvier ? »

Je crois que j’ai un peu fichu la trouille à François car il affiche un sourire crispé et se lève précipitamment de la table en annonçant qu’il va voir « à quoi ressemble la fête, un peu… », et devant mon insistance me confirme d’un air très gêné qu’ on est bien le 6 janvier. Je laisse Julien en plan et cours me réfugier vers les toilettes, écrasé par le poids de LA question, qui a quand même mis vingt bonnes minutes à se frayer un chemin dans mon cerveau embrumé et me sauter en pleine gueule.

MON NOM, putain, C’EST QUOI MON VRAI NOM ??? Merde merde merde je n’en sais vraiment rien... Je ne sais même pas QUI pense en ce moment, tout ce que je sais –  Dieu sait pourquoi – c’est qu’on devrait être le 25 décembre et PAS UN PUTAIN D’AUTRE JOUR. Depuis tout à l’heure je raisonne uniquement à propos du futur immédiat, sur des bases définies complètement arbitrairement. Ma tête remplie de coke tourne et retourne un problème qui n’a aucune solution ; c’est pas la folie, c’est bien pire que ça. Je me retiens à grand-peine d’éclater en sanglots, lorsque quelqu’un se met à bourriner la porte. Une voix de mec bourré me parvient alors :

« Eh, j’étais dans la salle de bain, paraît que t’es là-dedans ? Quand t’auras fini tu pourras peut-être me dire bonsoir au moins, enfoiré ? – gros blanc – Eh, t’es tombé dedans ou quoi ? »

Tout ça c’est un gros film que je me fais, en fait je suis trop bourré, trop coké, et je me remets mal du trou noir, c’est tout, c’est pas pour moi c’est pas pour moi c’est pas pour moi c’est pas pour moi c’est pas…

« Pourquoi tu m’as pas donné de nouvelles de toute la semaine ? Qu’est-ce qui t’arrive depuis le réveillon ? Faut qu’on en parle, Jean-Robert – noooooooon – ça m’a fait mal de te voir comme ça. Il chuchote : Et si tu as besoin de réconfort tu sais qu’on peut s’isoler un peu… Ca fait tellement longtemps qu’on l’a pas fait, j’en crève d’envie tu sais … »

C’en est trop. J’ouvre la porte et tombe nez à nez avec un blondinet aux grands yeux verts, et cet enfoiré m’embrasse avec passion avant que j’aie eu le temps de prononcer le moindre mot. Je me dégage et lui allonge une droite au menton qui l’envoie directement au sol.
« Mais je t’aime, moi, je t’aimerais toujours, espèce de salaud ! », son cri de midinette me poursuit dans le couloir tandis que je me précipite vers le salon. Il faut que je sache avant de devenir définitivement taré… Comment cette Marie-Agnès pouvait-elle connaître mon prénom alors que Julien n’avait parlé à personne dans cette soirée où apparemment personne ne veut de lui ? Et pourquoi est-ce que j’ai si peur d’entendre la réponse ?

Je fais irruption dans le salon et manque de percuter un immense black en costard, tandis qu’à l’autre bout de la pièce son clone immobilise Julien au sol ; à en juger par l’état du buffet, le tocard qui me sert de pote a tenu à renverser tous les plats qui s’y trouvaient avant de se faire choper. Je plonge désespérément pour tenter d’échapper à mon assaillant et atterris douloureusement sur les côtes, aux pieds de Marie-Agnès.

« Après je pars, promis, je me casse, je veux juste savoir comment tu connais mon prénom, je t’en supplie… »

En guise de réponse je reçois un coup de talon haut entre les deux omoplates et constate que ces saloperies font vraiment très mal. Cette Marie-Agnès est complètement hystérique et même le vigile, avec ses 2m10, reste prudemment en retrait :

« Et il se fout de ma gueule en plus, ce taré, il se fout – de – ma – gueule ! – elle ponctue chaque syllabe d’un coup de talon mais je m’en fous, j’encaisse, pendu à ses lèvres – Tu bousilles mon réveillon, connard, tu débarques même pas une semaine plus tard la bouche en cœur, et en prime tu – te – fous – de – ma – gueule (aaaaaaïe...) ! Dégage d’ici pauvre con, je veux plus JAMAIS te revoir, alors reprend tes merdes et CASSE - TOI… »

Elle me balance un téléphone portable et un portefeuille en cuir rouge ultra voyant d’un goût exécrable. Je dois avoir l’air vraiment ahuri car elle ajoute : « On a retrouvé ça par terre après ton dernier passage. Reprends ça et disparais de nos vies, pauvre sous-merde… »

Tout le monde applaudit mon humiliation. Ma vie est merveilleuse.

Julien et moi nous faisons jeter sur le trottoir par les deux vigiles. Julien ne se relève pas, de toute évidence son nouveau pote ne l’a pas raté ; je le laisse là. Ça me fait bizarre de penser que je connais peut-être ce type depuis des années, mais ce soir j’ai le privilège de l’objectivité absolue, et l’objectivité absolue me souffle que ce type est vraiment une tache. Tout en m’éloignant j’ouvre fébrilement mon portefeuille et en sors une carte d’identité. Ma tête. Jean-Robert de Salles. Au point ou j’en suis j’avoue que ça ne me fait aucun effet, au moins maintenant je connais mon adresse : 18 rue Parmentier. Et va savoir pourquoi, alors que je ne sais plus rien de moi il se trouve que je sais où est cette rue – même pas cinq minutes de marche –  comme j’ai su tout à l’heure que nous remontions l’avenue Charles de Gaulle, Neuilly, Nord de Paris. Je tâte mes poches et sens mon trousseau de clés. Enfin un truc de normal.

En arrivant devant l’immeuble, rien, aucun « flash », contrairement à ce que j’avais espéré. Heureusement le système de code est complété par une serrure magnétique et je me retrouve dans le hall. Reste à trouver la bonne porte, ça promet d’être divertissant. Raisonnons logiquement : d’après la date de naissance indiquée sur ma carte d’identité, j’ai 25 ans depuis peu ; je dois forcément habiter une chambre de bonne et non un appart de 200 mètres carrés, ça tombe sous le sens et limite d’emblée mon choix au dernier étage, sous les toits. Au bout d’une dizaine de tentatives malheureuses – qui me valent de difficiles explications avec les locataires réveillés au milieu de la nuit par le bruit d’un gars en train de triturer leur serrure, heureusement mon état fournit à leur yeux une explication toute faite – cette foutue clé rencontre enfin la serrure qui lui est dédiée.

Le désordre qui règne dans ces 15 mètres carrés est quasiment indescriptible, mais je vais bien devoir m’y coller. Le papier peint est à moitié arraché, pendant encore par lambeaux à certains endroits, comme si on s’était acharné à le déchirer – pourquoi comme si ? voyons un peu les choses en face. Dans un coin s’entassent une quinzaine d’emballages de pizzas surgelées. Le mobilier est plus que rudimentaire : un minuscule bureau, un four, un mini-frigo, une chaise et un matelas reposant à même le sol. Le sol… comment dire… la pièce toute entière est jonchée de bouteilles de mauvais alcool de chez Ed et de cubis en plastique, en grande majorité de la grosse piquette espagnole. Pendant combien de temps ai-je bien pu semer une merde pareille ? J’ose espérer que je ne faisais pas déjà ça avant mon trou noir. Chaque pas m’enfonce dans ce charnier de verre et de plastique qui exhale une odeur de vieille vinasse absolument intolérable. Je m’effondre sur le matelas, seul espace encore vierge, et contemple longuement le spectacle ; toujours pas le moindre souvenir de cette pièce. Je ne peux décemment pas rester plus longtemps dans cet état, sans aucun repère, sous peine de devenir très vite complètement taré. Au diable mon orgueil, si ces gens là ont été mes amis je dois au moins tenter de leur expliquer ma situation, leur montrer que je ne sais absolument pas de quoi ils me parlent. Même s’ils me prennent pour un dingue – après tout c’est bien ce que je suis – ils tenteront au moins de m’aider. Qu’est-ce que je pourrais faire d’autre ? De rage et de frustration, je saisis mon oreiller et le balance de l’autre côté de la pièce.

Á son emplacement, un cahier. Format poche, couverture en cuir assombrie par endroits par les outrages de la vinasse ; par sa simple présence il semble se foutre de ma gueule. Saisi par un immonde pressentiment, je n’ai vraiment aucune envie de l’ouvrir. Comme si j’avais le choix.


«

25 décembre



Cher journal…Comment, dis-moi, comment te décrire la Grande Joie qui vient d’illuminer mon indigne existence ? En ce matin de Noël, jour officiellement consacré à la lénifiante, écoeurante Bonté Universelle, malgré l’éloignement de mes enfoirés de parents et l’emploi du temps « surchargé » de mes soi-disant amis, la Divine Providence m’a offert son propre cadeau.

Utilisons le mot : j’ai reçu la Clairvoyance. Désormais je vois à travers les faux-semblants, déjoue les pièges tendus par l’Hypocrisie Générale. Tant d’années passées à côtoyer tous ces gens, ces faux sourires et ces amitiés superficielles, les Gens à Connaître, jamais « sympas » ou « marrants », toujours « brillants », « fascinants », « exquis », c’est à dire une-putain-de-baraque-et-attend-un-peu-de-voir-la-piscine-en-plus-on-va-tiser-gratos-et-y-aura-plein-de-meufs.

En cette nuit de Noël, j’ai appris à accepter et domestiquer le Mépris, et dispose de 5 jours pour me préparer à ma Nouvelle Vie. Le 31 décembre à minuit, j’aurai la chance inouïe de vivre en  totale harmonie avec moi-même ;  peu d’hommes ont eu cette chance sur Terre avant moi. Mais avant tout cela m’attend un gros travail d’investigation : il va falloir être habile, fourbe et discret.




31 décembre


Ça y est, tout est prêt... Le réveillon va être grandiose. Nous sommes tous invités chez cette pimbêche de Marie-Agnès ; déjà que je ne pouvais pas la supporter avant, alors tu imagines un peu maintenant ? Mais c’est pas tout ça, faut que je me mette en route ;  dans deux heures, début de l’an Zéro. A tout à l’heure mon cher Journal…
 
»




A ce stade, deux mesures s’imposent avant que je ne tombe dans les pommes. J’avise une bouteille de gros rouge encore bouchée sur mon bureau, l’ouvre et entreprends de me la siffler de la main gauche, tandis que ma main droite saisis un stylo et griffonne ce qui me passe par la tête à ce moment précis, en l’occurrence « c’est quoi cette merde ??? ». La même écriture, aucun doute possible : c’est officiel, je suis taré. Aller-simple pour la panique, majestueux plongeon dans un océan de merde, ce ne sont pas les métaphores foireuses qui manquent, en tout cas maintenant que la situation est claire, allons-y gaiement. Une autre rasade pour la route.



«

    31 décembre, bis

Bonne année Zéro cher journal ! Ma renaissance a été une réussite totale, laisse-moi donc te raconter ça…

A minuit pile, alors que la Grande Hypocrisie se voyait déjà remporter, comme à l’habitude, sa plus belle victoire de l’année, et que les sourires se faisaient plus larges et plus faux que jamais, j’ai savamment frayé mon chemin vers la « console » – en fait un simple PC portable, mais il quand il s’agit de se la péter c’est jamais l’imagination qui manque – du DJ « vraiment géniaaaal » qui avait déserté son poste pour distribuer quelques bises et poignées de mains sans conviction après avoir calé un titre du dernier Daft Punk assez représentatif de l’ineptie de l’ensemble de l’album. Notons juste que pour passer ce genre de merdes ce type était payé près de 150 euros par heure – car c’est de la merde branchée – mais le sacrilège musical cessa lorsque mille Anges Célestes emplirent tout à coup la pièce de leur chant cristallin, parvenant à couvrir le bruit de l’immondice technoïde, même si les invités firent alors semblant de ne pas les entendre, par pure mauvaise foi.

Á mesure que j’approchais du but, esquivant les bises forcées et les vœux vides de sens, je sentais la lumière de la Vérité me nimber progressivement des pieds jusqu’à la tête. Seul ce laideron d’Anne-Chantal a réussi à m’intercepter avec son mètre cube, et je devais être le premier mec qu’elle parvenait à coincer parce qu’elle m’a fait SIX bises, cette conne. La dernière épreuve étant franchie, place à l’Apothéose... Je me revois m’emparer du micro ; je ne change pas un seul mot.

- Victor, il est temps que tout le monde sache. Depuis trois ans que tu trompes Charlotte, ta pauvre fiancée, avec la moitié des filles de ton école de commerce, tu as atteint ton quota de péchés, et il est maintenant temps de les livrer au jugement de tous…

J’en ris encore, cher Journal : Victor n’a même pas tenté de nier, et alors que tout le monde était pétrifié de stupeur, après m’avoir traité de « sale petite balance de merde » depuis l’autre bout de la pièce, il s’est avancé vers moi avec la ferme intention de me casser la gueule, comme je l’avais prévu. Et bien sûr ça n’a pas plu à Edouard, le frère de Charlotte – sept ans de boxe thaï –  qui s’est jeté sur lui dans la seconde-même et a commencé à lui coller la correction de sa vie. La confusion qui s’en est suivi m’a permis de continuer sereinement, sans toutefois perdre mon débit ultrarapide, indispensable pour capter l’auditoire et ainsi le neutraliser aussi longtemps que nécessaire. Je me suis immédiatement tourné vers Charlotte, en larmes :

- Oooooh, elle pleure, l’Hypocrite ! Alors qu’ELLE LE SAVAIT ! Mais vous vous demandez sûrement pourquoi elle ne disait rien ? Parce qu’il ne faudrait surtout, mais alors surtout pas que tout le monde sache qu’elle s’envoie régulièrement en l’air avec les deux meilleurs amis de monsieur, Damien et Cédric ici présents, et EN MÊME TEMPS s’il vous plaît ! »

Á ce moment précis, la confusion est devenue bordel absolu. Damien et Cédric se sont fait prendre à parti par les autres potes de Victor et ont préféré se tirer rapidement, et l’attitude du reste de l’assemblée a dépassé mes espoirs les plus fous : toutes ces Hyènes ont repoussé au maximum le moment de me faire taire, car au fond tout le monde voulait apprendre le maximum de saloperies possibles tout en espérant que son tour ne viendrait pas. Ceux qui étaient soudain  frappés du sceau de l’Infamie quittaient le salon le plus discrètement possible, c’était si drôle... Du coup j’ai pu mettre à profit une bonne minute supplémentaire, et toutes les infos si habilement récoltées ces cinq derniers jours y sont passé :

Les montres volées par Antoine dans la chambre des parents d’Elisabeth.

Henri, complètement torché, qui avait pissé dans l’énorme bol de 10 litres de sangria, le soir où tout le monde avait trouvé qu’elle avait « comme un arrière-goût ».

Emilie et Carole qui taillaient allègrement sur Valérie tout en se faisant passer pour ses grandes copines, dans le seul but de profiter des places de théâtre en loges que celle-ci leur faisait parvenir chaque semaine.

Sébastien, le fameux voleur de petites culottes que toutes les filles ici présentes cherchaient à démasquer depuis bientôt trois ans.

Camille, qui faisait régulièrement les poches des manteaux en fin de soirée, une fois tout le monde endormi...

L’espace d’une seconde, j’ai croisé les grands yeux verts de Jérôme, terrifié à l’idée que je parle de ses penchants. Et dans cette même seconde il a compris qu’il n’avait pas à s’en faire ; ça ne regarde que nous. De toute façon s’il tombe, je tombe aussi. Quant à Marie-Agnès, par égard pour l’organisatrice de la soirée, j’ai évité de révéler que je me l’étais farcie à maintes reprises et qu’elle avait à cette occasion révélé des vices aussi surprenants qu’inconvenants à une dame de son rang – madame est fille de Vicomte, et à intérêt à se montrer reconnaissante d’avoir été l’objet de ma grande Mansuétude.

Et puis... ça y était, j’avais terminé, je n’avais eu besoin que d’à peine deux minutes pour accomplir mon œuvre de Vérité, sans que personne ne tente quoi que ce soit pour m’en empêcher. Le silence est revenu. J’ai juste souri, lancé à la cantonade « Et bonne année, surtout » et suis sorti comme une fleur, n’y croyant pas moi-même. C’était si BON. Déjà derrière moi s’élevait le bruit des premières engueulades de ces pitoyables marionnettes prêtes à s’entredéchirer jusqu’au bout de la nuit.

Demain à mon réveil, je serai enfin Pur, car j’ai fait triompher cette Lumière de Vérité qui désormais est mienne et m’entoure de ce Halo aux mille formes et couleurs sans cesse changeantes, tandis que monte en moi la Puissance que je tirerai à jamais de mon Œuvre.








3 janvier



Ô Sinistre Ennui, Morbide Frustration, me laisserez-vous enfin en paix ? Ma vie a effectivement changé, mais je ne peux décemment me satisfaire de si peu. Ce que je prenais pour l’Apothéose n’était qu’un dérisoire aperçu du Royaume des Purs où m’attend une chaire d’honneur, sur le dossier de laquelle mon nom est déjà gravé. Elle me revient de droit ; c’est le Grand Homme qui me l’a révélé en songe après que j’aie franchi la première épreuve.

Le problème, c’est que je n’aurais pas du commencer aussi fort, voir aussi grand. Je suis victime de mon génie dans le sens où j’ai la placé la barre très haut, d’entrée de jeu. Je l’admets, j’ai eu tout de suite envie de remettre ça, de réutiliser ce principe en l’appliquant à de parfaits inconnus. Dénoncer les maris et les femmes adultères à tout leur voisinage. Filmer les ados fumeurs de joints et transmettre la vidéo à leurs parents. Ou bien, plus ludique, empoisonner les chiens que les maîtres laissent faire en plein milieu du trottoir – certes, on s’écarte un peu du principe initial, mais c’est un truc qui m’a toujours particulièrement énervé.

J’aurais donc pu me contenter de tout cela, mais heureusement le Grand Homme, gloire à lui,  a su me remettre sur les rails. « Comment », m’a-t-il dit, « Tu oses déjà songer à la suite alors que ton travail n’est même pas achevé dans ton propre entourage ? », et sa voix faisait tonner le ciel et plier les arbres. Je me suis repenti et cherche donc une solution, car il a totalement raison. On ne soigne pas un malade en lui indiquant de quoi il souffre ; il faut agir directement sur la Maladie pour que son corps en soit purgé.

Il en est de l’Esprit comme du corps. Mais à vrai dire je n’ai aucune idée de ce qu’il convient de faire pour réussir cette seconde épreuve sur la voie qui mène au Royaume des Purs. En attendant, je réfléchis, et je bois, cher Journal, je bois tant que je peux, l’abus délectable de la Boisson me plongeant dans des états cathartiques d’où finira forcément par émerger l’Idée du Siècle.

»




Là, ça commence à faire beaucoup. Arrivé à ce point, chaque ligne est un supplice ; SE faire peur est la pire chose qui puisse arriver, je le sais depuis que je suis entré dans cette piaule. Par instants, je ne peux m’empêcher de fixer les lambeaux de papier peint déchiré qui frémissent au gré des courants d’air qui traversent la pièce. Je tremble tellement que je renverse une bonne partie de la bouteille sur ma chemise en tentant d’en siffler la fin ; plus je lis et moins je sais qui je suis vraiment. J’ai été quelqu’un de plus ou moins sain, en tout cas une personne qui m’est désormais totalement étrangère, dont je ne sais toujours foutrement RIEN. Après quoi j’ai buggé, et à présent je ne suis plus qu’une page blanche sur laquelle il me sera peut-être à tout jamais impossible d’écrire, car RIEN ne me garantit que je repêcherai un jour ce pauvre couillon de Jean-Robert dans les profondeurs du marécage nauséabond qui clapote à l’intérieur de mon crâne. Je suis sans forces, écrasé par le poids de la fatalité sur ce matelas miteux ; je ne peux plus que lire, plonger plus profond encore dans la fange sans savoir ce que j’y trouverai, et même s’il y a quoi que ce soit à y trouver.

Il est deux heures du matin, et je suis seul dans cette piaule crasseuse, à quelques centimètres du fin-fond de la misère humaine. Allez… c’est reparti, toujours plus profond.



«

5 janvier



Alleluia cher Journal, ALLELUIA !!!

Tant de choses à préparer et trop peu de temps pour te raconter mon projet dans les détails. Je te raconterai après coup, ce sera plus amusant – tu ne crois pas ?

La vie réserve décidément des surprises : je ne combattrai pas seul les démoniaques légions, j’ai trouvé un Compagnon de grande valeur. Pourtant avant ma Renaissance je trouvais ce garçon un peu étrange, presque malsain ; ça faisait d’ailleurs deux mois qu’il ne voyait plus le reste du groupe, pour une obscure histoire d’argent – pure calomnie, à ce qu’il m’a assuré. Le Mensonge est décidément l’une de leurs armes principales, il grand-temps d’agir.

Je l’ai croisé chez l’épicier où j’étais redescendu me procurer de quoi penser à mon projet        – une demi-douzaine de bouteilles de muscadet – et après avoir longuement discuté avec lui j’ai compris qu’en nous brûlait la même Lumière Divine. Au départ, quand je lui ai posé la question il a ri, puis a repris son sérieux et m’a assuré que c’était bien le cas. Il a eu le réflexe de rire car il croyait que j’étais l’un des leurs, et avait peur d’être démasqué : ce garçon est d’une redoutable intelligence et sera un allié hors-pair. J’ai tout de suite vu son Halo, le sien est bleu azur, et ne change pas de couleur comme le mien. Quand je le lui ai fait remarqué, il m’a expliqué que c’était une marque de ma supériorité hiérarchique ; il a l’air beaucoup plus au fait que moi, il est vrai que malgré mes grandes prédispositions je n’ai changé de peau que depuis dix jours.


C’est le Destin qui a voulu cette rencontre. Il m’a informé qu’une fête était prévue le lendemain soir chez Marie-Agnès. C’est lui qui a eu l’idée de notre moyen d’action, elle est tout simplement géniale : l’Esprit de ces jeunes gens sera guéri et libéré du poids de leurs innombrables péchés. Nous pourrons nous y incruster sans aucun problème, à condition bien sûr de ne pas prévenir de notre arrivée et de placer Marie-Agnès devant le fait accompli : en effet, elle recevra, en plus du groupe de Pécheurs habituel, des amis venus spécialement de Monaco, et ne voudra surtout pas faire de vagues.


Je suis tellement excité, mon cher Journal...


                    »



Et c’est tout. Je tourne fébrilement les dernières pages du cahier, mais elles sont toutes désespérément blanches. Je suis tiraillé entre la frustration la plus abyssale et le soulagement le plus céleste ; je ne saurai jamais ce que nous pouvions bien avoir en tête, mais au moins ça n’a pas eu lieu, et c’est bien le principal. Qu’est-ce que deux pauvres branleurs comme nous croyaient bien pouvoir faire dans cette fête, alors qu’il était évident que Marie-Agnès appellerait immédiatement les vigiles cette fois-ci, après mon festival du réveillon ? A ce propos, sans vouloir me vanter, j’ai effectivement dû faire preuve de beaucoup d’adresse pour récolter tous ces ragots en aussi peu de temps ; quant à Marie-Agnès, je me demande bien quels peuvent bien être ces fameux vices inavouables. Dommage que je ne m’en souvienne pas, c’est vrai qu’une bourgeoise aussi coincée qu’elle doit être redoutable au pieu, pour peu qu’elle se lâche autant que lorsqu’elle m’a bousillé le dos avec ses talons hauts… Mieux vaut rire de cet épisode, comme de tout cela d’ailleurs. Finalement, plus de peur que de…

Une énorme détonation résonne au loin, emplissant la nuit d’un assourdissant et interminable écho.

Je sursaute, deux fois. La première, à cause du bruit. La deuxième, parce que dans la seconde qui suit une multitude de flashs assaille mon pauvre cerveau malade :

le verre qui se brise à mes pieds,  tous les invités qui rappliquent dans le salon

Julien dans l’encadrement de la porte

« toi mon fils, t’es un champioooon »

Julien et son sourire de malade

le placard de l’entrée chez Marie-Agnès

Julien et son regard de malade

« tu feras diversion, je compte sur toi »

Julien et son rire de malade

le sac de rando

Julien et sa putain de bonbonne de gaz

« deux heures dix »


Pas besoin de regarder à la fenêtre, je sais d’où vient la fumée ; je plonge la main dans ma poche droite et en tire une pièce d’un euro. Disons face pour le Mexique, pile pour la Sicile... Je lance.

Beubar (http://www.ecrivez.org)


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