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CRI DE SOLITUDE...



La journée au bureau terminée, après de longues embrassades avec les collègues, elle préférera rentrer à pied, et profiter de la foule qui se presse, comme chaque soir… les uns ayant oubliés d’acheter du pain, d’autres s’offrant un dernier verre, ou d’autres encore se louant un film, achetant des cigarettes, des magazines, quelques courses de dernières minutes… Et malgré le froid hivernal, elle lézardera comme souvent chaque soir, absorbant ici et là les paroles, les rires, de ceux qu’elle croise, puisant dans chaque regard un peu de chaleur, de gaieté… Elle s’étonnera d’être arriver devant la porte de l’immeuble, encore une fois beaucoup trop vite. Elle ne prendra pas l’ascenseur, espérant par la même, croiser un voisin, dans les escaliers, ou les couloirs des étages. Un tour de clé, dans une porte au cinquième étage, et elle pénètre une fois de plus, dans un appartement en location, laissant la porte se refermer sur le silence, un silence installé depuis deux ans, maintenant… Un silence mortel…

Dehors la nuit est tombée, sur les retardataires, les foyers sont animés, elle peut deviner, en s’approchant de la baie vitrée de son salon, ce qui se passent dans les appartements voisins, tous éclairés… Un papa, jetant sa veste, et accueilli par des cris d’enfants, et des bisous… une jeune femme, élevant la voie sur un compagnon déjà installé devant la télé… un équipe de copains, bières à la main, criant devant un écran géant, sur lequel un match de foot est retransmis… une maman, intransigeante, s’activant en cuisine, tout en surveillant les devoirs de ses enfants, peu enclin à l’écouter, parce qu’ils tombent de fatigue… De l’autre côté de son appartement, elle peut deviner l’amour, la joie, les rires, les pleures… la vie… Elle flânera, n’allumera que l’écran de la télé, pour s’éclairer, fumera une cigarette, puis emmitouflée dans un peignoir, se jettera sur le sofa, avec un café, en guise de repas. Elle zappera d’une chaîne à l’autre… Elle se morfond, décidément, il n’y a rien à faire… Elle finira par s’attarder sur un film d’amour, la nostalgie l’envahira, elle versera même quelques larmes, qu’elle essuiera de ses mains. Ses mains, qu’elle regarde, et qui ne connaissent plus de  frissons, assise sur le sofa, les souvenirs se raniment… Elle se souvient de la chaleur d’une caresse, de la douceur d’un baiser, du sexe, de l’amour… Alors d’autres larmes couleront, seule au milieu, d’un appartement désespérément vide, elle finira par aller se coucher, espérant que dans la nuit, sa tristesse s’évanouira…Pendant que d’autres derrière des fenêtres encore éclairées, font la fête, ou regardent enlacer tendrement la télé… que d’autres donnent un biberon au dernier né, ou cajolent racontent des histoires aux petits, ou que d’autres encore font l’amour… Elle… elle a peine à s’endormir, le cœur serré, elle ne fait que ressasser depuis des années, elle qui n’avait rien vu venir, elle essaie de comprendre pourquoi brutalement,  il l’a abandonnée, pourquoi un soir, il n’est pas rentré…Les années de galères, partagée entre colère et rancœur, elle a élevé seul ses deux enfants, aujourd’hui, partis eux aussi… Depuis la monotonie a pris place dans sa vie, elle déteste ce silence, qu’elle trouve finalement horriblement assourdissant…

Si seulement, elle pouvait sans que sa bonne conscience ne vienne gérer sa vie, et ses envies, s’offrir, comme l’aurait fait un homme, un intermède chaleureux, un intermède pas forcement amoureux, mais bon pour la tête et l’esprit… Pour ne pas être seule, un soir, elle voudrait se vautrer sous les draps, aux côtés d’un homme, elle voudrait se délecter d’un moment de bonheur, en compagnie d’un amant, même d’un soir… Mais il y a des légèretés que les mœurs n’ont pas encore acceptées, alors cette nuit encore, elle refreinera ses envies, seule au fond de son lit… Il manque pourtant à sa peau, à ses seins, son ventre, la tendre caresse d’une main chaude… il manque à sa bouche, la saveur d’un baiser longuement langoureux… il manque à son sexe, la venue d’un ôte viril, avec qui elle partagerait en cadence et douceur, une nuit d’amour, d’extase, une nuit de plaisir…

Elle voudrait crever sa solitude, en s’offrant ce que certains appelleront, le premier venu, et alors… D’avoir attendue que les enfants grandissent, pour ne pas leur faire de peine, peut-être, ou tout simplement par peur, elle n’a plus connu le plaisir de rencontrer quelqu’un, de découvrir un corps, de se découvrir aussi…alors, elle ne sait plus, si elle peut encore séduire, ou sourire, elle a peur de ne plus savoir comment on fait, ce qui, elle l’avoue, lui manque le plus… l’amour…Il manque à sa tête cette complicité entre deux êtres qui se cherchent, qui se séduisent, et qui se donnent l’un à l’autre sans compter, juste pour le plaisir… Parce qu’elle n’était qu’une épouse, qu’une mère, pendant des années, elle a envi, aujourd’hui, de devenir une amante et dans les bras d’un autre homme, de laisser s’envoler par la fenêtre, un soir quand elle osera, sa solitude, dont elle veut tant se débarrasser…  

veronique (http://www.ecrivez.org)


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